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PrĂ©server les forĂȘts et le climat

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13 novembre 2006 - En 1992, les dirigeants du monde entier rĂ©unis Ă  Rio de Janeiro pour le Sommet « planĂšte Terre » convenaient de la nĂ©cessitĂ© d’entreprendre une action pour lutter contre les changements climatiques et la dĂ©gradation de l’environnement. PrĂšs de 15 ans plus tard, les changements climatiques continuent de susciter des mises en garde, et notre planĂšte voit chaque annĂ©e disparaĂźtre des pans de forĂȘts tropicales de la taille d’un pays comme le Portugal.

 

Mais l’urgence de la situation s’impose de nouveau Ă  l’évidence au moment oĂč les dirigeants se retrouvent Ă  Nairobi (Kenya) pour la ConfĂ©rence des Nations Unies sur les changements climatiques (UNFCCC). Cette rĂ©union suit de peu, en effet, le rapport que le Gouvernement britannique a rendu public le 30 octobre et dans lequel Sir Nicholas Stern, ancien Ă©conomiste en chef de la Banque mondiale, dresse un tableau extrĂȘmement sombre de l’avenir de notre planĂšte si l’on ne parvient pas Ă  avancer sur le dossier des changements climatiques.

 

Et le dĂ©boisement, qui est Ă  l’origine de 20 à 25 % des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, selon les estimations, figure dĂ©sormais en tĂȘte de liste des problĂšmes Ă  dĂ©battre. Les pays s’interrogent notamment sur la question de savoir s’il convient d’indemniser ceux qui prennent des mesures pour prĂ©server leurs forĂȘts.

 

Comme l’explique Werner Kornexl, expert dans ce domaine Ă  la Banque mondiale : « La prĂ©servation des forĂȘts prĂ©sente effectivement un avantage au plan mondial, mais personne ne paie pour cela. » Les pays en dĂ©veloppement, dit-il, « aimeraient ĂȘtre indemnisĂ©s » pour les avantages Ă©conomiques auxquels ils renoncent en assurant la sauvegarde de leurs forĂȘts.

 

Pour sa part, Ian Noble, spĂ©cialiste senior des changements climatiques Ă  la Banque, parle du « dĂ©boisement Ă©vité » comme Ă©tant l’un des grands dossiers de cette confĂ©rence ainsi qu’une question primordiale pour la Banque, qui espĂšre contribuer Ă  trouver un moyen de faire obstacle au dĂ©boisement. « Un Ă©lĂ©ment qui incite Ă  l’optimisme est que tous les pays essaient actuellement de trouver une solution », ajoute-t-il.

 

Plusieurs pays se sont d’ores et dĂ©jĂ  regroupĂ©s au sein d’une « Coalition for Rainforest Nations » en vue de faire pression pour un accord qui leur permettrait d’ĂȘtre indemnisĂ©s au titre des mesures prises afin d’éviter le dĂ©boisement. Cette coalition comprend notamment la Papouasie-Nouvelle-GuinĂ©e, la Bolivie, la RĂ©publique centrafricaine, le Chili, le Congo et le Costa Rica.

 

IntĂ©rĂȘt pour le marchĂ© du carbone

 

Selon M. Kornexl, beaucoup de pays en dĂ©veloppement aimeraient accĂ©der au marchĂ© du carbone, qui est en plein essor. Mis en place dans le cadre du Protocole de Kyoto pour la rĂ©duction des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, ce marchĂ© permet aux entreprises des pays industrialisĂ©s de contribuer Ă  rĂ©duire les Ă©missions de gaz carbonique tout en respectant les objectifs chiffrĂ©s de pollution fixĂ©s dans leur propre pays. Il leur donne en effet le moyen d’acheter des crĂ©dits d’émission en investissant dans des projets respectueux de l’environnement dans les pays en dĂ©veloppement.

 

Ceux-ci voient Ă  prĂ©sent le marchĂ© du carbone comme une Ă©ventuelle solution au problĂšme du dĂ©boisement, ajoute l’expert de la Banque. Le problĂšme, explique-t-il, est que ce marchĂ© ne comporte pas de moyen pour rĂ©compenser la sauvegarde des forĂȘts. Cela tient au fait que prĂ©server une forĂȘt ne modifie pas les niveaux de gaz carbonique au plan mondial, et permettre l’achat de crĂ©dits pour cela reviendrait donc Ă  donner aux entreprises des pays industrialisĂ©s le droit d’émettre plus de gaz Ă  effet de serre sans qu’il y ait de contrepartie.

 

Le Protocole de Kyoto rĂ©compense les activitĂ©s de reboisement et de boisement, ajoute M. Kornexl, mais il ne prĂ©voit pas d’indemnisation pour ce qui peut ĂȘtre fait afin d’empĂȘcher la diffusion d’émissions correspondantes dans l’atmosphĂšre. C’est pour cela que beaucoup de pays africains en particulier se sont trouvĂ©s exclus du systĂšme, car ils n’ont pas de rĂ©ductions de gaz carbonique Ă  vendre, les forĂȘts Ă©tant leur principale ressource. De plus, l’Afrique n’entre que pour 2 Ă  3 % dans les Ă©missions de gaz carbonique d’origine Ă©nergĂ©tique ou industrielle au plan mondial.

 

À la recherche d’options

 

Un rapport publiĂ© rĂ©cemment — sous le titre L’impasse forestiĂšre ? L’expansion agricole, la rĂ©duction de la pauvretĂ© et l’environnement dans les forĂȘts tropicales — fera l’objet d’échanges de vues le 16 novembre Ă  Nairobi. Il prĂ©conise de fortes incitations financiĂšres, par exemple sous forme de financements par la vente de crĂ©dits de rĂ©duction d’émission.

 

Une autre approche consisterait en un mĂ©canisme d’indemnisation financĂ© par les pays industrialisĂ©s et destinĂ© aux pays en dĂ©veloppement qui prennent des mesures pour rĂ©duire leur taux de dĂ©boisement. Autre option envisageable : l’établissement de rĂ©gimes d’incitation pour les agriculteurs afin qu’ils intensifient leurs activitĂ©s sur les terres dĂ©jĂ  exploitĂ©es, contribuant ainsi Ă  rĂ©duire les pressions qu’exerce le processus de dĂ©veloppement sur les forĂȘts vierges.

 

Pour sa part, la Banque pourrait fournir, au titre de son aide au dĂ©veloppement, un appui aux pays pour leur permettre d’amĂ©liorer leurs dispositifs de gouvernance et de suivi forestiers. Elle pourrait aussi fournir des incitations ou indemnisations aux Ă©leveurs, exploitants forestiers et autres pour les amener Ă  ne pas dĂ©boiser.

 

IndĂ©pendamment des options considĂ©rĂ©es, pour M. Kornexl, une conclusion s’impose Ă  l’évidence : « Il faut qu’il y ait une coopĂ©ration manifeste entre les pays en dĂ©veloppement et la communautĂ© internationale pour aller de l’avant sur ce dossier. »

 

 




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