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Conversation avec le Dr. François Le Gall

 

***

 

1- Quelle est l’origine de la grippe aviaire ? Pourquoi y-a-t-il tant de dĂ©gĂąts chez les volailles ? Les oiseaux sauvages semblent moins affectĂ©s, pourquoi ?

On connaĂźt depuis longtemps les virus grippaux chez les oiseaux. Ce virus H5N1 est un descendant du virus qui a Ă©tĂ© responsable d’une Ă©pidĂ©mie aviaire Ă  Hongkong avec quelques cas humains en 1997. Il a ensuite fait l’objet de plusieurs Ă©changes gĂ©nĂ©tiques avec d’autres virus grippaux jusqu’à ce qu’émerge un gĂ©notype particulier du H5N1 dit Z.  C’est son extension gĂ©ographique et sa virulence chez certains oiseaux domestiques qui est totalement inĂ©dite et qui fait parler aujourd’hui non plus d’épizootie mais de panzootie.

 

Avec la globalisation, les pathogĂšnes circulent plus vite, plus loin, et sont l’objet de brassages gĂ©nĂ©tiques leur permettant d’acquĂ©rir de nouveaux facteurs d’adaptabilitĂ© ou de virulence, ou les deux Ă  la fois.  Les espĂšces animales domestiques, elles, du fait des croissements rĂ©pĂ©tĂ©s opĂ©rĂ©s Ă  des fins de productivitĂ©, sont de plus en plus performantes mais de plus en plus fragiles et susceptibles aux pathogĂšnes. La demande croissante en produits animaux pousse les pays producteurs Ă  intensifier leurs productions et on estime que d’ici Ă  2020 la production aura doublĂ© et que celle-ci sera presque exclusivement assurĂ©e par les pays en dĂ©veloppement : c’est ce que les auteurs on appelĂ© la RĂ©volution Elevage .  Si bien que quand ces trois phĂ©nomĂšnes se rencontrent – des pathogĂšnes trĂšs virulents qui affectent des populations denses d’animaux trĂšs sensibles - on a des effets similaires Ă  ceux que nous observons en ce moment avec l’épizootie d’influenza aviaire hautement pathogĂšne, ou grippe aviaire.   

 

La plupart des oiseaux sauvages sont pas ou trĂšs peu affectĂ©s. Ils constituent le rĂ©servoir sauvage de la maladie. On ne peut pas, dans ce cas de figure prĂ©cis, agir sur le rĂ©servoir trop vaste et trop mobile. Les animaux de basse-cour, les poulets et les dindons – Ă  l’exception des canards – sont la cible rĂ©ceptive et sensible. Ils accusent des mortalitĂ©s trĂšs importantes, et il n’est pas rare de constater des mortalitĂ©s de 100% dans les Ă©levages intensifs Ă  forte concentration d’animaux. Une troisiĂšme catĂ©gorie est reprĂ©sentĂ©e par les espĂšces peu rĂ©ceptives : c’est le cas de l’homme pour lequel on enregistre trĂšs peu de cas au regard des contacts importants qui existent entre l’homme et les espĂšces domestiques sensibles. Par contre, l’homme est trĂšs sensible puisque sur les 191 cas rĂ©pertoriĂ©s au 4 avril 2006, 108 en sont morts.  C’est donc bien une zoonose.  

 

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L'origine du virus

1m08Français

La révolution élevage

1m22Français

The evolution of the disease

45sEnglish

  

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2- Le passage Ă  l’homme n’est donc pas facile. Que peut-on dire donc sur les risques de mutations ? Du risque de pandĂ©mie ?

Le virus fait partie d’une famille particuliĂšre dont le gĂ©nome, le matĂ©riel gĂ©nĂ©tique, est segmentĂ© en huit segments, et il est courant que lors des infections et lorsque le virus se multiplie, on dit qu’il se rĂ©plique, il Ă©change des segments avec d’autres virus du mĂȘme groupe : on appelle cela des rĂ©assortiments gĂ©nĂ©tiques   (frĂ©quence de 3 Ă  1000 fois plus Ă©levĂ©e que les mutations classiques).  Il peut ainsi ĂȘtre brutalement l’objet de modifications gĂ©nĂ©tiques importantes et acquĂ©rir des caractĂ©ristiques nouvelles. Ce virus a Ă©galement la possibilitĂ© de subir des recombinaisons entre ses segments et, comme beaucoup d’autre virus des mutations gĂ©nĂ©tiques du fait des erreurs de lecture qui ont lieu pendant la rĂ©plication, mais ces Ă©vĂšnements sont moins frĂ©quents. Ce que les experts craignent ce sont des rĂ©assortiments entre les souches hautement pathogĂšnes animales (aviaires) et les souches hautement contagieuses humaines (grippe saisonniĂšre), Ă  l’occasion d’infections croisĂ©es – chez l’homme ou chez le porc – qui pourraient donner naissance Ă  une nouvelle souche extrĂȘmement pathogĂšne et contagieuse pour l’homme : le fameux virus pandĂ©mique. 

