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Conversation avec le Dr. François Le Gall

Transcription, vidéos et audio

 

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1- Quelle est l’origine de la grippe aviaire ? Pourquoi y-a-t-il tant de dégâts chez les volailles ? Les oiseaux sauvages semblent moins affectés, pourquoi ?

On connaît depuis longtemps les virus grippaux chez les oiseaux. Ce virus H5N1 est un descendant du virus qui a été responsable d’une épidémie aviaire à Hongkong avec quelques cas humains en 1997. Il a ensuite fait l’objet de plusieurs échanges génétiques avec d’autres virus grippaux jusqu’à ce qu’émerge un génotype particulier du H5N1 dit Z.  C’est son extension géographique et sa virulence chez certains oiseaux domestiques qui est totalement inédite et qui fait parler aujourd’hui non plus d’épizootie mais de panzootie.

 

Avec la globalisation, les pathogènes circulent plus vite, plus loin, et sont l’objet de brassages génétiques leur permettant d’acquérir de nouveaux facteurs d’adaptabilité ou de virulence, ou les deux à la fois.  Les espèces animales domestiques, elles, du fait des croissements répétés opérés à des fins de productivité, sont de plus en plus performantes mais de plus en plus fragiles et susceptibles aux pathogènes. La demande croissante en produits animaux pousse les pays producteurs à intensifier leurs productions et on estime que d’ici à 2020 la production aura doublé et que celle-ci sera presque exclusivement assurée par les pays en développement : c’est ce que les auteurs on appelé la Révolution Elevage .  Si bien que quand ces trois phénomènes se rencontrent – des pathogènes très virulents qui affectent des populations denses d’animaux très sensibles - on a des effets similaires à ceux que nous observons en ce moment avec l’épizootie d’influenza aviaire hautement pathogène, ou grippe aviaire.   

 

La plupart des oiseaux sauvages sont pas ou très peu affectés. Ils constituent le réservoir sauvage de la maladie. On ne peut pas, dans ce cas de figure précis, agir sur le réservoir trop vaste et trop mobile. Les animaux de basse-cour, les poulets et les dindons – à l’exception des canards – sont la cible réceptive et sensible. Ils accusent des mortalités très importantes, et il n’est pas rare de constater des mortalités de 100% dans les élevages intensifs à forte concentration d’animaux. Une troisième catégorie est représentée par les espèces peu réceptives : c’est le cas de l’homme pour lequel on enregistre très peu de cas au regard des contacts importants qui existent entre l’homme et les espèces domestiques sensibles. Par contre, l’homme est très sensible puisque sur les 191 cas répertoriés au 4 avril 2006, 108 en sont morts.  C’est donc bien une zoonose.  

 

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L'origine du virus

1m08Français

La révolution élevage

1m22Français

The evolution of the disease

45sEnglish

  

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2- Le passage à l’homme n’est donc pas facile. Que peut-on dire donc sur les risques de mutations ? Du risque de pandémie ?

Le virus fait partie d’une famille particulière dont le génome, le matériel génétique, est segmenté en huit segments, et il est courant que lors des infections et lorsque le virus se multiplie, on dit qu’il se réplique, il échange des segments avec d’autres virus du même groupe : on appelle cela des réassortiments génétiques   (fréquence de 3 à 1000 fois plus élevée que les mutations classiques).  Il peut ainsi être brutalement l’objet de modifications génétiques importantes et acquérir des caractéristiques nouvelles. Ce virus a également la possibilité de subir des recombinaisons entre ses segments et, comme beaucoup d’autre virus des mutations génétiques du fait des erreurs de lecture qui ont lieu pendant la réplication, mais ces évènements sont moins fréquents. Ce que les experts craignent ce sont des réassortiments entre les souches hautement pathogènes animales (aviaires) et les souches hautement contagieuses humaines (grippe saisonnière), à l’occasion d’infections croisées – chez l’homme ou chez le porc – qui pourraient donner naissance à une nouvelle souche extrêmement pathogène et contagieuse pour l’homme : le fameux virus pandémique. 

