Le prĂ©sident de la Banque mondiale prend la parole Ă  Kumasi, au Ghana, Ă  l’occasion du cinquantiĂšme anniversaire de l’indĂ©pendance du pays

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Paul Wolfowitz

Président de la Banque mondiale

5 mars 2007

 

 

Le prĂ©sident de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, a rendu hommage au Ghana Ă  l’occasion du cinquantiĂšme anniversaire de son indĂ©pendance, indiquant que le pays figurait parmi ceux qui obtenaient les meilleurs rĂ©sultats Ă©conomiques en Afrique subsaharienne.

 

Dans le discours qu’il a prononcĂ© Ă  la Kwame Nkrumah University, Ă  Kumasi, au Ghana, Paul Wolfowitz a Ă©galement appelĂ© les pays riches Ă  accroĂźtre leur contribution Ă  l’IDA – l’Association internationale de dĂ©veloppement –, l’institution de la Banque qui accorde des financements Ă  des conditions libĂ©rales.

 

Le dĂ©placement du prĂ©sident de la Banque au Ghana survient Ă  un moment oĂč des travaux officiels se dĂ©roulent Ă  Paris en vue de la reconstitution des ressources de l’IDA pour les trois annĂ©es Ă  venir.

 

Paul Wolfowitz a notamment déclaré :

 

-Le Ghana a plusieurs raisons de cĂ©lĂ©brer l’évĂ©nement de son cinquantiĂšme anniversaire... Il est l’un des pays d’Afrique subsaharienne obtenant les meilleurs rĂ©sultats Ă©conomiques. En valeur rĂ©elle, sa croissance Ă©conomique est d’au moins 4 % depuis plus de 10 ans, et a dĂ©passĂ© 6 % en 2006. Le Ghana est l’un des rares pays africains qui devrait parvenir Ă  rĂ©duire la pauvretĂ© de moitiĂ© d’ici 2015, l’un des objectifs de dĂ©veloppement pour le MillĂ©naire.

 

-Au dĂ©but des annĂ©es 90, plus de la moitiĂ© de la population du pays avait toutes les peines du monde Ă  survivre avec moins de 1 dollar par jour – seuil de pauvretĂ© absolue pour la Banque mondiale. Bien que tombĂ©e Ă  35 % en 2003, cette proportion reste beaucoup trop Ă©levĂ©e.

 

-Pour le Ghana et les pays les plus pauvres, en Afrique et ailleurs dans le monde, l’IDA, l’Association internationale de dĂ©veloppement – c’est-Ă -dire l’institution du Groupe de la Banque mondiale qui accorde des dons ou prĂȘte Ă  des conditions de faveur – est une source de financement indispensable Ă  la promotion du dĂ©veloppement. Depuis le dĂ©but des annĂ©es 80, Ă©poque oĂč le Ghana a lancĂ© un programme de redressement Ă©conomique, l’IDA a accordĂ© plus de 5 milliards de dollars de dons et de prĂȘts au pays.

 

-Le discours est intégralement reproduit ci-aprÚs :

 

Merci. Sachez tout d’abord que c’est un trĂšs grand plaisir pour moi d’ĂȘtre prĂ©sent ici Ă  l’universitĂ© Kwame-Nkrumah de science et de technologie. Je crois savoir que vous attendez tous, patiemment, depuis un certain temps, et je tiens Ă  vous en remercier. Je voudrais aussi remercier votre recteur, Otumfuor Osei Tutu II, Asantehene, qui, ce matin, m’a fait l’honneur de me remettre cette magnifique chaĂźne d’or provenant, je crois, d’un lingot officiel.

Monsieur le Vice-recteur, Professeur Kwasi Kwafo Adarkwa, ai-je bien compris ?