 

Donc personne n’est aujourd’hui en mesure de prĂ©dire l’apparition d’une Ă©ventuelle pandĂ©mie, mais mĂȘme si la probabilitĂ© d’apparition est faible, les rĂ©percussions seraient telles qu’il est prĂ©fĂ©rable de s'y prĂ©parer.

 

Il est extrĂȘmement important de comprendre que plus le virus circulera dans les Ă©levages, plus il sera susceptible de subir des modifications gĂ©nĂ©tiques et qu’il est donc crucial de combattre la maladie Ă  sa source animale, pour prĂ©venir ou limiter ce phĂ©nomĂšne d’accumulation de changements gĂ©nĂ©tiques. (Nous y reviendrons quand nous parlerons des mesures Ă  prendre).  

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Un virus pandémique

2m11Français

Tackling the virus at its animal source

45sEnglish

 

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3- Est-ce donc ce que l’on appelle une zoonose ? En existe-il d’autres ? 

Une zoonose est une maladie commune aux animaux et aux hommes. Il en existe des centaines et environ 150 qui ont un intĂ©rĂȘt primordial pour la santĂ© publique. Certaines sont connues depuis l’antiquitĂ© comme la Rage (c’est une zoonose au sens strict) ou le Charbon (encore appelĂ© Anthrax qui est une maladie tellurique commune Ă  l’homme et aux animaux). La plupart des maladies Ă©mergentes de manifestation rĂ©cente sont d’origine animale et disposent, pour la quasi-totalitĂ© d’entres elles, d’un potentiel zoonotique. Le syndrome respiratoire aigu sĂ©vĂšre (SRAS), la maladie de la vache folle (ESB), le virus du Nil Oriental, la grippe aviaire actuelle, pour ne citer que celles-ci.  Pour vous donner une idĂ©e de l’importance des zoonoses : 60 % des pathogĂšnes humains sont zoonotiques, 75% des maladies Ă©mergentes sont zoonotiques, 80% des pathogĂšnes qui ont un potentiel pour le bioterrorisme sont zoonotiques. Un ensemble de facteurs convergent pour crĂ©er ce que les scientifiques appellent une "<<b style="mso-bidi-font-weight: normal" />tempĂȘte microbiologique" avec, dans l’Ɠil du cyclone, les zoonoses. Les effets de la globalisation ne feront qu’accentuer ce phĂ©nomĂšne.

 

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Pathogen storm

1mEnglish

 

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4- Qu’elle est l’étendue gĂ©ographique actuelle ? Peut-on prĂ©dire l’évolution de la diffusion du virus? On parlĂ© du rĂŽle que jouaient les oiseaux migrateurs : existe-il d’autres sources de diffusion du virus ?

Depuis son origine asiatique, la maladie a franchi trois continents, dont l’Afrique. La maladie continue donc Ă  progresser et les experts pensent que, malheureusement, cette progression va se poursuivre et devrait mĂȘme atteindre le nord du continent amĂ©ricain dans 6 Ă  12 mois du fait des migrations d’oiseaux.   Les oiseaux migrateurs jouent un rĂŽle trĂšs important dans la diffusion du virus, notamment sur de trĂšs longues distances.  Mais vous faites bien de poser la question sur les autres voies possibles de diffusion, puisque le schĂ©ma actuel de dĂ©veloppement de l’épizootie ne colle pas avec une contamination strictement liĂ©e aux migrateurs.  Les mouvements incontrĂŽlĂ©s ou illĂ©gaux d’animaux et de leurs produits sont Ă©galement responsables de cette diffusion.   On comprend ici toute la difficultĂ© de contrĂŽler cette diffusion sans la mise en place de mesures appropriĂ©es de surveillance.

