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Daniela Gressani, Mustapha Nabli, et Carlos Silva: Lancement du rapport sur les tendances et les perspectives économiques pour l'Afrique du Nord et le Moyen-orient

Disponible en: العربية, English

M. ELSHARKAWY : Mesdames et messieurs, bonjour. Pour le meilleur ou pour le pire, commençons. Je vous souhaite la bienvenue à l’occasion du lancement du Rapport sur les tendances et les perspectives économiques pour la région MENA.

 

Vous trouverez les communiqués de presse et les présentations générales en arabe, en anglais et en français dans la salle de presse, et le rapport sera bientôt rendu public -— en fait, il devrait déjà être disponible sur le site web. L'adresse du site est indiquée dans le communiqué de presse. 

 

Passons rapidement aux présentations : tout d’abord Daniela Gressani, Vice-président de la Région Afrique du Nord et Moyen‑Orient. Nous avons également Mustapha Nabli, Économiste en chef de la Région Afrique du Nord et Moyen‑Orient ; et Carlos Silva, Économiste principal à la Région MENA et principal auteur du rapport.

 

Je voudrais inviter Daniela Gressani à prendre la parole, s’il vous plaît.

 

MME GRESSANI : Merci, Karem.

Bienvenue à tous. Je sais que votre calendrier est très chargé, et je vous suis très reconnaissante d’avoir pu venir ici aujourd'hui.

 

Je suis très heureuse de l'occasion qui m'est donnée de présenter le troisième rapport d'une série de publications annuelles intitulées Tendances et perspectives économiques 2007 pour l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Cette série de rapports met en lumière les principales tendances de la région et présente les perspectives économiques à court et moyen termes pour la région. Le rapport insiste chaque année sur un thème particulier, qui revêt selon nous une importance particulière pour la région.

 

L'année dernière, le rapport portait sur le secteur financier. Cette année, il est consacré à l'évolution de l'emploi et du marché du travail. Comme vous le savez, ce domaine est d’une importance capitale pour la région. Il pose des problèmes très difficiles, largement partagés par tous les pays de la région.

 

Nous pensons que ce type de rapports consacrés à des thèmes recouvrant différents secteurs qui sont, comme je l'ai dit, importants pour tous les pays de la région, sont des plus utiles pour comprendre les dynamiques communes, les caractéristiques communes, et pour nous aider à établir un dialogue avec tous nos partenaires de la région sur les questions importantes.

2006 a été une très bonne année en termes de croissance économique, malgré la guerre au Liban et l’actualité difficile en Cisjordanie, à Gaza et en Irak.

 

Alors même que nous observons une forte croissance, nous constatons toutefois que la création d'emplois continue de poser un énorme problème. Les objectifs économiques que s'est fixés la région MENA ont permis de créer de nouveaux emplois, en particulier dans le secteur privé, ce qui est naturellement une très bonne nouvelle. Beaucoup de ces emplois ont néanmoins été créés dans des secteurs qui restent à faible productivité, et par conséquent, la répartition de ces nouveaux emplois reste problématique.

 

En outre, on constate que les femmes ont toujours beaucoup plus de mal que les hommes à trouver un emploi, et les jeunes continuent de représenter une très forte proportion des chômeurs.

Comme l'année dernière, le rapport examine également les progrès réalisés par la région dans la voie des réformes destinées à transformer l'économie, en particulier dans les domaines de la politique commerciale, du cadre d'activité des entreprises et de la gouvernance. Ces différentes questions sont examinées sur une base annuelle, en vue d’identifier les progrès plurisectoriels, ainsi que les problèmes qui continuent de se poser.

 

Ceci étant dit, je voudrais maintenant céder la parole à notre Économiste en chef, M. Mustapha Nabli, qui va vous parler un peu plus en détail des conclusions du rapport.