 

RĂ©vĂ©rendissime archevĂȘque de Kumasi, Monsieur le Ministre des Finances et de l’Économie, Madame le Maire de Kumasi, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs, Ă  commencer par les Ă©tudiants et les enseignants de l’universitĂ© Kwame-Nkrumah de science et de technologie, nos invitĂ©s les plus importants aujourd’hui : « Mey mamoaha! »

 

Je sais que je suis un jour en avance, mais permettez-moi de souhaiter un joyeux anniversaire au Ghana qui aura 50 ans demain !

Comme Monseigneur le rappelait, j’ai Ă©tĂ© le doyen d’une universitĂ© pendant sept merveilleuses annĂ©es, et je suis heureux de me retrouver ici parmi les enseignants et les Ă©tudiants. Comme doyen de l’universitĂ© John Hopkins, Ă  Washington, j’ai en effet eu la chance d’ĂȘtre quotidiennement au contact des Ă©tudiants, des Ă©tudiants qui avaient beaucoup investi dans leur avenir et dans celui de leur pays et de leur sociĂ©tĂ©.

 

Le Ghana mise beaucoup sur vous car vous ĂȘtes l’avenir du pays. Et en un sens, comme j’essaierai de le montrer d’ici quelques minutes, vous reprĂ©sentez aussi l’avenir de toute l’Afrique. J’espĂšre donc que vous mettez tout en Ɠuvre pour tirer le meilleur parti des possibilitĂ©s qui vous sont ici offertes.

 

Je suis ravi de voir que la Banque mondiale s’est associĂ©e Ă  KNUST pour ouvrir un centre d’information pour le dĂ©veloppement sur ce site. Cette structure donne accĂšs Ă  une mine d’informations sur le dĂ©veloppement pour les Ă©tudiants, les chercheurs, les enseignants et le public en gĂ©nĂ©ral. Je vous encourage Ă  tirer parti de cette nouvelle ressource sur votre campus.

 

Grand pĂŽle pour la science et la technologie en Afrique de l’Ouest, votre universitĂ© contribue beaucoup Ă  l’avenir du Ghana. La science et la technologie sont en effet les clĂ©s de l’avenir, les clĂ©s des grandes opportunitĂ©s du XXIe siĂšcle.

 

Nombreux sont les penseurs influents qui sont passĂ©s par cet Ă©tablissement, Ă  l’aube d’une carriĂšre remarquable. L’un des plus connu est bien sĂ»r Kofi Annan, une grande figure politique du continent et de la scĂšne mondiale. J’espĂšre que vous caressez tous de grands rĂȘves, que vous nourrissez de grandes ambitions et que vous portez vos regards sur la contribution que vous pourrez faire Ă  l’avenir de votre pays et de la planĂšte.

 

Hier, je me suis rendu Ă  Kibi et j’ai eu l’honneur de dĂ©poser une gerbe sur les tombes de deux des grands chefs du mouvement indĂ©pendantiste du Ghana, J.B. Danquah et William Ofori Attah, un rappel solennel du rĂŽle prĂ©curseur du Ghana, qui a ouvert la voie de l’indĂ©pendance aux autres pays africains.

Il y aura 50 ans demain, le vent du changement s’est levĂ© ici, dans ce que l’on appelait alors la CĂŽte de l’Or, pour souffler ensuite sur tout le continent africain.

 

À la veille de l’indĂ©pendance du Ghana, votre premier prĂ©sident, Kwame Nkrumah, comparait les premiers pas du pays libre Ă  un navire prĂȘt Ă  affronter la haute mer. Il Ă©crivait : « FiĂšrement campĂ© sur le pont de ce navire solitaire en train d’appareiller, d’une main, je me protĂšge les yeux de l’éclat Ă©blouissant du soleil africain, et je scrute l’horizon. Tant reste Ă  faire au-delĂ  de cette ligne. »

La vision de Kwame Nkrumah ne s’arrĂȘtait pas aux frontiĂšres du Ghana. Elle embrassait l’ensemble de ce vaste continent. Il croyait que si le Ghana rĂ©ussissait, le reste de l’Afrique pouvait lui emboĂźter le pas.