 

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L'étendue géographique

1m26Français

A strong system of surveillance is needed

35sEnglish

 

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5- Justement, quelles sont les mesures prĂ©conisĂ©es pour Ă©viter l’introduction du virus ou sa propagation une fois que le pays est atteint? On a parlĂ© d’abattage et de vaccination chez les animaux ?

Il s’agit principalement de mesures sanitaires mises en Ɠuvre par les Services VĂ©tĂ©rinaires des pays.  Ces mesures, directement liĂ©es Ă  l’épidĂ©miologie de la maladie sont trĂšs prĂ©cises et standardisĂ©es, et il existe des normes internationales Ă©tablies par l’OIE qui, lorsqu’elles sont appliquĂ©es Ă  la lettre, permettrent de prĂ©venir ou de limiter dans les meilleures conditions la progression de la maladie. A chaque fois que cela est possible on prĂ©conise une prophylaxie dite sanitaire, avec surveillance des zones Ă  risques, et lorsqu' un foyer est dĂ©tectĂ©, des mesures de contrĂŽle du foyer avec dĂ©limitation de pĂ©rimĂštres, abattage des animaux infectĂ©s et suspects, dĂ©sinfection des bĂątiments, contrĂŽle strict des mouvements – hommes/animaux/produits/matĂ©riel –, mesures de biosĂ©curitĂ© dans les fermes, les marchĂ©s, etc., et Ă©ventuellement vaccination des animaux sains en pĂ©riphĂ©rie du foyer.  C’est de loin la meilleure façon de s’assurer que l’on maĂźtrise la situation et de s’orienter vers l’éradication du virus dans les Ă©levages. Lorsque ce n’est pas ou plus possible, on a alors recours aux mesures dites de prophylaxie mĂ©dicale. Dans le cas prĂ©cis de la grippe aviaire et dans les situations oĂč on ne contrĂŽle plus les foyers et que la maladie progresse ou, pire, lorsque l’on est en situation endĂ©mique, on a alors besoin de faire recours Ă  la vaccination sinon de masse au moins stratĂ©gique dans le but de limiter la charge virale dans l’environnement. Il est dans ce cas important de mettre en place une surveillance Ă©pidĂ©miologique post-vaccinale pour suivre l’évolution et la circulation du virus sauvage (Ă  diffĂ©rencier du virus vaccinal). Lorsque l’on reprend contrĂŽle de la situation, on peut repasser en mode sanitaire. Et aprĂšs un laps de temps, si aucun nouveau foyer n’est dĂ©clarĂ© le pays peut retrouver son statut indemne de la maladie ce qui est crucial pour les pays qui exportent leurs produits.   Donc ce n’est pas abattage ou vaccination mais des mesures prises en fonction de la maladie, de son Ă©volution et des capacitĂ©s propres Ă  chaque pays. Cela peut vous paraĂźtre un peu compliquĂ©, mais encore une fois ces mesures sont extrĂȘmement bien codifiĂ©es par l’OIE sur la base de donnĂ©s scientifiques rigoureuses et il est fortement recommandĂ© de se rĂ©fĂ©rer Ă  l’OIE Ă  chaque fois que l’on a un doute sur la marche Ă  suivre.   

 

Le message clĂ© Ă  faire passer est que tout repose sur la dĂ©tection prĂ©coce et une rĂ©ponse rapide. Chaque minute compte. Et plus en reconnaĂźt la maladie tĂŽt, plus tĂŽt on met en place les mesures prĂ©conisĂ©es et plus on a de chance de contenir la maladie. Cela repose essentiellement sur une chaĂźne de commande unique des Services vĂ©tĂ©rinaires officiels. Le dispositif d’alerte commence au stade de l’éleveur qui s’il est bien formĂ© et informĂ© sur les symptĂŽmes de la maladie pour pouvoir la reconnaĂźtre et sur le fait qu’il sera justement indemnisĂ© en cas d’abattage, contacte le vĂ©tĂ©rinaire public ou privĂ© de proximitĂ© pour une analyse de la situation. En cas de suspicion, celui-ci contacte l’autoritĂ© vĂ©tĂ©rinaire qui dĂ©pĂȘche une Ă©quipe sur le foyer suspect qui peut dĂ©clarer une zone d’interdiction et mettre en place les mesures Ă©voquĂ©es Ă  l’instant. La confirmation vient aprĂšs, une fois que les laboratoires de rĂ©fĂ©rence produisent leurs rĂ©sultats. Un point Ă©galement essentiel est la dĂ©claration de la maladie Ă  l’OIE qui dispose d’un rĂ©seau d’alerte prĂ©coce global permettant d’informer tous les pays des cas de foyers dĂ©clarĂ©s. Ce rĂ©seau est liĂ© dans le cas des maladies zoonotiques au rĂ©seau de l’OMS. C’est le GLEWS.

