M. ELSHARKAWY : Mesdames et messieurs, bonjour. Pour le meilleur ou pour le pire, commençons. Je vous souhaite la bienvenue Ă lâoccasion du lancement du Rapport sur les tendances et les perspectives Ă©conomiques pour la rĂ©gion MENA.  Vous trouverez les communiquĂ©s de presse et les prĂ©sentations gĂ©nĂ©rales en arabe, en anglais et en français dans la salle de presse, et le rapport sera bientĂŽt rendu public -â en fait, il devrait dĂ©jĂ ĂȘtre disponible sur le site web. L'adresse du site est indiquĂ©e dans le communiquĂ© de presse.  Passons rapidement aux prĂ©sentations : tout dâabord Daniela Gressani, Vice-prĂ©sident de la RĂ©gion Afrique du Nord et MoyenâOrient. Nous avons Ă©galement Mustapha Nabli, Ăconomiste en chef de la RĂ©gion Afrique du Nord et MoyenâOrient ; et Carlos Silva, Ăconomiste principal Ă la RĂ©gion MENA et principal auteur du rapport.  Je voudrais inviter Daniela Gressani Ă prendre la parole, sâil vous plaĂźt.  MME GRESSANI : Merci, Karem. Bienvenue Ă tous. Je sais que votre calendrier est trĂšs chargĂ©, et je vous suis trĂšs reconnaissante dâavoir pu venir ici aujourd'hui.  Je suis trĂšs heureuse de l'occasion qui m'est donnĂ©e de prĂ©senter le troisiĂšme rapport d'une sĂ©rie de publications annuelles intitulĂ©es Tendances et perspectives Ă©conomiques 2007 pour l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Cette sĂ©rie de rapports met en lumiĂšre les principales tendances de la rĂ©gion et prĂ©sente les perspectives Ă©conomiques Ă court et moyen termes pour la rĂ©gion. Le rapport insiste chaque annĂ©e sur un thĂšme particulier, qui revĂȘt selon nous une importance particuliĂšre pour la rĂ©gion.  L'annĂ©e derniĂšre, le rapport portait sur le secteur financier. Cette annĂ©e, il est consacrĂ© Ă l'Ă©volution de l'emploi et du marchĂ© du travail. Comme vous le savez, ce domaine est dâune importance capitale pour la rĂ©gion. Il pose des problĂšmes trĂšs difficiles, largement partagĂ©s par tous les pays de la rĂ©gion.  Nous pensons que ce type de rapports consacrĂ©s Ă des thĂšmes recouvrant diffĂ©rents secteurs qui sont, comme je l'ai dit, importants pour tous les pays de la rĂ©gion, sont des plus utiles pour comprendre les dynamiques communes, les caractĂ©ristiques communes, et pour nous aider Ă Ă©tablir un dialogue avec tous nos partenaires de la rĂ©gion sur les questions importantes. 2006 a Ă©tĂ© une trĂšs bonne annĂ©e en termes de croissance Ă©conomique, malgrĂ© la guerre au Liban et lâactualitĂ© difficile en Cisjordanie, Ă Gaza et en Irak.  Alors mĂȘme que nous observons une forte croissance, nous constatons toutefois que la crĂ©ation d'emplois continue de poser un Ă©norme problĂšme. Les objectifs Ă©conomiques que s'est fixĂ©s la rĂ©gion MENA ont permis de crĂ©er de nouveaux emplois, en particulier dans le secteur privĂ©, ce qui est naturellement une trĂšs bonne nouvelle. Beaucoup de ces emplois ont nĂ©anmoins Ă©tĂ© créés dans des secteurs qui restent Ă faible productivitĂ©, et par consĂ©quent, la rĂ©partition de ces nouveaux emplois reste problĂ©matique.  En outre, on constate que les femmes ont toujours beaucoup plus de mal que les hommes Ă trouver un emploi, et les jeunes continuent de reprĂ©senter une trĂšs forte proportion des chĂŽmeurs. Comme l'annĂ©e derniĂšre, le rapport examine Ă©galement les progrĂšs rĂ©alisĂ©s par la rĂ©gion dans la voie des rĂ©formes destinĂ©es Ă transformer l'Ă©conomie, en particulier dans les domaines de la politique commerciale, du cadre d'activitĂ© des entreprises et de la gouvernance. Ces diffĂ©rentes questions sont examinĂ©es sur une base annuelle, en vue dâidentifier les progrĂšs plurisectoriels, ainsi que les problĂšmes qui continuent de se poser.  Ceci Ă©tant dit, je voudrais maintenant cĂ©der la parole Ă notre Ăconomiste en chef, M. Mustapha Nabli, qui va vous parler un peu plus en dĂ©tail des conclusions du rapport.  M. NABLI : Je vous remercie. Je serai trĂšs bref. Le rapport comprend trois grandes parties. La premiĂšre prĂ©sente les rĂ©centes avancĂ©es sur le front macroĂ©conomique, la seconde passe en revue les progrĂšs accomplis au plan des rĂ©formes structurelles, et la troisiĂšme est consacrĂ©e au thĂšme de cette annĂ©e, Ă savoir le marchĂ© du travail et la croissance de l'emploi dans la rĂ©gion. Je voudrais rĂ©capituler les principaux points traitĂ©s par le rapport dans ces trois domaines.  Du point de vue des tendances et des perspectives macroĂ©conomiques globales, l'annĂ©e 2006 a Ă©tĂ© exceptionnelle. Le taux moyen de croissance du PIB dans la rĂ©gion a Ă©tĂ© de 6,3 % en 2006. Ce rĂ©sultat confirme la tendance Ă lâaccĂ©lĂ©ration de la croissance ces derniĂšres annĂ©es dans la rĂ©gion. Nous sommes passĂ©s d'une croissance de 3,5 % dans les annĂ©es 90 Ă environ 5 % au dĂ©but des annĂ©es 2000, puis Ă 6 % l'an passĂ© et l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente, et enfin Ă 6,3 % cette annĂ©e. La croissance a donc tendance Ă s'accĂ©lĂ©rer dans la rĂ©gion, et cette tendance s'est confirmĂ©e, et mĂȘme accentuĂ©e, en 2006.  