 

Aujourd’hui, alors que vous cĂ©lĂ©brez le cinquantiĂšme anniversaire de ce voyage mĂ©morable, le monde tourne Ă  nouveau ses regards vers le Ghana, pionnier de la libertĂ© du continent.

 

Cette date importante de votre histoire est le moment d’engager une rĂ©flexion nouvelle, de regarder rĂ©solument non seulement vers ce que le Ghana a accompli, ce dont vous avez tout lieu d’ĂȘtre fiers, mais aussi vers les erreurs et les occasions manquĂ©es, pour relever les dĂ©fis d’aujourd’hui et permettre demain au pays de donner toute la mesure de son potentiel.

 

Cela Ă©tant, permettez-moi de vous parler franchement, en ami du Ghana que je suis, car des amis se doivent rĂ©ciproquement la vĂ©ritĂ©. MalgrĂ© les perspectives trĂšs prometteuses que semblait ouvrir ce jour historique, il y a 50 ans, les GhanĂ©ens ont eu leur lot de dĂ©sillusions depuis lors. Des coups d’État, des violences, une mauvaise gestion de l’économie ont paralysĂ© le dĂ©veloppement Ă©conomique du pays au cours des 30 premiĂšres annĂ©es d’indĂ©pendance et ont laissĂ© des milliers de GhanĂ©ens se dĂ©battre dans une misĂšre noire. Heureusement, pendant les 20 derniĂšres annĂ©es, et plus particuliĂšrement depuis cinq ans, le pays a jetĂ© les bases d’une Ă©conomie moderne, et l’accĂ©lĂ©ration des progrĂšs laisse aujourd’hui bien augurer de l’avenir.

 

Comme le disait le prĂ©sident Kufuor le mois dernier dans son discours sur l’état de la nation, « le Ghana dĂ©colle ». Si cette Ă©volution se confirme, et s’affirme, le rĂȘve d’un pays vĂ©ritablement prospĂšre pourrait se rĂ©aliser au Ghana dans les 50 prochaines annĂ©es, ce qui non seulement aurait des effets importants pour plus de 20 millions de GhanĂ©ens, mais serait aussi un exemple et une source d’inspiration pour toute l’Afrique.

 

Les coups d’État et le rĂšgne de l’arbitraire appartiennent aujourd’hui au passĂ©. Le Ghana est dĂ©sormais une dĂ©mocratie vivante, organisant des Ă©lections libres et rĂ©guliĂšres. Des mĂ©dias dynamiques sont nĂ©s et la large consultation du public incite le citoyen Ă  influer sur l’avenir du pays.

 

Le Ghana est devenu l’un des pays d’Afrique subsaharienne obtenant les meilleurs rĂ©sultats Ă©conomiques. En valeur rĂ©elle, sa croissance Ă©conomique est d’au moins 4 % depuis plus de 10 ans, et a dĂ©passĂ© 6 % en 2006. Le Ghana est l’un des rares pays africains qui devrait parvenir Ă  rĂ©duire la pauvretĂ© de moitiĂ© d’ici 2015, l’un des objectifs de dĂ©veloppement pour le MillĂ©naire.

 

Au dĂ©but des annĂ©es 90, plus de la moitiĂ© de la population du pays avait toutes les peines du monde Ă  survivre avec moins de 1 dollar par jour – seuil de pauvretĂ© absolue pour la Banque mondiale. Bien que tombĂ©e Ă  35 % en 2003, cette proportion reste beaucoup trop Ă©levĂ©e. MĂȘme si, dans ce domaine, l’objectif de dĂ©veloppement pour le MillĂ©naire est atteint, plus d’une personne sur cinq vivra encore dans le plus grand dĂ©nuement. Les bons rĂ©sultats des derniĂšres annĂ©es n’autorisent donc pas Ă  relĂącher l’effort. Le Ghana doit et peut faire mieux. Le sens de l’urgence doit rĂ©ellement nous habiter, car si le pays peut relever les dĂ©fis du dĂ©veloppement, accĂ©lĂ©rer sa croissance et atteindre plus vite les objectifs de dĂ©veloppement pour le MillĂ©naire, il enverra un signal d’espoir fort, l’espoir d’un avenir meilleur pour l’ensemble de ce continent important.