 

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Les mesures sanitaires

1m26Français

Prophylaxie animale

1m46Français

How to control de spread of the disease?

1m10English

 

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6- Vous avez mentionnĂ© l’indemnisation aux Ă©leveurs : s’agit-il de la compensation dont tout monde parle ? Ou d’une aide destinĂ©e Ă  aider les Ă©leveurs touchĂ©s ?

Oui, c’est exact. J’ai fait allusion Ă  la compensation des propriĂ©taires d’animaux chez lesquels des abattages d’urgence ont dĂ» ĂȘtre conduits. C’est un Ă©lĂ©ment tout Ă  fait essentiel puisque l’on ne peut pas demander aux Ă©leveurs, les premiĂšres sentinelles du dispositif de surveillance rappelons-le, de dĂ©clarer volontairement leurs animaux malades sans ĂȘtre en mesure de leur assurer une compensation Ă  la destruction de leurs animaux. C’est donc fondamental et l’on ne peut pas dissocier l’abattage de la compensation. Mais sa mise en Ɠuvre pose de nombreuses difficultĂ©s.  Il faut pouvoir Ă©tablir un taux, ni trop bas, ni trop haut par rapport Ă  la valeur de remplacement des animaux sinon toutes sortes de distorsions peuvent apparaĂźtre. Il faut pouvoir le communiquer en s’assurant que le message sera bien compris et par tous.  Il faut pouvoir mettre en Ɠuvre les mesures de suivi et s’assurer que l’argent revienne effectivement Ă  ceux qui ont honnĂȘtement dĂ©clarĂ© la maladie. Il faut pouvoir enfin encourager les dĂ©clarations prĂ©coces.   Il reste beaucoup Ă  faire et Ă  apprendre dans ce domaine, puisque les modĂšles – loin d’ĂȘtre parfaits par ailleurs – nous viennent des pays dĂ©veloppĂ©s qui n’ont pas les mĂȘmes contraintes que celles des pays avec lesquels nous travaillons.   

 

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Indemnisation et compensation des éleveurs

1m14Français

How to compensate livestock owners?

1m25English

 

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7- Et d’antiviraux et de vaccins chez l’homme ?

Je ne suis pas spĂ©cialiste de la question, mais il est connu que les AV ne sont pas trĂšs efficaces et qu’ils n’agissent en gĂ©nĂ©ral bien que lorsqu’ils sont utilisĂ©s au tout dĂ©but de l’infection pour en diminuer les symptĂŽmes.  Quant Ă  la vaccination, elle pose elle aussi beaucoup de problĂšmes puisque la production de masse ne pourra dĂ©marrer que lorsque le virus pandĂ©mique apparaĂźtra, ce qui n'est pas le encore le cas.  

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8- Et la communication ?

Elle est absolument cruciale Ă  toutes les Ă©tapes et pour toutes les catĂ©gories – politique, MinistĂšres sectoriels, communautĂ©s rurales, etc.   Il faut la considĂ©rer comme une composante Ă  part entiĂšre des programmes de prĂ©vention et de contrĂŽle. Avec une bonne stratĂ©gie de communication on peut Ă©viter des morts inutiles en informant les populations du risque de manipuler des animaux malades, particuliĂšrement dans le cas des enfants ou des mĂ©nagĂšres au moment de plumer les oiseaux infectĂ©s par exemple.  On peut Ă©galement Ă©viter des effets de panique, comme dans le cas de la vache folle en Europe, ou encore Ă©viter que toute l’attention et les ressources ne soient dirigĂ©es sur la production de vaccins humains 
 au dĂ©triment des actions vĂ©tĂ©rinaires.

