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Pour mettre fin à la pauvreté il faut mettre fin à la corruption

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L’amĂ©lioration des mesures de promotion de la gouvernance et de lutte contre la corruption doit faire partie intĂ©grante de toute stratĂ©gie de rĂ©duction de la pauvretĂ©. Cette idĂ©e a Ă©tĂ© dĂ©fendue avec passion dimanche Ă  Singapour par un Ă©minent groupe de leaders mondiaux d’opinion.

 

Paul Volcker, prĂ©sident du ComitĂ© d’enquĂȘte indĂ©pendant sur le Programme « PĂ©trole contre nourriture » des Nations Unies, John Githongo, champion rĂ©putĂ© de la lutte contre la corruption au Kenya, Huguette Labelle, prĂ©sidente de Transparency International, Mohammed Ibrahim, prĂ©sident de la « vertueuse » compagnie de tĂ©lĂ©communications Celtel International et Nuhu Ribadu, prĂ©sident de la commission de la criminalitĂ© Ă©conomique et financiĂšre du NigĂ©ria ont chacun soutenu que l’on ne saurait rĂ©duire la pauvretĂ© sans rĂ©duire la corruption.

 

Ils s’exprimaient dans un dĂ©bat d’experts, animĂ© par le journaliste Dele Olojede, laurĂ©at du prix Pulitzer, et organisĂ© par l’Institut de la Banque mondiale, Ă  l’occasion d’une plĂ©niĂšre du Programme de sĂ©minaires se dĂ©roulant en marge des AssemblĂ©es annuelles de la Banque et du FMI.

 

Intervenant le premier, Paul Volcker a estimĂ© que le fait de ne pas rĂ©gler le problĂšme de la corruption compromettrait le dĂ©veloppement. « La plus grande menace contre le dĂ©veloppement, et contre la Banque mondiale elle-mĂȘme, consisterait Ă  se croiser les bras devant ce dĂ©fi », a-t-il affirmĂ©. Si la Banque tentait de prĂȘter davantage sans rĂ©gler ce problĂšme, elle ne ferait que « rĂ©duire la valeur de ces nouveaux prĂȘts
 et amoindrir l’efficacitĂ© de ses programmes, » a-t-il dĂ©clarĂ©.

 

Abondant dans ce sens, John Githongo a indiquĂ© qu’il s’inscrivait en faux contre ceux qui soutiennent que les mesures de lutte contre la corruption, adoptĂ©es par les institutions multilatĂ©rales, vont Ă  l’encontre des mesures de lutte contre la pauvretĂ©. « La corruption reprĂ©sente le moyen le plus efficace de crĂ©er la pauvretĂ© et l’inĂ©galitĂ©, » a-t-il affirmĂ©. John Githongo avait Ă©tĂ© nommĂ© chef de la lutte anticorruption dans son pays en 2003, avant d’ĂȘtre dĂ©mis de ses fonctions et exilĂ©.

 

La corruption se dĂ©veloppe dans des « rĂ©seaux bien ancrĂ©s » de bureaucrates, d’hommes politiques, de responsables de la sĂ©curitĂ© et d’hommes d’affaires-courtiers. Des dirigeants responsables et l’État de droit sont nĂ©cessaires pour enrayer ce flĂ©au, a estimĂ© John Githongo.

 

Nuhu Ribadu, actuellement aux avant-postes de la lutte en tant que principal responsable des enquĂȘtes sur la corruption dans son pays, a dĂ©clarĂ© que la corruption a privĂ© les pays pauvres des avantages de leurs ressources, tant humaines que naturelles. Il a parlĂ© en termes Ă©mus de la maniĂšre dont l’argent qui aurait pu financer des Ă©coles et des hĂŽpitaux Ă©tait dĂ©tournĂ© des pays comme le sien. « Nous en avons assez de vivre de la charitĂ© des autres
 pour mettre fin Ă  la pauvretĂ©, nous devons d’abord mettre fin Ă  la corruption et Ă  la mauvaise gestion des ressources, » a-t-il dĂ©clarĂ© sous les applaudissements.

 

Pour illustrer les effets corrosifs de la corruption, Huguette Labelle et Paul Volcker ont tous deux Ă©voquĂ© le rĂ©cent assassinat d’Andrei Kozlov, cadre rĂ©formateur de la Banque centrale russe.

 

Mohammed Ibrahim a montrĂ© de maniĂšre convaincante que qui dit corrompu dit corrupteur. « Il faut s’attaquer au problĂšme avec moins d’hypocrisie, » a-t-il dĂ©clarĂ©. Il a racontĂ© comment sa sociĂ©tĂ© de tĂ©lĂ©phonie mobile, qui est prĂ©sente dans 15 pays d’Afrique subsaharienne, avait consciemment adoptĂ© la pratique de « ne jamais offrir le moindre sous. »

 

Le fait que la corruption joue dans les deux sens a Ă©tĂ© Ă©voquĂ© plus vigoureusement au cours de la sĂ©ance de questions-rĂ©ponses. Les participants ont soutenu que tout comme les pays en dĂ©veloppement doivent amĂ©liorer les structures de gouvernance pour prĂ©venir la corruption et sanctionner les dĂ©linquants, les pays dĂ©veloppĂ©s doivent prendre des mesures pour punir les  corrupteurs et les empĂȘcher d’amasser de l’argent illicite dans leurs rĂ©seaux bancaires. « Les pays dĂ©veloppĂ©s ne peuvent pas avoir deux poids deux mesures, » a estimĂ© Nuhu Ribadu.

 

Auparavant, dans son discours de bienvenue, le prĂ©sident Paul Wolfowitz avait soulignĂ© sa conviction que la corruption Ă©tait un obstacle de taille au dĂ©veloppement, et que la pauvretĂ© ne pouvait pas ĂȘtre rĂ©duite en l’absence de structures appropriĂ©es de gouvernance et de mesures de lutte contre la corruption.

 

 




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