 

Un regard sur l’histoire des derniĂšres dĂ©cennies dans le monde montre que de nombreuses rĂ©gions ont rĂ©alisĂ© des progrĂšs remarquables dans la lutte contre la pauvretĂ©. Au cours des        25 derniĂšres annĂ©es, un demi milliard de personnes sont sorties de la pauvretĂ©, la plupart en Inde et en Chine, les deux grands pays Ă©mergents. Au cours de la prochaine dĂ©cennie,            400 millions de personnes devraient emprunter la mĂȘme voie dans le monde. Mais ici encore, disons les choses comme elles sont : le continent laissĂ© pour compte par les promesses du changement, c’est l’Afrique subsaharienne, oĂč le nombre de pauvres a presque doublĂ©, passant d’environ 160 millions il y a 25 ans Ă  300 millions aujourd’hui.

 

Pourtant, quelque chose est en train de changer. L’an dernier, 60 % des Africains ont estimĂ© que cette annĂ©e serait meilleure que la prĂ©cĂ©dente, ce qui fait d’eux la population la plus optimiste du monde. Je ne prĂ©ciserai pas quelle est la plus pessimiste ; laissez-moi simplement vous dire qu’elle est plutĂŽt riche.

 

AprĂšs m’ĂȘtre rendu dans 12 pays africains au cours des 18 derniers mois, je suis convaincu que cet optimisme traduit une rĂ©alitĂ©. Pendant les 10 derniĂšres annĂ©es, dans 17 pays africains – dont, soulignons-le, le Ghana – qui reprĂ©sentent Ă  peu prĂšs un tiers de la population du sous-continent, la croissance a Ă©tĂ© systĂ©matiquement d’au moins 4 %. Avec un tel chiffre dans mon pays, on parlerait de miracle. Mais, dans votre pays, j’allais vous dire que c’est presque insuffisant car les problĂšmes que pose la pauvretĂ© sont trop graves et trop urgents. Les ressources nĂ©cessaires pour combattre le VIH et le sida ou le paludisme doivent ĂȘtre trouvĂ©es aujourd’hui, et non d’ici une gĂ©nĂ©ration. Et si les taux de croissance du Ghana et des autres moteurs de l’Afrique pouvaient atteindre ceux qu’affichent les Ă©conomies en dĂ©veloppement d’Asie, une gĂ©nĂ©ration pourrait suffire Ă  transformer le pays.

 

Peut-ĂȘtre penserez-vous que c’est lĂ  un objectif trop ambitieux, mais laissez-moi vous dire une chose : il n’y a pas si longtemps les pays d’Asie de l’Est considĂ©raient une telle progression impossible. Je suis plus ĂągĂ© que la plupart d’entre vous. J’étais Ă©tudiant en Ă©conomie au dĂ©but des annĂ©es 60, Ă  une Ă©poque oĂč de nombreux Ă©conomistes prĂ©tendaient que le cas de la CorĂ©e du Sud Ă©tait dĂ©sespĂ©rĂ©. Cela peut paraĂźtre stupĂ©fiant, car en une quarantaine d’annĂ©es, la CorĂ©e du Sud, un pays pauvre, sans ressources et Ă  l’économie fermĂ©e, est devenu le symbole d’un dĂ©veloppement rĂ©ussi. Elle est aujourd’hui la dixiĂšme Ă©conomie du monde.

