Une réunion au plus haut niveau examine les perspectives de redressement et de croissance du Libéria

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12 février 2007 — À Monrovia, il n’est pas rare aujourd’hui de voir ici et là des enfants faire leurs devoirs scolaires le soir à la lumière des réverbères, ce qu’ils n’auraient pas pu faire il y a peu. L’électricité a en effet été rétablie dans les rues de la capitale du Libéria il y a tout juste quelques mois, dans le cadre d’un programme de reconstruction mené avec l’aide de la communauté internationale. Pour Monrovia, cela représente une lueur d’espoir pour la reprise de ses activités et son retour à la prospérité.

 

Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, pour Monrovia comme pour le Libéria. Les 14 années de guerre civile ont en effet ravagé les infrastructures et l’économie du pays, qui n’a plus aujourd’hui que quelques routes praticables et qui présente un niveau de chômage endémique (les autorités estiment à 85 % le taux de chômage ou de sous-emploi dans le secteur formel), une faible espérance de vie à la naissance (47,7 ans) et un fort taux d’analphabétisme (70 % environ). Et selon les estimations, 76 % de ses 3,3 millions d’habitants n’ont que 1 dollar ou moins par jour pour vivre.

 

Une réunion au plus haut niveau se tient cette semaine à Washington pour examiner de près les perspectives de redressement et de croissance du Libéria, les progrès qu’il a faits sous la conduite du gouvernement issu des élections qui ont marqué il y a un an son retour à la démocratie, et le rôle essentiel qui est le sien pour le maintien de la paix en Afrique de l’Ouest. Cette réunion du Forum des partenaires du Libéria est organisée sous les auspices de la Banque mondiale, des Nations Unies, du Fonds monétaire international, du Gouvernement américain, de la Banque africaine de développement et de la Commission européenne.

 

Elle a pour principaux participants la présidente du Libéria, Ellen Johnson Sirleaf, le président de la Banque africaine de développement, Donald Kaberuka, le commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire, Louis Michel, le directeur général du FMI, Rodrigo de Rato, le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies, Alan Doss, la secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice, et le président du Groupe de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz. Mais ce forum se déroule également en présence des délégations d’au moins 21 pays qui avaient, pour beaucoup, participé il y a trois ans à la conférence des donateurs lors de laquelle 500 millions de dollars d’engagements avaient été pris en faveur du Libéria.

 

Aujourd’hui, ce financement d’urgence est sur le point d’être épuisé et le pays a encore besoin de centaines de millions de dollars pour sa reconstruction. Le forum a précisément pour objet d’obtenir l’aval et l’appui de la communauté internationale pour la stratégie de reconstruction et de développement du Libéria, et pour étudier d’autres possibilités de financement.

 

Durant son séjour à Washington, Mme Johnson Sirleaf cherchera également à trouver une solution au problème de la dette du Libéria, qui atteint la somme vertigineuse de 3,7 milliards de dollars. Pour le pays, c’est là un obstacle de taille à surmonter s’il veut pouvoir assurer son redressement après le long déclin économique et social qu’il a connu à la suite du coup d’État militaire de 1980 et jusqu’à la fin du conflit armé en 2003.

 

Pour beaucoup, en Afrique et ailleurs, cette ancienne économiste de la Banque mondiale et directrice du Bureau régional pour l’Afrique du Programme des Nations Unies pour le développement, qui est de surcroît la première femme à être élue chef d’État en Afrique, est capable d’opérer ce retournement de tendance. Mais le défi n’en est pas moins considérable.

 

Parmi les 3,3 millions d’habitants que compte le pays, toute la période de guerre civile a fait 250 000 morts et provoqué l’exode de centaines de milliers d’autres dans les pays voisins. Il faut aussi compter avec 101 000 anciens soldats, dont beaucoup ont été enrôlés alors qu’ils étaient encore enfants et ont été exposés à d ’extrêmes violences, et qu’il s’agit de réintégrer à présent dans la société.

 

La guerre a détruit routes, ponts, hôpitaux et écoles, et interrompu les services d’alimentation en eau potable, en électricité et autres. L’UNICEF estime à 230 000 le nombre d’enfants rendus orphelins par ce conflit, ainsi que par le VIH/SIDA et les autres maladies.

 

Des progrès notables

 

Mais selon Luigi Giovine, responsable de la Banque pour ce pays, le Libéria a gagné en stabilité et en sécurité durant la première année de présidence de Mme Johnson Sirleaf, aidé en cela par la présence continue de 15 000 casques bleus de l’ONU. Ses exportations ont progressé de 25 %, il a rétabli l’eau potable et l’électricité dans certaines parties de Monrovia pour la première fois en 15 ans, ses recettes publiques ont augmenté de près de 50 % à la suite des réformes économiques entreprises, et son économie a connu une croissance de 8 % qui est censée se maintenir.

