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Le chemin de la prospérité

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Discours prononcé par Paul Wolfowitz,

Président du Groupe de la Banque mondiale,

devant le Conseil des Gouverneurs du Groupe de la Banque mondiale,

tel que préparé pour l'allocution

 

19 septembre 2006

 

Singapour

 

 

 

Introduction et remerciements

 

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Gouverneurs, Mesdames et Messieurs,

 

C’est avec grand plaisir que je me joins Ă  vous Ă  l’occasion de ces AssemblĂ©es annuelles du FMI et du Groupe de la Banque mondiale. Je tiens Ă  exprimer ma profonde gratitude au Gouvernement et au peuple singapouriens pour leur accueil, et pour s’ĂȘtre acquittĂ©s de la difficile tĂąche d’organiser ces assemblĂ©es. Je tiens Ă©galement Ă  remercier le PrĂ©sident du ComitĂ© du dĂ©veloppement, M Alberto Carasquilla, de diriger ces importants dĂ©bats.

 

J’ai l’honneur d’assumer les fonctions de prĂ©sident depuis plus d’un an dĂ©jĂ . Je suis heureux de pouvoir annoncer que, durant cette pĂ©riode, les prĂȘts du Groupe de la Banque mondiale ont atteint des chiffres records. L’IDA a fourni aux pauvres un appui de 9,5 milliards de dollars, soit un montant plus Ă©levĂ© que jamais auparavant, et la moitiĂ© de cet appui Ă©tait destinĂ©e Ă  l’Afrique.

 

Les financements de la BIRD aux pays Ă  revenu intermĂ©diaire ont atteint 14,2 milliards de dollars, ce qui reprĂ©sente un montant supĂ©rieur aux chiffres des sept annĂ©es prĂ©cĂ©dentes. La MIGA a Ă©mis des garanties d’investissement Ă  hauteur de 1,3 milliard de dollars, mais c’est l’appui de la SFI au secteur privĂ© qui a le plus augmentĂ© puisqu’il a fait un bond de 25 % pour atteindre 6,7 milliards de dollars.

 

Aucun examen des rĂ©sultats de l’exercice Ă©coulĂ© ne serait complet sans revenir sur l’Initiative d’allĂ©gement de la dette multilatĂ©rale. Cet engagement qui a fait date, finance l’allĂ©gement de la dette dont ont tant besoin les pays les plus pauvres du monde — et libĂšre ainsi des ressources qui peuvent ĂȘtre consacrĂ©es aux efforts axĂ©s sur la rĂ©alisation des objectifs de dĂ©veloppement pour le MillĂ©naire. Nous devons poursuivre nos efforts pour accroĂźtre la qualitĂ© aussi bien que le volume de notre appui et pour harmoniser nos efforts avec ceux de nos partenaires. Ces chiffres sont Ă©loquents, et je suis reconnaissant Ă  tous ceux qui nous ont aidĂ© Ă  les obtenir.

 

Je suis reconnaissant Ă  Rodrigo de Rato de l’amitiĂ© qu’il me tĂ©moigne et aussi des efforts qu’il dĂ©ploie pour encourager une Ă©troite collaboration entre nos deux institutions. Je tiens aussi Ă  remercier le Conseil de ses directives et de son appui, notamment sur certaines questions difficiles.

 

Mais je tiens par-dessus tout Ă  remercier le personnel dĂ©vouĂ© de l’institution, en poste dans plus d’une centaine de pays, ainsi qu’au siĂšge Ă  Washington, dont le professionnalisme et la dĂ©termination ont fait de l'annĂ©e Ă©coulĂ©e un exercice trĂšs fructueux pour le Groupe de la Banque mondiale et pour la promotion de notre mission qui est de donner espoir et d'ouvrir des opportunitĂ©s aux pauvres du monde entier.

 

Prendre date avec l’histoire dans le combat menĂ© contre la pauvretĂ©

 

Nous ne devons pas, nous qui sommes rĂ©unis aujourd’hui dans ce splendide palais des congrĂšs, perdre de vue les raisons de notre prĂ©sence en ces lieux : au-delĂ  de ces murs et  Ă  travers le monde,   plus d’un milliard de personnes doivent trouver le moyen de survivre avec moins de 1 dollar par jour. Elles ne   dormiront pas ce soir dans des hĂŽtels cinq Ă©toiles, mais se coucheront malades et le ventre vide. La richesse qui nous entoure aujourd’hui est toutefois la preuve Ă©difiante que l’on peut trouver le moyen de se soustraire au carcan de la pauvretĂ© et de parvenir Ă  la prospĂ©ritĂ©.