 

L’exemple du succĂšs de la Chine Ă  cet Ă©gard est de date plus rĂ©cente. Jusqu’au milieu des annĂ©es 70, l’économie chinoise stagnait et le pays Ă©tait dĂ©sespĂ©rĂ©ment pauvre. Mais la Chine a pris son envol Ă©conomique au dĂ©but des annĂ©es 80 et, au cours des 25 derniĂšres annĂ©es, le taux de croissance moyen a avoisinĂ© les 10 %. GrĂące Ă  cette Ă©volution, des centaines de millions de Chinois ont pu Ă©chapper Ă  la pauvretĂ©.

 

De mĂȘme que ces deux pays et de nombreux autres pays plus petits ont rĂ©ussi Ă  excĂ©der les attentes pour se transformer en des modĂšles Ă  suivre, le Ghana lui aussi peut aller Ă  la quĂȘte d’un niveau de dĂ©veloppement plus Ă©levĂ©. Un taux de croissance Ă©gal ou supĂ©rieur Ă  7 % changerait considĂ©rablement les conditions de vie des populations. Le revenu par habitant se multiplierait par deux au plus tard en 2015, plus d’enfants frĂ©quenteraient l’école, de nouveaux emplois seraient créés et un plus grand nombre de personnes sortirait de la pauvretĂ© avant la date butoir de 2015 fixĂ©e par la communautĂ© internationale.  

 

La semaine derniĂšre, 16 bailleurs de fonds internationaux dont la Banque mondiale ont rĂ©pondu Ă  la StratĂ©gie du Ghana pour la croissance et la lutte contre la pauvretĂ© – la  GPRS – un autre sigle comme nous aimons en utiliser. Cette rĂ©ponse s’est traduite par la signature de la StratĂ©gie conjointe d’assistance au Ghana ou GJAS assortie d’un financement de plus de 5 milliards de dollars accordĂ© par l’ensemble des bailleurs de fonds sur une pĂ©riode de quatre ans.

 

Permettez-moi d’aborder briĂšvement trois des dĂ©fis les plus importants que le Ghana doit relever pour accĂ©der au statut de pays Ă  revenu intermĂ©diaire. PremiĂšrement, le Ghana doit relancer la compĂ©titivitĂ© de son secteur privĂ©, moteur essentiel de l’emploi. Au marchĂ© de Kumasi, j’ai vu aujourd’hui des exemples successifs de personnes pauvres qui recouraient Ă  l’ingĂ©niositĂ©, Ă  l’innovation et au travail acharnĂ© pour changer leur vie, bien souvent dans des conditions difficiles. Ce type d’énergie et d’ingĂ©niositĂ© n’est pas propre aux Asiatiques ni aux AmĂ©ricains ; elle existe parfaitement ici au Ghana, mais je crains que les rĂ©glementations excessives n’empĂȘchent encore le dĂ©marrage de nombreuses activitĂ©s Ă©conomiques ou freinent l’expansion de celles qui existent dĂ©jĂ .

 

Chaque annĂ©e, le Groupe de la Banque mondiale publie ce que nous appelons le rapport Doing Business qui Ă©tablit un classement de 175 pays du monde en fonction de la facilitĂ© avec laquelle  on peut y mener des affaires. Je me fĂ©licite de dire que l’an dernier, l’Afrique a commencĂ© Ă  se signaler comme l’une des rĂ©gions du monde oĂč l’application des rĂ©formes se fait le plus rapidement. Le Ghana et la Tanzanie sont les deux pays africains Ă  figurer au rang des dix premiĂšres nations de la planĂšte les plus actives Ă  cet Ă©gard.

 