 

M. NABLI : Je vous remercie. 

Je serai très bref. Le rapport comprend trois grandes parties. La première présente les récentes avancées sur le front macroéconomique, la seconde passe en revue les progrès accomplis au plan des réformes structurelles, et la troisième est consacrée au thème de cette année, à savoir le marché du travail et la croissance de l'emploi dans la région. Je voudrais récapituler les principaux points traités par le rapport dans ces trois domaines.

 

Du point de vue des tendances et des perspectives macroéconomiques globales, l'année 2006 a été exceptionnelle. Le taux moyen de croissance du PIB dans la région a été de 6,3 % en 2006. Ce résultat confirme la tendance à l’accélération de la croissance ces dernières années dans la région. Nous sommes passés d'une croissance de 3,5 % dans les années 90 à environ 5 % au début des années 2000, puis à 6 % l'an passé et l'année précédente, et enfin à 6,3 % cette année. La croissance a donc tendance à s'accélérer dans la région, et cette tendance s'est confirmée, et même accentuée, en 2006.

 

Cela signifie que la croissance du PIB par habitant a atteint en moyenne 4,2 %, c'est-à-dire son niveau le plus élevé depuis les années 70. La région n'a pas connu une croissance moyenne du PIB par habitant aussi rapide depuis 30 ans. 

 

De nombreux facteurs expliquent ce phénomène. Cette croissance a été manifestement alimentée par le boum pétrolier qui a favorisé l’accroissement des dépenses publiques dans de nombreux pays. Elle a aussi été facilitée par un environnement mondial favorable. En particulier l’amélioration de la situation en Europe, qui est cliente de nombreux pays de la région, entraîne  l’économie régionale. Je pense aussi que la croissance a bénéficié de la dynamique impulsée par les réformes engagées dans de nombreux pays. Ce sont donc ces trois facteurs combinés qui sont réellement à l'origine de cette expansion. Il est difficile de savoir lequel est le plus déterminant, mais ils ont tous joué un rôle plus ou moins important dans les différents pays.

 

Nous voyons que l’une des caractéristiques de cette croissance est le rôle qu’y joue l'investissement privé. L'investissement privé a vraiment augmenté, puisqu’il représente aujourd’hui environ 14,5 %, disons 14,4 % du PIB, soit bien plus qu’il y a quelques années où il atteignait 10 ou 11 %. L'investissement privé a donc considérablement augmenté presque partout dans la région, et il a été le principal moteur de la croissance. Le constat est donc positif à cet égard.

 

En revanche, ce qui est moins positif, c'est que les résultats sont très inégaux. Ce chiffre de croissance est une moyenne pour la région, mais la situation n'est pas marginale, comme vous le savez, il y a du bon et du moins bon. En 2006, les pays les plus performants ont été des pays du Golfe— en particulier le Qatar et les Émirats arabes unis ‑‑ et les moins performants, qui ont enregistré une croissance négative, ont été, comme on pouvait s'y attendre, le Liban et la Cisjordanie et Gaza, pour les raisons que vous pouvez imaginer.

 

Entre les deux, les résultats sont très variables. C'est dans les pays du Golfe, du GCC, que la croissance continue d'être la plus forte. Vient ensuite le groupe dit des « pays pauvres en ressources », c'est-à-dire les pays qui n'ont pas beaucoup de pétrole, comme le Maroc, l'Égypte, et qui affichent de très bons résultats, une croissance forte, plus de 7 % au Maroc et en Égypte, mais aussi un certain nombre d'autres pays, comme la Jordanie, qui ont aussi obtenu de bons résultats en 2006, ainsi que la Tunisie.

 

Les pays qui s'en sortent généralement moins bien sont ceux dits « riches en ressources »  et ceux dits « riches en ressources et en main-d'œuvre ». Je veux parler de l'Algérie, où la croissance s'est ralentie, de l'Iran, de la Syrie.  Dans ces pays, le taux de croissance moyen a diminué cette année par rapport à celui des autres pays.

 

Une autre tendance que nous avons notée cette année est le ralentissement de la production industrielle, qui a été manifestement entraîné par la baisse de la production de pétrole et autres hydrocarbures de nombreux pays. Cette production industrielle a toutefois augmenté dans les pays pauvres en ressources. Je ne m’attarderai pas trop sur l'amélioration de la balance des opérations courantes ou du solde budgétaire de la plupart des pays de la région.