Cela signifie que la croissance du PIB par habitant a atteint en moyenne 4,2 %, c'est-Ă -dire son niveau le plus Ă©levĂ© depuis les annĂ©es 70. La rĂ©gion n'a pas connu une croissance moyenne du PIB par habitant aussi rapide depuis 30 ans.  De nombreux facteurs expliquent ce phĂ©nomĂšne. Cette croissance a Ă©tĂ© manifestement alimentĂ©e par le boum pĂ©trolier qui a favorisĂ© lâaccroissement des dĂ©penses publiques dans de nombreux pays. Elle a aussi Ă©tĂ© facilitĂ©e par un environnement mondial favorable. En particulier lâamĂ©lioration de la situation en Europe, qui est cliente de nombreux pays de la rĂ©gion, entraĂźne lâĂ©conomie rĂ©gionale. Je pense aussi que la croissance a bĂ©nĂ©ficiĂ© de la dynamique impulsĂ©e par les rĂ©formes engagĂ©es dans de nombreux pays. Ce sont donc ces trois facteurs combinĂ©s qui sont rĂ©ellement Ă l'origine de cette expansion. Il est difficile de savoir lequel est le plus dĂ©terminant, mais ils ont tous jouĂ© un rĂŽle plus ou moins important dans les diffĂ©rents pays.  Nous voyons que lâune des caractĂ©ristiques de cette croissance est le rĂŽle quây joue l'investissement privĂ©. L'investissement privĂ© a vraiment augmentĂ©, puisquâil reprĂ©sente aujourdâhui environ 14,5 %, disons 14,4 % du PIB, soit bien plus quâil y a quelques annĂ©es oĂč il atteignait 10 ou 11 %. L'investissement privĂ© a donc considĂ©rablement augmentĂ© presque partout dans la rĂ©gion, et il a Ă©tĂ© le principal moteur de la croissance. Le constat est donc positif Ă cet Ă©gard.  En revanche, ce qui est moins positif, c'est que les rĂ©sultats sont trĂšs inĂ©gaux. Ce chiffre de croissance est une moyenne pour la rĂ©gion, mais la situation n'est pas marginale, comme vous le savez, il y a du bon et du moins bon. En 2006, les pays les plus performants ont Ă©tĂ© des pays du Golfeâ en particulier le Qatar et les Ămirats arabes unis ââ et les moins performants, qui ont enregistrĂ© une croissance nĂ©gative, ont Ă©tĂ©, comme on pouvait s'y attendre, le Liban et la Cisjordanie et Gaza, pour les raisons que vous pouvez imaginer.  Entre les deux, les rĂ©sultats sont trĂšs variables. C'est dans les pays du Golfe, du GCC, que la croissance continue d'ĂȘtre la plus forte. Vient ensuite le groupe dit des « pays pauvres en ressources », c'est-Ă -dire les pays qui n'ont pas beaucoup de pĂ©trole, comme le Maroc, l'Ăgypte, et qui affichent de trĂšs bons rĂ©sultats, une croissance forte, plus de 7 % au Maroc et en Ăgypte, mais aussi un certain nombre d'autres pays, comme la Jordanie, qui ont aussi obtenu de bons rĂ©sultats en 2006, ainsi que la Tunisie.  Les pays qui s'en sortent gĂ©nĂ©ralement moins bien sont ceux dits « riches en ressources » et ceux dits « riches en ressources et en main-d'Ćuvre ». Je veux parler de l'AlgĂ©rie, oĂč la croissance s'est ralentie, de l'Iran, de la Syrie. Dans ces pays, le taux de croissance moyen a diminuĂ© cette annĂ©e par rapport Ă celui des autres pays.  Une autre tendance que nous avons notĂ©e cette annĂ©e est le ralentissement de la production industrielle, qui a Ă©tĂ© manifestement entraĂźnĂ© par la baisse de la production de pĂ©trole et autres hydrocarbures de nombreux pays. Cette production industrielle a toutefois augmentĂ© dans les pays pauvres en ressources. Je ne mâattarderai pas trop sur l'amĂ©lioration de la balance des opĂ©rations courantes ou du solde budgĂ©taire de la plupart des pays de la rĂ©gion.  Je voudrais maintenant en venir Ă la deuxiĂšme partie, Ă savoir au programme de rĂ©forme. L'une des choses que nous essayons de faire est de suivre les progrĂšs de la rĂ©forme, en particulier dans trois domaines : premiĂšrement, la rĂ©forme de la politique commerciale ; deuxiĂšmement, la rĂ©forme du cadre de l'activitĂ© des entreprises ; et troisiĂšmement, la rĂ©forme de la gestion des affaires publiques.  De façon trĂšs gĂ©nĂ©rale, nous constatons des progrĂšs continus du point de vue de la levĂ©e des restrictions au commerce dans lâensemble de la rĂ©gion, en prenant essentiellement 2000 comme annĂ©e de rĂ©fĂ©rence. Entre 2000 et 2006, les progrĂšs ont Ă©tĂ© sensibles. La libĂ©ralisation des Ă©changes dans la rĂ©gion sâopĂšre Ă un rythme beaucoup plus rapide quâailleurs, mais il ne faut pas oublier que le point de dĂ©part de cette Ă©volution est un niveau de protection Ă©levĂ©. La rĂ©gion a eu, et continue dâavoir, des taux de protection relativement Ă©levĂ©s, sous forme de barriĂšres tarifaires ou non tarifaires, mais la situation s'amĂ©liore dans de nombreux pays. Câest en Ăgypte que les progrĂšs sont les plus sensibles, mais dâautres pays progressent Ă©galement, comme le Maroc ou la Jordanie, tandis que dâautres font mieux du point de vue de lâamĂ©lioration de leur politique commerciale.  