L’Afrique : Nouvel horizon économique pour la Chine et l’Inde

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16 septembre 2006 — Les entreprises chinoises et indiennes sont de plus en plus actives en Afrique subsaharienne, et l’intérêt qu’elles portent à ce continent est bien plus qu’une simple ruée vers les ressources naturelles, indique un nouveau livre de la Banque mondiale.

 

Ce livre intitulé Africa’s Silk Road: China and India’s New Economic Frontier (La Route de la soie en Afrique : Nouvel horizon économique pour la Chine et l’Inde), indique que les exportations de l’Afrique vers l’Asie ont triplé ces cinq dernières années, faisant de celle-ci le troisième partenaire commercial des pays africains (avec une part de 27 %) derrière l’Union européenne (32 %) et les États-Unis (29 %). Les apports d’investissement direct étranger de l’Inde et de la Chine ont également progressé : ceux en provenance de Chine s’élevaient ainsi à 1,18 milliard de dollars au milieu de 2006, indique l’étude.

 

L’ouvrage présente des données originales établies à l’échelon même des entreprises chinoises et indiennes présentes sur le continent africain, comme l’explique son auteur, Harry Broadman, conseiller économique à la Banque. Il a procédé pour cela à une enquête auprès de 450 firmes chinoises et indiennes à l’échelon de quatre pays — Afrique du Sud, Tanzanie, Ghana et Sénégal — et entrepris les premières études de cas en matière commerciale à être menées sur le terrain au niveau de 16 autres entreprises de la Chine et de l’Inde en Afrique.

 

Les nouvelles données laissent penser que les entreprises asiatiques commencent à se diversifier. Après les ressources naturelles et le pétrole, elles s’intéressent désormais à toute une gamme de secteurs, une tendance qui pourrait, selon M. Broadman, aboutir à ce que l’Afrique produise des produits plus avancés et aider ainsi la région à participer plus pleinement aux échanges internationaux.

 

« Il est certain que, si l’on prend un cliché de la situation actuelle, ce sont les ressources naturelles qui constituent de loin la plus grosse part des exportations de l’Afrique vers l’Asie », explique l’auteur. « Mais la nouveauté à ce niveau, c’est qu’il y a bien plus que le pétrole qui fasse l’objet d’investissements. Et c’est là une opportunité importante pour la croissance et la réduction de la pauvreté en Afrique, car ses échanges se sont concentrés pendant bien des années sur les produits primaires et les ressources naturelles. »

 

La publication de cet ouvrage intervient à la veille de l’ouverture des Assemblées annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale à Singapour, où les dirigeants du monde entier sont appelés à examiner toute une série de problèmes urgents qui touchent au développement et affectent, pour beaucoup d’entre eux, l’Afrique et les 300 millions de pauvres qui y vivent. Elle intervient aussi à un moment où sont unanimement célébrés les progrès accomplis par l’Asie, qui ont permis à 400 millions de personnes d’échapper à l’extrême pauvreté au cours des 25 dernières années.

 

Nombreux sont ceux qui se demandent si le même « miracle » peut se reproduire en Afrique subsaharienne et en Amérique latine. Bien que la progression des flux d’échanges et d’investissements de l’Asie incite à l’optimisme, M. Broadman avertit toutefois qu’il existe des asymétries majeures au niveau des relations économiques entre les deux régions. Les droits comparativement élevés que la Chine et l’Inde appliquent aux produits d’exportation de pointe de l’Afrique, ceux d’une valeur maximum, empêchent les pays africains d’exploiter totalement leurs marchés. C’est ainsi que les exportations de l’Afrique ne représentent que 1,6 % de celles que l’Asie reçoit du reste du monde.

 

Échanges Sud-Sud

 

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Les exportations africaines vers l'Asie ont augmenté annuellement de 20% au cours des 5 dernières années, et ont acceléré de 30% depuis 2003.

La « montée en flèche » des activités commerciales et investissements asiatiques en Afrique représente l’amorce d’un changement dans la physionomie des échanges, souligne M. Broadman. Aujourd’hui, l’essentiel des échanges se situe au niveau Nord-Sud — entre l’Afrique et les pays développés d’Europe, le Japon et l’Amérique du Nord. « Mais ce qui se passe en Chine, en Inde et en Afrique s’inscrit dans la tendance à l’augmentation rapide des courants d’investissements et d’échanges Sud-Sud que l’on constate plus largement au plan mondial, et des échanges doublés entre pays en développement », dit-il.