 

Je voudrais maintenant en venir à la deuxième partie, à savoir au programme de réforme. L'une des choses que nous essayons de faire est de suivre les progrès de la réforme, en particulier dans trois domaines : premièrement, la réforme de la politique commerciale ; deuxièmement, la réforme du cadre de l'activité des entreprises ; et troisièmement, la réforme de la gestion des affaires publiques.

 

De façon très générale, nous constatons des progrès continus du point de vue de la levée des restrictions au commerce dans l’ensemble de la région, en prenant essentiellement 2000 comme année de référence. Entre 2000 et 2006, les progrès ont été sensibles. La libéralisation des échanges dans la région s’opère à un rythme beaucoup plus rapide qu’ailleurs, mais il ne faut pas oublier que le point de départ de cette évolution est un niveau de protection élevé. La région a eu, et continue d’avoir, des taux de protection relativement élevés, sous forme de barrières tarifaires ou non tarifaires, mais la situation s'améliore dans de nombreux pays. C’est en Égypte que les progrès sont les plus sensibles, mais d’autres pays progressent également, comme le Maroc ou la Jordanie, tandis que d’autres font mieux du point de vue de l’amélioration de leur politique commerciale.

 

Le deuxième domaine est celui de la réforme du cadre des affaires. Je ne m’attarderai pas trop sur ce point qui est traité dans le rapport Doing Business. La région progresse également sur ce front, mais à un rythme plus lent que la moyenne mondiale. Elle n’avance pas aussi rapidement qu’il le faudrait dans le sens de l’amélioration du cadre de l’activité des entreprises de la région. Il reste donc beaucoup à faire à cet égard.

 

Et enfin, dans le domaine de la gouvernance, la région, comme vous le savez, part de très bas. Les indicateurs de gouvernance pour l'ensemble de la région se situent dans le vingtième centile -- soit au niveau le plus bas à l'échelle mondiale. On note toutefois des progrès dans le renforcement de l'administration publique, moins en termes de responsabilisation des pouvoirs publics, mais des progrès quand même, encore que d'un niveau très faible.

 

Ceci m’amène directement au thème principal, ou spécifique, du rapport, à savoir l’emploi et le marché du travail--certains d’entre vous se souviennent peut-être qu’en 2003, la Banque mondiale a publié un rapport important sur l’emploi intitulé « About Employment », que nous avons appelé pour notre région « Réaliser le potentiel d'emploi dans la Région Moyen‑Orient et Afrique du Nord » (Unlocking the Potential for Employment in the Middle East and North Africa Region). Ce rapport faisait le point de la situation, analysait les politiques publiques, décrivait le principal défi que constitue l’emploi et expliquait que la région devait accroître considérablement son potentiel d'emploi. Étant donné que la croissance a repris et s’est accélérée, nous voulions donc savoir quelles ont été les répercussions sur le marché du travail et sur l’emploi.

 

Et là, nous avons constaté qu’un grand nombre d’améliorations, des évolutions réellement très, très importantes, s’étaient produites. L’emploi a enregistré des taux de croissance très élevés. Laissez-moi vous donner deux ou trois chiffres très significatifs. Les gains en termes d'emplois créés par rapport au nombre d'emplois existants ont représenté en moyenne une croissance de 4,5 % au cours des cinq dernières années, entre 2000 et 2005. Chaque année, la région a donc créé 4,5 % d’emplois de plus que l’année précédente, ce qui traduit une forte progression.

Rapporté à l’accroissement de la population active, cela signifie que le nombre de chercheurs d'emplois, le nombre de personnes qui veulent trouver du travail, s'est accru de 3,7 %. Le nombre d’emplois créés augmente donc plus vite que celui des chercheurs ou des demandeurs d’emplois, autrement dit le chômage baisse, ce qui est un événement majeur. Les taux de chômage, qui étaient de l'ordre de 14 ou 15 % en 2000, ne sont plus aujourd’hui que de 10 ou 11 %. Le chômage a donc diminué de trois points de pourcentage au cours des cinq dernières années, ce qui est considérable.

