Asie de l’Est : Le miracle se poursuit, mais il faut adapter les stratĂ©gies

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13 novembre 2006— La croissance Ă©conomique forte observĂ©e en Asie de l’Est a contribuĂ© Ă  sortir 25 millions de personnes de la misĂšre au cours des trois premiers trimestres de 2006.

Toutefois, selon le rapport biannuel de la Banque mondiale sur l'Asie de l'Est et la rĂ©gion du Pacifique publiĂ© aujourd’hui, ce ne sont pas tous les pauvres qui ont profitĂ© des 8 pour cent de taux de croissance escomptĂ©s des Ă©conomies Ă©mergentes et des 9,2 pour cent attendus des pays en dĂ©veloppement en 2006.

« En dĂ©pit d’une croissance effectivement forte, cette annĂ©e, l’impact sur la pauvretĂ© a Ă©tĂ© moins visible que les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes », affirme M. Homi Kharas, Ă©conomiste en chef de la Banque mondiale pour la rĂ©gion Asie de l’Est.

En Indonésie, quatre millions de personnes supplémentaires sont tombées dans la pauvreté principalement en raison de prix nettement plus élevés du riz ; cela représente un tiers de plus par rapport aux niveaux de 2005, ajoute M. Kharas.

Par ailleurs, les signes sont visibles Ă  travers la rĂ©gion de l’Asie de l’Est d'un Ă©cart sans cesse croissant entre les riches et les pauvres, entre les zones urbaines et les zones rurales, la pauvretĂ© la plus abjecte se concentrant au sein des minoritĂ©s dĂ©pourvues de droits pouvant leur permettre d’accĂ©der Ă  des terres de production et Ă  des services sociaux, indique le rapport.

NĂ©anmoins, l’Asie de l’Est dans son ensemble se transforme de plus en plus en une rĂ©gion Ă  revenu intermĂ©diaire, et la prĂ©vision de croissance lĂ©gĂšrement plus lente escomptĂ©e en 2007 ne devrait pas altĂ©rer cette tendance, affirme M. Milan Brahmbhatt, Ă©conomiste en chef de la rĂ©gion Asie de l’Est et principal auteur du rapport.

Selon les prévisions avancées par M.  Brahmbhatt, « neuf personnes sur dix en Asie de l'Est vivront dans un pays à revenu intermédiaire d'ici à 2010 ».

L’intĂ©gration en Asie de l’Est renforce la compĂ©titivitĂ© dans la rĂ©gion

Au deuxiĂšme trimestre de 2006, le taux de croissance Ă  deux chiffres que connaĂźt la Chine s’est hissĂ© Ă  11,3 pour cent, soit le taux le plus Ă©levĂ© depuis dix ans, avant de se stabiliser Ă  10,4 pour cent au troisiĂšme trimestre, selon le rapport.

Le rapport indique que cette croissance rapide constitue une importante locomotive pour la croissance et le commerce dans la rĂ©gion. Pour le Vietnam, le Cambodge, la RĂ©publique dĂ©mocratique populaire lao et la Mongolie, le taux de croissance s’est situĂ© entre 7 et 9 pour cent. Ces quatre pays et la Chine ont connu la croissance la plus rapide de la rĂ©gion au cours des cinq derniĂšres annĂ©es. 

Le rapport souligne que la Chine s'affiche désormais comme « le manufacturier et l'atelier » des marchés mondiaux ; environ 55 pour cent des exportations sont constituées de biens préalablement importés en Chine par des entreprises étrangÚres en vue de les transformer et de les réexporter sur les marchés mondiaux.

En outre, les Ă©changes de la Chine avec les autres pays de l’Asie de l’Est sont de plus en plus constituĂ©s de composants d’articles dont la finition est faite en Chine ; ils sont ensuite exportĂ©s vers les marchĂ©s mondiaux. 

À titre d’exemple, l'Ă©lectronique et les produits de pointe reprĂ©sentent 37 pour cent des exportations de la Chine en 2005, alors qu’en 1990 ils n’en reprĂ©sentaient que 7 pour cent. Les piĂšces de rechange et autres composants reprĂ©sentent 80 pour cent des importations chinoises de produits de pointe en provenance du reste de l'Asie de l’Est, soit « une part qui a considĂ©rablement augmentĂ© au cours des 15 derniĂšres annĂ©es », Ă  en croire le rapport.

Alors que le vaste marchĂ© intĂ©rieur de la Chine et ses Ă©changes avec le Japon et l'Europe la protĂšge du ralentissement attendu de l'Ă©conomie amĂ©ricaine en 2007, ses partenaires commerciaux de la rĂ©gion sont plus exposĂ©s Ă  une baisse du niveau des Ă©changes avec les États-Unis, affirme M. Brahmbhatt.

« La tendance de la croissance globale de l’économie chinoise indique qu’elle n’est pas Ă©troitement liĂ©e aux exportations ; le pays bĂ©nĂ©ficie d’une croissance interne bien solide », ajoute-t-il.

Un ralentissement de l’activitĂ© Ă©conomique aux États-Unis « peut avoir un effet modĂ©rateur, mais dans l’ensemble, la croissance en Chine devrait se poursuivre Ă  un taux assez Ă©levé ».