 

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La communication est essentielle

1mFrançais

It is important to have a good communication strategy

1m25English

 

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9- Quelles sont les institutions clĂ© et leur rĂŽle ? L’OIE est souvent citĂ©e, vous y avez vous-mĂȘme fait rĂ©fĂ©rence, mais elle est en fait peu connue ?

Il y a de nombreux partenaires impliquĂ©s sur ce dossier. En premier lieu les gouvernements eux-mĂȘmes, avec les diffĂ©rents ministĂšres impliquĂ©s (agriculture/Ă©levage, santĂ©, communication, finances
) et leur partenaires privĂ©s et associatifs – on ne parle pas assez du rĂŽle clĂ© des organisations d’éleveurs -, les agences techniques spĂ©cialisĂ©es onusiennes - la FAO et l’OMS, l’UNICEF pour ne citer que celles-ci -, les bailleurs de fonds et les ONGs.  Mais c’est un fait que dans ce dispositif complexe, l’Organisation mondiale pour la santĂ© animale, l’OIE, occupe une place tout Ă  fait unique et je dirais centrale.

 

La Banque mondiale et la communauté internationale ont reconnu qu'il est essentiel de disposer de Services vétérinaires de qualité non seulement pour maßtriser la crise actuelle de l'influenza aviaire mais aussi pour détecter rapidement l'apparition d'autres maladies émergentes et intervenir rapidement. De plus, les pays riches ont admis le caractÚre prioritaire du soutien en faveur des Services vétérinaires dans les pays en développement et en transition, non seulement pour favoriser le développement dans le monde mais aussi pour se protéger contre la propagation à l'échelle planétaire des maladies animales et des zoonoses. Tout cela explique pourquoi les activités menées par les Services vétérinaires sont désormais reconnues comme un Bien public international. Et l'OIE s'est engagée à produire des normes internationales pour assurer la qualité des Services vétérinaires et pour aider ses 167 pays membres à les appliquer.

 

De plus, ces derniĂšres annĂ©es, l’OIE a considĂ©rablement renforcĂ© ses partenariats avec les agences techniques spĂ©cialisĂ©es (FAO, OMS), les reprĂ©sentants du secteur privĂ© (notamment avec l’initiative SSAFE), les bailleurs de fonds (la BM notamment), les gouvernements (Ă  travers les reprĂ©sentants officiels des pays membres, les CVO), les ONGs, et ƓuvrĂ© pour renforcer la collaboration entre les autoritĂ©s vĂ©tĂ©rinaires et mĂ©dicales. 

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10- Qui est en charge de la coordination ? Les NU ont désigné un coordinateur ?

Je crois que la premiĂšre chose Ă  prĂ©ciser, c’est que l’on attend que dans chaque pays un effort important soit fait en matiĂšre de coordination afin de rassembler toutes les parties prenantes autour d’un objectif commun : celui d’établir le plus rapidement possible une bonne stratĂ©gie de communication et de la mettre en Ɠuvre, de dĂ©tecter et de rĂ©pondre le plus rapidement possible Ă  des foyers animaux par des actions vĂ©tĂ©rinaires classiques que j’ai Ă©voquĂ©es Ă  l’instant, de protĂ©ger les populations exposĂ©es, de se prĂ©parer Ă  une Ă©ventuelle pandĂ©mie. C’est d’autant plus important dans ce cas puisque les mesures Ă  mettre en Ɠuvre impliquent la collaboration entre plusieurs ministĂšres, agences techniques spĂ©cialisĂ©es, bailleurs de fonds, secteurs public et privĂ© confondus, et mĂȘme gouvernements des pays voisins, du fait du caractĂšre trans-frontalier de la maladie. Cela ne veut pas dire que ce sera facile, surtout dans les situations d’urgence ou tout le monde reprend ses bonnes – ou mauvaises – habitudes de travailler en isolation


 

Au niveau global, les NU ont désigné pour le systÚme des NU un coordinateur grippe aviaire avec lequel la Banque, à qui il a été demandé également de participer à la coordination au niveau international, collabore étroitement bien entendu.

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11- Le rÎle de la Banque mondiale ?

La Banque mondiale a co-sponsorisĂ© GenĂšve et PĂ©kin. Elle a prĂ©parĂ© un cadre global opĂ©rationnel et financier sous la forme d’une facilitĂ© Ă  hauteur de 500 millions de dollars EU avec des procĂ©dures accĂ©lĂ©rĂ©es d’instruction des projets pays grippe aviaire.  Le menu technique proposĂ© reprend les recommandations des trois sƓurs (OIE, FAO, OMS). ConformĂ©ment aux principes de GenĂšve et PĂ©kin, elle appuie une dĂ©marche multisectorielle conduite par les pays, appuyĂ©s techniquement par les agences spĂ©cialisĂ©es et financiĂšrement  par les bailleurs de fonds. 

