28 août 2006 - En République dominicaine, si vous êtes jeune et pauvre de surcroît, vous avez très peu de chances de terminer votre cycle secondaire et d’avoir un emploi stable. Vous courrez, par ailleurs, plus de risques d’être pris dans le piège de la pauvreté.
Selon Mme Andrea Vermehren, Spécialiste senior en protection sociale à la Banque mondiale, cette situation est vécue par des milliers de jeunes gens, dans cet État caraïbe qui a une île en commun avec Haïti.
«Près d’un tiers des jeunes, de 15 à 24 ans, sont sans emploi, soit le double de taux de chômage des adultes dans le pays».
Un rapport de la Banque mondiale révèle qu’au même moment, les employeurs dominicains éprouvent des difficultés à trouver des employés de niveau secondaire, possédant des compétences en management, en administration et en Langues.
Le pays a pris des mesures pour pallier ces problèmes, en lançant un nouveau plan destiné à former quelque 28000 jeunes et à étendre les programmes d’éducation des adultes sur les quatre prochaines années.
La Banquemondiale a apporté une contribution financière de 25 millions de dollars EU au développement et à l’amélioration du programme «Jeunesse et emploi» (Programa Juventud y Empleo) existant, ainsi qu’à deux autres programmes éducatifs complémentaires dits de «seconde chance». Au nombre des autres partenaires financiers figurent la Banque interaméricaine de développement et l’Agence espagnole de coopération internationale.
En plus des cours d’initiation au travail, ce programme offre aux jeunes, des formations sur la dynamique de la vie, des stages et une occasion de terminer leur cycle primaire et secondaire. Et, comme l’affirme, Mme Vermehren, ce programme permet également aux jeunes déscolarisés de reprendre leurs études.
«Nous essayons simplement d’offrir aux jeunes défavorisés, les mêmes chances sur le marché de l’emploi que leurs homologues issus de ménages plus aisés», explique-t-elle.
Participation du secteur privé
Le nouveau «programme Jeunesse et emploi», administré par le Ministère du travail de la république dominicaine, va cibler les jeunes de 16 à 29 ans des zones rurales et urbaines pour les amener à prendre part aux formations professionnelles qui seront organisés en collaboration avec les entreprises privées.
Après trois mois de formation, ces jeunes seront embauchés comme stagiaires pour, entre autres, servir en qualité d’aide-jardinier, de serveur, de mécanicien adjoint, ou d’assistant aux agents de santé.
La formation comprend des cours de mathématiques fondamentales et de dynamique de la vie, surtout les aspects en rapport avec l’art de s’habiller, de se comporter et de résoudre les conflits sur les lieux de travail.
«Le lien entre employeur et formateur doit être très étroit. C’est pourquoi, dans la conception de ce nouveau programme, nous avons essayé de renforcer ce lien», explique Mme Vermehren.
Le programme a, aux dires de Mme Vermehren, permis de ramener le taux de chômage des jeunes défavorisées, beaucoup trop élevé, au taux moyen de chômage.
Le programme s’est soldé par un grand succès, avec l’obtention d’un emploi par près de 50% des participants et le retour à l’école de quelque 20%. Dans la République dominicaine, ils pourront avoir une deuxième chance d’éducation en suivant des cours du soir pour terminer leur cycle primaire ou secondaire.
«L’aspect éducatif de ce programme est un motif de fierté pour nous, tout comme le rôle qu’a joué la Banque mondiale en encourageant les Ministères de l’Éducation et du Travail à œuvrer ensemble sur le problème de chômage des jeunes», confie Mme Vermehren.
Lien entre éducation et pauvreté
Le programme Jeunes vise à renverser les effets néfastes de la récession économique qui a frappé les jeunes de plein fouet.
En 2003, une crise bancaire a conduit les plus grandes banques du pays à la faillite et a abouti à la dépréciation du peso dominicain de 100%. Comme l’a révélé un rapport de la Banque mondiale, les conséquences se sont traduites par une hausse du taux de pauvreté de 15%, une augmentation du nombre de pauvres (31% dans les zones urbaines et 45% dans les zones rurales) et un plus grand nombre de personnes extrêmement pauvres (13%).
De nombreux jeunes ont souffert de malnutrition. Ils ont abandonné l’école et se sont adonnés à des pratiques criminelles et des actes de violences. Le chômage des jeunes est passé à près de 35%.
«Dans le même temps, le système éducatif est resté l’un des moins performants dans la région d’Amérique latine et des Caraïbes», c’est du moins ce qui ressort du rapport de la Banque mondiale.
Près de 8% des jeunes de 14 à 24 ans sont illettrés. Les donnés du recensement de 2002 indiquent que 762 000 jeunes, de 15 à 29 ans (33% de la population), n’ont pas achevé leur éducation de base. Quelque 913 000 jeunes de 20 à 29 ans (62%) n’ont pas fini leur cycle secondaire.
«Nombreux sont les enfants de 12 ou 13 ans qui abandonnent les classes parce qu’ils ont besoin d’argent pour leurs familles», explique Mme Vermehren.
Pour la plupart, «ces enfants restent désoeuvrés, traînent à longueur de journée et font des travaux temporaires ici et là, jusqu’à l’âge de 25 ans», ajoute-t-elle. «Ce sont là, dix années très importantes pour ces enfants. C’est un moment où ils ne sont pas confrontés à des défis énormes, où ils ne savent pas vraiment où ils vont et n’ont pas vraiment le sentiment d’être importants pour leur société».
Équité et compétitivité en Amérique latine
«L’appui de la Banque mondiale aux programmes de jeunesse en République dominicaine fait parti de l’ensemble de ses efforts visant à promouvoir plus d’équité et de compétitivité en Amérique latine et dans les Caraïbes», affirment les acteurs du programme.
«Le manque d’opportunités amène les jeunes à adopter des comportements à risque qui affectent la République dominicaine à plusieurs niveaux,» confie Mme Caroline Anstey, Directrice des opérations aux Caraïbes «Comme dans tous les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, il y a un besoin urgent à offrir aux pauvres, une égalité de chances», poursuit-elle.
«Dans la République dominicaine, tout comme dans de nombreux pays, le système éducatif ne répond pas aux besoins des employeurs et du marché de l’emploi», affirme Mme Vermehren.
«La République dominicaine est un pays assez modernisé, avec un tourisme bien développé et de nombreuses industries et autres. Mais le pays semble ne pas avoir les ressources humaines nécessaires pour saisir toutes ces opportunités».
«Le manque d’instruction et de formation technique appropriée, nuit à la jeunesse latino-américaine», ajoute-t-elle.
«Plus, ces pays ont besoin d’une main d’oeuvre qualifiée, plus, il est difficile pour ces jeunes qui n’ont pas reçu une bonne instruction, de postuler pour ces emplois de haut niveau».
«Dans le contexte actuel de la mondialisation, il est évident qu’on ne peut aller nulle part sans un bon niveau d’instruction ou une expérience professionnelle solide. Par le passé, l’on pouvait trouver quelques emplois dans le secteur rural. Mais les économies se modernisent et exigent des emplois plus sophistiqués et spécialisés, une situation pour laquelle beaucoup de jeunes ne sont malheureusement pas préparés», conclut-elle.