 

Il y a 41 ans, Singapour, devenait indĂ©pendante et appareillait vers un cap incertain. Le chĂŽmage Ă©tait Ă©levĂ©, le pays ne possĂ©dait pas d’industries, et l’avenir Ă©tait sombre. « J’ai entrepris avec beaucoup d’angoisse ce voyage, sur une route sans repĂšres, vers une destination inconnue » a Ă©crit le Premier Ministre, Lee Kuan Yew, Ă©voquant ce jour.

 

En regardant autour de nous, nous constatons que le navire est arrivĂ© Ă  bon port. Le parcours remarquable de Singapour sur la voie qui l’a menĂ©e de la pauvretĂ© Ă  la prospĂ©ritĂ© a Ă©tĂ© redĂ©couvert par beaucoup d’autres pays d’Asie de l’Est et d’autres rĂ©gions du monde.

 

Au cours des 25 derniĂšres annĂ©es, quatre cent millions de personnes Ă  travers le monde ont Ă©chappĂ© Ă  l’extrĂȘme pauvretĂ©, si bien que ce quart de siĂšcle aura Ă©tĂ© le plus fructueux dans le combat que nous menons depuis longtemps contre la pauvretĂ©.

Chaque pays doit trouver sa voie, mais au-delĂ  des appartenances culturelles et spirituelles, communautaires et nationales, les peuples poursuivent les mĂȘmes rĂȘves : la possibilitĂ© d’aller Ă  l’école, la sĂ©curitĂ© d’un bon d’emploi, les moyens d’assurer un meilleur avenir Ă  leurs enfants.

Afrique : Le chemin qui ouvre les perspectives

L’annĂ©e derniĂšre, je vous avais annoncĂ© que notre prioritĂ© absolue devait ĂȘtre l’Afrique — la rĂ©gion qui de toute Ă©vidence est restĂ©e en marge de ces progrĂšs remarquables.

Je demeure convaincu que l’Afrique doit ĂȘtre notre toute premiĂšre prioritĂ©. Mais un an plus tard, et aprĂšs m’ĂȘtre rendu dans 10 pays africains, j’ajouterai que je ne vois plus seulement les besoins criants de la rĂ©gion, mais aussi les rĂ©elles possibilitĂ©s qui lui sont offertes.

En l’espace de six ans, le nombre de pays en proie Ă  un conflit est tombĂ© de 13 Ă  cinq. Il va sans dire que le Soudan fait tristement exception Ă  cette Ă©volution positive. Les habitants du Darfour, victimes du dĂ©sespoir et de la misĂšre, sont menacĂ©s de disparition violente. La communautĂ© internationale doit agir, rapidement et rĂ©solument, pour mettre fin Ă  cette  violence.

Mais lorsque ces pays parviennent Ă  sortir de la crise — comme la Sierra Leone, le LibĂ©ria, la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo et la RĂ©publique centrafricaine l’ont fait ces derniĂšres annĂ©es — ils se trouvent confrontĂ©s Ă  une nouvelle sĂ©rie d’obstacles sur la voie qui mĂšne au dĂ©veloppement. Il est nĂ©cessaire que leurs dirigeants prennent sans tarder les mesures qui permettront d’amĂ©liorer le sort de leurs citoyens et de stabiliser une paix fragile. Quant Ă  la communautĂ© internationale du dĂ©veloppement, c’est-Ă -dire nous tous, elle doit leur apporter plus rapidement l’aide dont ils ont besoin. Pour reprendre les propos d’un directeur-pays,  ce dont ils n’ont pas besoin, c’est de continuer Ă  « recevoir, 18 mois trop tard, des documents hermĂ©tiques de la taille d'un annuaire de tĂ©lĂ©phone ».

Au LibĂ©ria, pour ne citer qu’un exemple, la Banque ne mĂ©nage aucun effort pour accĂ©lĂ©rer les choses. L’institution a accordĂ© des dons Ă  fort impact d’un montant de 67 millions de dollars destinĂ©s Ă  financer la reconstruction des routes, des ports et des aĂ©roports, et le rĂ©tablissement des services d’approvisionnement en eau et en Ă©lectricitĂ© pour la  population.

