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La Banque mondiale intensifie ses efforts contre le paludisme en Afrique

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En Afrique, un enfant meurt toutes les 30 secondes du paludisme.

 

En République démocratique du Congo, 300 en meurent chaque jour.

 

Au Kenya, il est la cause d’un dĂ©cĂšs d’enfant sur quatre.

 

Cette maladie transmise par les moustiques, et pour laquelle il n'existe pas encore de vaccins, est le « principal tueur d’enfants africains » dans beaucoup de pays africains, selon Suprotik Basu, spĂ©cialiste de santĂ© publique Ă  la Banque mondiale. Elle a beau ĂȘtre totalement Ă©vitable et guĂ©rissable, elle constitue, selon ses propres termes, un « immense problĂšme » dans une bonne partie de l’Afrique subsaharienne, faute de mesures suffisantes pour empĂȘcher les moustiques vecteurs d'infecter des populations entiĂšres.

 

De ce fait, 34 pays du continent africain sont touchĂ©s, et 14 sont les pays du monde oĂč la charge du paludisme est la plus forte.

 

AccroĂźtre l’effort de prĂ©vention et de traitement

Il y a un an, la Banque mondiale a annoncĂ© qu’elle allait aider Ă  rĂ©duire de moitiĂ© les 850 000 dĂ©cĂšs dus au paludisme en Afrique d’ici Ă  2010. Aujourd’hui, Ă  l’occasion du sixiĂšme anniversaire de la JournĂ©e africaine du paludisme, elle donne suite Ă  cet engagement en annonçant une enveloppe globale de 500 millions de dollars pour des projets destinĂ©s Ă  accĂ©lĂ©rer les efforts de prĂ©vention et de traitement dans les pays du monde les plus durement touchĂ©s.

 

Quelque 405 millions de dollars ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© affectĂ©s aux quatre premiers projets, qui concernent l’ÉrythrĂ©e (2 millions de dollars EU), le Niger (10 millions de dollars EU), la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo (30 millions de dollars EU) et la Zambie (20 millions de dollars EU). Dix autres pays, et sans doute plus, seront concernĂ©s par la premiĂšre phase intensive, Ă©talĂ©e sur trois ans, de ce programme.

 

C’est un effort qui s’imposait depuis longtemps, selon Anne M. Pierre-Louis, spĂ©cialiste principale de la santĂ© et coordinatrice du Programme renforcĂ© de lutte contre le paludisme pour la Banque. « Il ne s’agit plus pour nous d’entreprendre seulement des activitĂ©s successives pour lutter contre le paludisme. Il s’agit de passer Ă  l’échelle supĂ©rieure pour avoir un impact », dit-elle.

 

La Banque met en Ɠuvre la StratĂ©gie mondiale et le Programme renforcĂ© de lutte contre le paludisme avec un certain nombre de partenaires, dont l’Organisation mondiale de la SantĂ©, l’UNICEF, le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, l’Agence des États-Unis pour le dĂ©veloppement international (USAID), et la fondation Bill et Melinda Gates.

 

Cette initiative a pour but d’atteindre au moins 60 % des groupes cibles suivants :

  • les personnes qui ont contractĂ© la maladie, pour faire en sorte qu’elles aient accĂšs Ă  un traitement appropriĂ© et d’un coĂ»t abordable dans les 24 heures qui suivent l’apparition des symptĂŽmes ;
  • les personnes Ă  risque, Ă  commencer par les enfants de moins de 5 ans, pour leur fournir les moyens voulus de protection individuelle, tels que les moustiquaires imprĂ©gnĂ©es d’insecticide ; et
  • l’ensemble des femmes enceintes, pour faire en sorte qu’elles aient accĂšs au traitement prĂ©ventif intermittent.

À l’horizon 2010, l’objectif du Programme renforcĂ© est d’empĂȘcher 80 % de la population Ă  risque de contracter la maladie, et d'appliquer Ă  80 % des personnes atteintes un traitement mĂ©dicamenteux efficace dans les 24 heures suivant l’apparition des symptĂŽmes. L’objectif Ă  l’horizon 2015 est de rĂ©duire les taux de mortalitĂ© de 75 % par rapport Ă  ce qu’ils Ă©taient en 2005.

