7 novembre 2006 — Chaque année, près de 30 millions d’enfants nés dans les pays en développement ne sont pas vaccinés, et plus de 2 millions meurent de maladies qui pourraient être évitées. À compter d’aujourd’hui, les investisseurs du monde entier peuvent contribuer à modifier cet état de fait en investissant dans un nouveau mécanisme obligataire bénéficiant à ce jour de la garantie de six pays.
Selon les promoteurs de ce mécanisme, parmi lesquels figurent le Gouvernement britannique et la Banque mondiale, les obligations notées AAA émises par la Facilité internationale de financement pour la vaccination (IFFIm) permettront d’accélérer les apports de fonds aux pays en développement pour le financement de leurs programmes de vaccination. L’IFFIm espère en effet lever 4 milliards de dollars sur les dix prochaines années et être ainsi en mesure de financer des campagnes de vaccination pour 500 millions d’enfants, le nombre escompté de vies humaines que cela permettra de sauver étant estimé à 10 millions.
La première émission obligataire a été lancée lundi sur les marchés financiers internationaux pour un montant de 1 milliard de dollars. Accompagné de tout un groupe de dirigeants religieux et de personnalités d’horizons divers, le chancelier de l’échiquier britannique Gordon Brown a salué aujourd’hui l’événement, voyant là « un pas sur la voie de l’élimination de certaines des pires maladies existant depuis des siècles ».
Selon Susan McAdams, responsable de l’équipe de la Banque mondiale qui a consacré près de trois ans à la préparation de cette émission initiale, les obligations de l’IFFIm, bénéficiant d’une notation maximum et garanties par des États qui jouissent eux-mêmes, pour la plupart, de la note AAA ont suscité l’engouement des investisseurs à la recherche d’un investissement quasiment sans risque et, de surcroît, éthique. Parmi les premiers acheteurs, lors du lancement officiel organisé aujourd’hui à Londres, figuraient un émissaire du pape Benoît XVI et divers dirigeants religieux britanniques, dont l’archevêque de Canterbury.
Globalement, la majeure partie des obligations a été souscrite par des investisseurs d’Amérique du Nord (35 %), du Royaume-Uni (12 %), de Suisse (8 %) et du reste de l’Europe (21 %), la part restante ayant été placée parmi des investisseurs du Moyen-Orient et de l’Asie, selon les informations communiquées par l’IFFIm, la Banque mondiale et les deux chefs de file de cette émission, Goldman Sachs et Deutsche Bank. En termes de profil, les investisseurs se répartissent ainsi : banques centrales et établissements publics (35 %), gestionnaires de fonds de placement (25 %) et de fonds de pension (23 %), particuliers (8 %), banques (6 %) et, pour le reste, sociétés commerciales et compagnies d’assurance.
Au bout du compte, l’émission a été sursouscrite 1,75 fois. Le montant moyen des ordres d’achat provenant de 54 investisseurs de 15 pays différents a été de 32 millions de dollars (l’ensemble des ordres se situe dans une fourchette allant de 1 000 dollars à 250 millions de dollars).
Se félicitant de ce succès et de la façon dont il permet à l’IFFIm de prendre place parmi les institutions de développement multilatérales, Doris Herrera-Pol, chef du Service des marchés des capitaux et de l’ingénierie financière à la Banque mondiale, souligne : « Les investisseurs allaient des grands investisseurs institutionnels qu’on retrouve couramment dans des transactions analogues pour les entités supranationales aux investisseurs principalement intéressés par l’IFFIm du fait de son objectif consistant à financer des dons pour des projets de santé et de vaccination dans les pays en développement. »
L’IFFIm est une nouvelle institution de financement du développement qui a également statut d’organisme caritatif au Royaume-Uni. Elle est affiliée à l’Alliance GAVI, organisme qui finance des campagnes de vaccination et autres programmes de santé dans 70 des pays les plus pauvres du monde. Les fonds levés au moyen de ses emprunts obligataires serviront aux programmes de vaccination de GAVI pour les dix années qui viennent, et notamment ses campagnes contre la rougeole et le tétanos. Ils contribueront aussi à constituer un stock de vaccins antipolio à titre préventif contre d’éventuels foyers futurs, à financer l’introduction de vaccins nouveaux et sous-utilisés (contre l’hépatite B, la fièvre jaune ou la bactérie Hib, par exemple), et à renforcer les services de vaccination dans les pays.
Selon Mme McAdams, ce dispositif de financement permet d’accélérer l’apport de contributions des donateurs aux programmes de vaccination, et contribue pour ainsi dire à verrouiller des flux d’aide qui sont autrement tributaires des budgets annuels. La mobilisation des fonds sur les marchés des capitaux s’étendra sur dix ans, mais les obligations seront remboursées sur 20 ans par les pays garants (Royaume-Uni, France, Italie, Espagne, Suède et Norvège) aux termes d’accords juridiquement contraignants. C’est une bonne façon de financer la vaccination, car on se base sur les engagements futurs des donateurs pour tirer plus rapidement les fruits du programme en termes de vies sauvées, ajoute Mme McAdams, qui voit là également un moyen pour les pays « d’honorer les engagements qu’ils ont pris au niveau politique en vue d’accroître l’aide ».
Amie Batson, spécialiste senior des questions de santé et responsable de l’équipe vaccination à la Banque mondiale, estime pour sa part que « l’impact de ces investissements sera ressenti par des générations d’enfants qu’il y aura désormais moyen d’atteindre et de protéger contre une multitude de maladies infantiles mortelles ». Elle ajoute à cet égard : « En assurant des mouvements de fonds stables, prévisibles et coordonnés, les ressources de l’IFFIm aideront les responsables à atteindre les quelque 30 millions d’enfants que les programmes de vaccination manquent chaque année, une omission qui se traduit tous les ans par plus de 2 millions de décès qui auraient pu être évités. »
La Banque mondiale remplit les fonctions d’administrateur de la trésorerie de l’IFFIm, ce qui recouvre entre autres le contrôle des apports des donateurs, la comptabilité et l’information financière, ainsi que la gestion de l’actif et du passif. L’IFFIm, pour sa part, puisera dans son fonds d’exploitation pour financer l’Alliance GAVI, partenariat public-privé mis en place en 2000 spécifiquement dans le but d’inverser la tendance à la baisse des taux de vaccination dans les pays en développement.
Cette alliance regroupe notamment la Fondation Bill et Melinda Gates, les gouvernements de même que les fabricants de vaccins de pays en développement et de pays industrialisés, des organisations non gouvernementales, des instituts techniques et de recherche en matière de santé, ainsi que le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le Groupe de la Banque mondiale.
Elle accorde des dons pluriannuels à plus de 70 des pays les plus pauvres du monde, en se fondant pour cela sur un processus de sélection rigoureux faisant appel à un groupe d’experts indépendants pour passer en revue les demandes de fonds des pays. Ceux-ci établissent leurs demandes en collaboration avec des organismes d’aide ou publics comme l’UNICEF et l’OMS, qui assurent la supervision et la distribution des vaccins, et ils sont tenus d’atteindre les chiffres de vaccination convenus pour continuer à recevoir des fonds. Selon l’Alliance GAVI, le programme a permis à ce jour d’éviter 1,7 million de décès prématurés qui seraient attribuables à des maladies contre lesquelles il existe un vaccin.