Il faudra toutefois plus qu’une annĂ©e de rĂ©forme pour parvenir au niveau que le Ghana doit atteindre. En effet, il m’a Ă©tĂ© dit qu’il faut encore compter plus d’un an pour enregistrer une propriĂ©tĂ© au Ghana. C’est bien trop long. Un dĂ©lai de 81 jours et la moitiĂ© du revenu moyen d’un GhanĂ©en sont nĂ©cessaires pour dĂ©marrer une entreprise. Cela n’effraie probablement pas nombre de sociĂ©tĂ©s multinationales, mais de nombreux pauvres fuient le secteur formel pour ces raisons. Fait plus important, lorsqu’elles parviennent Ă  Ă©tablir une activitĂ© Ă©conomique, ces personnes se tournent vers le secteur informel dans lequel les investissements comme les droits du travail ne bĂ©nĂ©ficient pas de la protection de la loi, et oĂč l’exportation est peut-ĂȘtre plus difficile. J’ai vu nombre de ces activitĂ©s informelles le long des routes au cours des derniers jours : de petits ateliers tenus par des couturiĂšres, un tout petit atelier de confection situĂ© Ă  Nima et ses quelque six machines, des garages de mĂ©canique automobile Ă  ciel ouvert et de petites fabriques de chaussures ou d’outils agricoles Ă  l’étal. Ce sont autant de mailles importantes du tissu Ă©conomique ghanĂ©en. La suppression des barriĂšres administratives contribuerait Ă  libĂ©rer les Ă©nergies de cette Ă©conomie de pays cĂŽtier et lui permettre de devenir un pĂŽle d’échange rĂ©gional. Cela pourrait aider le Ghana Ă  accroĂźtre ses exportations, Ă  les diversifier et Ă  accĂ©lĂ©rer sa croissance.

 

Le deuxiĂšme dĂ©fi consiste Ă  amĂ©liorer l’infrastructure de ce pays. Il m’a Ă©tĂ© dit qu’au niveau des usines, le Ghana produit des articles de haute qualitĂ© comparables Ă  ceux de la Chine et Ă  un coĂ»t bien plus bas. À titre d’exemple, une chemise confectionnĂ©e ici coĂ»te Ă  peine 12 cents contre 29 cents pour produire la mĂȘme chemise en Chine. En revanche, dĂšs la sortie d’usine, le Ghana commence Ă  perdre rapidement son avance sur la concurrence. Les routes en mauvais Ă©tat font peser le poids des frais de transport sur les entreprises. La crise actuelle de l’énergie rend l’approvisionnement en Ă©lectricitĂ© incertain et oblige les industries Ă  rĂ©duire la production. Pour stimuler la croissance, le Ghana devra investir lourdement dans l’infrastructure et procĂ©der Ă  la rĂ©forme du secteur Ă©nergĂ©tique. Cela nĂ©cessitera certes l’appui ferme des investisseurs nationaux comme Ă©trangers et des partenaires du dĂ©veloppement, mais le Ghana pour sa part devra gĂ©rer les flux de ressources de façon Ă  obtenir des rendements plus Ă©levĂ©s des investissements consentis.

 

Cela m’amĂšne Ă  traiter du troisiĂšme dĂ©fi du dĂ©veloppement que je voudrais mentionner cet aprĂšs-midi : le maintien de la bonne gouvernance. À long terme, en l’absence de transparence et d’un gouvernement comptable de ses actions, ni les rĂ©formes ni l’investissement dans l’infrastructure ou le dĂ©veloppement humain ne sauraient donner des rĂ©sultats. C’est la raison pour laquelle je suis trĂšs heureux que le PrĂ©sident Kufuor accorde la prioritĂ© Ă  la gouvernance dans le programme de dĂ©veloppement du Ghana. En effet, le Ghana a Ă©tĂ© l’un des deux premiers pays Ă  participer au MĂ©canisme africain d’évaluation par les pairs qui a donnĂ© l’occasion Ă  d’autres pays africains d’évaluer la performance du Ghana, y compris son systĂšme de gouvernance. Le Ghana a aussi renforcĂ© ses systĂšmes de gestion des finances publiques et de passation des marchĂ©s Ă  travers des audits rĂ©guliers, le contrĂŽle exercĂ© par le parlement, la participation active de la sociĂ©tĂ© civile (facteur trĂšs important) et l’amĂ©lioration de l’exĂ©cution budgĂ©taire. Les donnĂ©es relatives aux dĂ©penses sont dĂ©sormais accessibles au public Ă  travers l’Internet. Je dois par ailleurs ajouter que le ministre des Finances n’a pas manquĂ© de me rĂ©pĂ©ter au cours des derniers jours qu’en l’absence de donnĂ©es de qualitĂ© de la part de la sociĂ©tĂ© civile, il devrait se fier uniquement aux chiffres officiels ; ce ne serait pas la situation idĂ©ale. Merci.