 

Donc personne n’est aujourd’hui en mesure de prédire l’apparition d’une éventuelle pandémie, mais même si la probabilité d’apparition est faible, les répercussions seraient telles qu’il est préférable de s'y préparer.

 

Il est extrêmement important de comprendre que plus le virus circulera dans les élevages, plus il sera susceptible de subir des modifications génétiques et qu’il est donc crucial de combattre la maladie à sa source animale, pour prévenir ou limiter ce phénomène d’accumulation de changements génétiques. (Nous y reviendrons quand nous parlerons des mesures à prendre).  

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Un virus pandémique

2m11Français

Tackling the virus at its animal source

45sEnglish

 

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3- Est-ce donc ce que l’on appelle une zoonose ? En existe-il d’autres ? 

Une zoonose est une maladie commune aux animaux et aux hommes. Il en existe des centaines et environ 150 qui ont un intérêt primordial pour la santé publique. Certaines sont connues depuis l’antiquité comme la Rage (c’est une zoonose au sens strict) ou le Charbon (encore appelé Anthrax qui est une maladie tellurique commune à l’homme et aux animaux). La plupart des maladies émergentes de manifestation récente sont d’origine animale et disposent, pour la quasi-totalité d’entres elles, d’un potentiel zoonotique. Le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), la maladie de la vache folle (ESB), le virus du Nil Oriental, la grippe aviaire actuelle, pour ne citer que celles-ci.  Pour vous donner une idée de l’importance des zoonoses : 60 % des pathogènes humains sont zoonotiques, 75% des maladies émergentes sont zoonotiques, 80% des pathogènes qui ont un potentiel pour le bioterrorisme sont zoonotiques. Un ensemble de facteurs convergent pour créer ce que les scientifiques appellent une "<tempête microbiologique" avec, dans l’œil du cyclone, les zoonoses. Les effets de la globalisation ne feront qu’accentuer ce phénomène.

 

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Pathogen storm

1mEnglish

 

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4- Qu’elle est l’étendue géographique actuelle ? Peut-on prédire l’évolution de la diffusion du virus? On parlé du rôle que jouaient les oiseaux migrateurs : existe-il d’autres sources de diffusion du virus ?

Depuis son origine asiatique, la maladie a franchi trois continents, dont l’Afrique. La maladie continue donc à progresser et les experts pensent que, malheureusement, cette progression va se poursuivre et devrait même atteindre le nord du continent américain dans 6 à 12 mois du fait des migrations d’oiseaux.   Les oiseaux migrateurs jouent un rôle très important dans la diffusion du virus, notamment sur de très longues distances.  Mais vous faites bien de poser la question sur les autres voies possibles de diffusion, puisque le schéma actuel de développement de l’épizootie ne colle pas avec une contamination strictement liée aux migrateurs.  Les mouvements incontrôlés ou illégaux d’animaux et de leurs produits sont également responsables de cette diffusion.   On comprend ici toute la difficulté de contrôler cette diffusion sans la mise en place de mesures appropriées de surveillance.

 

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L'étendue géographique

1m26Français

A strong system of surveillance is needed

35sEnglish

 

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5- Justement, quelles sont les mesures préconisées pour éviter l’introduction du virus ou sa propagation une fois que le pays est atteint? On a parlé d’abattage et de vaccination chez les animaux ?