Nous devons en faire de mĂȘme au Liban.

Quelques pays africains en sont Ă  un stade de dĂ©veloppement plus avancĂ©. Au cours des 10 derniĂšres annĂ©es, 17 d’entre eux ont enregistrĂ© systĂ©matiquement une croissance annuelle d’au moins 4 %, pouvant mĂȘme atteindre, dans certains cas, 7 ou 8 %. L’enjeu pour la communautĂ© du dĂ©veloppement est d’accĂ©lĂ©rer la dynamique dans ces pays, et d’aider les autres Ă  trouver et Ă  emprunter le mĂȘme chemin vers la prospĂ©ritĂ©.

Plan d’action pour l’Afrique – OĂč en sommes-nous ?

Pour relever ce dĂ©fi, le Groupe de la Banque a lancĂ© le Plan d’action pour l’Afrique. Cela fait maintenant un an que ce plan est appliquĂ©, et je suis heureux d’annoncer que nous avons progressĂ© dans la voie de l’accroissement de notre aide au dĂ©veloppement du secteur privĂ©, Ă  la rĂ©duction de la fracture infrastructurelle — en particulier dans le domaine des infrastructures rĂ©gionales — et Ă  l’amĂ©lioration de la santĂ© et de l’éducation. J’espĂšre que l’annĂ©e prochaine, nous serons en mesure de rendre compte de nouveaux progrĂšs dans le domaine de l’agriculture, qui est un secteur essentiel.

Dans toute la rĂ©gion, le dĂ©labrement des infrastructures bride l’activitĂ© des entreprises et empĂȘche de tirer parti des possibilitĂ©s offertes par les marchĂ©s internationaux. Aujourd’hui, Ă  distance Ă©gale, le coĂ»t de transport d’un conteneur est trois fois plus Ă©levĂ© pour un entrepreneur en Afrique centrale que pour son homologue chinois. Pour cet entrepreneur africain, le chemin Ă  emprunter pour Ă©chapper Ă  la pauvretĂ© est, littĂ©ralement, une bonne route.

Nous soutenons les efforts dĂ©ployĂ©s par nos partenaires africains pour Ă©largir l’accĂšs de leur population Ă  l’électricitĂ©, Ă  l’eau et aux transports. Durant la seule annĂ©e Ă©coulĂ©e, nous avons accru de 15 % nos investissements dans l’infrastructure.

Ce ne sont pas les nouveaux plans qui manquent pour amĂ©liorer l’infrastructure en Afrique. Il n’y a tout simplement pas assez de ressources pour les financer.

Pour les jeunes enfants africains, le chemin qui permet de sortir de la pauvretĂ© commence Ă  l’école, mais ils sont encore trop peu nombreux Ă  ĂȘtre scolarisĂ©s, ne serait-ce que dans le primaire. Et pour l’ensemble du sous-continent, les deux flĂ©aux mortels que sont le sida et le paludisme constituent des obstacles majeurs Ă  surmonter sur ce chemin.

L’Initiative pour la mise en Ɠuvre accĂ©lĂ©rĂ©e du programme « Éducation pour tous » encourage un nombre croissant de pays, situĂ©s en majoritĂ© en Afrique, Ă  mettre en place des plans crĂ©dibles pour accroĂźtre le nombre d’enfants scolarisĂ©s dans le primaire, en particulier chez les filles. Cette initiative pourrait permettre Ă  70 millions d’enfants de 60 pays de rĂ©aliser leur rĂȘve d’aller Ă  l’école, Ă  la condition – je voudrais insister sur ce point – que les bailleurs de fonds fournissent les ressources supplĂ©mentaires nĂ©cessaires pour appuyer les efforts des pays qui rĂ©alisent des progrĂšs.

La Banque participe Ă©galement Ă  la coalition mondiale de lutte contre le VIH/SIDA, dont l’action a permis en deux ans seulement de multiplier par huit le nombre de personnes ayant accĂšs Ă  une thĂ©rapie. Nous n’avons toujours pas atteint l’objectif visant Ă  rendre ces traitements accessibles Ă  80 % des personnes qui en ont besoin, ce qui exige d’y consacrer des ressources.