C'est une grande nouvelle. C'est très important.

 

On observe le phénomène dans pratiquement toute la région, à une ou deux exceptions près : ce recul du chômage a pu être observé dans les pays sur lesquels disposons de données, c’est-à-dire une douzaine de pays. Dans huit d’entre eux, le taux de chômage a baissé. Dans un pays -- la Jordanie--il est resté inchangé et, dans deux autres, le Koweït et les Émirats arabes unis, il a en fait augmenté.

 

La question que nous avons donc été amenés à nous poser est la suivante : d’où viennent ces emplois? Il ne s'agit pas seulement de constater que le nombre d'emplois augmente, encore faut-il savoir où ces emplois sont créés. Et là, nous constatons aussi des choses intéressantes : la plupart de ces emplois sont créés par le secteur privé. Ce qui est tout le contraire de ce qui se passait dans les années 70 et 80, période durant laquelle les emplois étaient créés dans le secteur public. C’est maintenant le secteur privé qui crée ces nouveaux emplois. 

Il y a donc une nouvelle dynamique à l’œuvre dans ce domaine qui commence à porter ses fruits.

 

Cette dynamique n’existait pas dans les années 90. Ce n’est qu’au milieu des années 2000 qu’elle s’est amorcée. Ces dernières années, on a donc vu ce nouveau moteur essayer d’entraîner la création d’emplois. Voilà pour l’aspect positif du phénomène. C’est donc le secteur privé qui opère dans différentes branches d'activités, dans les services, dans l'agriculture, dans l’industrie. L’importance relative de ce secteur varie d’un pays à l’autre.

 

Le côté moins positif du phénomène est que ces emplois ne sont pas des emplois très qualifiés. Ils sont –- ou ont généralement été -- créés dans des activités relativement peu productives, et où la croissance de la productivité est relativement faible. Il s’agit donc souvent d’emplois indépendants, beaucoup d’emplois dans le secteur informel, beaucoup aussi dans l’agriculture où la productivité est relativement basse, ou dans les services -- certains emplois de services sont particulièrement peu qualifiés.

 

Le bilan est inégal. Et ce n’est pas tout. Dans certains pays, on constate que les emplois sont créés dans de nouvelles activités dynamiques, dans de nouveaux secteurs dynamiques, très productifs et où la croissance de la productivité est forte. Le tableau est donc mitigé, en quelque sorte. Nous voyons beaucoup d’emplois créés dans des activités peu productives, mais aussi des emplois créés dans des secteurs plus productifs.

 

Cela étant, la création d'emplois continue de poser problème. Nous avons révisé les chiffres et, si nous regardons à l'horizon des 20 prochaines années, nous voyons bien qu’il faudra toujours créer des emplois, même si les choses devraient aller mieux dans 10 ou 15 ans. C’est pendant les 10 à 15 années qui viennent que la nécessité de créer des emplois se fera sentir le plus largement et le plus fortement. Cela signifie donc que les progrès au plan des réformes structurelles dont nous avons parlé doivent être renforcés et approfondis, et que la croissance que nous avons connue ces trois dernières années doit être soutenue et diversifiée dans la période à venir.

Je m'arrêterai ici.

 

M. ELSHARKAWY : Merci. 

Nous sommes prêts à répondre aux questions, donc si vous en avez, n'hésitez pas à les poser. Nous ferons de notre mieux pour y répondre. Une question?

 

QUESTION  : Vivian Artata [ph.] de Al Jazeera. 

J'ai une question à propos de la controverse sur M. Wolfowitz. Pouvez-vous nous dire quel va être l'impact de cette controverse, par rapport au financement des programmes pour les pays pauvres, notamment par les grands bailleurs de fonds, qui ont fait part de leur inquiétude. J'aimerais savoir ce que les pays avec lesquels vous avez été en contact dans la région pensent de tout cela.  

