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Forum d’investissement de l’AGOA

(Africa Growth and Opportunity Act – Loi sur la croissance et les possibilitĂ©s Ă©conomiques en Afrique)
Disponible en: English

Hotel « The Mandarin »,

Washington D.C.

7 juin 2006

 

 

COMPTE RENDU

 

MODÉRATEUR : L’honneur me revient, maintenant, de prĂ©senter nos co-prĂ©sidents. Comme vous devez sĂ»rement le savoir, un nouveau prĂ©sident a Ă©tĂ© nommĂ© l’annĂ©e derniĂšre Ă  la tĂȘte de la Banque mondiale. Beaucoup se sont demandĂ©, et m’ont demandĂ©, si l’Afrique serait une prioritĂ© pour lui.

 

Un an plus tard, j’ai la rĂ©ponse : Paul Wolfowitz n’a pas seulement fait de l’Afrique une prioritĂ© – une prioritĂ© du plus haut niveau – mais, plus important encore, l’attention particuliĂšre qu’il porte Ă  l’Afrique est rĂ©ellement en train de faire la diffĂ©rence. Et, cela, je le vois lors de mes visites dans la rĂ©gion.

 

Certains, parmi vous, se rappellent certainement qu’une heure seulement aprĂšs avoir prĂȘtĂ© serment, Paul Wolfowitz est allĂ© assister Ă  une rĂ©union pour y Ă©couter les prĂ©occupations des gouvernements, ONG et chefs d’entreprise africains ainsi que leurs avocats amĂ©ricains. Pour la premiĂšre rencontre de sa premiĂšre journĂ©e de prise de fonction, il a choisi d’écouter les Africains et d’en apprendre d’eux.

 

Son premier voyage Ă  l’étranger en tant que prĂ©sident a Ă©tĂ© pour l’Afrique, oĂč il a rencontrĂ© et Ă©coutĂ© le vrai peuple du Nigeria, du Burkina Faso, du Rwanda et de l’Afrique du Sud. Sa premiĂšre allocation publique importante faite Ă  l’extĂ©rieur de Washington a Ă©tĂ© prononcĂ©e devant la plus grand rassemblement de chefs d’entreprise des États-unis et de l’Afrique. Il a nommĂ©, pour la premiĂšre fois, une femme africaine au poste de chef du personnel de la Banque mondiale et a portĂ©, sans relĂąche, son attention sur un problĂšme majeur auquel sont confrontĂ©es beaucoup de nations africaines : le besoin d’une meilleure gouvernance pour lutter contre la corruption. C’est un prĂ©sident qui sait oĂč aller et comment y arriver. Il est passionnĂ©, il est dĂ©terminĂ©. Sous sa direction, une bonne partie de la dette africaine Ă  la Banque Mondiale a Ă©tĂ© annulĂ©e. La Banque a investi et vient d’engager plus de 4,5 milliards de dollars EU en Afrique. Il sait qu’aucun progrĂšs concret n’est possible sans investissements et je crois que c’est l’une des raisons pour lesquelles il est ici.

 

Et je puis vous affirmer qu’il rĂ©ussira dans sa mission parce que, sous sa direction, la Banque mondiale n’est pas seulement du cĂŽtĂ© de l’Afrique mais fait partie de la solution plutĂŽt que du problĂšme africain.

 

Permettez-moi, maintenant, de prĂ©senter briĂšvement le prĂ©sident de la Banque africaine de dĂ©veloppement, Don Kaberuka, avant de commencer avec leurs remarques. Je suis particuliĂšrement honorĂ© que mon ami Donald Kaberuka, PrĂ©sident de la Banque africaine de dĂ©veloppement, ait pu se joindre Ă  nous en tant que co-prĂ©sident. Il y a bientĂŽt 15 ans que je le connais, depuis l’époque oĂč nous Ă©tions en poste Ă  Abidjan, lui au sein de l’Organisation interafricaine du CafĂ© et moi Ă  l’ambassade des États-unis. Il a rejoint la Banque mondiale en 2005, avec un parcours bien rempli et sa passion des hommes. Il est connu comme l’architecte du Rwanda, oĂč il a servi en qualitĂ© de ministre des Finances du Programme, bien connu des nations, de reconstruction post-conflit et de rĂ©formes Ă©conomiques. Il apporte Ă  la Banque mondiale ce mĂȘme leadership orientĂ© vers les rĂ©sultats.