 

La Banque mondiale est activement impliquĂ©e avec ses partenaires Ă  appuyer les pays dans leur prĂ©paration de plan intĂ©grĂ© de rĂ©ponse Ă  la grippe aviaire qui pour certains d’entres eux dĂ©boucheront sur des projets d’investissement.  Mais il est fort probable que des appuis au niveau rĂ©gional soient Ă©galement nĂ©cessaires pour prendre en compte les aspects transfrontaliers et pour des raisons d’économie d’échelle ou d’intĂ©gration rĂ©gionale.

 

Je l’ai dit tout à l’heure, la Banque mondiale va gĂ©rer le fonds fiduciaire multi bailleurs global grippe aviaire.

 

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The role of the World Bank

1m25English

 

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12- Justement, quels sont les moyens disponibles ?  La Conférence de GenÚve ? Les résultats de Pékin ? La Conférence de Vienne en préparation ?

La ConfĂ©rence de GenĂšve en novembre 2005 a permis de s’entendre sur les principes gĂ©nĂ©raux d’intervention. Je crois que c’était la premiĂšre fois que les trois sƓurs parlaient d’une mĂȘme voie. Le message Ă©tait que la meilleure façon de prĂ©venir une pandĂ©mie c’est de contrĂŽler le virus Ă  sa source animale. La clĂ© est la dĂ©tection prĂ©coce et la rĂ©ponse rapide et cela implique des Services vĂ©tĂ©rinaires efficaces. En mĂȘme temps, il est important de se prĂ©parer pour une pandĂ©mie. On a Ă©galement insistĂ© sur le caractĂšre de Bien Public International des actions de prĂ©vention et de contrĂŽle contre la grippe aviaire.    

 

La communautĂ© internationale s’est mobilisĂ©e, on l’a vu Ă  l’occasion de la ConfĂ©rence de PĂ©kin pour appuyer les pays Ă  l’époque jugĂ©s les plus Ă  risques et 1.9 milliards de dollars EU ont fait l’objet d’engagement financier envers la lutte contre la grippe aviaire. La Banque a participĂ© Ă  hauteur de 500 millions et s’est vue confier la responsabilitĂ© de la gestion d’un fonds fiduciaire global. On l’a Ă©galement fortement sollicitĂ©e pour qu’elle continue Ă  jouer un rĂŽle dans la coordination globale de l’aide.  Le point sur ses engagements et la réévaluation des besoins feront l’objet des discussions de la ConfĂ©rence de Vienne en juin prochain.  

 

Donc pour rĂ©sumer : globalement l’engagement politique existe ; nous disposons d’un cadre consensuel bien Ă©tabli au plan technique ; la coordination, qui est essentielle, n’est pas toujours aisĂ©e, et nous travaillons tous Ă  ce que nos efforts soient davantage coordonnĂ©s ; et financiĂšrement les bailleurs de fonds se sont mobilisĂ©s.   Mais des ressources additionnelles seront nĂ©cessaires au fur et Ă  mesure de la progression de l’épizootie et plus particuliĂšrement pour l’Afrique. 

 

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13- L’Afrique reprĂ©sente-t-elle un dĂ©fi particulier ?

Je le pense sincùrement, et je ne suis pas le seul


La multiplicitĂ© des crises sur tous les continents, leur impact – en particulier en terme d’augmentation de la pauvretĂ© et d’insĂ©curitĂ© alimentaire dans tous les PVD - et leur coĂ»t justifient pleinement que la prĂ©vention et le contrĂŽle des maladies animales soient considĂ©rĂ©s comme un Bien Public International et un moyen d’atteindre les Objectifs du millĂ©naire pour le dĂ©veloppement.

