Des risques mondiaux mis en exergue par les données sur les catastrophes
Il existe désormais des sources de références sur les régions les plus exposées aux catastrophes naturelles. Il s’agit de deux ouvrages et d’un site web.
En novembre 1970, un cyclone d’une force inouïe a frappé la Baie du Bengale aux premières heures de la matinée. Le niveau de la mer est monté de près de 4 mètres au dessus du niveau normal de la marée haute, noyant ainsi quelque 50 000 à 100 000 personnes vivant dans les plaines basses du delta du Gange, au sud de Dakha, au Bangladesh. «35 ans après cette tragédie, cette zone, fortement peuplée par des tribus vivant dans des régions à basse altitude, est restée l’une des plus vulnérables aux marées de tempêtes», c’est du moins ce qui ressort du nouveau livre publié le 11 octobre par la Banque mondiale et l’université de Columbia et intitulé Natural Disaster Hotspots: Case Studies (Cartographie des catastrophes naturelles: études de cas).
Selon Mme Margaret Arnold, Chargé de programme senior de l’équipe de gestion des risques de la Banque mondiale, «beaucoup de régions du globe connaissent des pertes humaines et économiques énormes, imputables aux catastrophes naturelles telles que: les cyclones, les séismes, les éruptions volcaniques et les sécheresses».
Un site web sur les points chauds en matière de catastrophes - Cartographie des catastrophes naturelles
L'Angola risque t-elle d'être dévastée par la sécheresse ? Quel pourrait être l'impact des inondations sur l'économie chinoise?
Le nouveau site web Natural Disasters Hotspots (Cartographie des catastrophes naturelles) (a), hébergé par la Banque mondiale, se propose de répondre à ce genre de questions.
Ce site est interactif et construit sur un système d'information géographique. Il permet d'avoir une vue d'ensemble des endroits les plus particulièrement vulnérables de la planète, c'est-à-dire les pays les plus enclins à voir matérialiser sur leurs territoires les six principaux risques de catastrophes que sont: les sécheresses, les inondations, les cyclones, les tremblements de terre, les glissements de terrain et les éruptions volcaniques.
Le site montre également comment les catastrophes naturelles peuvent affecter la population ou l'économie d'un pays.
Ce site web a été lancé le 11 octobre par la Banque mondiale et ses partenaires. Il a été lancé en même temps qu'un nouveau rapport intitulé Natural Disaster Hotspots Case Studies (Cartographie des catastrophes naturelles: études de cas) et un nouveau programme: Global Risk Identification Program - GRIP (Programme d'identification des risques mondiaux) qui devrait encourager les pays et les institutions de développement à se préparer à l'éventualité d'une catastrophe naturelle. Un ouvrage complémentaire aux études de cas a été publié en 2005.
Selon Mme Margaret Arnold, spécialiste en catastrophes naturelles auprès de la Banque mondiale, «les recherches entreprises par «Hotspots» visent à minimiser l'impact des catastrophes naturelles, surtout dans les pays en développement et à sauver des vies».
«Nous voyons de grands évènements couverts par les medias (tremblements de terre et tsunamis) mais il y a également de petits évènements quotidiens qui peuvent anéantir des communautés et les enfoncer davantage dans la pauvreté».
«Ainsi, tous nos efforts pour aider les gens et les amener vers un niveau de développement durable sont voués à l'échec si nous occultons cet aspect», dit-elle.
Le Site web Hotspots s'appuie sur des recherches documentaires. Il intègre également d'autres données provenant de plusieurs sources y compris une recherche initiale sur les risques de glissement de terrain. Une partie du nouveau programme GRIP est consacrée à la recherche de données supplémentaires sur les risques pour lesquels les données sont récentes (20 ans seulement dans le cas des cyclones).
Le site web fournit une cartographie des risques de mortalité et de pertes économiques, ainsi qu'une liste par pays de projets qui d'une façon ou une autre ont trait à l'atténuation des conséquences de catastrophes naturelles. C'est ainsi qu'il permet d'avoir une estimation des pertes en vies humaines et des pertes du PIB pour 28 combinaisons à partir des 7 régions de la Banque mondiale et de 4 catégories de pays selon leur revenu.
Entre autres partenaires qui contribuent à la collecte de données, figurent: le Consortium ProVention de la Banque mondiale, le bureau des Nations unies pour la prévention et la réduction des crises, et le Earth Institute de l'université de Columbia.
Selon Arnold, ce site web représente une première étape en vue de l'intégration systématique de mesures visant à atténuer les conséquences de catastrophes naturelles dans la planification et la conception des projets de la Banque mondiale.
