Le Burkina Faso illustre, à tous points de vue, la situation de nombreux pays engagés dans la lutte contre le VIH.
Ces deux dernières années, l’épidémie, jusque là circonscrite aux groupes à haut risques tels que les chercheurs d’or, les camionneurs et les travailleurs du sexe, s’est étendue à l’ensemble de la population. Selon le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA, c’est, à ce jour, près de 140 000 personnes, de 15 ans ou plus, qui sont séropositives.
Comme dans beaucoup de pays, les coûts du dépistage, et encore davantage ceux du traitement, sont inabordables pour une grande partie de la population.
Mais cette situation est en train de changer et il y a aujourd’hui des raisons d’espérer.
Le dernier rapport 2006 des Nations Unies sur l’épidémie mondiale du SIDA, note une baisse de 25% du nombre de séropositifs dans les zones urbaines. La moyenne nationale est ainsi passée de 7,2%, en 1997, à 2,3%, cette année, l’un des taux les plus bas en Afrique sub-saharienne.
Actuellement, les antirétroviraux, de nouveaux médicaments connus sous le sigle anglais, ART et susceptibles de prolonger la vie des malades atteints du VIH/SIDA, sont plus largement disponibles, grâce à l’aide apportée par les bailleurs de fonds et diverses organisations au gouvernement national et à ses partenaires dans leurs efforts de lutte contre le SIDA, notamment pour l’achat et la distribution de ces médicaments
Ce 16 août, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) annonçait que le nombre de personnes soignées par thérapie antirétrovirale en Afrique subsaharienne avait, pour la première fois, dépassé un million, soit dix fois plus qu’en décembre 2003. Toujours selon l’OMS, 63% des patients sous ART dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire vivent en Afrique, un progrès considérable lorsqu’on sait que ce pourcentage n’était que de 25% à la fin de 2003. Malgré que l’Afrique ait le plus grand nombre de personnes sous traitement et le deuxième taux de couverture le plus élevé des personnes qui ont besoin de ce traitement, l’OMS constate que 70% des patients qui, dans le monde, n’ont pas encore accès au traitement, sont africains.
Autrefois, seul un millier de personnes pouvaient accéder aux antirétroviraux. Si certaines personnes pouvaient se payer ces médicaments, d’autres ne les obtenaient qu’à travers des organisations non gouvernementales ou des réseaux de personnes vivant avec le VIH. Des produits étaient également fournis par des particuliers, originaires de pays plus riches, et distribués de manière informelle.
Selon l’ONUSIDA, 24% des personnes vivant avec le VIH bénéficient aujourd’hui d’une thérapie antirétrovirale.
Quelque 850 personnes sont sous traitement antirétroviral (ART), grâce au programme plurinational de lutte contre le VIH/SIDA en Afrique (MAP). Avec un financement initial de 1 milliard de dollars EU, ce projet, initié parla Banque mondiale et ses partenaires, vise à appuyer les efforts nationaux et les initiatives sous-régionales de lutte contre le VIH/SIDA. Parmi ces patients sous thérapie antirétrovirale, 400 personnes participent à une étude de recherche sur le suivi de la résistance aux médicaments et des échecs thérapeutiques.
7000 autres personnes recevront un traitement à travers leProgramme d’accélération de l’accès au traitement (TAP)), un projet biannuel, fruit du partenariat entre la Banque mondiale, la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et l’OMS
Des milliers de personnes reçoivent des ARV à travers d’autres programmes, notamment ceux financés par le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme.
Le projet TAP, encore au stade pilote, offre 60 millions de dollars EU pour financer le traitement ARV dans trois pays, notamment, le Burkina Faso, le Mozambique et le Ghana, avant d’y permettre à d’autres milliers de personnes.
Au Burkina Faso, les 18 millions de dollars EU du TAP permettront de financer les médicaments et d’appuyer les centres de santé gérés par des organisations non gouvernementales et des réseaux de personnes vivant avec le VIH.
