Un nouveau rapport laisse prévoir une poussée des migrations de travailleurs dans la région Europe et Asie centrale

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16 janvier 2007 — Lors du recensement de population effectuĂ© en 2002 en Russie, un nombre surprenant de villes fantĂŽmes a Ă©tĂ© relevĂ© dans les contrĂ©es reculĂ©es du nord et de l’est du pays. Dans le mĂȘme temps, la population de Moscou s’établissait Ă  10,4 millions d’habitants, affichant ainsi une progression de 1,5 million pour les dix annĂ©es ayant suivi la chute du communisme.

 

Le tableau apparaissant en filigrane Ă©tait celui d’une population en mouvement, en quĂȘte d’opportunitĂ©s et de conditions de vie meilleures dans d’autres villes ou mĂȘme d’autres pays. Ce phĂ©nomĂšne ne se limitait d’ailleurs pas Ă  la Russie mais concernait l’ensemble des pays d’Europe de l’Est et de l’ex-Union soviĂ©tique, et ces migrations de main-d’Ɠuvre y sont autant d’actualitĂ© aujourd’hui qu’en 2002.

 

En fait, cette rĂ©gion est le cadre de flux migratoires parmi les plus importants qui soient recensĂ©s dans le monde, Ă  en croire le rapport que publie aujourd’hui la Banque mondiale sous le titre Migration and Remittances: Eastern Europe and the Former Soviet Union (Les migrations et envois de fonds de travailleurs en Europe de l’Est et dans l’ex-Union soviĂ©tique). La Russie, pour sa part, se classe au deuxiĂšme rang mondial (aprĂšs les États-Unis) quant au nombre d’immigrĂ©s qui y vivent, les estimations situant entre 3 et 3,5 millions sa population de sans-papiers.

 

À cela s’ajoute l’importance que revĂȘtent pour beaucoup d’économies les rapatriements de salaires — les fonds envoyĂ©s chez eux par les travailleurs Ă©migrĂ©s. D’aprĂšs les chiffres officiels, ils constituent plus de 20 % du PIB au Moldova et en Bosnie, et plus de 10 % en Albanie, en ArmĂ©nie et au Tadjikistan. Et selon le rapport, des donnĂ©es ponctuelles glanĂ©es sur le terrain laissent penser que le volume effectif de ces envois est peut-ĂȘtre largement supĂ©rieur Ă  ce qu’indiquent les chiffres officiels.

 

Pour l’économiste de la Banque Bryce Quillin, qui a dirigĂ© avec Ali Mansoor la rĂ©daction de ce rapport, les migrations en direction et Ă  partir de la rĂ©gion Europe et Asie centrale sont un phĂ©nomĂšne bien Ă©tabli et durable, et il faut mĂȘme s’attendre Ă  ce qu’elles augmentent dans les annĂ©es Ă  venir. Selon lui, en effet, la Russie et les autres pays de l’ex-Union soviĂ©tique vont connaĂźtre des pĂ©nuries de main-d’Ɠuvre Ă  mesure du vieillissement de leur population et du fait d’un exode d’une partie de leur propre main-d’Ɠuvre jeune et qualifiĂ©e vers l’Europe de l’Est et de l’Ouest et l’AmĂ©rique du Nord.

 

Une partie de leur demande de travailleurs pourra certes ĂȘtre comblĂ©e par d’autres pays d’Europe de l’Est et d’Asie centrale, mais ils devront aussi finir par faire venir de la main-d’Ɠuvre d’ailleurs — « probablement d’Afrique ou d’Asie », dit-il. Les recherches sur lesquelles repose cette estimation ont consistĂ© Ă  la fois Ă  analyser des donnĂ©es statistiques et quantitatives tirĂ©es d’enquĂȘtes, recensements et autres travaux divers, et Ă  procĂ©der Ă  d’autres enquĂȘtes auprĂšs de migrants dans six pays.

 

DĂ©jĂ , des travailleurs du Tadjikistan, de RĂ©publique kirghize, d’ArmĂ©nie, de GĂ©orgie et de Chine viennent occuper des emplois en Russie et au Kazakhstan, y compris dans certaines parties de l’ex-Union soviĂ©tique qui se sont fortement dĂ©peuplĂ©es. « Personne ne peut mettre un chiffre sur l’afflux de Chinois en Russie, car il s’agit presque entiĂšrement de flux clandestins », dit encore M. Quillin, ajoutant cependant qu’une bonne partie de cette immigration est probablement temporaire ou, selon le terme consacrĂ©, « circulaire ».

