Ces dernières années, plusieurs crises sanitaires ont mis en évidence l’ampleur mondiale d’un nombre croissant de maladies animales émergentes et ré-émergentes, en particulier de zoonoses, et ont conduit la communauté internationale à reconnaître que la lutte contre ces maladies était un Bien Public International. La crise de la fièvre aphteuse, de l’encéphalopathie spongiforme bovine et plus récemment de l’influenza aviaire hautement pathogène, en sont des exemples notoires. Ces événements ont contribué à accroître l'intérêt suscité par l’amélioration de la prophylaxie de ces maladies, en particulier en renforçant la capacité des Services Vétérinaires dans le domaine de la détection précoce et de l'intervention rapide pour réduire l’impact économique et social des crises, et plus généralement en plaidant en faveur de l’augmentation des investissements en matière de santé animale et de zoonoses. Pour illustrer cela, le Dr. François Le Gall (Spécialiste en chef pour le secteur de l'élevage à la Banque mondiale - Responsable des aspects vétérinaires de la réponse mondiale à la grippe aviaire) vous propose une série de trois articles sur:  Un grand nombre de maladies importantes, tels la rage ou l’anthrax, est connu depuis l’Antiquité. Certains auteurs attribuent l’une des pestes d’Egypte décrites dans la Genèse à une épizootie de fièvre de la vallée du Rift. Les tabous culturels et les restrictions religieuses concernant la consommation de certaines denrées animales trouvent leur origine dans la protection sanitaire des consommateurs contre des zoonoses alimentaires.  A l’exception peut-être de la peste bovine, très peu de données existent sur les conséquences économiques et sociales des grandes épizooties des premiers temps. Le premier foyer de peste bovine répertorié en Afrique de l’Est en 1887 aurait décimé 90% du cheptel bovin de la région et plus de 10 millions de grands ruminants sur l’ensemble du continent, et aurait été à l’origine d’une famine généralisée. Les crises sanitaires qu’elle engendre en Europe puis en Afrique auraient incité au développement des services publics vétérinaires. Après avoir été éradiquée d’Europe à la fin du 19ème, la peste bovine est réintroduite en Belgique en 1922 à partir de Zébus importés d’Afrique. Cet incident est directement responsable de la création de l’Office International des Epizooties (OIE) encore appelée l’Organisation mondiale pour la santé animale.   Au milieu du 19ème siècle, on constate une explosion de l’incidence des grandes épizooties telles que la fièvre aphteuse, la péripneumonie contagieuse bovine, et la peste porcine classique, qui perdure jusqu’au 20ème siècle. Plus récemment, les auteurs décrivent une ère nouvelle de maladies émergentes et re-émergentes, qui sont pour la plupart d’origine animale et disposent, pour la quasi-totalité d’entres elles, d’un potentiel zoonotique. Les épidémies récentes de la fièvre du Nil Oriental et de l’influenza aviaire, ou la montée contemporaine de la rage en Europe de l’Est attestent de la vitalité des maladies émergentes au niveau mondial. Elles constituent de plus en plus une menace pour la santé publique  et chaque année ou presque, la population mondiale est à risque d’une nouvelle maladie d’origine animale : Nipah virus, encéphalopathie spongiforme bovine, syndrome respiratoire aigue sévère, influenza aviaire hautement pathogène. Le 20ème est témoin de trois pandémies d’influenza d’origine animale probable en 1918, 1957 (porcine) et 1968 (aviaire). Le début du 21ème siècle se prépare à une quatrième pandémie…  On peut attribuer l’évolution des maladies à l’effet conjugué du brassage génétique et de la propagation des agents pathogènes émergents à travers le monde ainsi qu’à l’augmentation de l’interface homme/animaux, phénomènes permis par un contexte démographique, commercial et productif en pleine mutation. En premier lieu, les caractéristiques de la population humaine connaissent actuellement de profonds changements : d’une part, d’un point de vue purement quantitatif, la population mondiale a quadruplé au siècle dernier, augmente chaque année de 90 millions d’individus et devrait compter 8 milliards d’individus en 2030. D’autre part, elle est de plus en plus sensible aux pathogènes, affaiblie par le développement (population vieillissante et surmédicalisée du Nord) ou le sous-développement (sous-nutrition, malnutrition, immunodépression). Enfin, elle est de plus en plus mobile, avec la mobilité spatiale d’une personne moyenne multipliée par un facteur de plus de 1000 depuis 1800. Aujourd’hui les voyages internationaux concernent prêt de 700 millions voyageurs, un chiffre qui devrait atteindre 1 milliard de voyageurs en 2010. Ces déplacements sont de plus en plus rapides, et touchent un plus grand nombre de cultures et de destinations qui étaient inaccessibles il y a quelque temps.  L’explosion démographique s’accompagne d’une augmentation extraordinaire de la demande en produits animaux, avec des projections qui prévoient une augmentation annuelle de la demande en viande de volaille de 3.9 %, et entre 2 et 3 % pour les autres produits animaux jusqu’en 2020. Au total, la consommation mondiale de viande devrait progresser de 2% par an jusqu’en 2015. Cette augmentation de la demande en produits animaux serait presque exclusivement comblée par une augmentation de la production dans les pays en développement, baptisée la « Révolution élevage ».  La demande croissante en produits animaux incite à l’intensification des méthodes de production et à la densification géographique des élevages, principalement de volailles et de porcs. Elle a aussi conduit à la création de populations animales domestiques plus uniformes génétiquement, mais plus vulnérables aux pathogènes. Elle stimule également les échanges d’animaux et de produits animaux, qui deviennent de plus en plus volumineux, complexes et globaux. Le volume des exportations mondiales de viandes de bœuf, porc et volaille était estimé à 17.7 millions de tonnes en 2004, en augmentation de 5% par rapport à l’année précédente. La chute du coût unitaire du fret maritime (de presque 70 %) et du fret aérien (de 3 à 4 %) au cours des deux dernières décennies constitue un bon indicateur de la globalisation des échanges.  Les personnes, les animaux et leurs produits font aujourd’hui le tour de la terre plus vite que les durées d’incubation de la plupart des agents pathogènes connus. Les pathogènes se mondialisent… et l’on peut considérer que la grande majorité des maladies ont désormais acquis un caractère transfrontalier.   |