Le deuxiĂšme domaine est celui de la rĂ©forme du cadre des affaires. Je ne mâattarderai pas trop sur ce point qui est traitĂ© dans le rapport Doing Business. La rĂ©gion progresse Ă©galement sur ce front, mais Ă un rythme plus lent que la moyenne mondiale. Elle nâavance pas aussi rapidement quâil le faudrait dans le sens de lâamĂ©lioration du cadre de lâactivitĂ© des entreprises de la rĂ©gion. Il reste donc beaucoup Ă faire Ă cet Ă©gard.  Et enfin, dans le domaine de la gouvernance, la rĂ©gion, comme vous le savez, part de trĂšs bas. Les indicateurs de gouvernance pour l'ensemble de la rĂ©gion se situent dans le vingtiĂšme centile -- soit au niveau le plus bas Ă l'Ă©chelle mondiale. On note toutefois des progrĂšs dans le renforcement de l'administration publique, moins en termes de responsabilisation des pouvoirs publics, mais des progrĂšs quand mĂȘme, encore que d'un niveau trĂšs faible.  Ceci mâamĂšne directement au thĂšme principal, ou spĂ©cifique, du rapport, Ă savoir lâemploi et le marchĂ© du travail--certains dâentre vous se souviennent peut-ĂȘtre quâen 2003, la Banque mondiale a publiĂ© un rapport important sur lâemploi intitulĂ© « About Employment », que nous avons appelĂ© pour notre rĂ©gion « RĂ©aliser le potentiel d'emploi dans la RĂ©gion MoyenâOrient et Afrique du Nord » (Unlocking the Potential for Employment in the Middle East and North Africa Region). Ce rapport faisait le point de la situation, analysait les politiques publiques, dĂ©crivait le principal dĂ©fi que constitue lâemploi et expliquait que la rĂ©gion devait accroĂźtre considĂ©rablement son potentiel d'emploi. Ătant donnĂ© que la croissance a repris et sâest accĂ©lĂ©rĂ©e, nous voulions donc savoir quelles ont Ă©tĂ© les rĂ©percussions sur le marchĂ© du travail et sur lâemploi.  Et lĂ , nous avons constatĂ© quâun grand nombre dâamĂ©liorations, des Ă©volutions rĂ©ellement trĂšs, trĂšs importantes, sâĂ©taient produites. Lâemploi a enregistrĂ© des taux de croissance trĂšs Ă©levĂ©s. Laissez-moi vous donner deux ou trois chiffres trĂšs significatifs. Les gains en termes d'emplois créés par rapport au nombre d'emplois existants ont reprĂ©sentĂ© en moyenne une croissance de 4,5 % au cours des cinq derniĂšres annĂ©es, entre 2000 et 2005. Chaque annĂ©e, la rĂ©gion a donc créé 4,5 % dâemplois de plus que lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente, ce qui traduit une forte progression. RapportĂ© Ă lâaccroissement de la population active, cela signifie que le nombre de chercheurs d'emplois, le nombre de personnes qui veulent trouver du travail, s'est accru de 3,7 %. Le nombre dâemplois créés augmente donc plus vite que celui des chercheurs ou des demandeurs dâemplois, autrement dit le chĂŽmage baisse, ce qui est un Ă©vĂ©nement majeur. Les taux de chĂŽmage, qui Ă©taient de l'ordre de 14 ou 15 % en 2000, ne sont plus aujourdâhui que de 10 ou 11 %. Le chĂŽmage a donc diminuĂ© de trois points de pourcentage au cours des cinq derniĂšres annĂ©es, ce qui est considĂ©rable. C'est une grande nouvelle. C'est trĂšs important.  On observe le phĂ©nomĂšne dans pratiquement toute la rĂ©gion, Ă une ou deux exceptions prĂšs : ce recul du chĂŽmage a pu ĂȘtre observĂ© dans les pays sur lesquels disposons de donnĂ©es, câest-Ă -dire une douzaine de pays. Dans huit dâentre eux, le taux de chĂŽmage a baissĂ©. Dans un pays -- la Jordanie--il est restĂ© inchangĂ© et, dans deux autres, le KoweĂŻt et les Ămirats arabes unis, il a en fait augmentĂ©.  La question que nous avons donc Ă©tĂ© amenĂ©s Ă nous poser est la suivante : dâoĂč viennent ces emplois? Il ne s'agit pas seulement de constater que le nombre d'emplois augmente, encore faut-il savoir oĂč ces emplois sont créés. Et lĂ , nous constatons aussi des choses intĂ©ressantes : la plupart de ces emplois sont créés par le secteur privĂ©. Ce qui est tout le contraire de ce qui se passait dans les annĂ©es 70 et 80, pĂ©riode durant laquelle les emplois Ă©taient créés dans le secteur public. Câest maintenant le secteur privĂ© qui crĂ©e ces nouveaux emplois. Il y a donc une nouvelle dynamique Ă lâĆuvre dans ce domaine qui commence Ă porter ses fruits.  