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Infrastructure, Investissement, Innovation et capacité Institutionnelle : quatre grands « I » nécessaires à la croissance en Afrique

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Communiqué de presse n°:2007/131/AFR

À Washington : Herbert Boh, 202 473 3548

hboh@worldbank.org

Aby Toure, 202 473 8302

akonate@worldbank.org

A Tokyo:Tomoko Hirai, 81-3-3597-6650

thirai@worldbank.org

 

Tokyo, le 9 novembre 2006 — L'essor de la croissance économique en Afrique subsaharienne est tributaire, dans une large mesure, de l’accroissement des investissements dans l'infrastructure, de l'amélioration du climat de l'investissement, de la mobilisation des compétences pour l'innovation et du renforcement des capacités institutionnelles sur l'ensemble du continent, explique une étude de la Banque mondiale publiée ici aujourd'hui.

 

Les quatre grands « I », pour reprendre l'expression utilisée dans l'étude intitulée Facing the Challenges of African Growth: Opportunities, Constraints, and Strategic Directions, représentent certains des domaines dans lesquels il faut impérativement agir pour que l'Afrique puisse combler le retard qu'elle a accumulé au regard de la croissance mondiale au cours des 20 dernières années ou pour reproduire les modèles de croissance qui ont permis à des millions de personnes de sortir de la pauvreté dans d'autres régions du monde en développement.

 

« L'Afrique est en marche et a atteint un stade auquel elle peut espérer sortir de la longue période de stagnation économique qu’elle a traversée durant les années 70 et 80. Les dix dernières années ont été marquées par la reprise de la croissance et l'amélioration de la gouvernance dans un certain nombre d'États africains, qui sont ainsi bien placés pour saisir les opportunités offertes par une économie mondiale en rapide évolution » a noté Gobind Nankani, vice-président de la région Afrique à la Banque mondiale.

 

« Les économies africaines ont montré qu'elles étaient capables d'afficher une croissance robuste pendant de courtes périodes. Le problème auquel elles restent confrontées, comme le confirme l'étude, consiste à maintenir ce rythme sur des périodes plus longues et à s’assurer que la majorité de la population, et notamment les pauvres, les femmes, les jeunes et autres groupes marginalisés,  contribuent à cette croissance et en bénéficient » a ajouté M. Nankani.

 

« La croissance lente et irrégulière de l’Afrique, surtout lorsqu’elle est comparée aux autres régions en développement, a été identifiée comme la principale raison de son retard dans la réduction de la pauvreté. La proportion de la population vivant dans l'extrême pauvreté (elle dispose de moins d’un dollar par jour pour satisfaire à ses besoins fondamentaux) est passée de 36 % en 1970 à environ 50 % (300 millions de personnes) en 2000 » a expliqué John Page, économiste en chef de la Banque mondiale pour la Région Afrique. L'Afrique compte 10 % seulement de la population mondiale mais 30 % des pauvres du monde entier.

 

L'étude note que ces inégalités ont un impact majeur sur l'efficacité de la croissance en tant que facteur de réduction de la pauvreté. Il est nécessaire de porter plus d’attention sur cette dimension de la réduction de la pauvreté pour compléter l’impact de la croissance en améliorant les opportunités génératrices de revenus pour les pauvres ou en leur permettant de participer davantage au processus de croissance. En outre, les rapports de dépendance économique inhabituellement élevés exercent des pressions budgétaires et familiales sur les ménages qui ont un nombre considérable de jeunes à leur charge alors que rares sont les pays qui ont amélioré l’employabilité des jeunes en créant des emplois et en offrant des possibilités de formation professionnelle.

 

L'étude s'efforce de répondre à trois grandes questions : i) quelles sont les opportunités et les options de croissance qui s'offrent à l'ensemble très divers des pays africains ; ii) quels sont les principaux obstacles à l'exploitation de ces opportunités ; et iii) quels sont les choix stratégiques que doivent faire les gouvernements africains, ainsi que leurs partenaires de développement et notamment la Banque mondiale, pour appuyer les mesures prises. L'analyse de la croissance en Afrique sur une période de 45 ans débouche sur plusieurs recommandations qui consistent, notamment, à gérer prudemment les rentes tirées des ressources et les chocs et à pas se contenter, au niveau national, de créer des conditions propices pour attirer de nouveaux investisseurs mais aussi de prendre des mesures pour accroître la productivité des investissements en cours et nouveaux.

 

Selon l’étude, l'évolution à long terme de la croissance en Afrique se caractérise par sa forme en U, qui décrit une phase de contraction rapide et prolongée couvrant la période 1974-1994 encadrée par deux périodes de croissance modérément rapide, la première dans les années 60 et, la seconde, depuis la deuxième moitié des années 90.

 

« Les taux de croissance par habitant, de l’ordre de 2 % au début des années 60, avaient atteint près de 5 % à la fin de cette décennie pour toutefois diminuer progressivement durant les années 70, devenir négatifs vers le milieu des années 80 puis remonter à environ 2 % à partir de la deuxième moitié des années 90 » a expliqué l'auteur de l’étude, Benno Ndulu, qui est également conseiller auprès du vice-président de la région Afrique à la Banque mondiale et chef du Groupe du Partenariat.