Le paludisme reste l’une des maladies qui fait le plus de victimes en Afrique. Le nouveau Programme renforcĂ© de lutte contre le paludisme de la Banque pourrait toucher plus de 125 millions de personnes, dont 30 millions d’enfants. En Tanzanie, j’ai rencontrĂ© une mĂšre de cinq enfants qui achetait une moustiquaire pour la premiĂšre fois de sa vie. Elle m’a racontĂ© que ses cinq enfants avaient eu la chance de ne pas succomber au paludisme. Mais nous ne pouvons pas laisser la chance seule dĂ©terminer le sort des enfants africains. Avec l’aide de la Banque, plus de 10 millions de moustiquaires et plus de 15 millions de doses d’antipaludĂ©ens seront mis Ă  la disposition de personnes comme cette jeune mĂšre.

La semaine derniĂšre, Ă  la confĂ©rence de Dakar, un vibrant appel a Ă©tĂ© lancĂ© aux bailleurs de fonds pour les exhorter Ă  mieux coordonner leurs efforts et Ă  faire preuve d’une plus grande transparence pour combattre le paludisme. Nous mettons en place un systĂšme pour surveiller l’utilisation des moustiquaires, l’accĂšs aux traitements antipaludĂ©ens et l’application d’insecticide dans les habitations. Mais nous ne pourrons repĂ©rer les dysfonctionnements et prendre des mesures correctives que si nous disposons d’un systĂšme de suivi commun qui couvre les activitĂ©s de tous les bailleurs de fonds. Nous avons besoin de votre aide pour que cette solution se concrĂ©tise.

Intensifier l’effort

La tĂąche qui nous attend est lourde et difficile. Or, une vĂ©ritable occasion de faire avancer plus rapidement les choses s’offre Ă  nous.

Mais un an aprĂšs la promesse faite Ă  Gleneagles, la communautĂ© internationale risque de ne pas ĂȘtre Ă  mĂȘme d’honorer les engagements qu’elle a pris d’accroĂźtre ses concours Ă  l’Afrique.

Le dĂ©veloppement des pays africains ne peut pas se fonder sur de vaines promesses. Si les pays riches ne respectent pas l’engagement qu’ils ont pris de multiplier par deux leur aide Ă  l’Afrique d’ici 2010, nous aurons failli Ă  notre mission qui est d’ĂȘtre au service de ceux qui incarnent vĂ©ritablement l’avenir et l’espoir du continent, Ă  savoir les Africains.

Le niveau des concours financiers apportĂ©s par l’IDA aux pays les plus pauvres n’a jamais Ă©tĂ© aussi Ă©levĂ©. Le montant de prĂšs de 1 milliard de dollars prĂ©levĂ© le mois dernier sur le revenu du Groupe de la Banque mondiale pour ĂȘtre transfĂ©rĂ© Ă  l’IDA est aussi sans prĂ©cĂ©dent. Pourtant, les besoins des pays admis Ă  bĂ©nĂ©ficier de l’aide de l’Association sont plus importants encore, et la Banque ne peut, Ă  elle seule, les satisfaire.

Les nĂ©gociations relatives Ă  IDA-15 s’ouvriront l’an prochain. Les signes de croissance sont perceptibles dans tout le continent, et un certain nombre de pays sont bien placĂ©s pour mettre Ă  profit un surcroĂźt de ressources, aussi devons-nous viser haut, pour que cette QuinziĂšme reconstitution des ressources soit Ă  la hauteur des ambitions et des espoirs des populations africaines.

 

Une institution mondiale investie de responsabilités mondiales

 

Pays à revenu intermédiaire

L’Afrique est notre premiĂšre prioritĂ©, mais elle ne saurait ĂȘtre notre unique prioritĂ©. Les deux tiers des pauvres du monde vivent actuellement dans les pays Ă  revenu intermĂ©diaire d’Asie, d’AmĂ©rique latine et du Moyen-Orient. Les personnes vivant dans l’extrĂȘme pauvretĂ© au BrĂ©sil, en Chine et en Inde reprĂ©sentent ensemble plus du double du nombre de personnes qui se trouvent dans cette situation en Afrique subsaharienne.

 

En Chine, j’ai visitĂ© la province occidentale de Gansu oĂč certaines familles vivaient dans des cavernes.  Au BrĂ©sil, je me suis promenĂ© dans les favelas surpeuplĂ©es et dĂ©shĂ©ritĂ©es de SĂŁo Paulo, qui forment un contraste frappant avec les riches quartiers situĂ©s Ă  quelques pĂątĂ©s de maisons seulement. 

