La chanteuse sud-africaine Yvonne Chaka Chaka, une grande dame surnommée la « Princesse de l’Afrique », vient de lancer un appel aux pays africains. Elle les y conjure de tout faire pour que les fonds réunis pour la lutte contre le paludisme y soient effectivement consacrés.
Elle s’adressait à un parterre rassemblant plus de 20 ambassadeurs africains, au cours du lancement de la campagne de sensibilisation du public organisée au siège de la Banque mondiale de Washington DC, par le partenariat « Faire reculer le paludisme » dans le cadre d’un effort mondial d’« Union contre le paludisme ».
Le paludisme est le principal responsable de la mortalité infantile en Afrique. Comme l’a rappelé le président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, un million de personnes meurent chaque année du paludisme et 90 % d’entre elles sont des enfants.
« Arrêtez-vous quelques secondes et faites le calcul. Ceci signifie que, quotidiennement, il y a 3.000 personnes qui meurent du paludisme, autrement dit, chaque jour, le nombre de victimes du World Trade Center. Et cela alors qu’il s’agit d’une maladie parfaitement évitable ! »
La chanteuse sud-africaine Yvonne Chaka Chaka chante, au siège de la Banque mondiale à Washington DC, pour faire "reculer le paludisme".
Chaka Chaka, qui est également ambassadrice itinérante de l’Unicef pour le paludisme, a exhorté les pays africains et les bailleurs de fonds à respecter leurs promesses de lutter contre le paludisme et d’assurer toute la transparence qu’il faut dans l’utilisation des fonds.
« Ce que je voudrais voir c’est tous les gouvernements assurer une totale transparence », leur a-t-elle dit, « je voudrais qu’ils garantissent que les fonds sont utilisés comme prévu et ne sont détournés ni pour l’achat de belles maisons ni vers des comptes suisses, que l’argent ne soit pas volé mais utilisé à bon escient ».
La transparence des dépenses a été l’un des thèmes clés des discussions qui ont rassemblé 28 ambassadeurs africains et membres du partenariat « Faire reculer le paludisme » après le lancement de la campagne. Celles-ci portaient sur les prochaines étapes de la campagne contre la maladie.
« Dans cette initiative, les pays africains ne sont pas seulement des pays bénéficiaires », déclarait le Professeur Awa Marie Coll-Seck, le secrétaire exécutif du partenariat « Faire reculer le paludisme », « ils sont également des acteurs et ils veulent faire partie de la solution ».
« Faire reculer le paludisme » est un partenariat qui couvre de nombreuses initiatives et l’événement d’aujourd’hui fait partie d’une campagne multilingue de sensibilisation du public qu’il a parrainée.
Elle comprend des messages télé et radio qui seront diffusés dans l’ensemble de l’Afrique. On y retrouve les plus grandes vedettes africaines du football et du spectacle, comme l’avant-centre du club anglais de Chelsea, l’ivoirien Didier Drogba ou Wilson Oruma, le joueur nigérien du club français de Marseille. Ils y lancent un avertissement sur les dangers du paludisme et exhortent les parents et les communautés à protéger les jeunes enfants de la maladie.
« Cette maladie, le paludisme, est une chose terrible », dit le message de Drogba. « Aujourd’hui, pour ne pas l’attraper, la moustiquaire est un des moyens les plus sûrs de prévention. Protégez-vous du paludisme et protégez vos enfants, car ils sont l’avenir de l’Afrique ».
Les messages du programme « Les footballeurs contre le paludisme » seront présentés au Sommet mondial des jeunes dirigeants, organisé à New York par les Nations Unies du 29 au 31 octobre, ainsi qu’au cours du concert des « Jeunes unis contre le paludisme » prévu le 29 octobre dans la salle de l’Assemblée générale des Nations Unies.
Même s’il n’existe pas de vaccin contre le paludisme, la maladie est évitable et traitable. et pourtant on estime que, toutes les 30 secondes, elle coûte la vie à un enfant africain.
La Banque mondiale et les autres membres du partenariat « Faire reculer le paludisme » –l’Organisation mondiale de la santé, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) – se sont associés à 20 pays africains pour lutter contre le paludisme.
Pour sa part, la Banque a amplifié ses efforts contre la maladie en Afrique à travers les 500 millions de dollars EU de son Booster Program appelé à dynamiser la lutte antipaludique.
Lancé il y a un an, ce programme aide les pays à faire face aux coûts de mesures préventives telles que l’aspersion d’insecticides dans les maisons et l’achat de moustiquaires imprégnées, ainsi que des médicaments destinés à éviter et à traiter le paludisme.
L’objectif est de faire tomber de moitié le nombre de 850.000 personnes qui meurent chaque année du paludisme d’ici à 2010 et à nouveau de moitié pour 2015.
De son côté, le président Wolfowitz a confié ses craintes de voir parfois le paludisme sous-estimé : « j’ai parfois l’impression que le paludisme est d’une certaine façon un problème négligé parce qu’on n’en souffre pas ici aux États-Unis ou en Europe ou, de façon générale, dans les pays riches », a-t-il déclaré. « Pourtant, il s’agit d’un véritable fléau pour ceux qui en souffrent et ceux qui y survivent sont souvent affaiblis pour le restant de leurs jours, perdent des années capitales pour leur éducation, et de beaucoup, beaucoup de journées de travail. Les coûts sont véritablement désastreux ».
Il a encore insisté sur sa conviction qu’il est possible de lutter avec succès contre le paludisme en Afrique. « Cela doit être fait ! » conclut-il.