 

Je ne vais pas ici approfondir les rĂ©formes de la Banque mondiale, que beaucoup d’entre vous connaissent. Il a entrepris des rĂ©formes draconiennes qui ont dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  produire des rĂ©sultats sur le terrain. Les deux femmes ayant jamais servi aux postes de vice-prĂ©sidentes de la Banque mondiale ont Ă©tĂ© nommĂ©es par lui et il a Ă©tĂ© fĂ©licitĂ© pour son engagement.

 

Merci

 

A vous Monsieur le Président.

 

 

PRÉSIDENT WOLFOWITZ : Merci. Pour moi, c’est comme me retrouver Ă  la maison. L’annĂ©e derniĂšre, vous aviez eu l’amabilitĂ© de prĂ©sider cette session, pas trĂšs loin de la Banque, je ne me souviens plus exactement de l’endroit oĂč c’était. En repensant Ă  cette pĂ©riode, je pensais, Ă  propos de la façon dont je voyais l’Afrique en entrant en fonction il y a un an, qu’il pourrait ĂȘtre utile de revenir sur deux choses qui ne furent pas une surprise et deux autres qui le furent. Et je voudrais commencer par un fait lamentable qui n’a pas Ă©tĂ© une surprise et qui m’a fait dire dĂšs le dĂ©but que l’Afrique devait ĂȘtre la premiĂšre prioritĂ© de la Banque mondiale Ă  cette Ă©tape de l’histoire. Un fait est trĂšs triste Ă  constater : si, au cours des 20 Ă  25 derniĂšres annĂ©es, des efforts remarquables ont Ă©tĂ© entrepris pour lutter contre la pauvretĂ© Ă  travers presque tout le monde en dĂ©veloppement – d’une certaine maniĂšre, un demi milliard de gens y ont Ă©chappĂ© dans les deux derniĂšres dĂ©cennies, pour la plupart en Chine Ă©videmment Ă  cause de la trĂšs forte croissance du pays mais aussi en Inde et beaucoup en AmĂ©rique latine – l’Afrique, oĂč il y a vingt ans on comptait 150 millions de gens trĂšs pauvres, est elle malheureusement restĂ©e le mouton noir. Aujourd’hui ce chiffre a doublĂ© et correspond Ă  prĂšs de la moitiĂ© de la population de l’Afrique subsaharienne. Cela doit ĂȘtre une prĂ©occupation, pas seulement pour les Africains mais, Ă  mon sens, pour tout le genre humain. Et si vous n’arriver pas Ă  considĂ©rer cette question simplement du point de vue moral et humain, que ce soit au moins au nom de votre propre intĂ©rĂȘt. Notre monde ne peut ĂȘtre sain si une grande partie de sa population reste Ă  la traĂźne.

 

Je savais cela et je savais en quoi cela pouvait ĂȘtre important. Entendre parler de la pauvretĂ©, de la maladie et de la faim en Afrique n’est pas une surprise.

 

Je n’ai pas non plus Ă©tĂ© surpris de dĂ©couvrir au cours de ma premiĂšre visite en Afrique, en juin dernier, un phĂ©nomĂšne que j’avais dĂ©jĂ  pu observer ailleurs dans le monde en dĂ©veloppement, notamment en IndonĂ©sie oĂč j’ai eu l’occasion de servir pendant trois ans en tant qu’ambassadeur des États-Unis, et qui est que partout dans le monde, les gens, et je pense tout spĂ©cialement les gens pauvres, auxquels une chance est donnĂ©e, tenteront de construire un avenir meilleur pour eux-mĂȘmes et surtout pour leurs enfants. Je veux dire que la volontĂ© de prendre soin de ses enfants est certainement un des moteurs humains fondamentaux les plus universels. Lorsque les pauvres ont cette chance, ils travaillent incroyablement dur. En fait, ils travaillent plus dur que la plupart d’entre nous, qui vivons dans le confort, n’en avons l’habitude. Et, j’ai vu cela en Afrique, tout comme je l’ai vu en IndonĂ©sie, en Asie et en AmĂ©rique latine.