 

Les pauvres de ces pays ont en fait un avantage potentiel. Ils vivent dans des pays oĂč le secteur privĂ© se dĂ©veloppe et oĂč les gouvernements ont des ressources et peuvent accĂ©der Ă  des financements. Lorsque leurs gouvernements empruntent auprĂšs de nos institutions, ils voudraient des services plus rapides et adaptĂ©s Ă  leur situation ; une plus grande souplesse ; des coĂ»ts moins Ă©levĂ©s ; des procĂ©dures rationalisĂ©es ; et un accĂšs amĂ©liorĂ© Ă  notre savoir et nos compĂ©tences.

 

La nouvelle stratĂ©gie du Groupe de la Banque en matiĂšre de collaboration avec les partenaires de la BIRD contient un Ă©ventail de propositions pour nous permettre de rĂ©pondre Ă  leurs attentes. Elle reconnaĂźt que pour collaborer efficacement avec les pays Ă  revenu intermĂ©diaire, nous devons redoubler d’effort parce ce que nos partenaires deviennent chaque annĂ©e plus exigeants. 

 

Gestion des risques mondiaux

À mesure qu’un nombre croissant de personnes s’engagent sur le chemin qui mĂšne de la pauvretĂ© Ă  la prospĂ©ritĂ©, la demande de biens publics mondiaux va augmenter et non pas diminuer. Ces problĂšmes mondiaux exigent des solutions mondiales et des ressources mondiales. La grippe aviaire, les besoins d’énergies propres et les ravages des catastrophes naturelles n’ont pas de frontiĂšres. 

 

Le Groupe de la Banque mondiale se trouve Ă  prĂ©sent aux avant-postes de l’action menĂ©e au plan international pour mobiliser et administrer des fonds destinĂ©s Ă  relever des dĂ©fis tels que ceux-ci, qui se posent aussi bien aux pays riches qu’aux pays pauvres. À quelque niveau qu’ils se trouvent sur le chemin de la prospĂ©ritĂ© — des pays en crise aux pays les plus dĂ©veloppĂ©s au monde en passant par ceux qui commencent Ă  accĂ©der au crĂ©dit commercial — tous les pays ont besoin d’institutions capables de mobiliser et de gĂ©rer les ressources Ă  une Ă©chelle mondiale. Le Groupe de la Banque est fier de son expĂ©rience et de son aptitude Ă  rĂ©pondre Ă  ces besoins.

 

Le chemin de la prospĂ©ritĂ© — Quel est-il ?

Bonne gouvernance

Partout dans le monde et, fait important, dans le monde en dĂ©veloppement, on s’accorde de plus en plus Ă  reconnaĂźtre que le chemin de la prospĂ©ritĂ© se construit sur un socle solide, celui de la bonne gouvernance. « Sans une meilleure gouvernance, toutes les autres rĂ©formes n’auront qu’un effet limitĂ© ». Telle Ă©tait la conclusion de la Commission pour l’Afrique, l’an dernier. Et c’est aussi ce que j’entends dire dans la rue et dans les taxis — tout comme dans les salons marbrĂ©s des ministĂšres et les abris de fortune des bidonvilles.

 

Pour nous, acteurs de la communautĂ© du dĂ©veloppement, la bonne gouvernance n’est pas une fin en soi, mais le socle du chemin qui permet de sortir de la pauvretĂ©.  Ce chemin mĂšne Ă  une croissance plus rapide et plus robuste. Sur ce chemin, chaque dollar consacrĂ© au dĂ©veloppement doit ĂȘtre utilisĂ© pour combattre la pauvretĂ©, la faim et la maladie. 

 

Dans un nombre croissant de pays, les dirigeants comme la population rĂ©clament un gouvernement qui agit dans la transparence, rend des comptes et obtient des rĂ©sultats. En rĂ©pondant Ă  cet appel, il faut bien avoir conscience que les problĂšmes de gouvernance varient d’un pays Ă  l’autre, et notre aide doit en tenir compte, car il n’existe tout simplement pas de solution toute faite. 

Il faut aussi bien comprendre qu’en matiùre de gouvernance, les progrùs sont graduels et que la situation ne peut changer du jour au lendemain. 