 

Le chef-pays de la Banque voit là autant d’éléments qui établissent que les nouveaux dirigeants sont « résolus à opérer un changement » et méritent de recevoir un appui. « La différence entre la reprise du chaos et le redressement au Libéria est dans une large mesure fonction d’un engagement continu des donateurs envers cette administration, et de l’engagement continu du gouvernement à rectifier les problèmes qui existent aujourd’hui », souligne-t-il.

 

La Banque mondiale a contribué à l’effort de reconstruction pour 103 millions de dollars sous forme de ressources de fonds fiduciaires et de dons, et travaille en étroite collaboration avec les autorités à la remise en état de 950 kilomètres de routes essentielles, dont 400 kilomètres de routes rurales, ainsi qu’à la rénovation des installations délabrées du port de Monrovia et du seul aéroport international que compte le pays. La Banque fournit en outre un appui pour la gestion des finances publiques et la gestion forestière, dans le secteur agricole et en matière de développement communautaire dans les zones rurales.

 

Il reste certes énormément à faire, que ce soit pour assurer les services de santé et d’éducation dans les régions rurales isolées qui en sont presque totalement privées, rétablir l’alimentation en eau et en électricité, ou encore réhabiliter les zones urbaines. Mais M. Giovine estime que les choses ont considérablement changé depuis son arrivée, voici près de trois ans. Il parle d’une « évolution quasi constante pour le mieux » durant cet intervalle, et note « une amélioration sensible pour l’année passée, coïncidant avec la période qui a suivi les élections ».

 

Phase d’apprentissage

 

Pour la Banque, le travail consiste en partie à rendre l’administration locale mieux à même de gérer les grands projets de développement du type de ceux mis en jeu par la reconstruction du pays. Selon Gylfi Palsson, spécialiste des transports et responsable des principaux projets d’infrastructure de la Banque au Libéria, c’est dans les dix derniers mois qu’il est devenu évident qu’il importerait tout autant d'aider les pouvoirs publics à renforcer leurs capacités pour la planification et la gestion du processus de développement que de construire de nouvelles routes ou de remettre en état les infrastructures.

 

Les nouveaux dirigeants suivent selon lui une ligne « progressive », et ils s’attaquent « d’une manière très volontariste » aux problèmes existants. Mais ils manquent d’expérience en termes de procédures et de méthodes, ainsi que pour la passation et la supervision des marchés — le type de compétences que l’équipe de la Banque cherche précisément à renforcer au niveau de l’administration locale depuis plusieurs mois.

 

« L’enseignement qui se dégage ici, c’est qu’en plus des besoins effectifs à traiter en matière d'infrastructure matérielle, on doit commencer à se pencher sur les questions de politique générale et l'aspect institutionnel », explique-t-il. « Il y a dix mois, tout ce dont on parlait concernait l’infrastructure matérielle et les mesures à prendre face à la situation d’urgence créée par l’effondrement total d’une partie des infrastructures. Depuis lors, la réflexion a évolué dans le sens de ce qu’il faut faire pour assurer la gestion des différents domaines d’infrastructure. »

 

Besoin de stabilité

 

Vu le fort taux de chômage qui prévaut dans le pays, les projets consacrés au réseau routier, au secteur agricole et aux travaux publics visent à recruter autant de main-d’œuvre locale que possible, souligne M. Giovine. Mais, ajoute M. Palsson, ils ont dans le même temps souffert d’un manque de personnel qualifié prêt à venir travailler au Libéria, ce type de personnel expatrié considérant peut-être ce pays comme trop risqué.

 

Si les troubles entre factions ont diminué depuis un an, un effort supplémentaire s’impose pour favoriser l’établissement d’un cadre sûr pour le développement, reconnaît à son tour M. Giovine. « La mise en place d’une armée viable et loyale, tenue au respect de la constitution, et le rétablissement d’une force de police sont des aspects primordiaux qui appellent encore un financement », dit-il. « Sans un surcroît de sécurité, il n’est pas possible de remettre le pays en état d’une façon sûre, et il n’est pas possible de fournir de meilleurs services. »

 

À cet égard, la force de maintien de la paix des Nations Unies a été selon lui un « facteur de dissuasion clé » contre les conflits internes depuis l’accord de septembre 2003 qui a mis fin à la guerre civile. Et elle « continue d’être primordiale » pour préserver cette situation de paix et permettre ainsi la reconstruction du pays.

 

Il ajoute que tous ces efforts de maintien de la paix ne profitent pas seulement au Libéria, mais contribuent à préserver la paix dans toute la région. « Un Libéria stable est un facteur déterminant qui affecte la stabilité de l’ensemble de la région », conclut-il.

 

 




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