 

Ce dont les pauvres ont besoin, c’est d’une chance pour dĂ©ployer cette Ă©nergie, cette motivation et cette volontĂ© de travailler dur pour rĂ©ussir. Et maintenant, laissez-moi revenir Ă  mes deux surprises. La premiĂšre est un petit exemple personnel qu’il convient toutefois de mentionner. Au cours des douze derniers mois, j’ai Ă©tĂ© Ă  six ou sept reprises, approchĂ© dans ce pays, par des immigrĂ©s venus d’Afrique. L’un d’eux, originaire du SĂ©nĂ©gal, travaillait dans une pharmacie Ă  Cleveland Park. Un autre Ă©tait, je crois, un Ă©tudiant tanzanien embauchĂ© dans un magasin d’équipements informatiques du Maryland. Le plus surprenant arriva lorsque au cours d’une visite Ă  ma fille inscrite en premiĂšre annĂ©e dans une universitĂ© de Caroline du Nord, elle m’a expliqué : « Papa, l’objectif du week-end des parents est de vous permettre d’amener vos enfants faire les magasins ». Nous sommes donc allĂ©s dans un centre commercial Ă  Durham, en Caroline du Nord et pendant que j’attendais qu’elle termine ses achats, un Kenyan est arrivĂ© et a commencĂ© Ă  me parler. Rachel s’est joint Ă  la conversation. AprĂšs le dĂ©part de notre interlocuteur, ma fille m’a dit : « Tu sais, je doute qu’il y ait dix personnes aux États-unis capables de reconnaĂźtre en toi le prĂ©sident de la Banque mondiale dans un centre commercial. Ce doit ĂȘtre parce que la Banque mondiale est trĂšs importante pour le Kenya. » J’ai rĂ©pondu « Ouais, c’est vrai ! ». Et dans un sens, j’espĂšre qu’un jour ce ne sera plus vrai.

 

Mais ce qui m’a impressionnĂ©, c’est la maniĂšre dont ces immigrĂ©s rĂ©ussissent, Ă  quel point ils font attention aux conditions de leur pays et se prĂ©occupent des progrĂšs dans leur pays d’origine. Et l’un des exemples Ă  mon sens les plus frappants est celui de cette employĂ©e de la Banque mondiale – pardon, ex-employĂ©e – Mme Antoinette Sayeh. Elle avait un trĂšs bon travail Ă  Washington, un poste confortable Ă  la Banque mondiale. Elle a dĂ©missionnĂ© en mars pour aller occuper le premier poste de ministre des Finances dans son pays d’origine, le nouveau LibĂ©ria. ça c’est un engagement ! Elle est mĂšre cĂ©libataire. Son fils en Ăąge d’entamer des Ă©tudes supĂ©rieures lui a dit: « M’man, tu devrais partir et moi je prendrai soin de moi-mĂȘme. Si tu ne le fais pas, tu ne te le pardonneras jamais. »

 

Mais je suis ravi en tant que fils et petit fils d’immigrĂ© de voir les immigrĂ©s africains rĂ©ussir aux États-unis, mais je veux que ces mĂȘmes personnes parviennent Ă  faire de mĂȘme dans leur propre pays. Et je pense que la deuxiĂšme partie de la surprise est que c’est en train d’arriver.

 

Lorsque j’ai visitĂ© le Nigeria, le PrĂ©sident Obasanjo m’a dit : « L’Afrique est un continent en marche ». Je le crois aussi Ă  bien des Ă©gards. Mais les progrĂšs ne sont pas uniformes. On retrouve encore de nombreuses poches de misĂšre, mais je pense qu’on ne prĂȘte pas suffisamment attention aux rĂ©ussites. Une des plus belles est celle d’un petit pays qui avait un fabuleux ministre des Finances, du moins Ă  l’époque de ma visite. Depuis, il a quittĂ© ce poste pour devenir prĂ©sident de la Banque africaine de dĂ©veloppement. J’ignore donc Ă  quoi ressemble son successeur mais ce qui est sĂ»r, c’est que le Rwanda est Ă©tonnant. 950.000 personnes y ont Ă©tĂ© tuĂ©es pendant le gĂ©nocide, il y a un peu plus de 10 ans. Depuis lors, la croissance y atteint, selon nos statistiques, un taux de 10% par an.

