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Rechercher une éducation de qualité au Pérou

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Dans une classe Ă  Lima, capitale du PĂ©rou, un Ă©lĂšve du CP2 tient un livre et essaie de lire. Sa voix est hĂ©sitante et hachĂ©e. Il se tord les mains nerveusement, lit chaque lettre avec hĂ©sitation pour tenter d’en tirer un mot.

Plus loin, dans les montagnes de Cuso, une fille de 7 ans lit aisĂ©ment le mĂȘme texte dans sa langue maternelle (Quechua) avant de le relire en Espagnol.

Ici, dans le village isolĂ© de Ccochapata, peu importe qu’une fille parcoure de longues distances pour aller Ă  l’école ou aille dans une Ă©cole oĂč un seul enseignant prend 4 classes.

Aisance en lecture
Niveau 2 (CP2): 60 mots/min
Niveau 3 (CE1): 90 mots /min
Niveau 4 (CE2): 110 mots /min

Au CP2, dĂ©jĂ , elle rĂ©pond Ă  la norme de lecture de 60 mots par minute, fixĂ©e par les partisans de l’éducation des enfants Ă  travers le monde. 

Le fait qu’elle lise aisĂ©ment dans les deux langues et que le garçon de Lima n’ait aucune aisance dans l’une des langues, est prĂ©sentĂ© dans un film vidĂ©o produit dans le cadre du projet financĂ© par la Banque mondiale et le DFID (Department of International Cooperation) du Royaume Uni.

«La vidĂ©o et le message indiquant que la qualitĂ© de l’éducation est aussi importante que la quantitĂ©, fait partie des efforts de l’équipe de la Banque mondiale au PĂ©rou pour sensibiliser les populations Ă  la question de l’alphabĂ©tisation, au cours de la campagne prĂ©sidentielle», affirme M. Daniel Cotlear, Chef du secteur d’activitĂ© au PĂ©rou.

Pour lui, «Le principal impact recherchĂ© Ă©tait d’inscrire cette question dans le programme des candidats». Et Ă  son avis, «Les efforts de l’équipe ont Ă©tĂ© payants puisque trois des quatre candidats ont inscrit l’éducation dans leurs programmes, avant l’élection de l’ancien prĂ©sident Alan Garcia, le 05 juin».

Qualité vs Quantité

«Le PĂ©rou a enregistrĂ© de grandes avancĂ©es au niveau de la scolarisation des enfants au cours des derniĂšres annĂ©es. En effet, beaucoup plus d’enfants pĂ©ruviens vont Ă  l’école que ceux d’autres  pays d’un niveau de revenu similaire Ă  celui du PĂ©rou», explique M. Cotlear.

«Mais l’objectif d’amĂ©liorer l’accĂšs Ă  l’éducation dans le pays n’a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© qu’en partie. Les normes ont Ă©tĂ© rĂ©duites, de sorte qu’en fin de compte le pays s’est retrouvĂ© avec de forts taux de couverture, mais une qualitĂ© mĂ©diocre», poursuit-il.

«Le principal impact recherchĂ© Ă©tait d’inscrire cette question dans le programme des candidats.» (Daniel Cotlear, Chef du secteur d’activitĂ© au PĂ©rou)

Le projet conjoint Banque mondiale – DFID, RECURSO (connu Ă©galement sous le non du projet pĂ©ruvien pour la gouvernance et la responsabilisation dans les secteurs sociaux dĂ©centralisĂ©s), a analysĂ© le problĂšme dans le cadre d’une Ă©tude de plus grande envergure sur la couverture et la qualitĂ©, non seulement dans le secteur Ă©ducatif, mais Ă©galement dans les programmes de santĂ© et ceux d’assistance sociale au PĂ©rou. 

Sur les 136 Ă©lĂšves du CP2, choisis au hasard pour les besoins de la vidĂ©o, 35% n’étaient pas en  mesure de lire un seul mot.

«Toutefois, 80% des parents interrogĂ©s Ă©taient satisfaits de la qualitĂ© de l’éducation de leur enfant», confie M. Cotlear.

«Le problĂšme est que personne ne sait vraiment comment mesurer la qualitĂ© de l’éducation», explique M. Cotlear. «Pour encourager les parents, qui sont aussi les Ă©lecteurs, Ă  exiger une Ă©ducation de meilleure qualitĂ©, nous avions besoin d’un moyen de mesure de la qualitĂ© de l’éducation.» poursuit-il.

Résistance de la part des éducateurs

M. Cotlear affirme que l’équipe de la Banque a passĂ© une annĂ©e «à essayer de convaincre les Ă©ducateurs Ă  dĂ©finir des normes, facilement mesurables et compris par les parents et les votants.»

«Mais cela n’a pas Ă©tĂ© aisĂ© et ne l’a pas non plus Ă©tĂ© dans la rĂ©gion andine. Nous avons constatĂ© beaucoup de rĂ©sistance de la part des Ă©ducateurs par rapport Ă  la production de normes claires, responsabilisantes, et mesurables.», dit-il.

M. Cotlear affirme que  le monde de l’éducation pĂ©ruvienne y compris le syndicat des enseignants Ă©tait opposĂ© Ă  la dĂ©finition d’une norme de lecture, prĂ©textant que: «l’éducation regroupe plusieurs choses et ne se limite pas Ă  la lecture seulement. Par ailleurs, il est plus important pour les enfants de comprendre les notions que de lire rapidement».