Cette dynamique nâexistait pas dans les annĂ©es 90. Ce nâest quâau milieu des annĂ©es 2000 quâelle sâest amorcĂ©e. Ces derniĂšres annĂ©es, on a donc vu ce nouveau moteur essayer dâentraĂźner la crĂ©ation dâemplois. VoilĂ pour lâaspect positif du phĂ©nomĂšne. Câest donc le secteur privĂ© qui opĂšre dans diffĂ©rentes branches d'activitĂ©s, dans les services, dans l'agriculture, dans lâindustrie. Lâimportance relative de ce secteur varie dâun pays Ă lâautre.  Le cĂŽtĂ© moins positif du phĂ©nomĂšne est que ces emplois ne sont pas des emplois trĂšs qualifiĂ©s. Ils sont â- ou ont gĂ©nĂ©ralement Ă©tĂ© -- créés dans des activitĂ©s relativement peu productives, et oĂč la croissance de la productivitĂ© est relativement faible. Il sâagit donc souvent dâemplois indĂ©pendants, beaucoup dâemplois dans le secteur informel, beaucoup aussi dans lâagriculture oĂč la productivitĂ© est relativement basse, ou dans les services -- certains emplois de services sont particuliĂšrement peu qualifiĂ©s.  Le bilan est inĂ©gal. Et ce nâest pas tout. Dans certains pays, on constate que les emplois sont créés dans de nouvelles activitĂ©s dynamiques, dans de nouveaux secteurs dynamiques, trĂšs productifs et oĂč la croissance de la productivitĂ© est forte. Le tableau est donc mitigĂ©, en quelque sorte. Nous voyons beaucoup dâemplois créés dans des activitĂ©s peu productives, mais aussi des emplois créés dans des secteurs plus productifs.  Cela Ă©tant, la crĂ©ation d'emplois continue de poser problĂšme. Nous avons rĂ©visĂ© les chiffres et, si nous regardons Ă l'horizon des 20 prochaines annĂ©es, nous voyons bien quâil faudra toujours crĂ©er des emplois, mĂȘme si les choses devraient aller mieux dans 10 ou 15 ans. Câest pendant les 10 Ă 15 annĂ©es qui viennent que la nĂ©cessitĂ© de crĂ©er des emplois se fera sentir le plus largement et le plus fortement. Cela signifie donc que les progrĂšs au plan des rĂ©formes structurelles dont nous avons parlĂ© doivent ĂȘtre renforcĂ©s et approfondis, et que la croissance que nous avons connue ces trois derniĂšres annĂ©es doit ĂȘtre soutenue et diversifiĂ©e dans la pĂ©riode Ă venir. Je m'arrĂȘterai ici.  M. ELSHARKAWY : Merci. Nous sommes prĂȘts Ă rĂ©pondre aux questions, donc si vous en avez, n'hĂ©sitez pas Ă les poser. Nous ferons de notre mieux pour y rĂ©pondre. Une question?  QUESTION : Vivian Artata [ph.] de Al Jazeera. J'ai une question Ă propos de la controverse sur M. Wolfowitz. Pouvez-vous nous dire quel va ĂȘtre l'impact de cette controverse, par rapport au financement des programmes pour les pays pauvres, notamment par les grands bailleurs de fonds, qui ont fait part de leur inquiĂ©tude. J'aimerais savoir ce que les pays avec lesquels vous avez Ă©tĂ© en contact dans la rĂ©gion pensent de tout cela.  Merci.  M. ELSHARKAWY : En l'Ă©tat actuel des choses, je ne crois pas que nous soyons en mesure d'apporter une rĂ©ponse complĂšte Ă cette question, mais nous pouvons peut-ĂȘtre y rĂ©pondre lĂ©gĂšrement diffĂ©remment en nous demandant si la Banque a un rĂŽle Ă jouer au-delĂ de lâeffort axĂ© sur la croissance de l'emploi, mais je ne pense pas que l'on puisse, dans le cadre actuel de ce rapport, rĂ©pondre directement Ă votre question. Je ne sais pas -- Y a-t-il quelque chose que vous souhaiteriez ajouter ?  MME GRESSANI : En fait, comme Karem lâa dit, je ne pense pas que nous soyons en mesure de rĂ©pondre Ă votre question. Je pense que c'est une question importante, mais je crois que nos collĂšgues qui s'occupent des questions institutionnelles seraient peut-ĂȘtre mieux placĂ©s pour y rĂ©pondre.  Bien sĂ»r, il importe que la Banque conserve un rĂŽle fort, un rĂŽle crĂ©dible, dans tous nos pays clients, qu'il s'agisse de pays Ă faible revenu ou de pays Ă revenu intermĂ©diaire. Vous n'ignorez pas que la rĂ©gion Moyen-Orient et Afrique du Nord comprend de nombreux pays Ă revenu intermĂ©diaire qui sont des partenaires importants pour nous.  Et dans tous ces pays, je pense que la Banque joue, et continuera certainement Ă jouer, un rĂŽle constructif en aidant les gouvernements dĂ©terminĂ©s Ă entreprendre des rĂ©formes Ă©conomiques qui crĂ©ent des emplois et donnent les moyens d'agir Ă leurs populations ; cela se traduit par une meilleure gouvernance et une plus grande intĂ©gration Ă l'Ă©conomie mondiale. Je pense que, dans tous ces pays, nous avons l'intention de continuer Ă jouer un rĂŽle constructif.  Et l'impression que j'ai Ă l'issue de mes premiĂšres rencontres avec les dĂ©lĂ©gations d'un certain nombre de pays reprĂ©sentĂ©s ici -- bien que nous soyons loin d'avoir terminĂ© nos consultations -- c'est que la demande de services de conseil de la Banque mondiale est forte dans ces pays Ă revenu intermĂ©diaire qui constituent le gros de notre rĂ©gion.  