Sites officiels de la Banque Informations connexes Le boum économique qu’ont connu de nombreux pays d’Asie de l’Est ces 15 dernières années place aujourd’hui la région face à un nouveau cortège de problèmes intérieurs, créés par la croissance galopante des villes, la montée des inégalités, la corruption et la dégradation de l’environnement.  Telle est l’une des principales conclusions qui se dégage d’un nouveau rapport de la Banque mondiale consacré à la renaissance de l’Asie de l’Est et aux solutions envisageables pour gérer la croissance dans cette partie du monde (An East Asian Renaissance: Ideas for Growth). Il s’agit là de la première analyse complète des forces et des problèmes en jeu en Asie de l’Est depuis la crise financière qui a ébranlé la région au début des années 90.  Depuis, la Chine s’est affirmée comme le champion du développement de la décennie, et l’Asie de l’Est s’est transformée en créant des économies plus compétitives et innovantes, qui exploitent brillamment les sources de dynamisme locales.  Comme l’explique Homi Kharas, économiste en chef pour la région Asie de l’Est et Pacifique à la Banque mondiale et co-auteur du rapport : « La croissance générée par l’intégration régionale et mondiale a permis à l’Asie de l’Est d’enregistrer des progrès économiques records. Dans quelques années, la quasi-totalité des habitants des pays en développement de la région vivront dans un pays à revenu intermédiaire. On ne peut que s’en réjouir, mais les problèmes de développement au stade du revenu intermédiaire sont infiniment plus complexes. »  Selon le rapport, 50 millions d’habitants de l’Asie de l’Est sont sortis de la pauvreté rien qu’en l’espace des cinq dernières années, et lorsque le Viet Nam parviendra au stade de pays à revenu intermédiaire — ce qui pourrait se produire d’ici 2010 — moins de 5 % des habitants de la région vivront encore dans un pays à faible revenu.  Le rapport indique toutefois que près de 600 millions d’habitants de la région disposent toujours de moins de 2 dollars par jour pour vivre. Les inégalités ont augmenté, pas uniquement sur le plan des revenus, mais sur celui du niveau scolaire atteint et de l’accès aux services de base. Les populations des régions les plus pauvres et des zones rurales voient leur retard se creuser par rapport à leurs homologues des villes, et les minorités ethniques ne profitent pas de la croissance.  Mais c’est dans les villes-champignons de la région que la pression se fait sentir le plus.  « On assiste actuellement en Asie de l’Est à l’exode rural le plus massif que l’histoire ait jamais connu », déclare Indermit Gill, conseiller économique à la Banque mondiale et co-auteur. « Au cours des 20 prochaines années, les villes de la région devraient voir déferler deux millions de nouveaux arrivants chaque mois. Cela signifie qu’il faut aménager et construire des villes dynamiques, reliées entre elles et avec le monde extérieur, afin de permettre à la croissance économique de se poursuivre tout en renforçant la cohésion sociale. »  L’écart de revenu qui existe entre les petites villes intérieures et les grandes agglomérations côtières de la région est lié au manque d’infrastructures nationales raccordant les villes aux ports. Bien que l’Asie de l’Est dispose de certains des ports maritimes et des installations de transport aérien les plus performants au monde, les pays ne possèdent pas les moyens logistiques intérieurs dont ils ont besoin.  « Il faut de meilleures liaisons routières et ferroviaires et des capacités logistiques renforcées pour relier les villes intérieures aux plaques tournantes du commerce, afin que l’écart de revenu entre les travailleurs des différentes villes puisse être réduit », souligne Homi Kharas.  Le rapport fait également ressortir un décalage croissant à l’intérieur de plusieurs villes de la région avec les migrants ruraux qui viennent grossir les rangs de la main-d’œuvre informelle.  « Sans qualification appropriée, beaucoup de travailleurs ne peuvent pas facilement trouver le type d’emploi moderne qui leur assurerait une progression régulière de leur revenu tout au long de leur carrière. Le marché ayant besoin d’une main-d’œuvre qualifiée, les systèmes éducatifs sont appelés à jouer un rôle plus important en dispensant des apprentissages de base sur lesquels appuyer ensuite la formation tout au long de la vie, mais les zones rurales et certaines petites villes sont largement dépourvues de ces moyens. »  Le rapport remet en cause l’idée que la corruption est endémique en Asie de l’Est et prédit que, grâce à la pression exercée par les groupes de la société civile, la primauté du droit finira par l’emporter sur la « primauté de l’homme » dans les pays de la région — ou comme le disent les chinois, fazhi finira par l’emporter sur renzhi. « La corruption centralisée est depuis longtemps dans la ligne de mire des organisations de la société civile », déclare Indermit Gill. « Des pays comme la Corée et la Malaisie se rapprochent d’États comme Singapour, le Japon et Hong Kong, où la corruption est sévèrement sanctionnée et où les possibilités de corruption sont limitées. L’Indonésie, la Chine et le Viet Nam ont également lancé des programmes musclés de lutte contre la corruption au niveau national et n’hésitent plus à poursuivre leurs hauts fonctionnaires ».  L’Asie de l’Est a été rapidement prise dans un mouvement de décentralisation des dépenses publiques, qui fait que la plupart des infrastructures et des services sociaux sont aujourd’hui du ressort des autorités locales.  « À long terme, ce processus de décentralisation devrait aboutir à une plus grande transparence des affaires publiques et obliger les fonctionnaires locaux à être davantage comptables de leurs actes », déclare Indermit Gill. « Cela favorisera l’avènement de sociétés justes et équitables. Mais tant que l’équilibre des pouvoirs ne sera pas établi, il y a un risque que la décentralisation ne rende la lutte contre la corruption plus difficile, ce qui menacerait l’efficacité économique, aggraverait les tensions sociales et élargirait les écarts de performances économiques à l’intérieur des pays. »  En dépit de ces difficultés nouvelles, Homi Kharas voit l’avenir de la région sous un jour très favorable.  « Si les gouvernants d’Asie de l’Est parviennent à surmonter cette nouvelle série d’épreuves, d’ici une génération, ils seront à même d’éliminer la pauvreté et de conduire leurs pays dans les rangs des nations prospères et développées de la planète », conclut-il.     |