| 21 dĂ©cembre 2006 â Avant le tsunami de 2004, la province dâAtjeh Ă©tait lâune des rĂ©gions les plus isolĂ©es et dĂ©favorisĂ©es dâIndonĂ©sie, et sa population avait subi les affres de plusieurs dĂ©cennies de conflit. Aujourdâhui, câest le cadre du plus vaste effort de reconstruction (a) jamais entrepris Ă lâĂ©chelon des pays en dĂ©veloppement. Pour la premiĂšre fois depuis 30 ans, la paix rĂšgne Ă Atjeh, et le maintien de cette situation stable est essentiel au redressement Ă©conomique de la province. Lâaccord de paix conclu en 2005 entre le Gouvernement indonĂ©sien et le Mouvement Atjeh libre a Ă©tĂ© consolidĂ©, le 11 dĂ©cembre dernier, par la tenue des premiĂšres Ă©lections que la province ait jamais connues Ă lâĂ©chelon local. Lâeffort de reconstruction nĂ©cessitera, dâici Ă Â 2009, jusquâĂ 8 milliards de dollars â dont 5,8 milliards ont Ă©tĂ© affectĂ©s â pour environ 1 500 projets mis en Ćuvre par plus de 300 organismes diffĂ©rents. La reconstruction dâun pays est toujours un processus de longue haleine mais, Ă Atjeh, lâeffort entrepris commence dĂ©jĂ Ă porter ses fruits. La plupart des installations mĂ©dicales ont Ă©tĂ© reconstruites, et la quasi-totalitĂ© des enfants sont retournĂ©s Ă lâĂ©cole. Le travail de reconstruction des routes, ponts et autres infrastructures, quoique lent, progresse nĂ©anmoins. La formule du dĂ©veloppement menĂ© par la communautĂ© sâest rĂ©vĂ©lĂ©e supĂ©rieure au processus de reconstruction menĂ© du sommet Ă la base, surtout en matiĂšre de logement. Ă Atjeh, les communautĂ©s sont trĂšs soudĂ©es et ont voulu, dans la quasi-totalitĂ© des cas, prendre part aux dĂ©cisions majeures affectant leur avenir. « En utilisant notre rĂ©seau existant de projets de dĂ©veloppement menĂ© par la communautĂ©, qui couvre dĂ©jĂ plus de 40 000 villages en IndonĂ©sie, nous avons trouvĂ© un moyen rapide et efficace pour fournir lâaide », a soulignĂ© Ă ce sujet Andrew Steer, directeur des opĂ©rations de la Banque mondiale pour lâIndonĂ©sie. Jusquâici, le processus de reconstruction des habitations menĂ© Ă lâinitiative des communautĂ©s sâest rĂ©vĂ©lĂ© ĂȘtre de meilleure qualitĂ©, dâun meilleur rapport coĂ»t-efficacitĂ© et mĂȘme, dans la plupart des cas, plus rapide que les autres modes de fourniture de logements. Un des principaux enseignements qui se dĂ©gagent dĂ©jĂ est quâun bon effort dâinformation et de communication est un gage de rĂ©ussite en matiĂšre de reconstruction. Suivre lâavancement du processus â en pouvant dire qui fait quoi, et quand â est indispensable si lâon veut prendre de façon coordonnĂ©e les mesures qui sâimposent en consĂ©quence. Un autre aspect essentiel consiste Ă informer la population locale, pour quâelle sache Ă quoi sâattendre, et quand. Une approche novatrice a Ă©tĂ© suivie Ă cet Ă©gard avec lâappui de la Banque Ă Atjeh, sous la forme dâun pĂ©riodique intitulĂ© Ceureumen Newsweekly (a), qui publie toutes les informations indispensables sur le programme de reconstruction. La Banque Ă©tait dĂ©jĂ prĂ©sente Ă Atjeh avant le tsunami, aidant les autoritĂ©s indonĂ©siennes Ă mettre en Ćuvre le programme communautaire de dĂ©veloppement des kecamatan (KDP), qui couvre Ă prĂ©sent lâensemble des 6 500 villages que comptent Atjeh et lâĂźle de Nias voisine. Peu aprĂšs le tsunami, elle a procĂ©dĂ© Ă une Ă©valuation des dĂ©gĂąts qui sert encore de fil directeur pour lâeffort de reconstruction. Lorsquâa Ă©tĂ© mis en place un bureau spĂ©cial pour mener cet effort, elle a apportĂ© son appui au processus de renforcement institutionnel correspondant. Et quand les apports de fonds des donateurs ont commencĂ© Ă affluer, elle a aidĂ© Ă mettre en place et Ă gĂ©rer le Fonds multidonateurs (a), qui a rĂ©uni plus de 655 millions de dollars de financements concessionnels provenant de 15 pays donateurs et organisations internationales. Ces ressources ont permis de subvenir aux besoins des victimes du tsunami sous forme de logements, dâĂ©coles, de dispensaires, dâinfrastructures de base et de services divers (gestion des dĂ©chets, reconstruction portuaire, protection de lâenvironnement, etc.). Les communautĂ©s sont associĂ©es Ă la plupart des projets afin dâen assurer le contrĂŽle et la prise en charge, et les projets comprennent en outre des activitĂ©s destinĂ©es Ă soutenir le processus de paix. Suivi des fonds Un important aspect de lâaction menĂ©e par la Banque consiste Ă fournir une assistance technique Ă plusieurs niveaux. Avec 50 à 60 experts locaux et Ă©trangers affectĂ©s Ă divers programmes et apportant un appui technique au Bureau de rĂ©habilitation et reconstruction (le Badan Rekonstruksi dan Rehabilitasi, ou BRR), son bureau dâAtjeh est lâun des plus importants sur place. Pour John Victor Bottini, qui est le reprĂ©sentant rĂ©sident de la Banque Ă Atjeh, la tĂąche consiste Ă planifier sur le long terme. Plusieurs nouveaux projets, dont le Programme dâappui des zones pauvres et dĂ©favorisĂ©es (SPADA) (a), viendront en effet poursuivre lâeffort de dĂ©veloppement menĂ© par la communautĂ© dans diffĂ©rentes zones, dont celles directement touchĂ©es par le conflit, une fois achevĂ©s les programmes de reconstruction proprement dits. Depuis le tsunami, une petite Ă©quipe de la Banque composĂ©e principalement de personnel local sâoccupe de suivre le cheminement des fonds. Elle fournit des bulletins trimestriels sur lâĂ©volution du programme de reconstruction et est dĂ©sormais la principale source dâinformation financiĂšre Ă cet Ă©gard. Pour Wolfgang Fengler, le chef dâĂ©quipes de projet de la Banque chargĂ© de ce dossier, la rĂ©ussite dâun dispositif de contrĂŽle de ce type passe par « une Ă©quipe motivĂ©e dâanalystes de donnĂ©es, un suivi systĂ©matique avec les principaux intervenants, et une solide mĂ©thodologie. Ces Ă©lĂ©ments sont bien plus importants que des systĂšmes informatiques sophistiquĂ©s, qui ont en fait Ă©tĂ© contre-productifs dans le cas dâAtjeh ». LâĂ©quipe quâil dirige vient dâengager le processus de Revue des dĂ©penses publiques Ă Atjeh (a), qui aidera les autoritĂ©s Ă suivre et Ă analyser lâĂ©tablissement des budgets publics, le processus de reconstruction proprement dit et la façon dont les collectivitĂ©s locales sâacquittent de la tĂąche qui est la leur. Cette revue a dĂ©jĂ constatĂ© que la mise en Ćuvre des projets sâĂ©tait certes accĂ©lĂ©rĂ©e, mais que dâimportants manques subsistent dans certains secteurs et certaines rĂ©gions. Situation budgĂ©taire solide pour la province Suite au mesures de dĂ©centralisation adoptĂ©es par lâIndonĂ©sie en 2001, le pouvoir de dĂ©cision est passĂ© de Jakarta Ă quelque 400 collectivitĂ©s territoriales dissĂ©minĂ©es dans lâensemble du pays. De par les substantielles ressources naturelles dont elle est dotĂ©e, la province dâAtjeh a Ă©tĂ© lâun des principaux bĂ©nĂ©ficiaires de cette dĂ©centralisation. En dĂ©pit du fait quâelle est lâune des provinces indonĂ©siennes dont la situation budgĂ©taire est la plus solide, Atjeh a vu ses niveaux de pauvretĂ© se maintenir Ă 30 %, selon la revue des dĂ©penses publiques. Les constats de ce type seront pris en compte dans lâĂ©laboration des politiques Ă venir. Avec lâadoption, en juillet 2006, dâune nouvelle loi sur lâorganisation du pouvoir dans la province, les ressources dont dispose Atjeh devraient augmenter et rester dâun niveau important au cours des deux dĂ©cennies qui viennent.   |