La rĂ©gion -- du moins au sens oĂč nous l'entendons Ă la Banque mondiale, ce qui est en fait un peu une construction politique -- comprend deux pays pauvres : le YĂ©men et Djibouti. Je dois dire que, bien Ă©videmment, nous avons la ferme volontĂ© de maintenir notre engagement dans ces pays pour y jouer un rĂŽle aussi constructif que possible, notamment en accordant des financements concessionnels ou en apportant une aide sur des questions difficiles de dimension mondiale, telles que le VIH/SIDA ou la grippe aviaire.  M. ELSHARKAWY : Merci.  QUESTION : Sirjata Ralf [ph.] de Reuters. J'ai une question sur l'union monĂ©taire des pays membres du Conseil de coopĂ©ration du Golfe (GCC). Pourriez-vous nous dire si vous pensez que ce plan, dans sa forme actuelle, est rĂ©aliste, et nous dire quand vous pensez qu'il pourra se rĂ©aliser. La date de 2010 est-elle envisagĂ©e par ces pays ? Est-ce viable ? J'aurais Ă©galement une seconde question : Que pensez-vous des monnaies de la rĂ©gion ? Pensez-vous qu'elles sont sous-Ă©valuĂ©es ? Telles sont mes questions. Merci.  M. NABLI : Dans ce rapport, nous n'avons pas traitĂ© expressĂ©ment de ces questions car elles relĂšvent normalement du FMI; ce sera le rĂŽle du FMI de les examiner en dĂ©tail. L'union monĂ©taire -- juste pour vous donner une rĂ©action rapide Ă cette question -- Ă©tait prĂ©vue pour 2010. Il semble improbable que ce dĂ©lai soit tenu car il existe encore certaines divergences entre les pays, notamment sur la question mĂȘme de savoir si cela va ĂȘtre possible. Je ne spĂ©culerai pas sur une date prĂ©cise. C'est un processus qui est en cours.  Sur la question de la surĂ©valuation, il est clair qu'il existe un dĂ©bat Ă ce sujet, notamment du fait de l'accroissement des revenus et des rĂ©serves. Si les marchĂ©s pouvaient en dĂ©cider, il est clair qu'il y aurait eu une réévaluation des monnaies.  Maintenant, il est clair que la politique des pays du Golfe a notamment Ă©tĂ© celle d'un arrimage au dollar, pour des raisons qui sont parfaitement comprĂ©hensibles et ont une base solide. Et les pays du Golfe s'y sont tenus quelle qu'ait Ă©tĂ© la conjoncture. Ă mon sens, cette question de la surĂ©valuation dĂ©pend beaucoup de la façon dont vous regardez les choses. Il existe deux facteurs, propres aux pays du Golfe, qu'il ne faut pas perdre de vue. L'ouverture Ă l'immigration est le premier ; le marchĂ© du travail Ă©tant ouvert, il est beaucoup moins probable d'assister Ă une apprĂ©ciation rĂ©elle de la monnaie dans ces conditions, mĂȘme s'il existe une certaine inflation dans quelques pays, notamment aux Ămirats arabes unis, celle-ci est faible, malgrĂ© les gains de croissance dans les autres pays. Il existe quelques problĂšmes aux Ămirats arabes unis -- Ă DubaĂŻ, en particulier -- mais dans le reste des pays du GCC, cela n'est pas un problĂšme.  La deuxiĂšme question est relative Ă la façon dont les revenus sont gĂ©rĂ©s, dont ils sont utilisĂ©s. Si une large part de ces revenus est Ă©pargnĂ©e et investie Ă l'Ă©tranger, cela ne devrait pas rĂ©duire la nĂ©cessitĂ©, si vous voulez, d'une apprĂ©ciation de la monnaie. En bref, le dĂ©bat est ouvert, mais je ne pense pas qu'il existe de rĂ©ponse claire.  QUESTION : Kevin Rafferty de Plain Words Media. Comment caractĂ©risez-vous la situation en Iraq? Dans quelle mesure la Banque peut-elle mener Ă bien ses activitĂ©s en Iraq, dans le contexte de ce que M. Wolfowitz avait prĂ©dit avant dâentrer Ă la Banque, avant lâinvasion, Ă savoir que les recettes pĂ©troliĂšres de lâIraq couvriraient le coĂ»t de sa reconstruction?  MME GRESSANI : La Banque est mobilisĂ©e en Iraq, comme vous le savez, â à la fois en tant quâinstitution apportant ses propres ressources financiĂšres -- nous avons rĂ©cemment approuvĂ© quatre prĂȘts Ă lâIraq -- mais aussi, ce qui est je pense plus important encore, dans le cadre de lâeffort engagĂ© par la communautĂ© internationale pour appuyer lâopĂ©ration considĂ©rĂ©e en Iraq. En collaboration avec les Nations Unies, nous administrons un fonds fiduciaire qui, Ă ce jour, a mis en Ćuvre ou entrepris de mettre en Ćuvre 15 projets diffĂ©rents.  Ce Ă quoi votre question fait rĂ©ellement rĂ©fĂ©rence, câest aux rĂ©sultats obtenus par ces projets. Je pense que certains projets ont donnĂ© des rĂ©sultats tout Ă fait satisfaisants, et d'autres, beaucoup moins. Je pense que cela vaut Ă©galement pour les autres bailleurs de fonds engagĂ©s dans des activitĂ©s similaires en Iraq. Nous sommes encore, dans une large mesure, en phase dâapprentissage, s'agissant des moyens qui permettraient le mieux de contribuer au dĂ©veloppement dâun pays qui se trouve manifestement dans une situation trĂšs difficile ; mais nous apprenons aussi, je crois, un certain nombre de choses qui peuvent nous servir Ă nous assurer en quelque sorte que la prochaine gĂ©nĂ©ration de projets donne de meilleurs rĂ©sultats.  