Il s’agit principalement de mesures sanitaires mises en œuvre par les Services Vétérinaires des pays.  Ces mesures, directement liées à l’épidémiologie de la maladie sont très précises et standardisées, et il existe des normes internationales établies par l’OIE qui, lorsqu’elles sont appliquées à la lettre, permettrent de prévenir ou de limiter dans les meilleures conditions la progression de la maladie. A chaque fois que cela est possible on préconise une prophylaxie dite sanitaire, avec surveillance des zones à risques, et lorsqu' un foyer est détecté, des mesures de contrôle du foyer avec délimitation de périmètres, abattage des animaux infectés et suspects, désinfection des bâtiments, contrôle strict des mouvements – hommes/animaux/produits/matériel –, mesures de biosécurité dans les fermes, les marchés, etc., et éventuellement vaccination des animaux sains en périphérie du foyer.  C’est de loin la meilleure façon de s’assurer que l’on maîtrise la situation et de s’orienter vers l’éradication du virus dans les élevages. Lorsque ce n’est pas ou plus possible, on a alors recours aux mesures dites de prophylaxie médicale. Dans le cas précis de la grippe aviaire et dans les situations où on ne contrôle plus les foyers et que la maladie progresse ou, pire, lorsque l’on est en situation endémique, on a alors besoin de faire recours à la vaccination sinon de masse au moins stratégique dans le but de limiter la charge virale dans l’environnement. Il est dans ce cas important de mettre en place une surveillance épidémiologique post-vaccinale pour suivre l’évolution et la circulation du virus sauvage (à différencier du virus vaccinal). Lorsque l’on reprend contrôle de la situation, on peut repasser en mode sanitaire. Et après un laps de temps, si aucun nouveau foyer n’est déclaré le pays peut retrouver son statut indemne de la maladie ce qui est crucial pour les pays qui exportent leurs produits.   Donc ce n’est pas abattage ou vaccination mais des mesures prises en fonction de la maladie, de son évolution et des capacités propres à chaque pays. Cela peut vous paraître un peu compliqué, mais encore une fois ces mesures sont extrêmement bien codifiées par l’OIE sur la base de donnés scientifiques rigoureuses et il est fortement recommandé de se référer à l’OIE à chaque fois que l’on a un doute sur la marche à suivre.   

 

Le message clé à faire passer est que tout repose sur la détection précoce et une réponse rapide. Chaque minute compte. Et plus en reconnaît la maladie tôt, plus tôt on met en place les mesures préconisées et plus on a de chance de contenir la maladie. Cela repose essentiellement sur une chaîne de commande unique des Services vétérinaires officiels. Le dispositif d’alerte commence au stade de l’éleveur qui s’il est bien formé et informé sur les symptômes de la maladie pour pouvoir la reconnaître et sur le fait qu’il sera justement indemnisé en cas d’abattage, contacte le vétérinaire public ou privé de proximité pour une analyse de la situation. En cas de suspicion, celui-ci contacte l’autorité vétérinaire qui dépêche une équipe sur le foyer suspect qui peut déclarer une zone d’interdiction et mettre en place les mesures évoquées à l’instant. La confirmation vient après, une fois que les laboratoires de référence produisent leurs résultats. Un point également essentiel est la déclaration de la maladie à l’OIE qui dispose d’un réseau d’alerte précoce global permettant d’informer tous les pays des cas de foyers déclarés. Ce réseau est lié dans le cas des maladies zoonotiques au réseau de l’OMS. C’est le GLEWS.

 

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Les mesures sanitaires

1m26Français

Prophylaxie animale

1m46Français

How to control de spread of the disease?

1m10English

 

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6- Vous avez mentionné l’indemnisation aux éleveurs : s’agit-il de la compensation dont tout monde parle ? Ou d’une aide destinée à aider les éleveurs touchés ?

Oui, c’est exact. J’ai fait allusion à la compensation des propriétaires d’animaux chez lesquels des abattages d’urgence ont dû être conduits. C’est un élément tout à fait essentiel puisque l’on ne peut pas demander aux éleveurs, les premières sentinelles du dispositif de surveillance rappelons-le, de déclarer volontairement leurs animaux malades sans être en mesure de leur assurer une compensation à la destruction de leurs animaux. C’est donc fondamental et l’on ne peut pas dissocier l’abattage de la compensation. Mais sa mise en œuvre pose de nombreuses difficultés.  Il faut pouvoir établir un taux, ni trop bas, ni trop haut par rapport à la valeur de remplacement des animaux sinon toutes sortes de distorsions peuvent apparaître. Il faut pouvoir le communiquer en s’assurant que le message sera bien compris et par tous.  Il faut pouvoir mettre en œuvre les mesures de suivi et s’assurer que l’argent revienne effectivement à ceux qui ont honnêtement déclaré la maladie. Il faut pouvoir enfin encourager les déclarations précoces.   Il reste beaucoup à faire et à apprendre dans ce domaine, puisque les modèles – loin d’être parfaits par ailleurs – nous viennent des pays développés qui n’ont pas les mêmes contraintes que celles des pays avec lesquels nous travaillons.   