 

Cependant, il ressort du MĂ©canisme africain d’évaluation des pairs que 75 % des GhanĂ©ens continuent de penser que la corruption constitue un problĂšme de taille. La corruption est en effet un flĂ©au qui pose des problĂšmes graves Ă  la quĂȘte du dĂ©veloppement. Elle dĂ©possĂšde les pauvres de leurs ressources et fait obstacle Ă  la croissance du secteur privĂ©. Le renforcement des compĂ©tences des institutions ghanĂ©ennes chargĂ©es de veiller sur l’État de droit, la Commission des droits de l’homme et de la justice administrative par exemple, sont des mesures clĂ©s que le Ghana pourrait envisager afin de lutter contre ce flĂ©au et accorder plus de moyens aux communautĂ©s pour leur permettre de gĂ©rer les ressources publiques et en assurer le suivi de maniĂšre responsable. 

 

Bien qu’importants, ces problĂšmes ne sont certainement pas les seuls qu’un pays doit rĂ©soudre. Peut-ĂȘtre encore plus importants sont les investissements dans les populations, dans leur santĂ© et leur Ă©ducation. Permettez-moi donc d’aborder briĂšvement les dĂ©fis qui se posent Ă  la Banque mondiale et Ă  la communautĂ© du dĂ©veloppement en gĂ©nĂ©ral. En effet, s’il est vrai que le Ghana doit fournir plus d’efforts, la communautĂ© des bailleurs de fonds doit elle aussi en faire autant. MĂȘme une fois entreprises les meilleures rĂ©formes possibles, le Ghana aura toujours besoin de ressources supplĂ©mentaires en grande quantitĂ© pour rĂ©aliser des investissements dont il ne saurait se passer. Ni les Tigres asiatiques ni le grand pays en dĂ©veloppement qu’est la Chine ne rĂ©ussissent tout seuls.

                                                                       

La CorĂ©e du Sud a reçu plus de 20 milliards de dollars de la Banque mondiale pendant quatre dĂ©cennies et la Chine plus de 45 milliards de dollars en 25 ans Ă  peine. Pour le Ghana et les pays les plus pauvres, en Afrique et ailleurs dans le monde, l’IDA, l’Association internationale de dĂ©veloppement – c’est-Ă -dire l’institution du Groupe de la Banque mondiale qui accorde des dons ou prĂȘte Ă  des conditions de faveur – est une source de financement indispensable Ă  la promotion du dĂ©veloppement. Depuis le dĂ©but des annĂ©es 80, Ă©poque oĂč le Ghana a lancĂ© un programme de redressement Ă©conomique, l’IDA a accordĂ© plus de 5 milliards de dollars de dons et de prĂȘts au pays. GrĂące au partenariat Ă©troit qui existe entre l’IDA et le Ghana, nous obtenons des rĂ©sultats qui contribuent Ă  changer la vie des pauvres. Nous avons aidĂ© le gouvernement Ă  amĂ©liorer l’accĂšs Ă  l’eau potable et Ă  des services d’assainissement adĂ©quats pour les populations pauvres.