En revanche, « l’impact pourrait s’avĂ©rer plus grave pour les Ă©conomies des autres pays de la rĂ©gion, dans la mesure oĂč ces pays exportent des volumes importants directement vers les États-Unis. Par ailleurs, la Chine restant leur plus grand marchĂ© d'exportation, nombre de ces exportations en provenance du reste de l'Asie de l'Est finissent par venir grossir les exportations de la Chine avant d’ĂȘtre expĂ©diĂ©es, une fois encore, vers les États-Unis et d'autres marchĂ©s extĂ©rieurs Ă  la zone. »

« Un double choc n’est donc pas Ă  exclure si les États-Unis venaient Ă  connaĂźtre une rĂ©cession grave. »

M. Brahmbhatt affirme cependant qu'en rĂšgle gĂ©nĂ©ral puisqu’on s'attend Ă  ce que les États-Unis comme les autres pays dĂ©veloppĂ©s connaissent un atterrissage en douceur, « l’impact devrait donc ĂȘtre un peu moins visible ».

En outre, bien que les cours Ă©levĂ©s du pĂ©trole aient favorisĂ© la hausse des taux d'intĂ©rĂȘt et attĂ©nuĂ© la consommation au cours du premier semestre de 2006, le prix du pĂ©trole a baissĂ© d’environ 15 dollars par rapport aux niveaux Ă©levĂ©s de l’étĂ© et devrait se stabiliser aux niveaux actuels puis diminuer avec le temps, « ce qui devrait contribuer Ă  rĂ©duire une partie des pertes de revenus causĂ©es par la hausse des prix du pĂ©trole au cours des trois derniĂšres annĂ©es dans une rĂ©gion qui est aprĂšs tout un importateur net d'hydrocarbures », souligne le rapport.

Les défis

Au moment oĂč le taux de pauvretĂ© continue de baisser dans la majoritĂ© des pays (le nombre de personnes vivant avec deux dollars par jour a baissĂ© pour se situer Ă  550 millions, soit 29,3 pour cent de la population), la rĂ©gion est confrontĂ©e Ă  un certain nombre de dĂ©fis causĂ©s par le mouvement sans cesse en hausse de personnes se dĂ©plaçant des zones rurales vers les villes, affirme M. Kharas.

Par exemple, la migration  constitue une cause d'inĂ©galitĂ©s sociales croissantes dans les zones urbaines de la Chine, oĂč les populations migrantes venant des zones rurales n'ont gĂ©nĂ©ralement pas accĂšs aux services de santĂ© financĂ©s par l'État et aux Ă©coles des collectivitĂ©s locales. Selon le rapport, prĂšs de 150 millions de personnes font partie d’une « population flottante » qui vit et gagne son pain dans des endroits oĂč elle est potentiellement sujette Ă  la discrimination dans l’accĂšs aux opportunitĂ©s Ă©conomiques. 

M. Kharas affirme qu’au cours des dix ou vingt prochaines annĂ©es, Ă  travers l’Asie de l’Est, quelque 25 millions de personnes —soit deux millions par mois—pourraient se dĂ©placer vers les villes..

Toute cette urbanisation se fera dans des villes de moins d’un million d'habitants, « et cela pose des problĂšmes particuliers de gestion des villes parce qu'il s'agit de quelque chose qui se fera de  maniĂšre trĂšs dĂ©centralisĂ©e », ajoute-t-il.

« À mon avis, le dĂ©fi le plus important Ă  moyen terme est celui de l’intĂ©gration nationale. Cela revient Ă  relier les unes avec les autres des villes et des localitĂ©s qui ne sont pas situĂ©es sur les mĂȘmes axes commerciaux ;   cela revient aussi Ă  amĂ©liorer la gestion de la ville, aussi bien en termes de gestion Ă©conomique qui passe par la nĂ©cessitĂ© d’attirer des investissements dans la ville, mais aussi en termes de gestion sociale, c’est-Ă -dire fournir de meilleures prestations. »

« Cela signifie qu’il faut disposer d’un secteur financier stable et capable d’assurer le financement de nouvelles entreprises qui apporteront Ă  ces Ă©conomies le dynamisme dont elles ont besoin. »

« Cela signifie qu’il faut s’attaquer aux inĂ©galitĂ©s sociales principalement Ă  travers la prestation de meilleurs services sociaux, en particulier dans les zones rurales, et en Ă©tablissant des dispositifs publics de transfert de ressources vers les rĂ©gions Ă  la traĂźne comme ont le fait en Europe et dans d’autres grands États fĂ©dĂ©raux. »

« Cela signifie probablement aussi qu’il faut s’attaquer beaucoup plus vigoureusement Ă  la corruption, parce qu’en mĂȘme temps que la forte croissance observĂ©e en Asie de l’Est, de grandes opportunitĂ©s de gagner de l’argent se sont créées qui Ă  leur tour suscitent des occasions propices Ă  la corruption. Au fur et Ă  mesure que cette tendance se reproduit au niveau dĂ©centralisĂ©, il est plus facile de dissimuler l’étendue de cette corruption. 

La Banque est « fortement engagĂ©e » dans tous les pays de la rĂ©gion afin de les aider Ă  « passer d’une Ă©conomie rĂ©gie par le bon vouloir d’une personne Ă  une Ă©conomie rĂ©gie par l’État de droit »—une transition qui ne se produit pas aussi rapidement que la dĂ©centralisation des Ă©conomies, affirme M. Kharas.

Il faudra faire « preuve de détermination » pour relever ce défi, ajoute-t-il.

« Il ne fait pas de doute que l'élément le plus important c'est un leadership fort, mais ainsi en est-il également de l'effort soutenu en faveur de la transparence, des finances et des politiques publiques, et de la responsabilité des autorités publiques devant les citoyens. »




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