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Gros plan sur le Monsieur Anti-corruption du Nigeria

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5 avril 2007 – ils sont venus, ils ont vu, et ils ont Ă©tĂ© convaincus.

 

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Nuhu Ribadu, Chef de la trÚs célÚbre Commission des crimes économiques et financiers du Nigeria

M. Nuhu Ribadu, Chef de l’Economic and Financial Crimes Commission, la trĂšs cĂ©lĂšbre Commission des crimes Ă©conomiques et financiers du Nigeria (EFCC), a lancĂ© hier   un vibrant appel Ă  la Banque mondiale pour qu’elle poursuive son appui Ă  la lutte contre la corruption dans son pays.  Son auditoire, manifestement fort impressionnĂ© par son allocution, comprenait des cadres supĂ©rieurs du Groupe de la Banque mondiale, parmi lesquels le PrĂ©sident, les Directeurs gĂ©nĂ©raux, et les Vice-prĂ©sidents.

 

M. Ribadu, un Ă©rudit de 46 ans, met la corruption sur le mĂȘme pied que le terrorisme. Pour lui, elle est la cause de « l’histoire horrible, vraiment horrible, des Ă©checs de la gestion et d’échec de la gouvernance » dans le monde en dĂ©veloppement.  MaĂźtriser la corruption reste, selon lui, le moyen le plus rapide pour rĂ©duire la pauvretĂ©, la maladie, et l’analphabĂ©tisme.

 

L’EFCC a Ă©tĂ© mise sur pied en 2002. Depuis lors, de puissants politiciens, des hommes d’affaires, des fonctionnaires et des cadres de la police, les fraudes sur internet etc
 ont Ă©tĂ© mis sur la sellette par les enquĂȘteurs de M. Ribadu, et les rĂ©sultats obtenus sont probants :   plus de 150 condamnations, alors qu’il n’y en avait eu aucune avant l’arrivĂ©e de l’EFCC, et plus de 5 milliards de fonds publics volĂ©s ont Ă©tĂ© aujourd’hui rĂ©cupĂ©rĂ©s.

 

Mais trois membres de son personnel ont perdu la vie, victimes de reprĂ©sailles dĂ©clenchĂ©es par des groupes puissants   dont l’EFCC avait contrecarrĂ© les intĂ©rĂȘts.

 

AppelĂ© au Nigeria le « messager d’espoir » ou encore « le hĂ©ros des lignes du front », M. Ribadu ne mĂąche pas ses mots : « il est temps de dire ‘assez, c’est assez’ ».  Le Nigeria est un pays producteur de pĂ©trole qui importe toujours 90% de ses besoins de consommation, oĂč la misĂšre continue de rĂ©gner et oĂč une grande partie de la population n’a pas accĂšs Ă  des services essentiels.

 

« Maintenant, pour la premiĂšre fois dans l’histoire du Nigeria, des dirigeants et autres personnalitĂ©s sont obligĂ©s de rendre des comptes, les ressources volĂ©es sont rĂ©cupĂ©rĂ©es, et ceux dont la corruption a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©e sont punis.  Il est aujourd'hui possible de faire rĂ©gner l’état de droit et d’obliger ceux qui sont en position de responsabilitĂ© de rendre des comptes, » ajoute M. Ribadu.

 

Un rĂŽle pour la Banque

 

Ribadu chats with Dani Kaufmann of WBI

M. Ribadu discute avec Dany Kaufman, du WBI (Institut de la Banque mondiale)

 

À une question sur l’aide qu’il attend de la Banque mondiale et des autres bailleurs de fonds, M. Ribadu a d’abord rĂ©pondu par un exemple : Il y a 2 ans, grĂące Ă  un don de 5 millions de dollars EU de la Banque mondiale, l’EFCC a pu poursuivre ses activitĂ©s bien que des intĂ©rĂȘts politiques qu’elle menaçait aient rĂ©ussi Ă  lui couper les vivres.  Et aujourd'hui, elle est en train de crĂ©er son propre bureau des renseignements financiers.

 

Il s’est ensuite fait plus prĂ©cis : « Nous avons besoin, pour notre personnel, de formation, d’équipement mais aussi d’une couverture mĂ©diatique.  Nous avons Ă©galement besoin de votre appui au niveau international.  Il faut savoir qu’une partie importante de la grande corruption dans mon pays Ă©chappe Ă  notre contrĂŽle, dĂšs lors que l’argent de cette corruption sort du territoire.  Dans ces conditions, une aide de la Banque mondiale qui permettrait de retrouver l’argent volĂ© et d’empĂȘcher les coupables de corruption d’échapper Ă  la justice en se rĂ©fugiant Ă  l’étranger constituerait un appui Ă©norme Ă  la lutte que nous menons au Nigeria.  Il faut faire en sorte que les coupables de corruption n’aient aucun endroit pour se cacher.  Il faut les traiter comme de vĂ©ritables terroristes. ».