 

Vous pouvez maintenant me dire que partant d’une base trĂšs faible, cela leur Ă©tait facile. Je suis dĂ©solĂ©, cela n’est pas facile ! Ils sont partis d’une base trĂšs difficile, torturĂ©e. Et l’une des extraordinaires femmes d’affaires que j’ai rencontrĂ© en Afrique – qui soit dit en passant est encore une immigrĂ©e, rentrĂ©e au pays pour crĂ©er une ferme horticole – m’a dit ceci : « Je suis revenue pour faire pousser de magnifiques fleurs sur les cendres du gĂ©nocide. »

 

Nous observons Ă©galement de meilleures performances en matiĂšre de gouvernance Ă  travers des cas au Nigeria, oĂč l’ancien chef de la police est emprisonnĂ© pour corruption, en Afrique du Sud oĂč le vice-prĂ©sident a Ă©tĂ© dĂ©mis de ses fonctions non pas pour avoir touchĂ© des pots-de-vin mais parce que il a Ă©tĂ© tenu pour responsable de la corruption d’un de ses adjoints. A propos, le dessous-de-table provenait d’une sociĂ©tĂ© d’un pays riche – je tairais le nom de ce pays – et Ă  ma connaissance, cette sociĂ©tĂ© n’a pas Ă©tĂ© inquiĂ©tĂ©e, mĂȘme si le vice-prĂ©sident a Ă©tĂ© contraint de dĂ©missionner. Je pense que les pays dĂ©veloppĂ©s doivent eux aussi apprendre Ă  faire face Ă  leurs responsabilitĂ©s.

 

Mais vous allez voir la diffĂ©rence. Elle est visible dans quinze pays africains qui ont, au cours des dix derniĂšres annĂ©es, enregistrĂ© des taux moyens de croissance de plus de 5  %. C’est le cas du Ghana qui a rĂ©alisĂ© un taux de 4 %, du Mozambique avec 8 % et du Rwanda avec 10 %. Il faut nĂ©anmoins faire mieux pour rĂ©ellement mettre hors course la pauvretĂ© qui affecte cette partie du monde. Plus important encore, il faut que les efforts soient soutenus. Dix annĂ©es d’une telle croissance ne suffisent malheureusement pas. Cela prendra peut-ĂȘtre quarante ans, mais ça arrivera. Nous sommes en train d’observer, je pense, des succĂšs croissants dans le domaine des affaires. Sans vouloir polĂ©miquer, je voudrais dire haut et clair que la clĂ© du succĂšs rĂ©side dans la crĂ©ation d’emplois.

 

Les Objectifs de dĂ©veloppement du millĂ©naire, dont nous parlons beaucoup dans mon institution sont extrĂȘmement importants. Ils concernent la santĂ©, l’éducation, et la rĂ©duction de la pauvretĂ©. Il aurait dĂ» y avoir un Objectif de dĂ©veloppement du millĂ©naire exclusivement consacrĂ© Ă  la crĂ©ation d’emplois, mais il n’y en a pas. Peut-ĂȘtre parce que cela est laissĂ© au secteur privĂ© et celui-ci est certainement la rĂ©ponse au problĂšme de la crĂ©ation d’emplois. Mais, c’est Ă  ce niveau, que les Africains rencontrent encore de nombreuses difficultĂ©s. Certaines de celles-ci sont peut-ĂȘtre inĂ©vitables, d’autres sont tout Ă  fait inutiles.

 

Beaucoup sont imputables aux hommes. Il y a les rĂšglements hĂ©ritĂ©s de quelques trente ou quarante ans: 50 licences diffĂ©rentes pour dĂ©marrer une petite entreprise dans beaucoup de petits pays africains. Mais le rĂ©sultat est frappant lorsque vous classez les pays du monde entier sur la base du climat d’affaire qui y rĂšgne, ce que nous faisons chaque annĂ©e dans l’excellent rapport « Pratique des affaires » publiĂ© par la SFI. Sur 155 pays, parmi les 10 du bas de l’échelle, 7 sont des pays africains. Dans un sens, voilĂ  une mauvaise nouvelle. Mais dans un autre sens, je pense qu’il s’agit d’une bonne nouvelle parce que cela montre qu’il y a une chance pour que les pays africains puissent assez rapidement, assez facilement se dĂ©barrasser de certains de leurs dĂ©dales rĂ©glementaires.