 

Encourager les migrations circulaires

 

Selon l’étude, l’essentiel des migrations se fait des pays de la CommunautĂ© d’États indĂ©pendants vers la Russie, et de ceux d’Europe centrale et de l’Est vers l’Europe de l’Ouest. Pour les travailleurs plus ĂągĂ©s avec charge de famille qui Ă©migrent vers les pays d’Europe Ă  revenu Ă©levĂ©, il faut plus s’attendre Ă  ce qu’ils veuillent y rester, explique M. Quillin. Ceux qui sont plus jeunes, instruits et cĂ©libataires seront plus enclins Ă  revenir au pays aprĂšs avoir travaillĂ© Ă  l’étranger.

 

Une part importante des migrations est clandestine, et cette situation est prĂ©judiciable aux pays concernĂ©s ainsi qu’aux travailleurs eux-mĂȘmes, lesquels risquent de faire l’objet de mauvais traitements et de ne pas avoir accĂšs aux services de santĂ© et autres. Pour ce qui est des pays de dĂ©part, ils connaissent une « fuite des cerveaux » avec la perte de leurs travailleurs qualifiĂ©s, fait observer Willem van Eeghen, Ă©conomiste principal pour la rĂ©gion Europe de l’Est et Asie centrale Ă  la Banque. Quant aux pays d’accueil, ils subissent un manque Ă  gagner sur le plan fiscal ou ont Ă  supporter, dans le cas de migrants rĂ©guliers ou peu qualifiĂ©s, le coĂ»t des charges sociales ou de salaires moins Ă©levĂ©s.

 

  « Les migrants apportent Ă©normĂ©ment d’avantages aux pays, mais aussi pas de mal de charges », explique-t-il. « Et si vous regardez la façon dont sont gĂ©rĂ©es les migrations, vous constaterez qu’il y a certainement moyen d’y apporter des amĂ©liorations ».

 

Les accords bilatĂ©raux entre pays risquent de ne pas toujours se rĂ©vĂ©ler efficaces, font valoir les auteurs de l’étude, qui avancent quelques recommandations pour une meilleure gestion des flux de main-d’Ɠuvre immigrĂ©e. L’objectif est de permettre Ă  ces travailleurs de gagner et d’épargner plus et de rester en contact avec leur famille, tout en donnant la possibilitĂ© aux pays d’accueil de combler leur pĂ©nurie de main-d’Ɠuvre et aux pays d’origine d’amĂ©liorer leur PIB grĂące aux envois de fonds et, une fois les travailleurs rentrĂ©s, de profiter des compĂ©tences qu’ils auront acquises Ă  l’étranger.

 

« C’est ce qui nous fait dire que si des politiques peuvent ĂȘtre mises en place pour encourager des migrations circulaires, cela permettra de gagner sur trois fronts : pour les migrants eux-mĂȘmes, pour les pays de dĂ©part, et pour les pays d’accueil », ajoute M. Quillin. Dans cette optique, Willem van Eeghen dirigera une initiative tendant Ă  Ă©tablir, dans l’annĂ©e qui vient, un programme pilote pour dĂ©terminer s’il y a moyen, dans le cadre d’accords entre pays, d’encourager des migrations circulaires par le recours Ă  certaines incitations — par exemple, permettre aux prestations de sĂ©curitĂ© sociale d’ĂȘtre versĂ©es dans le pays d’origine des travailleurs, ou Ă  ces derniers de monter plus facilement une affaire une fois de retour chez eux.

 

Comme il l’explique : « L’important, c’est d’encourager les migrants Ă  ĂȘtre en situation rĂ©guliĂšre. On pense que s’ils ont le choix entre une situation rĂ©guliĂšre ou irrĂ©guliĂšre, la plupart des travailleurs ou des employeurs prĂ©fĂšreraient la lĂ©galitĂ©. Mais compte tenu des contraintes auxquelles ils font face aujourd’hui, ils n’ont souvent pas d’autre choix que d’entrer dans l’illĂ©galitĂ©. »

 

Selon lui, une meilleure gestion du flux de main-d’Ɠuvre entre les pays ouvre des perspectives considĂ©rables pour une rĂ©duction de la pauvretĂ© dans cette rĂ©gion et ailleurs. « Il y a des Ă©tudes qui montrent que les migrations peuvent avoir un impact bien plus grand en fait que toute l’aide qui est fournie, et si on se prĂ©occupe de dĂ©veloppement et de rĂ©duction de la pauvretĂ©, on doit donc prĂȘter trĂšs attention aux migrations », conclut-il.

 

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