Merci.

 

M. ELSHARKAWY : En l'état actuel des choses, je ne crois pas que nous soyons en mesure d'apporter une réponse complète à cette question, mais nous pouvons peut-être y répondre légèrement différemment en nous demandant si la Banque a un rôle à jouer au-delà de l’effort axé sur la croissance de l'emploi, mais je ne pense pas que l'on puisse, dans le cadre actuel de ce rapport, répondre directement à votre question. Je ne sais pas -- Y a-t-il quelque chose que vous souhaiteriez ajouter ?

 

MME GRESSANI : En fait, comme Karem l’a dit, je ne pense pas que nous soyons en mesure de répondre à votre question. Je pense que c'est une question importante, mais je crois que nos collègues qui s'occupent des questions institutionnelles seraient peut-être mieux placés pour y répondre.

 

Bien sûr, il importe que la Banque conserve un rôle fort, un rôle crédible, dans tous nos pays clients, qu'il s'agisse de pays à faible revenu ou de pays à revenu intermédiaire. Vous n'ignorez pas que la région Moyen-Orient et Afrique du Nord comprend de nombreux pays à revenu intermédiaire qui sont des partenaires importants pour nous.

 

Et dans tous ces pays, je pense que la Banque joue, et continuera certainement à jouer, un rôle constructif en aidant les gouvernements déterminés à entreprendre des réformes économiques qui créent des emplois et donnent les moyens d'agir à leurs populations ; cela se traduit par une meilleure gouvernance et une plus grande intégration à l'économie mondiale. Je pense que, dans tous ces pays, nous avons l'intention de continuer à jouer un rôle constructif.

 

Et l'impression que j'ai à l'issue de mes premières rencontres avec les délégations d'un certain nombre de pays représentés ici -- bien que nous soyons loin d'avoir terminé nos consultations -- c'est que la demande de services de conseil de la Banque mondiale est forte dans ces pays à revenu intermédiaire qui constituent le gros de notre région.

 

La région -- du moins au sens où nous l'entendons à la Banque mondiale, ce qui est en fait un peu une construction politique -- comprend deux pays pauvres : le Yémen et Djibouti. Je dois dire que, bien évidemment, nous avons la ferme volonté de maintenir notre engagement dans ces pays pour y jouer un rôle aussi constructif que possible, notamment en accordant des financements concessionnels ou en apportant une aide sur des questions difficiles de dimension mondiale, telles que le VIH/SIDA ou la grippe aviaire.

 

M. ELSHARKAWY : Merci.

 

QUESTION : Sirjata Ralf [ph.] de Reuters.

J'ai une question sur l'union monétaire des pays membres du Conseil de coopération du Golfe (GCC). Pourriez-vous nous dire si vous pensez que ce plan, dans sa forme actuelle, est réaliste, et nous dire quand vous pensez qu'il pourra se réaliser. La date de 2010 est-elle envisagée par ces pays ? Est-ce viable ?

J'aurais également une seconde question : Que pensez-vous des monnaies de la région ?  Pensez-vous qu'elles sont sous-évaluées ?  Telles sont mes questions. 

Merci.

 

M. NABLI : Dans ce rapport, nous n'avons pas traité expressément de ces questions car elles relèvent normalement du FMI; ce sera le rôle du FMI de les examiner en détail.

L'union monétaire --  juste pour vous donner une réaction rapide à cette question -- était prévue pour 2010. Il semble improbable que ce délai soit tenu car il existe encore certaines divergences entre les pays, notamment sur la question même de savoir si cela va être possible. Je ne spéculerai pas sur une date précise. C'est un processus qui est en cours.

 

Sur la question de la surévaluation, il est clair qu'il existe un débat à ce sujet, notamment du fait de l'accroissement des revenus et des réserves. Si les marchés pouvaient en décider, il est clair qu'il y aurait eu une réévaluation des monnaies. 