 

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Indemnisation et compensation des éleveurs

1m14Français

How to compensate livestock owners?

1m25English

 

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7- Et d’antiviraux et de vaccins chez l’homme ?

Je ne suis pas spécialiste de la question, mais il est connu que les AV ne sont pas très efficaces et qu’ils n’agissent en général bien que lorsqu’ils sont utilisés au tout début de l’infection pour en diminuer les symptômes.  Quant à la vaccination, elle pose elle aussi beaucoup de problèmes puisque la production de masse ne pourra démarrer que lorsque le virus pandémique apparaîtra, ce qui n'est pas le encore le cas.  

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8- Et la communication ?

Elle est absolument cruciale à toutes les étapes et pour toutes les catégories – politique, Ministères sectoriels, communautés rurales, etc.   Il faut la considérer comme une composante à part entière des programmes de prévention et de contrôle. Avec une bonne stratégie de communication on peut éviter des morts inutiles en informant les populations du risque de manipuler des animaux malades, particulièrement dans le cas des enfants ou des ménagères au moment de plumer les oiseaux infectés par exemple.  On peut également éviter des effets de panique, comme dans le cas de la vache folle en Europe, ou encore éviter que toute l’attention et les ressources ne soient dirigées sur la production de vaccins humains … au détriment des actions vétérinaires.

 

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La communication est essentielle

1mFrançais

It is important to have a good communication strategy

1m25English

 

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9- Quelles sont les institutions clé et leur rôle ? L’OIE est souvent citée, vous y avez vous-même fait référence, mais elle est en fait peu connue ?

Il y a de nombreux partenaires impliqués sur ce dossier. En premier lieu les gouvernements eux-mêmes, avec les différents ministères impliqués (agriculture/élevage, santé, communication, finances…) et leur partenaires privés et associatifs – on ne parle pas assez du rôle clé des organisations d’éleveurs -, les agences techniques spécialisées onusiennes - la FAO et l’OMS, l’UNICEF pour ne citer que celles-ci -, les bailleurs de fonds et les ONGs.  Mais c’est un fait que dans ce dispositif complexe, l’Organisation mondiale pour la santé animale, l’OIE, occupe une place tout à fait unique et je dirais centrale.

 

La Banque mondiale et la communauté internationale ont reconnu qu'il est essentiel de disposer de Services vétérinaires de qualité non seulement pour maîtriser la crise actuelle de l'influenza aviaire mais aussi pour détecter rapidement l'apparition d'autres maladies émergentes et intervenir rapidement. De plus, les pays riches ont admis le caractère prioritaire du soutien en faveur des Services vétérinaires dans les pays en développement et en transition, non seulement pour favoriser le développement dans le monde mais aussi pour se protéger contre la propagation à l'échelle planétaire des maladies animales et des zoonoses. Tout cela explique pourquoi les activités menées par les Services vétérinaires sont désormais reconnues comme un Bien public international. Et l'OIE s'est engagée à produire des normes internationales pour assurer la qualité des Services vétérinaires et pour aider ses 167 pays membres à les appliquer.

 

De plus, ces dernières années, l’OIE a considérablement renforcé ses partenariats avec les agences techniques spécialisées (FAO, OMS), les représentants du secteur privé (notamment avec l’initiative SSAFE), les bailleurs de fonds (la BM notamment), les gouvernements (à travers les représentants officiels des pays membres, les CVO), les ONGs, et œuvré pour renforcer la collaboration entre les autorités vétérinaires et médicales. 

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10- Qui est en charge de la coordination ? Les NU ont désigné un coordinateur ?