 

De plus, a affirmĂ© M. Ribadu, « il faut que vous expliquiez au monde entier que l’échec de gouvernance vient en grande partie de la corruption.  Il faut aussi que vous continuiez Ă  appuyer notre travail.  Vous enverrez alors un message fort que nos Ă©lites ne pourront ignorer : le monde regarde ce qui se passe au Nigeria, et ce message sera en mĂȘme temps pour nous synonyme de protection. »

 

 

Échec de gestion

 

Á une question sur la responsabilitĂ© des intĂ©rĂȘts commerciaux Ă©trangers dans la corruption, M. Ribadu a rĂ©pondu que cette derniĂšre reste avant tout un « échec en matiĂšre de leadership », et qu’il Ă©tait de la responsabilitĂ© d’un pays d’assainir ses propres systĂšmes.

 

« J’ai vu des multinationales et des grandes compagnies pĂ©troliĂšres opĂ©rer dans d’autres pays dans le respect de la loi, mais se conduire trĂšs mal au Nigeria et en Afrique Ă  cause de l’effondrement de nos systĂšmes.  C’est Ă  nous d’insister que la loi soit respectĂ©e, et alors chacun se comportera comme il le faut », dit-il.

 

Mais il a aussi recommandé de publier les noms des multinationales condamnées pour tentatives de corruption, une pratique qui pourrait avoir un effet dissuasif.

 

Résoudre les problÚmes

 

RĂ©pondant Ă  d’autres questions sur le sort des fonds recouvrĂ©s, M. Ribadu a expliquĂ© qu’ils Ă©taient rendus Ă  leurs propriĂ©taires, dans la plupart des cas le gouvernement fĂ©dĂ©ral ou les gouvernements d’état, ou encore les banques.

 

Il a Ă©galement mentionnĂ© les problĂšmes liĂ©s Ă  la collaboration avec l’appareil de justice   et la police au Nigeria, dont la Constitution met l’appareil de justice Ă  l’abri des enquĂȘtes.

 

La rĂ©ussite de l’EFCC, dit-il, tient en partie Ă  sa capacitĂ© d’exercer une double fonction : enquĂȘter et poursuivre en justice. C’est ce qui diffĂ©rencie la Commission nigĂ©riane de ses homologues kenyans ou ghanĂ©ens. Dans ces pays, en effet, les procureurs font partie de la Fonction publique, l’Avocat gĂ©nĂ©ral peut avoir Ă©tĂ© nommĂ© politiquement, et il n’a aucun incitatif pour s’attaquer Ă  ses « maĂźtres. » 

 

Autre prĂ©cision importante : les lois nigĂ©rianes ont Ă©tĂ© modifiĂ©es de sorte que les hautes cours de justice peuvent dĂ©signer des juges spĂ©ciaux pour traiter des cas EFCC.   Ici aussi les rĂ©sultats sont probants : jusqu’ici, ces 14 juges ont effectuĂ© plus de 150 condamnations.

 

M. Ribadu a Ă©galement Ă©tĂ© interrogĂ© sur la façon dont il explique son travail Ă  la sociĂ©tĂ© nigĂ©riane et recherche l’appui de celle-ci. Dans sa rĂ©ponse, il a indiquĂ© qu’il Ă©tait essentiel d’ĂȘtre « extrĂȘmement stratĂ©gique » dans le choix des cibles des enquĂȘtes, et dans le choix du moment pour les lancer.

 

Si l’EFCC jouit d’une popularitĂ© croissante auprĂšs des populations nigĂ©rianes, la bataille est loin d’ĂȘtre gagnĂ©e. Elle vient en effet de s’attaquer Ă  des intĂ©rĂȘts politiques puissants (« dont 6 contrĂŽlent 80% des medias nigĂ©rians »), et M. Ribadu ne s’attend donc pas Ă  ce qu’on dise du bien de lui.  C’est dans ce contexte que l’appui et la surveillance de la communautĂ© internationale s’avĂšreront essentiels.

 

Finalement, lorsqu’on lui a demandĂ© s’il y a certaines choses qu’il aurait fait autrement, M. Ribadu a rĂ©pondu : « Je ferai exactement la mĂȘme chose, et mĂȘme plus.  Je n’ai aucun regret.  Je suis parfaitement satisfait de ce que nous avons fait.  Je reste convaincu que si nous voulons nous dĂ©barrasser de la pauvretĂ©, il faut d’abord que nous tournions la page sur une histoire dominĂ©e par la corruption et la mauvaise gestion. »

 




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