 

Le ralentissement économique mondial observé dans les années 70, qui s'est amorcé à la suite d’une série de chocs sur les marchés de l'énergie et des produits tropicaux, a précipité de nombreux pays africains dans une phase de contraction qui a duré une vingtaine d'années — les décennies perdues — mais, en 2005, la croissance en Afrique a retrouvé le rythme des années 60 et se poursuit depuis lors dans le contexte d'économies plus vastes et diversifiées. Depuis 1995, plus d'un tiers des pays d'Afrique subsaharienne affichent des taux de croissance moyen supérieurs à 5 %.

 

Deux facteurs principaux expliquent la lenteur de la croissance en Afrique au cours des décennies perdues : la lenteur relative de l'accumulation de capital et la faiblesse du taux de croissance de la productivité des investissements effectués dans la région par rapport aux investissements d'autres régions en développement.

 

« Alors que, en 1960, les revenus par habitant étaient pratiquement égaux en Afrique et en Asie de l'Est, à la fin du XXe siècle, le revenu par habitant en Afrique subsaharienne, même après ajustement au titre des différences entre les pouvoirs d'achat, représentait moins d'un quart de celui affiché par l'Asie de l'Est », a ajouté M. Ndulu

 

La croissance dans tous les pays de l'Afrique subsaharienne à l'exception du Botswana et de Maurice a été épisodique au cours des 40 années qui se sont écoulées depuis 1960, si bien que la région a pris encore plus de retard par rapport au reste du monde en développement et que les niveaux de revenus ont régressé par rapport à 1960.

 

En 2004, le revenu par habitant était au même niveau qu'en 1960 dans neuf pays africains. Ce sont l’Angola, la République Centrafricaine, les Comores, Madagascar, le Niger, le Sénégal, la Sierra Leone, la RDC et la Zambie. Pour la même année (2004), le revenu par habitant dans 13 pays africains à revenu intermédiaire était supérieur par rapport aux niveaux de 1960.  Bien que ces pays mis ensemble abritent 13 % de la population du continent et représentent globalement 66 % du total des revenus de la région, indique l'étude.

 

Le revenu par habitant a à peine augmenté par rapport aux niveaux de 1960 en Zambie et en Côte d'Ivoire et il a sensiblement baissé par rapport au début des années 60 en Somalie et en au Libéria.

 

La fuite des capitaux a encore aggravé une situation difficile puisque, selon les estimations, les Africains conservent jusqu'à 360 milliards de dollars, soit 40 % de leur patrimoine, en dehors du continent. Les pourcentages correspondants sont de seulement 6 % pour l’Asie de l’Est et de 10 % pour l'Amérique latine.

 

L'auteur estime que le continent est capable de relancer sa croissance pour atteindre le rythme soutenu observé entre 1960 et 1973 et implore les pays africains de mettre en place les conditions requises pour saisir les opportunités présentées par l'expansion de l'économie mondiale et les technologies de l'information. L'abaissement des coûts indirects, qui constituent un grave obstacle à une croissance entraînée par les exportations, l'investissement dans le renforcement des compétences et l'appui à l'innovation pour stimuler la productivité et la compétitivité revêtent à cet égard, une importance cruciale.

 

Le rapport identifie les opportunités et les obstacles rencontrés par les pays africains ainsi que les choix stratégiques qu’ils doivent effectuer dans le cadre des efforts qu'ils déploient pour atteindre le rythme de croissance nécessaire à la réduction de la pauvreté. Il présente un vaste menu d'options que peuvent retenir les pays pour formuler des stratégies de croissance, soulignant l'importance d'une bonne gouvernance et de l'efficacité des services administratifs, l'intérêt de l'innovation (progrès technologique) pour accroître la productivité et la compétitivité, et la nécessité de remédier aux carences de l'infrastructure, notamment dans les secteurs des transports et de l'énergie. L'étude insiste sur deux aspects de l'action à mener : la nécessité pour les pays africains d'éviter de créer des distorsions au niveau des politiques (« péché par action ») et la nécessité de s'attaquer au problème de l'insuffisance de l'offre de biens publics pour appuyer le processus de croissance (« péché par omission »).

 

« En Afrique, les coûts générés par la difficulté de faire respecter les accords, les carences de l’infrastructure, la criminalité, la corruption et les réglementations peuvent représenter plus de 25 % du chiffre d’affaires, soit plus du triple des montants habituellement versés au titre des impôts par les entreprises » explique M. Ndulu

 

L'évaluation présentée dans l'étude utilise les conditions en vigueur dans d'autres pays en développement comme base de comparaison des cadres institutionnels, politiques et réglementaires ; les réglementations commerciales et leur application ; la couverture et la qualité de l'infrastructure ; la stabilité macroéconomique, la protection des droits de propriété ; et le fonctionnement du système financier.

 

 

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