à cet Ă©gard, je voudrais mentionner deux projets, qui sont Ă mon avis trĂšs prometteurs.   Lâun vise Ă mettre des fournitures Ă la disposition dâĂ©coles en Iraq, l'autre est un projet dâappui Ă des initiatives de dĂ©veloppement de proximitĂ©, en particulier pour la mise en place de petites infrastructures et d'activitĂ©s gĂ©nĂ©ratrices dâemplois. Je pense Ă notre projet sectoriel, tout cela est trĂšs prometteur, et nous nous efforçons de tirer de ces projets des enseignements que nous pourrons appliquer Ă la mise en Ćuvre d'autres initiatives.  En ce qui concerne la situation du secteur pĂ©trolier, il est clair que le secteur pĂ©trolier iraquien a un Ă©norme potentiel. Quant Ă Â savoir si ce secteur peut entiĂšrement financer la reconstruction du pays, et Ă quel rythme, je ne pense pas que nous soyons rĂ©ellement en mesure de rĂ©pondre Ă cette question ; mais, dans le cadre de notre aide Ă lâIraq, lâune de nos prioritĂ©s est de renforcer lâefficience et lâefficacitĂ© avec lesquelles les propres ressources du pays sont utilisĂ©es. Je pense que la Banque mondiale peut jouer un rĂŽle important Ă cet Ă©gard sâagissant dâamĂ©liorer la gestion du secteur public, prĂ©cisĂ©ment parce que lâIraq est dotĂ© de ressources d'une telle ampleur et parce que les possibilitĂ©s qui existent de les utiliser de maniĂšre plus efficace sont importantes.  QUESTION : Joe Macarune [ph.] de Kuwaiti News Agency. Ma premiĂšre question est la suivante : Une grande partie de la population du Moyen-Orient pourrait Ă©prouver un certain scepticisme Ă la lecture des conclusions du rapport relatives Ă la crĂ©ation d'opportunitĂ©s. Comment pouvez-vous donc dĂ©fendre cette analyse, ou expliquer le dĂ©calage entre ces conclusions et les mauvais rĂ©sultats affichĂ©s par beaucoup de sociĂ©tĂ©s?  Ma deuxiĂšme question concerne la croissance moyenne de lâĂ©conomie iraquienne au cours des cinq derniĂšres annĂ©es. Pouvez-vous nous donner quelques prĂ©cisions ?  Et ma derniĂšre question concerne les orientations stratĂ©giques. Le ministre iraquien des Finances est Ă Washington en ce moment, et il sâefforce de dĂ©bloquer la situation au regard de lâaide. Quelle est la position de la Banque mondiale sur ce point prĂ©cis ?  M. NABLI : Permettez-moi de rĂ©pondre Ă ces questions. à propos de la premiĂšre question, câest lâĂ©ternelle question, la question qui est toujours posĂ©e, nâest-ce pas ? Ces chiffres veulent-ils vraiment dire quelque chose ? Ces chiffres sont Ă©normes, nous ne nous y fions pas. Lorsque les chiffres sont mauvais, nous disons quâils sont mauvais, et personne ne songe Ă critiquer ces statistiques, et lorsque les chiffres  sâamĂ©liorent, ce sont toujours des chiffres, et je fais gĂ©nĂ©ralement confiance aux statistiques.  Je sais bien que les chiffres qui se rapportent Ă lâemploi font toujours polĂ©mique. On les met systĂ©matiquement en doute, on se demande dans quelle mesure ils sont fiables. Et les donnĂ©es relatives Ă lâemploi suscitent toujours des questions. Mais quand vous regardez les chiffres, que vous voyez quâils sont mauvais, et quâensuite ils sâamĂ©liorent, il faut aussi lâaccepter. Et si vous vous fiez aux bureaux de statistiques et aux organismes qui font ces calculs, il faut savoir accepter les rĂ©sultats.  Cela dit, jâai nĂ©anmoins formulĂ© une observation, que vous ne devriez pas passer sous silence. J'ai dit que les choses se sont peut-ĂȘtre amĂ©liorĂ©es quantitativement parlant, puisque le nombre d'emplois créés s'est effectivement accru, mais que la qualitĂ© de ces emplois nâest pas toujours Ă la hauteur des espĂ©rances des jeunes dont vous parlez. Ces jeunes trouvent peut-ĂȘtre du travail, mais pas dans des emplois qui leur plaisent ou auxquels ils aspirent. Ces jeunes sont Ă©duquĂ©s, ils sont ambitieux, et ils ne trouvent peut-ĂȘtre pas le genre dâemplois quâils seraient en droit dâavoir. Ils sont peut-ĂȘtre déçus et se mĂ©fient des chiffres, mais ils acceptent ces emplois parce quâils nâont pas dâautre choix, dâautre possibilitĂ©, et câest comprĂ©hensible. VoilĂ ce que les chiffres montrent, avec toutes les rĂ©serves dont je viens de parler.  à propos de lâIraq, trĂšs rapidement, vous savez que lâĂ©conomie iraquienne a enregistrĂ© des taux de croissance trĂšs Ă©levĂ©s en 2004. Vous vous rappelez sans doute qu'aprĂšs 2003, suite Ă l'invasion et Ă l'effondrement de lâĂ©conomie, la reprise a Ă©tĂ© vigoureuse en 2004. Mais lâactivitĂ© sâest considĂ©rablement ralentie par la suite, puisque la croissance est tombĂ©e Ă 3,7 % en 2005, et Ă 4 % en 2006. La reprise a donc Ă©tĂ© trĂšs forte en 2004, mais elle n'a pas pu se poursuivre au mĂȘme rythme que si la situation sĂ©curitaire s'Ă©tait amĂ©liorĂ©e, si bien que la reprise qui Ă©tait censĂ©e se poursuivre et se renforcer est restĂ©e trĂšs faible, que les chiffres de croissance ont Ă©tĂ© trĂšs bas en Irak au cours des deux derniĂšres annĂ©es et qu'ils continuent de lâĂȘtre. Quelles Ă©taient les autres questions?  