Certains auraient affirmĂ© que la lecture n’était pas la plus importante et qu’ils voulaient des Ă©lĂšves plus entreprenants. D’autres seraient allĂ©s jusqu’à dire qu’en raison de la grande diversitĂ© du pays, l’on ne pouvait pas s’attendre Ă  ce qu’un petit citadin et un petit villageois soient Ă©valuĂ©s sur les mĂȘmes critĂšres ou puissent satisfaire les mĂȘmes normes.

La vidéo

Les arguments contre la dĂ©finition de normes auraient, selon M. Cotlear, incitĂ© l’équipe Ă  produire la vidĂ©o.

«Lorsqu’au dĂ©but du film, l’on voit des enfants essayer de lire et incapables de le faire et que l’on sent comment ils s’efforcent de faire plaisir et que l’on voit leur dĂ©couragement et toute leur nervositĂ© devant leur incapacitĂ© Ă  lire, l’on ne peut qu’avoir le cƓur brisĂ©.» dit-il. 

«C’est une situation qui montre jusqu’à quel point les enfants sont en droit d’attendre plus du systĂšme Ă©ducatif, censĂ© les aider Ă  lire.», ajoute-t-il.

Selon M. Cotlear, «Il faut un minimum de fluiditĂ© verbale pour acquĂ©rir une certaine comprĂ©hension. Et il est Ă©vident qu’on ne peut ĂȘtre entreprenant ou avoir d’autres qualitĂ©s Ă©ducationnelles si l’on n’est incapable de lire.»

La vidĂ©o montre qu’un bon enseignant «possĂ©dant une bonne comprĂ©hension de ce qu’il est supposĂ© faire, peut amener des enfants de 8 ans, bilingues, de parents analphabĂštes, Ă  lire et Ă  comprendre 60 mots par minute».

Campagne médiatique

La Banque a fait campagne pour une Ă©ducation de qualitĂ© en janvier, au mĂȘme moment oĂč la campagne prĂ©sidentielle battait son plein.

Entre le 19 janvier et le 30 avril, 76 articles de presses et de programmes d’informations ont mentionnĂ© l’étude de la Banque mondiale et du RECURSO.

Par ailleurs, l’équipe de la Banque mondiale a rencontrĂ©, en privĂ©, les quatre parties politiques et a tenu une sĂ©rie de rencontres, d’abord, avec les reprĂ©sentants du gouvernement et les organisations acadĂ©miques et non gouvernementales. Ensuite, deux autres rencontres publiques ont Ă©tĂ© organisĂ©es dans les bidonvilles du Sud de Lima, en plus d’une rencontre rĂ©gionale, hors de la rĂ©gion de Lima. 

L’équipe a «soigneusement recherchĂ© une couverture mĂ©diatique de ses activitĂ©s en faveur d’une Ă©ducation de qualité», affirme M. Cotlear. Elle a accordĂ© des interviews aux magazines les plus en vue, Ă  la tĂ©lĂ©vision et Ă  la radio, aux fins d’une grande publicitĂ© avant les diffĂ©rentes rencontres. L’impact a Ă©tĂ© «grandiose», confie M. Cotlear. Nous avons Ă©tĂ© invitĂ©s Ă  expliquer cela davantage Ă  la presse, au CongrĂšs des enseignants et au secteur privé», poursuit-il

Il a Ă©galement Ă©tĂ© demandĂ© Ă  l’équipe de la Banque d’aider Ă  clarifier les normes en matiĂšre de protection sociale et de nutrition. M. Cotlear affirme que les conclusions de son Ă©quipe sur l’éducation, les soins de santĂ© et les filets de sĂ©curitĂ© sociale au PĂ©rou, vont certainement influencer la prochaine stratĂ©gie d’aide-pays de la Banque mondiale pour le PĂ©rou.

Prix pour les enseignants

«La mise en oeuvre rĂ©ussie des normes en matiĂšre d’éducation passe par la sensibilisation des parents sur le succĂšs ou l’échec de leur Ă©cole locale, afin de les amener Ă  exiger une Ă©ducation de meilleure qualité», explique M.  Cotlear.

L’équipe de la Banque mondiale prĂ©voit un plus grand nombre de rencontres et une plus grande campagne Ă  travers le PĂ©rou, afin de sensibiliser la population sur les questions relatives Ă  la qualitĂ© de l’éducation.

Par ailleurs, M. Cotlear affirme que le RECURSO est en pourparlers avec le secteur privé en vue de décerner, chaque année, un prix aux  100 enseignants «qui donnent les meilleurs résultats en lecture dans ces écoles autochtones et rurales, ainsi que ces classes à plusieurs niveaux»

«Nous voulons les rendre cĂ©lĂšbres. Nous voulons que les parents des enfants inscrits dans ces Ă©coles sachent qu’elles sont excellentes. Nous voulons reconnaĂźtre leur mĂ©rite. Nous voulons que d'autres enseignants et parents sachent que ce type de reconnaissance existe, et acquiĂšrent l'envie de rĂ©aliser ce qu'il faut pour la mĂ©riter », conclut-il.

 


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