 

« C’est un combat sur dix ans », note Gobind Nankani, vice-prĂ©sident de la Banque pour la RĂ©gion Afrique. « Notre objectif est la prĂ©vention, et faire en sorte que la population Ă  risque ait accĂšs dans le dĂ©lai voulu Ă  une aide mĂ©dicale. »

 

 

Moustiquaires et pulvérisations

Plusieurs formes de lutte antipaludique seront associĂ©es dans le cadre du Programme renforcĂ©, explique M. Basu, qui est Ă©pidĂ©miologiste de formation et qui, par une curieuse ironie du sort, a lui-mĂȘme contractĂ© la maladie, en Zambie, lors de la JournĂ©e du paludisme de 2005. Les moustiquaires imprĂ©gnĂ©es et les pulvĂ©risations permettront de tuer les moustiques dans les habitations et de rĂ©duire leur prĂ©sence dans le milieu ambiant ; et le traitement contre la maladie sera amĂ©liorĂ© par l’emploi de nouveaux mĂ©dicaments d’une efficacitĂ© accrue.

 

« On va s’en prendre Ă  cette maladie avec tous les moyens Ă  notre disposition dans les trois annĂ©es qui viennent afin de remettre Ă  zĂ©ro les valeurs de rĂ©fĂ©rence », souligne ce spĂ©cialiste, avant de passer en revue les moyens en question.

 

Les moustiquaires imprĂ©gnĂ©es d’insecticide protĂšgent les personnes durant leur sommeil : elles n’empĂȘchent pas toujours les moustiques de piquer, mais elles les tuent par contact s’ils se posent et enrayent ainsi la propagation du virus. Elles n’ont pas encore Ă©tĂ© utilisĂ©es Ă  grande Ă©chelle sur le continent africain, note M. Basu, mais des Ă©tudes ont mis en Ă©vidence une diminution gĂ©nĂ©rale de l’ampleur de la maladie, et une rĂ©duction d’un quart de la mortalitĂ© chez les enfants, si 60 % de la population d’une zone touchĂ©e dort sous des moustiquaires imprĂ©gnĂ©es d’insecticide, et le taux de mortalitĂ© chez les enfants pourrait ĂȘtre rĂ©duit d’un quart.

 

« Ce qu’on essaie de faire, c’est de franchir ces seuils critiques, afin que les moustiquaires protĂšgent non seulement les individus, mais aussi des villages entiers», dit-il, ajoutant que la pulvĂ©risation Ă  l’intĂ©rieur des habitations est particuliĂšrement efficace. Mais si l’Inde et l’Asie de l’Est disposent de dizaines d’annĂ©es d’expĂ©rience dans ce domaine, la technique n’a pas Ă©tĂ© employĂ©e de maniĂšre intensive en Afrique.

 

PulvĂ©riser un insecticide sur les murs intĂ©rieurs des habitations est efficace lorsque les moustiques porteurs de la maladie se reposent Ă  l’intĂ©rieur –  en effet, une fois qu’ils ont piquĂ©, les moustiques restent Ă  l’intĂ©rieur. « Si vous pulvĂ©risez Ă  l’intĂ©rieur, vous constaterez une absence de moustiques dans le jour qui suit, et les effets durent plusieurs mois», indique Basu.

 

« Un grand nombre de nos clients nous disent de mettre plus l’accent sur la pulvĂ©risation qu’on ne l’a fait dans le passĂ©. La pulvĂ©risation est tombĂ©e en dĂ©suĂ©tude ces 15 ou 20 derniĂšres annĂ©es du fait de toute la controverse entourant le DDT, qui est un insecticide parmi plusieurs autres utilisĂ©s pour pulvĂ©riser. La communautĂ© internationale est en train d’évaluer plusieurs possibilitĂ©s : pulvĂ©risation et autres approches. Il n’existe pas de dogme en la matiĂšre, il s’agit plutĂŽt d’une problĂ©matique et de choix au niveau des pays.»

