En Sierra Leone, les amputés font part de leurs expériences

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21 juillet 2006 — Assise dans son fauteuil roulant dans une grande salle de confĂ©rence d’un immeuble de l’ouest de Freetown, en Sierra Leone, Kadiatu Fofanah raconte comment elle a perdu ses jambes. « C’est en 1999 que je me suis fait attaquer », dit-elle. « Ils m’ont coupĂ© mes deux jambes. »

MĂšre de neuf enfants, Mme Fofanah est une victime du long conflit armĂ© que la Sierra Leone a connu de 1991 Ă  2002. Tout autour d’elle sont assis d’autres amputĂ©s. La salle est remplie d’hommes, de femmes et d’enfants qui portent tous les traces des ravages causĂ©s par le conflit. Par milliers, selon les estimations, les civils de Sierra Leone ont Ă©tĂ© victimes d’amputations perpĂ©trĂ©es par les rebelles du Front rĂ©volutionnaire uni au cours de la campagne qu’il a menĂ©e contre le rĂ©gime du PrĂ©sident Ahmad Tejan Kabbah. À cĂŽtĂ© de Mme Fofanah, un enfant porte des cicatrices aux mains et a la jambe gauche coupĂ©e au niveau du genou. Une autre femme est assise prĂšs d’elle ; elle n’a plus qu’une jambe.

Au milieu des fauteuils roulants et des bĂ©quilles, plusieurs hommes sont assis en rang les uns Ă  cĂŽtĂ© des autres ; aucun d’entre eux n’a de mains. La salle de confĂ©rence se trouve dans un centre d’amputĂ©s de Hastings, dans l’ouest de Freetown ; le pays compte au total plus de 30 centres de rassemblement de ce type.

Une voix retentit dans les haut-parleurs : « Bonsoir, frĂšres et sƓurs. » Tout le monde rĂ©pond. La voix prĂ©sente alors le groupe au prĂ©sident de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, dĂ©crivant ces hommes, femmes et enfants comme Ă©tant ceux qui, de tous les civils de Sierra Leone, ont le plus souffert du conflit. Au cours de cette premiĂšre journĂ©e de sa visite dans ce pays, M. Wolfowitz fait le tour de la salle et rencontre ces gens qui, Ă  tour de rĂŽle, lui racontent leur histoire.

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Mustapha Koroma, 60 ans, écoute un de ses camarades plaider la cause des amputés de Sierra Leone auprÚs du président de la Banque mondiale.

Bai Kamara est debout ; son bras gauche est amputĂ© au niveau du coude. Il raconte comment les rebelles se sont servis de lui comme bouclier humain durant le conflit. À cĂŽtĂ© de lui, Christopher Johnson, assis dans un fauteuil roulant, raconte Ă  son tour : « On m’a tirĂ© dessus, Ă  quatre reprises. J’ai Ă©tĂ© blessĂ© par balles quatre fois, et je me suis retrouvĂ© paralysĂ© », dit-il. « Le coup qui m’a rendu infirme a traversĂ© ma colonne vertĂ©brale, et c’est pour cela que je suis paralysĂ©. Je suis dans un fauteuil roulant depuis 1999, l’annĂ©e oĂč la rĂ©bellion s’est dĂ©clenchĂ©e Ă  Freetown. »

« C’était le 23 janvier 1999 : un des rebelles a fait irruption dans une maison et dit “vous devez tous sortir d’ici” et rien de plus. Mais les gens — on a pris peur et refusĂ© de sortir, alors ils ont commencĂ© Ă  tirer, sans rien de plus — et c’est comme ça que j’ai Ă©tĂ© touchĂ© quatre fois et blessĂ© Ă  la moelle Ă©piniĂšre, et j’ai perdu deux de mes cousins et d’autres membres de ma famille ».

« MalgrĂ© tout, je vais maintenant Ă  l’école et, en septembre, je commencerai ma derniĂšre annĂ©e de lycĂ©e et j’espĂšre aller Ă  l’universitĂ© que j’aurai choisie. Mais il finit par un appel, un message qu’il veut transmettre au reste du monde. « En tant qu’étudiant, et au nom des enfants et des amputĂ©s victimes, je demande qu’on nous aide en accordant des bourses aux enfants, pour aider Ă  couvrir leurs frais de scolaritĂ©. »

« Les enfants ne vont pas Ă  l’école parce que, comme vous pouvez le voir, leurs parents sont Ă  prĂ©sent handicapĂ©s et n’ont pas moyen de gagner leur vie, et il est donc impossible pour eux d’envoyer leurs enfants Ă  l’école. Je pense que s’ils allaient Ă  l’école, une fois leurs Ă©tudes finies, ils aideraient leurs parents, qui sont maintenant handicapĂ©s. Certains de nos parents mendient dans les rues. Le vendredi, si vous allez dans le centre, vous verrez Ă©normĂ©ment d’amputĂ©s qui vont çà et lĂ  mendier de quoi manger. Ce n’est pas facile. »

Assis Ă  cĂŽtĂ©, Bundu Kamara, son bras gauche couvert d’un bandage blanc Ă  la place de sa main, insiste Ă  son tour. « Le vendredi, si vous descendez dans la rue, vous allez trouver un bon nombre d’entre nous Ă  dĂ©ambuler en demandant l’aumĂŽne », dit-il. « Alors aidez-nous Ă  survivre, pour pouvoir aider nos enfants Ă  aller Ă  l’école et nous procurer des mĂ©dicaments. »

S’adressant Ă  ceux qui sont lĂ , M. Wolfowitz dĂ©clare : « Des gens qui ont souffert comme vous avez souffert ne souffrent pas seulement quelques heures ou quelques jours, mais toute leur vie. »




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