 

Dans la logique de notre stratĂ©gie, nous devons nous mobiliser davantage pour renforcer la gouvernance et combattre la corruption. Quelles que soient les difficultĂ©s, nous devons rester mobilisĂ©s pour rechercher et soutenir des partisans de la rĂ©forme parmi les gouvernants et la sociĂ©tĂ© civile — mais aussi au parlement, dans le judiciaire et dans les mĂ©dias — pour obtenir des rĂ©sultats au profit des pauvres. 

 

Institution Ă  vocation mondiale, le Groupe de la Banque mondiale peut aider les pays Ă  tirer parti de l’expĂ©rience des autres. Au Chili, en Inde, au Mexique et en CorĂ©e, des systĂšmes transparents de passation des marchĂ©s en ligne ont fait baisser le coĂ»t des marchĂ©s publics et permis de rĂ©duire les dĂ©penses de plusieurs milliards de dollars. Pour les pays en dĂ©veloppement, ces Ă©conomies sont synonymes de complĂ©ments de ressources pour des manuels scolaires, des mĂ©dicaments et des services publics essentiels.

 

À Bangalore, en Inde, un groupe citoyen utilise des fiches d’évaluation pour noter la qualitĂ© des services publics et tenir les administrations comptables de leur action. Les notes attribuĂ©es Ă©tant rendues publiques, la performance des administrations s’est amĂ©liorĂ©e et l’usager des services des compagnies d’électricitĂ© et des hĂŽpitaux publics est nettement plus satisfait.

Il nous faut aussi travailler de concert avec les autres organismes d’aide bilatĂ©rale et multilatĂ©rale.

 

C’est dans cet esprit que nous avons conclu cette semaine un accord historique avec d’autres banques multilatĂ©rales de dĂ©veloppement pour partager l’information utile Ă  la lutte contre la fraude et la corruption.  

 

Enfin, n’oublions pas que les pays riches ont un rĂŽle crucial Ă  jouer dans ce combat. Autrement dit, ils doivent prendre les mesures qui s’imposent contre les corrupteurs qui viennent souvent de chez eux et aider les pays en dĂ©veloppement Ă  recouvrer les actifs qui leur ont Ă©tĂ© volĂ©s.

Chaque pays, chaque ville, chaque village dĂ©muni est habitĂ© d’enfants qui ont besoin de livres pour apprendre, de mĂšres qui ont besoin  de soins  pour leurs bĂ©bĂ©s et d’hommes et de femmes qui ont besoin d’emplois pour pourvoir Ă  l’entretien de leur famille. Nous devons Ă  nos actionnaires et aux millions de pauvres partout dans le monde de veiller Ă  ce que les ressources qui nous sont confiĂ©es pour promouvoir le dĂ©veloppement servent aux fins prĂ©vues, comme l’exigent nos statuts.  

Un secteur privé fort
L’expĂ©rience de l’Asie de l’Est apporte la dĂ©monstration que, quel que soit le degrĂ© de pauvretĂ© d’un pays, ce sont l’énergie et le talent du secteur privĂ© qui crĂ©ent des emplois et constituent les moteurs du progrĂšs.

Il y a plusieurs mois, j’ai visitĂ© une coopĂ©rative agricole financĂ©e par la SFI Ă  Chimaltenango, au Guatemala. J’ai discutĂ© avec des paysans qui, il y a seulement dix ans, arrivaient Ă  peine Ă  joindre les deux bouts en pratiquant une agriculture de subsistance. Aujourd’hui, ils cultivent des fruits et des lĂ©gumes pour des chaĂźnes de distribution internationales. Ces petits producteurs, dont beaucoup sont des femmes, gagnent maintenant jusqu’à 800 dollars par mois, c’est-Ă -dire quatre fois le salaire mensuel au Guatemala !

 

La SFI cĂ©lĂšbre cette annĂ©e son 50e anniversaire. C’est aujourd’hui une organisation d’envergure mondiale, qui a vocation Ă  crĂ©er des opportunitĂ©s pour les pauvres. Chaque dollar investi par la SFI gĂ©nĂšre des apports beaucoup plus importants d’autres investisseurs privĂ©s pour des millions d’entreprises.