M. ELSHARKAWY : Ă propos de M. Payed [ph.] et de la dĂ©lĂ©gation de la Cisjordanie Ă Washington.  M. NABLI : Peut-ĂȘtre l'un de mes collĂšgues peut-il rĂ©pondre Ă cette question?  MME GRESSANI : Je vais essayer d'y rĂ©pondre. Nous comptons d'ailleurs parmi nos collĂšgues ici prĂ©sents Joe Saba, qui est responsable de notre programme au Moyen-Orient, et je suggĂšre que vous vous adressiez Ă lui pour d'autres questions spĂ©cifiques ; ainsi qu'Ă David Craig, qui est directeur des opĂ©rations pour la Cisjordanie et Gaza, et je vous encourage sans rĂ©serve Ă lui poser directement toutes les questions que vous pourriez avoir sur nos programmes dans cette rĂ©gion.  Si je comprends bien votre question, vous demandez en fait ce que la Banque mondiale fait en Cisjordanie et Gaza maintenant que le nouveau gouvernement est en place, avec un nouveau ministre des Finances. Comme vous le savez je pense, la Banque mondiale a poursuivi ses activitĂ©s sous le gouvernement prĂ©cĂ©dent, et les poursuit Ă©galement maintenant sous le nouveau gouvernement. Nous avons un portefeuille de projets en cours d'exĂ©cution dans diffĂ©rents secteurs, et la mise en Ćuvre de ces opĂ©rations se poursuit. Ă la fin de l'annĂ©e derniĂšre, nous avons Ă©galement approuvĂ© trois nouveaux projets pour la Cisjordanie et Gaza, ainsi que la reconstitution du fonds fiduciaire qui est le principal instrument utilisĂ© par la Banque mondiale pour fournir une assistance financiĂšre Ă cette rĂ©gion.  Les trois projets qui ont Ă©tĂ© approuvĂ©s en dĂ©cembre visaient Ă appuyer des initiatives de dĂ©veloppement de proximitĂ©, le renforcement du secteur municipal, et enfin le renforcement des ONG sur place. Le vĂ©ritable objectif de ces projets Ă©tait de contribuer ââ et ceci est directement liĂ© au rapport que nous prĂ©sentons aujourd'hui ââ de contribuer Ă crĂ©er rapidement des possibilitĂ©s d'emploi, dans un contexte caractĂ©risĂ© par un taux de chĂŽmage trĂšs Ă©levĂ© et une Ă©conomie trĂšs mal en point en raison de l'environnement extĂ©rieur.  Le dialogue que nous avons commencĂ© d'Ă©tablir avec le nouveau gouvernement n'en est toutefois qu'Ă un stade trĂšs, trĂšs prĂ©liminaire. Nous n'avons pas personnellement rencontrĂ© la dĂ©lĂ©gation qui est Ă Washington. Nous nous rencontrerons au cours des prochains jours. Je pense que le type de questions dont nous voudrions discuter avec eux a plus particuliĂšrement trait au dispositif Ă moyen terme dont la Cisjordanie et Gaza ont besoin pour que la reprise soit fondĂ©e sur une base durable, et je voudrais souligner Ă cet Ă©gard l'importance de deux grands thĂšmes : tout d'abord, la nĂ©cessitĂ© d'amĂ©liorer les conditions de circulation et d'accĂšs, qui sont indispensables au dĂ©veloppement du secteur privĂ©. Sans la possibilitĂ© de transporter des biens et des personnes Ă l'intĂ©rieur de la Cisjordanie et entre la Cisjordanie et Gaza et le reste du monde, il sera trĂšs difficile Ă ce secteur de se procurer ce dont il a besoin et d'exporter ce qu'il produit. Il s'agit donc lĂ d'un domaine d'intervention fondamental pour la Banque mondiale.  L'autre thĂšme sur lequel je voudrais insister est la crise financiĂšre que connaissent la Cisjordanie et Gaza. Il s'agit lĂ d'une question qui doit ĂȘtre traitĂ©e, je pense, de maniĂšre trĂšs urgente pour que l'administration puisse opĂ©rer sur une base solide et viable Ă long terme. Il n'est pas possible de fournir des services sociaux de base Ă la population en l'absence de moyens budgĂ©taires, et c'est lĂ une discussion que nous avons eue avec les gouvernements prĂ©cĂ©dents et que nous continuerons d'avoir avec le gouvernement actuel.  M. ELSHARKAWY : Je pense que nous avons le temps de prendre encore une ou deux questions. Ce monsieur voudrait poser une question.  [Question en français sans interprĂ©tation.]  M. NABLI : C'est une trĂšs bonne question. Pour ceux qui ne parlent pas français, la question est la suivante. Quelles pourraient ĂȘtre les sources de croissance dans les pays oĂč la situation s'est nettement dĂ©gradĂ©e au cours des trois derniĂšres annĂ©es pour quâils crĂ©ent des emplois et enregistrent des taux de croissance aussi Ă©levĂ©s quâau Maroc, en Ăgypte et en Tunisie?  