 

Maintenant, il est clair que la politique des pays du Golfe a notamment été celle d'un arrimage au dollar, pour des raisons qui sont parfaitement compréhensibles et ont une base solide. Et les pays du Golfe s'y sont tenus quelle qu'ait été la conjoncture. À mon sens, cette question de la surévaluation dépend beaucoup de la façon dont vous regardez les choses. Il existe deux facteurs, propres aux pays du Golfe, qu'il ne faut pas perdre de vue. L'ouverture à l'immigration est le premier ; le marché du travail étant ouvert, il est beaucoup moins probable d'assister à une appréciation réelle de la monnaie dans ces conditions, même s'il existe une certaine inflation dans quelques pays, notamment aux Émirats arabes unis, celle-ci est faible, malgré les gains de croissance dans les autres pays. Il existe quelques problèmes aux Émirats arabes unis -- à Dubaï, en particulier -- mais dans le reste des pays du GCC, cela n'est pas un problème.

 

La deuxième question est relative à la façon dont les revenus sont gérés, dont ils sont utilisés. Si une large part de ces revenus est épargnée et investie à l'étranger, cela ne devrait pas réduire la nécessité, si vous voulez, d'une appréciation de la monnaie.

En bref, le débat est ouvert, mais je ne pense pas qu'il existe de réponse claire.

 

QUESTION : Kevin Rafferty de Plain Words Media.

Comment caractérisez-vous la situation en Iraq? Dans quelle mesure la Banque peut-elle mener à bien ses activités en Iraq, dans le contexte de ce que M. Wolfowitz avait prédit avant d’entrer à la Banque, avant l’invasion, à savoir que les recettes pétrolières de l’Iraq couvriraient le coût de sa reconstruction?

 

MME GRESSANI : La Banque est mobilisée en Iraq, comme vous le savez, – à la fois en tant qu’institution apportant ses propres ressources financières -- nous avons récemment approuvé quatre prêts à l’Iraq -- mais aussi, ce qui est je pense plus important encore, dans le cadre de l’effort engagé par la communauté internationale pour appuyer l’opération considérée en Iraq. En collaboration avec les Nations Unies, nous administrons un fonds fiduciaire qui, à ce jour, a mis en œuvre ou entrepris de mettre en œuvre 15 projets différents.

 

Ce à quoi votre question fait réellement référence, c’est aux résultats obtenus par ces projets. Je pense que certains projets  ont donné des résultats tout à fait satisfaisants, et d'autres, beaucoup moins. Je pense que cela vaut également pour les autres bailleurs de fonds engagés dans des activités similaires en Iraq. Nous sommes encore, dans une large mesure, en phase d’apprentissage, s'agissant des moyens qui permettraient le mieux de contribuer au développement d’un pays qui se trouve manifestement dans une situation très difficile ; mais nous apprenons aussi, je crois, un certain nombre de choses qui peuvent nous servir à nous assurer en quelque sorte que la prochaine génération de projets donne de meilleurs résultats.

 

À cet égard, je voudrais mentionner deux projets, qui sont à mon avis très prometteurs.    L’un vise à mettre des fournitures à la disposition d’écoles en Iraq, l'autre est un projet d’appui à des initiatives de développement de proximité, en particulier pour la mise en place de petites infrastructures et d'activités génératrices d’emplois. Je pense à notre projet sectoriel, tout cela est très prometteur, et nous nous efforçons de tirer de ces projets des enseignements que nous pourrons appliquer à la mise en œuvre d'autres initiatives.

 

En ce qui concerne la situation du secteur pétrolier, il est clair que le secteur pétrolier iraquien a un énorme potentiel. Quant à   savoir si ce secteur peut entièrement financer la reconstruction du pays, et à quel rythme, je ne pense pas que nous soyons réellement en mesure de répondre à cette question ; mais, dans le cadre de notre aide à l’Iraq, l’une de nos priorités est de renforcer l’efficience et l’efficacité avec lesquelles les propres ressources du pays sont utilisées. Je pense que la Banque mondiale peut jouer un rôle important à cet égard s’agissant d’améliorer la gestion du secteur public, précisément parce que l’Iraq est doté de ressources d'une telle ampleur et parce que les possibilités qui existent de les utiliser de manière plus efficace sont importantes.