 

Le Burkina Faso, qui figure parmi les 15 pays dotĂ©s de bonnes performances, a rĂ©alisĂ© celles-ci malgrĂ© le fait que la crĂ©ation d’une entreprise y coĂ»te une fois et demi le revenu par habitant. Juste pour dĂ©marrer une affaire au Burkina Faso ! Maintenant vous pouvez dire que le revenu par habitant du Burkina Faso est de 350 dollars EU, de sorte que 500 dollars ce n’est pas beaucoup. Et bien, tout d’abord, c’est plus que ce que nous dĂ©boursons aux Etats-Unis, je pense, pour dĂ©marrer une affaire. Dans tous les cas, rassembler 500 dollars EU pour dĂ©marrer une affaire est pour une personne pauvre du Burkina une barriĂšre infranchissable. Ajoutez Ă  cela toutes les autres barriĂšres et, sur une population de 12 millions d’habitants, vous vous retrouvez avec seulement quelques 50.000 personnes travaillant dans le secteur formel lĂ©gal. Toutes les autres travaillent en dehors des rĂšglements gouvernementaux rĂ©gissant l’emploi. Cela concerne les femmes et implique probablement des conditions difficiles.

 

Mais tout cela est le genre de scories qui, je pense, peuvent ĂȘtre disparaitre – je ne veux pas sous-estimer la difficultĂ© – relativement facilement.

 

Quand j’ai eu le plaisir de rencontrer le ministre des Finances du Malawi il y a quelques mois, celui-ci m’a dit : « Il y a tant de leaders africains qui me racontent Ă  quel point nous sommes un pays diffĂ©rent et que nous prenons nos responsabilitĂ©s face Ă  nos propres problĂšmes. Oui, nous avons un passĂ© colonial terrible mais nous devons arrĂȘter de parler du passĂ©. Nous devons plutĂŽt envisager le futur.» J’ai dit Amen Ă  ces deux points. Puis, il m’a raconté : « Mon prĂ©dĂ©cesseur est en prison pour corruption, et je n’ai pas l’intention de suivre son exemple. ». Je me suis dit que c’était un bon signe. J’ai ensuite sorti le rapport sur la « Pratique des affaires » et je lui ai parlĂ© de la faible position occupĂ©e par le Malawi dans le classement des climats d’affaires. Et il m’a rĂ©pondu : « Quelle honte pour nous ! ». J’ai dit : « Non, non, honte Ă  vous si vous revenez l’annĂ©e prochaine et que rien n’a changĂ©. Vous n’étiez pas au courant jusqu’à ce que je vous en parle. Maintenant que vous savez, il y a des choses que vous pouvez rĂ©soudre. »

 

Il y a des choses plus difficiles Ă  rĂ©soudre que d’autres. BĂ©atrice (inaudible), la femme qui dirige la ferme horticole au Rwanda, perd chaque annĂ©e 5 % de sa rĂ©colte parce que son rĂ©frigĂ©rateur s’arrĂȘte parce que la qualitĂ© de l’électricitĂ© est mauvaise. Arranger cela va nĂ©cessiter des investissements, et c’est ce que la Banque mondiale se prĂ©pare Ă  faire pour ĂȘtre Ă  la hauteur de ses responsabilitĂ©s. Depuis les annĂ©es 90, nous avons, dans une trĂšs large mesure, pris congĂ© des investissements en infrastructures. Mais nous y revenons. Nous y revenons, je pense, de façon dĂ©terminĂ©e et, je pense que d’autres partenaires au dĂ©veloppement font de mĂȘme.

 

Nous devons considĂ©rer ce type d’investissements infrastructurels, pas seulement pays par pays mais en reconnaissant que l’un des handicaps de l’Afrique est son morcellement sur tant de frontiĂšres nationales diffĂ©rentes. Pour aller du Rwanda Ă  un quelconque point d’exportation, il faut traverser au moins un autre pays africain et peut-ĂȘtre deux ou trois.