M. Arnold est co-éditeur des études de cas et, également, co-auteur de l’ouvrage complémentaire intitulé: Natural Disaster Hotspots: A Global Risk Analysis (Cartographie des catastrophes naturelles: une analyse des risques mondiaux)publié en 2005, année qui a, à elle seule, enregistré un record de 360 catastrophes naturelles, avec des dommages estimés à 159 milliards de dollars EU. Il faut toutefois noter qu’une grande partie de ces coûts sont imputables aux dégâts causés par l’ouragan Katrina aux États-unis.
L’ouvrage Global Risk Analysis (Analyse des risques mondiaux) relèveque les catastrophes peuvent réduire à néant les acquis d’un développement durement gagné et des richesses difficilement accumulées dans les pays en développement.
Quand à l’ouvrage complémentaire, Case Studies(étude de cas), il analyse les régions spécifiques et les risques: la sécheresse en Asie, les glissements de terrain à travers le monde, marées de tempêtes dans les zones côtières, les risques de catastrophes naturelles au Sri Lanka, les risques multiples au Venezuela, et une étude pilote sur l’atténuation des impacts des inondations au Kenya.
Les ouvrages et le nouveau site consacré aux points chauds des catastrophes naturelles, sont des sources d’informations scientifiques sur les principaux risques naturels, à un moment où la Banque mondiale et ses partenaires intensifient leurs efforts pour aider les pays à atténuer les risques et à se remettre plus rapidement des pertes liées aux catastrophes naturelles.
La Banque mondiale a créé, le mois dernier, un nouveau partenariat: la Facilité mondiale pour la réduction des catastrophes et la reconstruction (GFDRR) qui devrait être pris en compte dans les stratégies de réduction des catastrophes et les plans de développement durable des pays les plus exposés aux catastrophes naturelles.
«Les catastrophes constituent un problème de développement parce qu’elles peuvent détruire une bonne partie du travail de développement,» explique Mme Maryvonne Plessis-Fraissard, Directeur du Département Transport et Urbanisation de la Banque mondiale.
«L’étude des points chauds en matière de catastrophes naturelles nous permet pour la première fois de disposer, d’un seul coup, de données de référence sur les risques de catastrophe naturelle dans le monde, permettant ainsi, à chaque décideur de définir ses priorités, de savoir où investir son argent en priorité tout en ayant conscience des urgences,» poursuit-elle.
Les données montrent que les catastrophes naturelles peuvent avoir des impacts dévastateurs et que certains pays ont plus que leur part de risques.
Pour Arnold, «les nations pauvres sont souvent les plus exposées aux catastrophes naturelles dont les impacts risquent de s’aggraver avec les changements climatiques, l’urbanisation rapide et la dégradation de l’environnement».
«Aussi surprenant que cela paraisse, l’étude révèle que beaucoup de pays sont exposés à des risques multiples alors qu’un seul suffit à détruire toute une économie et une communauté», explique-t-elle.
Pour Arnold, «la Banque mondiale dispose d’un portefeuille très fourni en «projets de reconstruction», mais très peu de projets adoptent une approche proactive en matière de catastrophes naturelles».
«Pourtant on peut faire beaucoup pour atténuer l’impact des cyclones, séismes et autres risques à travers, par exemple, des normes de construction améliorées, un meilleur aménagement du territoire et des dispositifs pour parer aux catastrophes,» ajoute-t-elle.
Parmi les 20 000 victimes du tremblement de terre de 7,6 de magnitude, qui a frappé la province indienne de Gujarat en Janvier 2001, beaucoup ont été tuées par l’effondrement de leurs toits en tuile lourd. Quelques jours plus tard, en effet, lorsqu’un séisme de 6,8 de magnitude a frappé Seattle aux États-unis, «des gens ont renversé leur café …mais il n’y a pas eu de morts», affirme Arnold.
«Au vu de ces différences, il me parait évident qu’il s’agit fondamentalement d’un problème de développement. Nous ne devons pas considérer ces choses terribles qui touchent nos projets et nos clients et auxquels nous devons nous adapter, comme de simples externalités. C’est notre environnement, c’est la planète sur laquelle nous vivons, et ce sont des évènements qui arrivent et auxquels on peut se préparer.
Beaucoup de toits à Gujarat ont été construits pour résister aux grandes pluies de moussons mais se sont révélés dangereux en cas de séisme, «d’où l’importance de connaître l’ensemble des risques auxquels une communauté est confrontée» explique Arnold.
«C’est un aspect lié à la mission de réduction de la pauvreté de la Banque mondiale, surtout pour les personnes pauvres qui se retrouvent dans des zones dites marginales telles que les plaines inondables, et qui n’ont pas les ressources nécessaires pour reconstruire après une catastrophe» conclut-elle.