 

Le commerce avec l’Asie engendre des produits d’un coût abordable pour les Africains, les Indiens et les Chinois, qui sont soit vendus en Afrique, soit exportés vers la Chine, l’Inde ou un pays tiers. Dans le même temps, de plus en plus d’entreprises chinoises et indiennes cherchent à fabriquer et à exporter des composants avancés, comme ceux produits par l’industrie des pièces automobiles en Afrique du Sud, pour le marché mondial. « Cela permet à l’Afrique d’accéder pour la première fois à ce réseau d’exportations mondiales de produits plus avancés fabriqués dans des pays tiers », indique M. Broadman.

 

Mais l’ouvrage fait valoir que la solution traditionnelle consistant à abaisser les barrières commerciales ne sera pas suffisante. Ce qui compte davantage, ce sont les réformes à mener « en deçà des frontières », pour encourager la concurrence, renforcer les institutions du marché et améliorer la gouvernance au sein même des pays africains, et celles entreprises « entre les frontières » des deux régions, afin d’abaisser les coûts des transactions internationales.

 

« Ce dont ont en besoin partie les Africains pour attirer la Chine, c’est de réduire le coût des affaires », confirme John Page, économiste en chef de la Banque pour la région Afrique. Certains pays avancent déjà dans cette direction, à en croire l’édition 2007 de l’enquête sur la pratique des affaires, Doing Business (a), que vient de publier le Groupe de la Banque. Il en ressort en effet que le climat de l’investissement s’est amélioré dans plusieurs pays d’Afrique en 2005, et que l’Afrique subsaharienne s’est classée en troisième position pour ses performances, derrière la région Europe de l’Est et Asie centrale et les pays à revenu élevé de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).

 

Environ un tiers de la population africaine vit dans des pays qui ont une croissance démographique supérieure à la croissance économique et dont l’économie régresse en fait, souligne M. Page, qui fait toutefois état de bonnes perspectives dans environ 14 pays où vivent 65 % des Africains : environ 30 % d’entre eux vivent dans des pays exportateurs de ressources naturelles, et 35 % dans des pays qui ont connu une croissance annuelle moyenne de 5 % au cours des dix dernières années.

 

Selon M. Broadman, beaucoup de pays pourraient tirer énormément parti de possibilités d’échanges Sud-Sud encore inexploitées, par exemple en faisant un effort de promotion touristique vers la Chine, l’Europe de l’Est, l’Amérique latine et l’ex-Union soviétique. « L’industrie touristique en Afrique est insuffisamment développée », dit-il. « C’est tout simplement un énorme marché qui n’attend que de se matérialiser. »

 

Mais ce qu’il faut, ajoute-t-il, c’est une chose dont manque l’Afrique : les infrastructures — routes, aéroports, systèmes de transport, télécommunications. C’est là un manque que ressentent au plus haut point les partenaires commerciaux de l’Afrique. La Chine, pour ne citer qu’elle, cherche des occasions de contribuer aux activités menées par la Banque dans cette région, y compris ses projets d’infrastructure, selon M. Page. Il ajoute que la Banque pourrait collaborer avec la Chine et l’Inde, notamment dans le cadre de projets agricoles, afin de tirer parti des connaissances spécialisées qu’elles possèdent.

 

De fait, note-t-il, leur savoir pourrait bien, en définitive, constituer le plus bel apport de l’Inde et de la Chine à l’Afrique. « Les connaissances qui peuvent être transmises entre l’Asie et l’Afrique pourraient s’avérer aussi importantes que les flux d’échanges et d’investissement proprement dits, sinon plus », conclut-il.

 

Assurément, conclut à son tour M. Broadman, « les échanges et investissements Afrique-Asie représentent une très petite partie de la solution aux problèmes confrontant l’Afrique, que ce soit le manque d’infrastructures ou l’insuffisance de main-d’œuvre hautement qualifiée. Surmonter ces obstacles à la croissance et au développement prendra peut-être des dizaines d’années. »

 

 


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