Je pense que la rĂ©ponse Ă cette question se trouve en fait dans le rapport 2003, et si vous vous y reportez, vous verrez que nous avons analysĂ© cette question. La solution consiste en fait Ă approfondir les actions menĂ©es jusqu'ici pour avancer dans deux directions, Ă savoir premiĂšrement permettre au secteur privĂ© de fonctionner sur le modĂšle de l'Ă©conomie de marchĂ© pour crĂ©er des emplois ; et deuxiĂšmement, dĂ©multiplier lâeffet ainsi créé en exportant vers les marchĂ©s internationaux et en stimulant les exportations. Les facteurs qui sont vĂ©ritablement Ă la source d'une croissance durable sont ceux qui se fondent sur les exportations, la diversification des exportations, les nouveaux produits, les nouveaux marchĂ©s et de gros volumes d'exportation.  MalgrĂ© les progrĂšs accomplis par ces pays ces derniĂšres annĂ©es, il reste trĂšs, trĂšs loin dâexploiter les possibilitĂ©s offertes par les marchĂ©s internationaux pour crĂ©er des emplois et tirer parti de la mondialisation.  Les sources de croissance sont donc lĂ ââ je ne pourrais pas vous dire dans quel secteur, parce que je ne voudrais pas spĂ©culer, c'est aux opĂ©rateurs privĂ©s qu'il appartient de trouver ces secteurs. Il incombe aux gouvernements de crĂ©er un environnement porteur et dâintervenir au besoin dans certains cas pour lever certaine contrainte ou limitation qui pourraient entraver le processus. Vous savez, il y a des activitĂ©s au Maroc que le gouvernement n'avait jamais prĂ©vu de dĂ©velopper, mais qui se sont dĂ©veloppĂ©es, et qui sont devenus des baromĂštres de la croissance. La production de composants aĂ©ronautiques s'est dĂ©veloppĂ©e au Maroc. Je ne pense pas que le gouvernement ait jamais planifiĂ© ou envisagĂ© de planifier cette activitĂ©. C'est le secteur privĂ© qui lâa fait, l'Ătat peut ensuite fournir son appui s'il y a des obstacles, et cela vaut partout.  Donc, je dis que ce sont le secteur privĂ©, les exportations et la diversification des exportations qui sont les moteurs de la croissance et de la crĂ©ation d'emplois.  M. ELSHARKAWY : DerniĂšre question.  QUESTION : Mohammed Sayed [ph.], de Arab TV network. Je pose cette question en mon nom et au nom de mon compatriote marocain. Je voudrais revenir sur l'Irak et l'Iran, la crise actuelle entre l'Iran et l'Occident et la situation en Irak, qui ont assurĂ©ment un impact sur les prix du pĂ©trole Ă l'Ă©chelle mondiale. Quelle est la position de la Banque mondiale Ă l'Ă©gard des pays qui ne produisent pas de pĂ©trole ou de carburant ?  M. NABLI : C'est une question trĂšs intĂ©ressante, et comme je l'ai dĂ©jĂ dit Ă propos de la forte expansion enregistrĂ©e rĂ©cemment, la principale ââ je veux dire l'une des principales caractĂ©ristiques de cette croissance est quâelle a Ă©tĂ© forte dans les pays producteurs de pĂ©trole du GCC mais aussi, ce qui est surprenant -- en fait plus intĂ©ressant que surprenant, câest quâelle a Ă©tĂ© soutenue dans les pays non exportateurs de pĂ©trole. Nous avons observĂ© des taux de croissance trĂšs Ă©levĂ©s au Maroc, une croissance vigoureuse en Jordanie et en Ăgypte, et une croissance plus forte en 2006 qu'en 2005 en Tunisie. Le Liban, bien sĂ»r, est une exception.  MĂȘme les pays qui n'ont pas de pĂ©trole obtiennent donc de bons rĂ©sultats, et ce, pour deux raisons : premiĂšrement, ils ont manifestement su bien gĂ©rer leur Ă©conomie, ce qui a stimulĂ© l'investissement privĂ©, et nous constatons effectivement un accroissement de l'investissement privĂ© dans nombre de ces pays, pas dans tous, mais au Maroc, on constate une nette Ă©volution, de mĂȘme qu'en Ăgypte, et Ă©galement en Jordanie. Nous voyons donc que la tendance Ă l'amĂ©lioration se confirme, et que les exportations s'accĂ©lĂšrent en fait de nouveau dans tous les pays, cela ne fait aucun doute.  Le contexte international est manifestement favorable. Comme je l'ai dĂ©jĂ dit, la situation du marchĂ© europĂ©en s'est amĂ©liorĂ©e l'annĂ©e derniĂšre, ce qui a eu un impact positif, en particulier pour ces pays.  Bien sĂ»r, ils ont dĂ» faire face Ă la hausse des prix du pĂ©trole, et, au Maroc, les importations d'Ă©nergie et la hausse des prix pĂ©troliers ont clairement entraĂźnĂ© des difficultĂ©s au plan budgĂ©taire, des difficultĂ©s pour les consommateurs, etc.. Il est intĂ©ressant de voir que, malgrĂ© cela, le Maroc a obtenu des  rĂ©sultats. Pourquoi ? Parce que le pays a fait ce qu'il devait faire et a travaillĂ© trĂšs dur ces derniĂšres annĂ©es pour amĂ©liorer le cadre de l'activitĂ© Ă©conomique.  M. ELSHARKAWY : Merci. Mesdames et Messieurs, je vous remercie. Comme je l'ai dit prĂ©cĂ©demment, le communiquĂ© de presse et les rĂ©sumĂ©s en arabe, en anglais et en français sont disponibles dans la salle de presse.  Et le rapport, le texte intĂ©gral du rapport, est disponible sur le site web. Je vous remercie d'avoir participĂ© Ă cette confĂ©rence de presse.  |