«Ce financement est également destiné à renforcer les capacités de 21 sur les 54 petits centres de santé de districts qui desservent les petites communautés rurales, à travers la formation des médecins et des infirmiers en counseling et suivi des personnes infectées par le VIH», affirme M. Timothy Johnston, un spécialiste du développement humain de la Banque mondiale, qui a passé trois années à travailler sur des projets de santé au Burkina Faso.
La Banquemondiale collabore également avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les instituts de recherche locaux pour suivre et évaluer le programme national de traitement. L’objectif de cette analyse est de cerner de façon précise les facteurs de réussite d’une thérapie ART, ainsi que les avantages qu’elle offre tant aux particuliers qu’aux pays eux-mêmes.
Le ministère de la Santé du Burkina Faso prévoit, d’ici la fin du projet pilote en 2007, d’avoir accès aux fonds communs mis en place par les bailleurs de fonds pour le paiement du traitement ART à long terme. La Banque mondiale a récemment approuvé un nouveau projet d’appui au secteur de la santé et d’appui multisectoriel à la lutte contre le SIDA, pour un montant de 47 millions de dollars EU. Ce projet contribuera au financement du fonds pour la santé, créé par les bailleurs de fonds, et de façon plus générale, aux efforts en faveur de la prévention du VIH/SIDA
Même si le coût des ARV communément utilisés a baissé, de manière significative, ces cinq dernières années, les patients peuvent développer des résistances à ces médicaments et avoir besoin d’un traitement plus onéreux.
Le coût annuel d’un traitement ART de première ligne est d’environ 300 dollars EU par patient. «En cas de résistance ou d’échec thérapeutique lors de l’utilisation des ARV de première ligne, l’on doit recourir aux ARV de seconde ligne (deux à trois fois plus chers que ceux de première ligne), voire aux médicaments de troisième ligne, actuellement trop onéreux pour être abordable», affirme M. Johnston.
«Plus de 90% des personnes qui recevront le traitement ART au titre du TAP du Burkina Faso utilisent aujourd’hui des médicaments de première ligne, meilleur marché», affirme-t-il.
Pour lui, les organisations non gouvernementales (ONG) et la communauté des personnes vivant avec le VIH ont un rôle important à jouer dans la réussite du programme, car avec seulement 400 médecins pour 12 millions de personnes, les médecins sont trop débordés pour assurer le suivi régulier de leurs patients et s’assurer qu’ils prennent leurs médicaments.
« Les malades s’obligeront à prendre, absolument, leurs médicaments chaque jour, sans interruption, d’où l’importance de l’implication de ces ONG et associations dans la lutte contre le VIH », explique-t-il.
Les ONG rendent visite à la famille du patient et s’assurent que ce dernier prend régulièrement ses produits. Ils fournissent en outre, un appui psychosocial aux patients et à leurs familles, souvent très pauvres. Si les patients ne prennent pas leurs ARV régulièrement, “nous assisterons rapidement à l’augmentation des cas d’échecs thérapeutiques et des taux de résistances," prévient M. Johnston.
«Jusque là, les ARV ont donné des résultats si satisfaisants que les personnes qui assimilaient le VIH à une sentence de mort, peuvent vivre normalement et en meilleure santé au point que leurs amis ont souvent du mal à croire qu’ils sont séropositifs», affirme M. Johnston.
«Maintenant, le défi est de veiller à ce que l’ensemble de la population sache que ces nouveaux médicaments ne peuvent pas guérir totalement le SIDA et qu’ils doivent rester vigilants», ajoute-t-il.
« Il nous faut encore travailler dans le domaine de la prévention », affirme M. Johnston, « car le risque est malheureusement très réel de voir apparaître une nouvelle flambée d’infections qui remette en question tous les efforts consentis jusqu’ici en matière de traitement », conclut-il.