 

Dans la plupart des pays pauvres, les entrepreneurs sont lourdement pĂ©nalisĂ©s par la rĂ©glementation excessive de l’activitĂ© commerciale. Le rapport de la SFI Doing Business constitue une feuille de route Ă  l’intention des dirigeants et des dĂ©cideurs publics qui s’engagent dans la voie des rĂ©formes pour Ă©liminer cette charge et faciliter la crĂ©ation d’emplois. Durant l’annĂ©e Ă©coulĂ©e, l’Afrique s’est en fait distinguĂ©e par le rythme auquel elle poursuit ces rĂ©formes, qui est l’un des plus rapides au monde, et la Tanzanie et le Ghana figurent parmi les dix pays de la planĂšte les plus actifs Ă  cet Ă©gard.

 

Le commerce au service du développement

Le chemin du dĂ©veloppement passe certes par une bonne gouvernance et un esprit d’entreprise dynamique, mais encore faut-il que les petits entrepreneurs et les petits agriculteurs aient quelqu’un Ă  qui vendre leurs produits. Sans accĂšs aux marchĂ©s et sans dĂ©veloppement des Ă©changes, il leur est impossible d’amĂ©liorer leur niveau de vie et d’échapper Ă  la pauvretĂ©.

 

Aujourd’hui, cette promesse d’un avenir meilleur est en pĂ©ril. Si nous voulons Ă©viter l’échec du programme de Doha, il nous faut envisager de nouvelles idĂ©es, et admettre que chaque partie devra faire des compromis. Les États-Unis doivent accepter de rĂ©duire davantage les subventions agricoles ayant un effet de distorsion sur les Ă©changes, tandis que l’Union europĂ©enne doit rĂ©duire les obstacles Ă  l’entrĂ©e de ses marchĂ©s. Quant aux pays en dĂ©veloppement, tels que la Chine, l’Inde et le BrĂ©sil, il leur faut abaisser leurs droits de douane sur les produits manufacturĂ©s. Les pays en dĂ©veloppement doivent Ă©galement Ă©liminer les barriĂšres douaniĂšres dĂ©favorables aux Ă©changes directs entre pays Ă  faible revenu.

 

Doha doit aboutir – et nous devons veiller Ă  ce que les pays les plus pauvres sortent gagnants. La proposition faite l’annĂ©e derniĂšre Ă  Hong Kong concernant l’accĂšs aux marchĂ©s en franchise de droits et sans contingent doit ĂȘtre amĂ©liorĂ©e avec des lignes tarifaires et des rĂšgles d’origine moins restrictives.

 

Une occasion se prĂ©sente Ă  nous aujourd’hui. Nous devons la saisir pendant qu’il en est encore temps.

 

***

 

Il y a cinq mois, lorsque je me suis rendu au Guerrero, l’État le plus pauvre du Mexique, j’ai rencontrĂ© des enfants qui Ă©taient les premiers de la famille Ă  pouvoir aller Ă  l’école. Je me souviens encore des mots prononcĂ©s par une jeune fille qui faisait part de son rĂȘve d’échapper Ă  la pauvretĂ© et de connaĂźtre un avenir meilleur. Elle a rĂ©citĂ© un poĂšme dans sa langue natale, le nahuatl, qui dit ceci :

« Je veux tout changer, parce que j’aime le laboureur et la sueur de son travail qui enrichit ma terre natale et nous apporte notre maĂŻs, nos haricots et nos pommes de terre. »

« Je veux tout changer », a-t-elle dit, « parce que j’aime un monde qui n’existe pas encore, oĂč ceux qui cuisent le pain peuvent aussi le manger, oĂč le paysan devient un jardinier de la vie, et pas de la mort. »

 

Monsieur le président, Mesdames et Messieurs les Gouverneurs, Mesdames et Messieurs,

 

Du Mexique au Malawi en passant par la Mongolie, le monde compte des millions de pauvres qui, si on leur en donne la possibilitĂ©, sont prĂȘts Ă  travailler dur pour Ă©chapper Ă  la pauvretĂ©. S’ils ne peuvent pas avancer, ce n’est pas parce qu’ils n’en sont pas capables, mais parce que, autour d’eux, tout les en empĂȘche — depuis les tracasseries administratives jusqu’aux routes dĂ©foncĂ©es et aux marchĂ©s protĂ©gĂ©s.

 

Notre mission est de leur prĂ©parer le terrain — afin qu’ils puissent prendre leur propre destin en mains. Ne laissons pas passer cette chance historique de le faire.

 

Je vous remercie.

 




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