 

Il y a quinze ans, prĂšs de deux Ă©lĂšves sur trois sortant de l’école primaire ne savaient toujours pas lire. En 2004, cette proportion est tombĂ©e Ă  un Ă©lĂšve sur cinq, en partie grĂące au soutien Ă  long terme accordĂ© par l’IDA au programme d’éducation lancĂ© par le gouvernement. Cette annĂ©e, nous consacrerons 450 millions de dollars Ă  l’appui de la StratĂ©gie du Ghana pour la lutte contre la pauvretĂ©. En plus du financement, nous aidons les pays Ă  mettre en application le savoir-faire local et mondial pour rĂ©soudre les problĂšmes de dĂ©veloppement. Samedi dernier, j’ai visitĂ© un cybercafĂ© bien connu Ă  Accra, le Busy Internet. Avec le soutien de la Banque mondiale, ce cybercafĂ© plein d’animation a pu relier de petits entrepreneurs Ă  l’Internet pour leur permettre d’accĂ©der Ă  des informations indispensables Ă  la conduite de leurs affaires. AprĂšs avoir parlĂ© des responsabilitĂ©s du gouvernement et de celles de la communautĂ© des bailleurs de fonds, je voudrais conclure en revenant sur les responsabilitĂ©s qui sont les vĂŽtres en tant qu’étudiants. Je ne le rĂ©pĂšterai jamais assez, la plus grande richesse de toute nation, c’est sa population. Ce n’est pas l’or, le pĂ©trole, le cacao ou le bois, mais ce sont les aptitudes, les talents et les initiatives de sa population.

 

La CorĂ©e du Sud ne possĂšde pratiquement pas de ressources naturelles, mais s’est imposĂ©e aujourd’hui comme l’une des Ă©conomies les plus florissantes au monde, car le pays s’est constamment appliquĂ© Ă  Ă©lever le niveau de l’éducation. Aujourd’hui, environ 90 % des Ă©tudiants sud-corĂ©ens frĂ©quentent une institution d’éducation tertiaire ; c’est une proportion plus Ă©levĂ©e qu’aux États-Unis. Vous faites partie des personnes les mieux loties de votre Ă©poque au Ghana parce que vous avez la chance de poursuivre des Ă©tudes supĂ©rieures. Sachez faire bon usage de cette opportunitĂ©. Étudiez avec sĂ©rieux et veillez Ă  donner toute la mesure de vos aptitudes. Cela est important non seulement pour votre propre avenir, mais aussi pour celui de votre pays et    de l’Afrique. Il y a de cela une dizaine d’annĂ©es, un autre pays commençait sur ce continent sa marche vers le progrĂšs, l’opportunitĂ© et la prospĂ©ritĂ©.

 

L’Afrique du Sud sortait Ă  peine d’une pĂ©riode difficile et son futur dirigeant, l’un des grands hommes des cent derniĂšres annĂ©es, Nelson Mandela, Ă©tait conscient que son pays ne faisait qu’entamer ce qui allait ĂȘtre un chemin long et difficile. « J’ai dĂ©couvert ce secret », Ă©crivait-il, «  aprĂšs avoir gravi une haute colline, tout ce qu’on dĂ©couvre, c’est qu’il reste beaucoup d’autres collines Ă  gravir. Je me suis arrĂȘtĂ© un instant pour me reposer, pour contempler l’admirable paysage qui m’entoure, pour regarder derriĂšre moi la longue route que j’ai parcourue. Mais je ne peux me reposer qu’un instant ; avec la libertĂ© viennent les responsabilitĂ©s, et je n’ose m’attarder car je ne suis pas arrivĂ© au terme de mon long chemin ». Au Ghana, votre longue marche se poursuit mais vous avez parcouru un long chemin et vous disposez d’une fondation solide sur laquelle bĂątir la voie qui vous conduira Ă  la prospĂ©ritĂ©.

Le Ghana a plusieurs raisons de cĂ©lĂ©brer l’évĂ©nement de son cinquantiĂšme anniversaire. Mais le Ghana, fort de son cinquantenaire, ne doit pas s’arrĂȘter en chemin. Vous devez viser haut, avancer plus rapidement, prendre des dispositions plus ambitieuses et plus audacieuses pour offrir aux GhanĂ©ens l’avenir qu’ils mĂ©ritent et pour que votre exemple soit une source d’inspiration pour le reste de l’Afrique. Je vous remercie de votre attention.

 

 




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