Je crois que la première chose à préciser, c’est que l’on attend que dans chaque pays un effort important soit fait en matière de coordination afin de rassembler toutes les parties prenantes autour d’un objectif commun : celui d’établir le plus rapidement possible une bonne stratégie de communication et de la mettre en œuvre, de détecter et de répondre le plus rapidement possible à des foyers animaux par des actions vétérinaires classiques que j’ai évoquées à l’instant, de protéger les populations exposées, de se préparer à une éventuelle pandémie. C’est d’autant plus important dans ce cas puisque les mesures à mettre en œuvre impliquent la collaboration entre plusieurs ministères, agences techniques spécialisées, bailleurs de fonds, secteurs public et privé confondus, et même gouvernements des pays voisins, du fait du caractère trans-frontalier de la maladie. Cela ne veut pas dire que ce sera facile, surtout dans les situations d’urgence ou tout le monde reprend ses bonnes – ou mauvaises – habitudes de travailler en isolation…

 

Au niveau global, les NU ont désigné pour le système des NU un coordinateur grippe aviaire avec lequel la Banque, à qui il a été demandé également de participer à la coordination au niveau international, collabore étroitement bien entendu.

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11- Le rôle de la Banque mondiale ?

La Banque mondiale a co-sponsorisé Genève et Pékin. Elle a préparé un cadre global opérationnel et financier sous la forme d’une facilité à hauteur de 500 millions de dollars EU avec des procédures accélérées d’instruction des projets pays grippe aviaire.  Le menu technique proposé reprend les recommandations des trois sœurs (OIE, FAO, OMS). Conformément aux principes de Genève et Pékin, elle appuie une démarche multisectorielle conduite par les pays, appuyés techniquement par les agences spécialisées et financièrement  par les bailleurs de fonds. 

 

La Banque mondiale est activement impliquée avec ses partenaires à appuyer les pays dans leur préparation de plan intégré de réponse à la grippe aviaire qui pour certains d’entres eux déboucheront sur des projets d’investissement.  Mais il est fort probable que des appuis au niveau régional soient également nécessaires pour prendre en compte les aspects transfrontaliers et pour des raisons d’économie d’échelle ou d’intégration régionale.

 

Je l’ai dit tout à l’heure, la Banque mondiale va gérer le fonds fiduciaire multi bailleurs global grippe aviaire.

 

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The role of the World Bank

1m25English

 

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12- Justement, quels sont les moyens disponibles ?  La Conférence de Genève ? Les résultats de Pékin ? La Conférence de Vienne en préparation ?

La Conférence de Genève en novembre 2005 a permis de s’entendre sur les principes généraux d’intervention. Je crois que c’était la première fois que les trois sœurs parlaient d’une même voie. Le message était que la meilleure façon de prévenir une pandémie c’est de contrôler le virus à sa source animale. La clé est la détection précoce et la réponse rapide et cela implique des Services vétérinaires efficaces. En même temps, il est important de se préparer pour une pandémie. On a également insisté sur le caractère de Bien Public International des actions de prévention et de contrôle contre la grippe aviaire.    

 

La communauté internationale s’est mobilisée, on l’a vu à l’occasion de la Conférence de Pékin pour appuyer les pays à l’époque jugés les plus à risques et 1.9 milliards de dollars EU ont fait l’objet d’engagement financier envers la lutte contre la grippe aviaire. La Banque a participé à hauteur de 500 millions et s’est vue confier la responsabilité de la gestion d’un fonds fiduciaire global. On l’a également fortement sollicitée pour qu’elle continue à jouer un rôle dans la coordination globale de l’aide.  Le point sur ses engagements et la réévaluation des besoins feront l’objet des discussions de la Conférence de Vienne en juin prochain.  

 

Donc pour résumer : globalement l’engagement politique existe ; nous disposons d’un cadre consensuel bien établi au plan technique ; la coordination, qui est essentielle, n’est pas toujours aisée, et nous travaillons tous à ce que nos efforts soient davantage coordonnés ; et financièrement les bailleurs de fonds se sont mobilisés.   Mais des ressources additionnelles seront nécessaires au fur et à mesure de la progression de l’épizootie et plus particulièrement pour l’Afrique. 

 

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13- L’Afrique représente-t-elle un défi particulier ?

