Par Demba Baldé. Article extrait du magazine "Les Échos de la Banque mondiale". Numéro 6 -Décembre 2006 Concept de vulnérabilité et groupes sociaux vulnérables Le concept de vulnérabilité évoque la fragilité et l’insécurité en général. Une définition conceptuelle de la vulnérabilité dans un contexte économique et social donné pourrait donc évoquer le niveau de risque auquel est confronté un individu ou un groupe social face à un événement ainsi que les conséquences de cette exposition. On peut, par conséquent, considérer la vulnérabilité sous l’angle des groupes sociaux (réfugiés, personnes déplacées), selon les activités économiques (apprentis de cars rapides), en fonction des espaces en situation de vulnérabilité (ouvriers agricoles du delta du fleuve Sénégal). En définitive, la vulnérabilité est l’état de dénuement, parfois dû à l’absence ou à la faiblesse des revenus, en termes de ressources devant permettre de faire face aux besoins. Les groupes vulnérables se retrouvent pour la plupart dans les catégories sociales suivantes : les enfants, les femmes, les handicapés, les personnes âgées, les personnes déplacées ou les réfugiés. Les enfants en situation de vulnérabilité incluent les enfants de familles mendiantes vivant dans la rue, les enfants guides de handicapés, les orphelins – notamment du VIH/SIDA – en situation de rue, les enfants victimes de la toxicomanie et rejetés par leur famille, les « talibés », les enfants abandonnés, les enfants en conflit avec la loi, les enfants délinquants ou en danger moral chassés de chez eux, les enfants victimes de la prostitution. Parmi toutes ces catégories, les « talibés » représentent le groupe le plus remarquable, de par le nombre et l’âge de ses affiliés. Les « talibés » Les « talibés », mendiants qui sont surtout des adolescents, sont estimés à près de 100 000 individus au Sénégal (DAS, 2000). Ils sont repérables aux carrefours et feux rouges, dans des lieux tels que les marchés, les mosquées, les banques et autres endroits publics des centres urbains, à la recherche de nourriture et d’argent, tant pour leur propre survie que l’entretien de leur maître coranique. Ils sont donc plus susceptibles que les enfants vivant avec leurs parents en famille de souffrir d’une incapacité morale ou de déficiences physiques ; ils sont plus sujets à des accidents. Ils vivent des situations de marginalité et d’extrême pauvreté, dans des parages mal famés, c’est-à-dire dans cet espace où l’exposition aux risques sociaux et aux maladies devient la règle. Pour ces jeunes « talibés » et les enfants de la rue en général, les fondations existentielles conférées par cette précarité sont en deçà du standard minimum de réalisation sociale. Les enfants en situation de rue Combien sont les enfants en situation de rue au Sénégal ? D’où viennent-ils ? Nul ne le sait vraiment car il n’existe aucune statistique officielle en la matière. À l’évidence, en revanche, leur nombre ne cesse d’augmenter, l’accroissement de la population étant une cause incontestable de ce phénomène. Toutefois, la Banque mondiale, l’Unicef et le BIT sont en train, dans le cadre d’une initiative tripartie, de mener une enquête dans l’optique de disposer d’estimations fiables, tout en sachant qu’il n’est pas facile de décompter les enfants de la rue, cette population étant très mobile et souvent exclue des institutions pourvoyeuses de statistiques comme les écoles et les ménages. Son nombre est souvent sous ou surestimé soit qu’il s’agisse de cacher la réalité ou de gonfler les chiffres par sensationnalisme pour des besoins de « collectes de fonds ». L’initiative pour le retrait des enfants de la rue Comme aime à le répéter le Directeur des opérations de la Banque mondiale, Madani M. Tall, « quel que soit le nombre d’enfants de la rue, un seul c’est déjà trop ». C’est pour cette raison que le chef de l’État sénégalais, lors du Conseil présidentiel tenu le 10 octobre 2006 au palais de la République à Dakar, a exhorté la communauté des partenaires sociaux, les bailleurs de fonds et artistes engagés dans les actions de sensibilisation, de plaidoyer, à se lancer dans la bataille : financement d’ initiatives pour le retrait et la réinsertion dans leurs familles des enfants de la rue ; application plus ferme et dissuasive des textes en matière de protection des droits des enfants ; édition et diffusion, en liaison avec les chefs religieux, d’une brochure de sensibilisation sur la perspective de la religion en matière de mendicité ; vulgarisation des slogans « un enfant, une famille », « un enfant, un parrain » ; et enfin, duplication de l’initiative à l’échelle de la sous-région. Cet article est un extrait du magazine trimestriel, Échos de la Banque mondiale, publié par le Bureau régional de Dakar (Sénégal, Cap-Vert, Gambie, Guinée-Bissau, Niger). Pour consulter le magazine en format PDF, veuillez cliquer ici. Pour en savoir plus sur ce magazine, veuillez contacter mademba@worldbank.org |