 

 

Traitement médical

Selon l’Organisation mondiale de la SantĂ©, les mĂ©dicaments couramment utilisĂ©s pour l’effort de prĂ©vention et de traitement sont la chloroquine et la sulfadoxine-pyrimĂ©thamine. Ils sont bon marchĂ© (quelques centimes par dose), mais de moins en moins efficaces contre les parasites du paludisme, souligne ce spĂ©cialiste.

 

C’est pourquoi le Programme renforcĂ© va aider les pays Ă  pouvoir recourir au traitement basĂ© sur les associations thĂ©rapeutiques Ă  base d'artĂ©misinine (ACT), qui sont 15 Ă  20 fois plus chĂšres que la chloroquine : le traitement revient Ă  80 cents par enfant, et se chiffre entre 1,25 et 1,50 dollar pour un adulte — une dĂ©pense non nĂ©gligeable dans les pays pauvres.

« Maintenant que nous avons les nouveaux mĂ©dicaments, l’enjeu est : Comment allez-vous pouvoir vous les permettre ? Et comment allez-vous les diffuser ? Les ressources sont toujours limitĂ©es, et il y a parfois des compromis difficiles, les pays de pouvant pas tout faire partout» indique AgnĂšs Soucat, Ă©conomiste principal pour la RĂ©gion Afrique Ă  la Banque mondiale. AgnĂšs Soucat dirige le Programme renforcĂ© en Ethiopie et au Rwanda.

 

La mise en Ɠuvre du Programme renforcĂ© dans les pays sera assurĂ©e par les pouvoirs publics et aussi, dans bien des cas, par les organisations non gouvernementales, dit-il encore. Mais la Banque travaillera Ă©galement avec le secteur privĂ© pour mettre les diffĂ©rents moyens — moustiquaires, pulvĂ©risations, mĂ©dicaments — Ă  la disposition du plus grand nombre possible de personnes.

 

« Le champ d’action des gouvernements est limitĂ© mais, comme dans tous les projets de la Banque, ce n’est pas parce que le champ d’action des gouvernements est limitĂ© qu’on va s’arrĂȘter. Ce qu’on essaie de faire, c’est de trouver les moyens de dĂ©passer leur champ d’action », dit M. Basu.

 

« La plupart des gens se font traiter dans le secteur privé : 70 Ă  80 % de tous les malades atteints du paludisme ne voient jamais le personnel d’un centre public. Si nous suivons seulement une stratĂ©gie de secteur public, nous n’avons un impact que sur 20 % de la population, ce qui n’est pas une trĂšs bonne approche. On doit donc trouver les moyens d’amener le vendeur de mĂ©dicaments du coin de la rue au NigĂ©ria Ă  stocker les mĂ©dicaments voulus. Au NigĂ©ria, on essaie de fait de travailler avec les vendeurs de mĂ©dicaments brevetĂ©s — ces marchands des rues — pour s’assurer qu’ils aient les stocks appropriĂ©s, que leurs mĂ©dicaments soient subventionnĂ©s, et qu’ils n’écoulent pas de produits de contrefaçon. »

 

Pour Eva Jarawan, spĂ©cialiste principale de la santĂ© qui s’occupe du projet de lutte antipaludique entrepris au NigĂ©ria dans le cadre du Programme renforcĂ©, ce programme est une occasion pour la Banque de s’attaquer au problĂšme gĂ©nĂ©ral de la mortalitĂ© infantile en Afrique. « Le paludisme, du fait que c’est l’une des causes majeures de mortalitĂ© infantile, constitue une ouverture Ă©vidente, mais nous allons aussi aider les pays Ă  s’attaquer au problĂšme de la santĂ© infantile d’une maniĂšre plus large », dit-elle.

 

Mme Pierre-Louis ajoute en conclusion que la Banque tirera parti des liens qu’elle a forgĂ©s avec les pays africains pour veiller Ă  ce que le Programme renforcĂ© soit viable sur le long terme. Elle les encouragera pour cela Ă  consacrer, dans leurs futurs budgets, des ressources toujours plus importantes Ă  la lutte contre le paludisme et, d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, Ă  la santĂ© publique, objectifs que la Banque considĂšrent essentiels dans les efforts de rĂ©duction de la pauvretĂ©s.

 




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