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Une chance pour l’Afrique et un devoir pour le monde

Gobind Nankani est le vice-président de la banque mondiale pour la région Afrique
Disponible en: English

L’année 2005 pourrait rester dans les mémoires comme l’année du changement en Afrique. En février, 40 pays donateurs ont engagé au moins 34 milliards de dollars en dons et prêts concessionnels à l’intention des pays les plus pauvres du monde, soit la croissance la plus importante en vingt ans. Environ la moitié de ces ressources, acheminées par le biais de l’Association internationale de développement, seront affectées à l’Afrique au cours des trois années à venir. En mars, la Commission pour l’Afrique a invité les pays riches à doubler leur aide au continent dans le cadre d’un effort mondial visant à travailler avec les leaders africains pour inverser la tendance de ces vingt dernières années vers une aggravation de la pauvreté, la marginalisation économique et des indicateurs de santé en baisse. Ces recommandations seront examinées par les pays les plus riches du monde lors du sommet du G8 cet été. Dans la même période, une  nouvelle génération de leaders africains s’efforce de trouver des solutions constructives aux crises au Soudan, en Côte d’Ivoire et au Togo, preuve que les Africains sont prêts à assumer leurs grands problèmes.

 

L’espoir est donc permis, tout en restant réaliste. L’Afrique fait face à un ensemble unique de défis liés au développement. La moitié de la population vit dans la pauvreté. Environ 40 millions d’enfants ne sont pas scolarisés. Au moins 25 millions d’Africains sont contaminés par le virus du sida. La qualité et l’étendue des routes, la fourniture d’eau et d’électricité, les systèmes d’irrigation sont loin d’être au niveau requis pour soutenir une croissance économique forte et améliorer les moyens de subsistance.

 

Ces problèmes ne seront pas résolus en 2005, mais cette année peut voir les leaders africains et leurs partenaires internationaux s’engager sur la voie du changement. Pour réduire la pauvreté, l’Afrique doit se développer au plan économique et les pauvres doivent participer à cet essor. En adoptant des stratégies visant à promouvoir une croissance générale, les pays africains peuvent progresser véritablement dans la réalisation des objectifs de développement pour le Millénaire, y compris réduire de moitié la proportion de personnes vivant dans des conditions de pauvreté extrême. Pour être durables, les solutions doivent être spécifiques aux pays et approuvées par eux. Les difficultés que connaît le Malawi sont différentes de celles entravant le développement du Mali. Les stratégies de croissance doivent prendre en compte les opportunités et les obstacles de chaque pays.

 

Dans chaque domaine, la transformation de l’Afrique dépendra tant de l’initiative des Africains que de décisions déterminantes prises par la communauté internationale. Dans le secteur privé,   le cadre judiciaire et réglementaire doit être considérablement amélioré,  les entreprises africaines sont actuellement prises au piège de démarches sans fin pour l’obtention de licences et d’autorisations. Dans le même temps, ces entreprises resteront improductives tant qu’un investissement digne de ce nom ne sera pas consenti pour les routes, la fourniture d’eau et d’électricité – et ce à une échelle qui ne peut être atteinte que par les partenaires internationaux du continent. À noter que la Commission pour l’Afrique invite les pays donateurs à fournir 10 milliards de dollars supplémentaires par     an pour l’infrastructure jusqu’en 2010 et 20 milliards de dollars pour les cinq prochaines années.

 

Le commerce est un autre domaine qui nécessite des réformes. Les pays africains peuvent adopter de nombreuses solutions pour relancer les exportations agricoles  –recherche, mesures incitatives et amélioration des chemins vicinaux – mais celles-ci sont vouées à l’échec si les pays riches ne suppriment pas leurs propres subventions et barrières tarifaires et non tarifaires qui faussent le marché.

 

Malgré ces obstacles, certains pays africains connaissent un essor économique  considérable. Ces dix dernières années, quelque 16 pays ont enregistré des taux de croissance annuels d’au  moins 4 %, et dix autres d’au moins 5 %.

 

Maurice, par exemple, a accordé des mesures incitatives aux hommes d’affaires locaux, notamment dans l’exportation. Mais le pays a également développé l’éducation et la protection sociale de façon à ce que davantage de personnes bénéficient de la croissance, et y participent. Le secteur privé étant le moteur de la croissance et de la création d’emplois, les pouvoirs publics doivent écouter les chefs d’entreprise et tenir compte des obstacles qui les empêchent de développer et d’améliorer la productivité. Des conseils d’investisseurs dans un certain nombre de pays, notamment en Tanzanie, au Mali, en Ouganda et au Sénégal, contribuent à établir des relations pragmatiques et constructives entre l’État et les milieux d’affaires.

 

Beaucoup de pays ont augmenté leurs exportations de plus de 8 % par an depuis le milieu des années 90 malgré la chute des prix de certaines de leurs matières premières. L’investissement étranger direct en Afrique est en hausse, passant de 7,8 milliards de dollars l’année précédente à 8,5 milliards de dollars, et, chose importante, l’Afrique du Sud devient un investisseur majeur dans la production subsaharienne, tandis que la Chine est à la tête d’un flux d’investissement provenant de l’Asie.

 

Avec des mesures incitatives claires, des responsables engagés et un appui international généralisé, les pays africains peuvent mettre à profit ces tendances prometteuses. On peut s’attendre à des résultats encourageants si les pays sont déterminés à promouvoir l’intégration régionale et à créer des espaces économiques plus grands et plus ouverts ; à encourager le développement du secteur privé –en développant les entreprises africaines et les investissements étrangers directs ; à faire progresser le commerce –en augmentant les exportations et en abaissant les barrières commerciales dans les pays de l’OCDE ; à renforcer les capacités et à améliorer la gouvernance. La Banque mondiale offrira son appui à cet effet et continuera de préconiser une aide au développement plus importante et mieux coordonnée, tout en mettant en oeuvre des programmes visant à améliorer la fourniture de services, notamment en matière d’éducation et de santé.

 

Les pays africains se trouvent à la croisée des chemins. Malgré les progrès récents notés dans certains pays, dans de nombreux autres, les événements en cours laissent présager davantage de pauvreté, un continent encore plus à la traîne. Cette année ne doit pas être une autre année de promesses non tenues. Nos partenaires africains attendent que les barrières commerciales soient supprimées et l’aide augmentée conformément aux engagements pris au sommet de Monterrey en 2002. La communauté internationale doit s’engager à augmenter et améliorer l’aide pays par pays, c’est là son devoir et la seule chance pour l’Afrique.

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