 

Les investissements dans les infrastructures doivent donc ĂȘtre rĂ©gionaux. Mais certaines des barriĂšres Ă  la crĂ©ation d’entreprises, dont nous avons dĂ©jĂ  parlĂ© et qui existent au sein d’un pays, empirent quand on traverse les frontiĂšres. Mais aussi important que soit, et je ne le soulignerai jamais assez, le dĂ©veloppement des Ă©changes commerciaux entre pays dĂ©veloppĂ©s et en dĂ©veloppement, l’Afrique en particulier, il ne faut pas oublier les avantages pour les pays africains de dĂ©velopper des Ă©changes commerciaux entre eux, et d’aider ainsi Ă  la crĂ©ation d’un vaste marchĂ© intĂ©rieur sur lequel ils pourront vendre leurs produits. AprĂšs tout, cela a Ă©tĂ© un grand avantage pour les États-unis lorsqu’ils Ă©taient un pays en dĂ©veloppement. C’est un grand avantage qu’a la Chine sur les pays en dĂ©veloppement d’avoir un grand marchĂ©. Les pays africain ont besoin d’un grand marchĂ©, eux aussi. C’est lĂ  aussi un domaine oĂč de rĂ©els progrĂšs peuvent ĂȘtre faits.

 

Mais permettez-moi de m’arrĂȘter ici. J’ai six autres pages de remarques mais je suis rĂ©ellement trĂšs impatient d’entendre nos reprĂ©sentants du secteur privĂ©. Laissez-moi cependant vous rĂ©pĂ©ter ce que disait le prĂ©sident Obasanjo : « Je pense que l’Afrique est un continent en mouvement ». Je vais vous donner une statistique de plus que je trouve particuliĂšrement encourageante et je veux m’assurer que j’ai le chiffre exact, je vais donc jeter un coup d’Ɠil sur mes notes. Depuis le record atteint en 2002, le nombre des guerres est passĂ© de seize Ă  six en Afrique. Ce chiffre est bien sĂ»r toujours trop Ă©levĂ© et chacun de ces conflits est un Ă©norme obstacle. Ils sont des tragĂ©dies en eux-mĂȘmes et Ă©galement un obstacle au dĂ©veloppement. Mais ils ont tellement diminuĂ© ces cinq derniĂšres annĂ©es que c’est un rĂ©el signe d’espoir.

 

AprĂšs tout, il y a deux ou trois ans de cela, je n’aurais pas pariĂ© un centime sur les chances du LibĂ©ria, mais aujourd’hui ce pays a retrouvĂ© un niveau Ă©tonnant de paix, en trĂšs grande partie grĂące Ă  la contribution des troupes de maintien de la paix du Nigeria et d’autres pays africains mais grĂące aussi, permettez-moi d’interfĂ©rer dans les affaires intĂ©rieures du LibĂ©ria en le disant, Ă  la sagesse des Ă©lecteurs libĂ©riens qui avaient le choix entre, et je suis fier de le dire, une ex-employĂ©e de la Banque mondiale, Mme Ellen Johnson-Sirleaf, une vraie rĂ©formatrice, actuellement la premiĂšre femme prĂ©sidente d’Afrique et une star du football. Et le peuple libĂ©rien a dit : « Nous en avons eu assez de la mauvaise gouvernance et nous voulons cette femme ». Et elle a eu cette chance, une chance difficile. Je ne peux imaginer une tĂąche plus dure que d’ĂȘtre Ă  la tĂȘte du LibĂ©ria en ce moment, mais c’est une formidable opportunitĂ© pour nous tous.

 

Je voudrais donc juste dire que j’ai pris ma fonction en me disant que l’Afrique devait ĂȘtre ma premiĂšre prioritĂ© parce qu’il y a tellement de dĂ©sespoir, et il m’a fallu une annĂ©e pour me rendre compte qu’il y avait autant d’espoir. C’est une merveilleuse dĂ©couverte.

 

MODÉRATEUR : Je voudrais laisser le dernier mot au PrĂ©sident Wolfowitz. Vous avez portĂ© une attention particuliĂšre aux questions de gouvernance et de justice. Vous pourriez peut-ĂȘtre faire un commentaire sur l’importance de la rĂ©forme judiciaire et juridique ?