Je le pense sincèrement, et je ne suis pas le seul…

La multiplicité des crises sur tous les continents, leur impact – en particulier en terme d’augmentation de la pauvreté et d’insécurité alimentaire dans tous les PVD - et leur coût justifient pleinement que la prévention et le contrôle des maladies animales soient considérés comme un Bien Public International et un moyen d’atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement.

On estime qu’en Afrique 200 millions de pauvres dépendent de l’élevage pour leur survie. Cette population pauvre est très exposée à un grand nombre de maladies animales du fait d’une pression pathologique forte et d’une capacité de contrôle faible.  Ces maladies peuvent à leur tour les exposer à d’autres risques du type économique, social, environnemental, ou même politique. Compte tenu de l’importance de l’élevage pour ces populations pauvres et de la mise en péril de leurs moyens de subsistance engendrée par les maladies animales ayant une incidence sur la productivité des élevages et sur la santé humaine, tous les programmes visant à contrôler et éradiquer ces maladies aux conséquences graves pour les franges les plus pauvres de la population humaine auront un impact majeur et direct sur la réduction de la pauvreté.

 

La Banque mondiale s’est donc engagée à Doha à appuyer, en collaboration avec ses partenaires, des programmes de renforcement des capacités nationales des pays en développement. Cet engagement s’est traduit par un accord de don entre la Banque mondiale et l’OIE avec pour objectif de renforcer la gouvernance sanitaire globale et d’étudier les contours d’un mécanisme de financement durable et global pour des fonds d’urgence et/ou de compensation. La création d’un fonds global pour appuyer les pays dans leurs efforts de réponse rapide en cas de foyers, y compris pour l’indemnisation des éleveurs, serait de l’intérêt de tous les pays, y compris ceux de l’OCDE qui devraient y voir une protection de leurs cheptels et population contre les épizooties et zoonoses en provenance des pays en développement.

 

Certains experts redoutent en effet une implantation durable de la grippe aviaire en Afrique créant ainsi un énorme foyer permanent au sud de l’Europe qui a ainsi le double devoir de se mobiliser : par un nécessaire souci humanitaire et de collaboration scientifique et médicale sur l’émergence d’une pandémie, et par mesure de protection de ses propres élevages.   La solidarité Nord/Sud n’a jamais été aussi nécessaire. Il reste qu’au-delà de la grippe aviaire, les maladies émergentes animales, pour les  ¾ zoonotiques, vont devenir de plus en plus présentes dans le paysage mondial.  La communauté internationale devra de plus en plus s’investir dans un système global de prévention et de contrôle des maladies animales. 

Audio    

L'afrique - un défi particulier

3m45Français

 

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14- Que faudrait-il faire de plus ?

Tout d’abord, je le répète, c’est le devoir et l’intérêt des pays riches d'appuyer les pays pauvres à bâtir ou rebâtir des systèmes vétérinaires durables, reposant sur une administration efficace s’appuyant sur un réseau de vétérinaires ruraux privés dense et bien motivé sur des éleveurs bien formés et organisés dans le domaine sanitaire.   On estime qu’environ une centaine de pays ne dispose pas encore des législations vétérinaires ni de structures administratives et financières appropriées pour affronter, si nécessaire, une telle infection sans un appui international à la fois scientifique, technique et financier. Le coût mondial d’un tel programme est bien moins élevé et bien plus efficace que la gestion des crises répétées de dimension globale…

 

Finalement, ce dont il est question c’est de renforcer le dispositif global de gouvernance vétérinaire en agissant aux différents niveaux géographique, national, régional et international.  Au centre de ce dispositif, se trouve l’OIE dont c’est la mission et que nous appuyons parce que nous pensons qu’elle est l’institution la mieux placée et la plus légitime – de fait de son statut - pour jouer ce rôle et amener les partenaires à  travers les collaborations qu’elle a su mettre en place avec les gouvernements, le secteur privé, les universités, les bailleurs de fonds, et les autres agences spécialisées comme la FAO ou l’OMS, à collaborer autour d’un objectif commun : la sécurité sanitaire de la planète…

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