On estime qu’en Afrique 200 millions de pauvres dĂ©pendent de l’élevage pour leur survie. Cette population pauvre est trĂšs exposĂ©e Ă  un grand nombre de maladies animales du fait d’une pression pathologique forte et d’une capacitĂ© de contrĂŽle faible.  Ces maladies peuvent Ă  leur tour les exposer Ă  d’autres risques du type Ă©conomique, social, environnemental, ou mĂȘme politique. Compte tenu de l’importance de l’élevage pour ces populations pauvres et de la mise en pĂ©ril de leurs moyens de subsistance engendrĂ©e par les maladies animales ayant une incidence sur la productivitĂ© des Ă©levages et sur la santĂ© humaine, tous les programmes visant Ă  contrĂŽler et Ă©radiquer ces maladies aux consĂ©quences graves pour les franges les plus pauvres de la population humaine auront un impact majeur et direct sur la rĂ©duction de la pauvretĂ©.

 

La Banque mondiale s’est donc engagĂ©e Ă  Doha Ă  appuyer, en collaboration avec ses partenaires, des programmes de renforcement des capacitĂ©s nationales des pays en dĂ©veloppement. Cet engagement s’est traduit par un accord de don entre la Banque mondiale et l’OIE avec pour objectif de renforcer la gouvernance sanitaire globale et d’étudier les contours d’un mĂ©canisme de financement durable et global pour des fonds d’urgence et/ou de compensation. La crĂ©ation d’un fonds global pour appuyer les pays dans leurs efforts de rĂ©ponse rapide en cas de foyers, y compris pour l’indemnisation des Ă©leveurs, serait de l’intĂ©rĂȘt de tous les pays, y compris ceux de l’OCDE qui devraient y voir une protection de leurs cheptels et population contre les Ă©pizooties et zoonoses en provenance des pays en dĂ©veloppement.

 

Certains experts redoutent en effet une implantation durable de la grippe aviaire en Afrique crĂ©ant ainsi un Ă©norme foyer permanent au sud de l’Europe qui a ainsi le double devoir de se mobiliser : par un nĂ©cessaire souci humanitaire et de collaboration scientifique et mĂ©dicale sur l’émergence d’une pandĂ©mie, et par mesure de protection de ses propres Ă©levages.   La solidaritĂ© Nord/Sud n’a jamais Ă©tĂ© aussi nĂ©cessaire. Il reste qu’au-delĂ  de la grippe aviaire, les maladies Ă©mergentes animales, pour les  Ÿ zoonotiques, vont devenir de plus en plus prĂ©sentes dans le paysage mondial.  La communautĂ© internationale devra de plus en plus s’investir dans un systĂšme global de prĂ©vention et de contrĂŽle des maladies animales. 

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L'afrique - un défi particulier

3m45Français

 

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14- Que faudrait-il faire de plus ?

Tout d’abord, je le rĂ©pĂšte, c’est le devoir et l’intĂ©rĂȘt des pays riches d'appuyer les pays pauvres Ă  bĂątir ou rebĂątir des systĂšmes vĂ©tĂ©rinaires durables, reposant sur une administration efficace s’appuyant sur un rĂ©seau de vĂ©tĂ©rinaires ruraux privĂ©s dense et bien motivĂ© sur des Ă©leveurs bien formĂ©s et organisĂ©s dans le domaine sanitaire.   On estime qu’environ une centaine de pays ne dispose pas encore des lĂ©gislations vĂ©tĂ©rinaires ni de structures administratives et financiĂšres appropriĂ©es pour affronter, si nĂ©cessaire, une telle infection sans un appui international Ă  la fois scientifique, technique et financier. Le coĂ»t mondial d’un tel programme est bien moins Ă©levĂ© et bien plus efficace que la gestion des crises rĂ©pĂ©tĂ©es de dimension globale


 

Finalement, ce dont il est question c’est de renforcer le dispositif global de gouvernance vĂ©tĂ©rinaire en agissant aux diffĂ©rents niveaux gĂ©ographique, national, rĂ©gional et international.  Au centre de ce dispositif, se trouve l’OIE dont c’est la mission et que nous appuyons parce que nous pensons qu’elle est l’institution la mieux placĂ©e et la plus lĂ©gitime – de fait de son statut - pour jouer ce rĂŽle et amener les partenaires à  travers les collaborations qu’elle a su mettre en place avec les gouvernements, le secteur privĂ©, les universitĂ©s, les bailleurs de fonds, et les autres agences spĂ©cialisĂ©es comme la FAO ou l’OMS, Ă  collaborer autour d’un objectif commun : la sĂ©curitĂ© sanitaire de la planĂšte


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