 

PRÉSIDENT WOLFOWITZ : Oui, avec plaisir. Si vous jetez un regard sur le rapport sur la « Pratique des affaires », vous verrez que toute une sĂ©rie des indicateurs utilisĂ©s pour Ă©valuer le climat des affaires ont un rapport avec le systĂšme judiciaire, notamment la facilitĂ© de faire respecter les contrats, de traiter les faillites, payer les taxes. Vous parliez de prĂ©visibilitĂ© mais aussi du nombre et de l’embarras des choses non officielles que vous avez Ă  faire tout au long du chemin, et je suis sĂ»r que c’est cela qui constitue le problĂšme. Je soutiens donc cette idĂ©e avec enthousiasme.

 

Je pense que des institutions comme la mienne essaient de faire ce qu’elles peuvent en ce qui concerne l’expression devenue populaire de « renforcement des capacitĂ©s ». Je ne suis pas sĂ»r que renforcement soit la bonne mĂ©taphore. Il s’agit plutĂŽt de grandir, il s’agit de faire pousser des racines dans le sol. Je me rappelle avoir Ă©tĂ© trĂšs impressionnĂ© lorsque j’étais en Chine en octobre en parlant avec des officiels chinois de ce qu’ils pensaient de la Banque mondiale et ce qu’elle a apportĂ© Ă  la Chine, d’avoir entendu l’un d’eux me dire : « Eh bien, au dĂ©but de ma carriĂšre dans les annĂ©es 1980, nous commencions juste nos rĂ©formes Ă©conomiques et votre peuple nous dĂ©montrait combien il Ă©tait important d’avoir des normes modernes de comptabilitĂ©. » Il ajouta : « Cela a Ă©tĂ© trĂšs utile. Nous avons bien sĂ»r regardĂ© autour de nous et constatĂ© que nous n’avions pas de comptables. J’ai donc Ă©tĂ© envoyĂ© Ă  Chicago et Ă  Cleveland pour travailler dans des cabinets comptables et y apprendre la comptabilitĂ©.  Les AmĂ©ricains savent bien sĂ»r que lorsqu’on va Ă  Chicago ou Ă  Cleveland, on est sĂ©rieux, n’est-ce pas ? »

 

Il faut de bonnes lois et de bons systĂšmes mais il faut aussi des gens capables de les mettre en application.

 

Je voudrais enfin approuver Ă  la fois ce que Donald vient juste de dire et ce qu’il a dit plus tĂŽt avec ce magnifique commentaire sur la Chine. Lorsque j’étais encore jeune, c'est-Ă -dire il y a 50 ans de cela, ce qui n’est pas si lointain en termes historiques, il y avait une expression frĂ©quemment utilisĂ©e. C’était l’expression « fataliste oriental » qui renvoyait Ă  la base au fait que dans des endroits comme la Chine les gens s’attendaient Ă  une vie misĂ©rable – aprĂšs tout, il y avait 4.000 ans qu’elle l’était et elle pouvait continuer Ă  l’ĂȘtre pendant encore 4.000 autres annĂ©es. Il y a quelques mois j’ai Ă©tĂ© stupĂ©fait par un rĂ©dacteur Ă©tranger d’un grand journal amĂ©ricain. Il Ă©tait plus jeune que moi d’environ 15 ans et n’avait jamais entendu cette expression.

 

Alors, tous ces fatalistes orientaux d’il y a 50 ans sont maintenant, je pense, comme le dirait Alan Greenspan, irrationnellement exubĂ©rants ou au moins, disons, exubĂ©rants. J’espĂšre qu’il en sera heureusement de mĂȘme de ceux que j’appelle les « afro pessimistes ». Ce ne sera pas pour demain, ce sera pour dans une quarantaine d’annĂ©es. Pensez simplement, je veux dire, que cinquante annĂ©es c’est court en termes d’histoire mais trĂšs long dans la vie d’un homme. Et si vous attendez des rĂ©sultats rapides, vous n’ĂȘtes pas prĂȘts de les voir. A vous de comprendre qu’à raison de 4 % par an, 5 % par an, annĂ©e aprĂšs annĂ©e, aprĂšs 10 ans, 15 ans, cela fera une diffĂ©rence extraordinaire. Si vous ĂȘtes trop impatient, alors Donald aura absolument raison : vous aurez perdu.

 

Alors, que nos maĂźtres mots soient : persĂ©vĂ©rance et dĂ©termination. C’est primordial.

 





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