 

QUESTION : Joe Macarune [ph.] de Kuwaiti News Agency.

Ma première question est la suivante : Une grande partie de la population du Moyen-Orient pourrait éprouver un certain scepticisme à la lecture des conclusions du rapport relatives à la création d'opportunités. Comment pouvez-vous donc défendre cette analyse, ou expliquer le décalage entre ces conclusions et les mauvais résultats affichés par beaucoup de sociétés?

 

Ma deuxième question concerne la croissance moyenne de l’économie iraquienne au cours des cinq dernières années. Pouvez-vous nous donner quelques précisions ?

 

Et ma dernière question concerne les orientations stratégiques. Le ministre iraquien des Finances est à Washington en ce moment, et il s’efforce de débloquer la situation au regard de l’aide. Quelle est la position de la Banque mondiale sur ce point précis ?

 

M. NABLI : Permettez-moi de répondre à ces questions. 

À propos de la première question, c’est l’éternelle question, la question qui est toujours posée, n’est-ce pas ? Ces chiffres veulent-ils vraiment dire quelque chose ? Ces chiffres sont énormes, nous ne nous y fions pas. Lorsque les chiffres sont mauvais, nous disons qu’ils sont mauvais, et personne ne songe à critiquer ces statistiques, et lorsque les chiffres   s’améliorent, ce sont toujours des chiffres, et je  fais généralement confiance aux statistiques.

 

Je sais bien que les chiffres qui se  rapportent à l’emploi font toujours polémique. On les met systématiquement en doute, on se demande dans quelle mesure ils sont fiables. Et les données relatives à l’emploi suscitent toujours des questions. Mais quand vous regardez les chiffres, que vous voyez qu’ils sont mauvais, et qu’ensuite ils s’améliorent, il faut aussi l’accepter. Et si vous vous fiez aux bureaux de statistiques et aux organismes qui font ces calculs, il faut savoir accepter les résultats.

 

Cela dit, j’ai néanmoins formulé une observation, que vous ne devriez pas passer sous silence. J'ai dit que les choses se sont peut-être améliorées quantitativement parlant, puisque le nombre d'emplois créés s'est effectivement accru, mais que la qualité de ces emplois n’est pas toujours à la hauteur des espérances des jeunes dont vous parlez. Ces jeunes trouvent peut-être du travail, mais pas dans des emplois qui leur plaisent ou auxquels ils aspirent. Ces jeunes sont éduqués, ils sont ambitieux, et ils ne trouvent peut-être pas le genre d’emplois qu’ils seraient en droit d’avoir. Ils sont peut-être déçus et se méfient des chiffres, mais ils acceptent ces emplois parce qu’ils n’ont pas d’autre choix, d’autre possibilité, et c’est compréhensible. Voilà ce que les chiffres montrent, avec toutes les réserves dont je viens de parler.

 

À propos de l’Iraq, très rapidement, vous savez que l’économie iraquienne a enregistré des taux de croissance très élevés en 2004. Vous vous rappelez sans doute qu'après 2003, suite à l'invasion et à l'effondrement de l’économie, la reprise a été vigoureuse en 2004. Mais l’activité s’est considérablement ralentie par la suite, puisque la croissance est tombée à 3,7 % en 2005, et à 4 % en 2006. La reprise a donc été très forte en 2004, mais elle n'a pas pu se poursuivre au même rythme que si la situation sécuritaire s'était améliorée, si bien que la reprise qui était censée se poursuivre et se renforcer est restée très faible, que les chiffres de croissance ont été très bas en Irak au cours des deux dernières années et qu'ils continuent de l’être.

Quelles étaient les autres questions?

 

M. ELSHARKAWY : À propos de M. Payed [ph.] et de la délégation de la Cisjordanie à Washington.

 

M. NABLI : Peut-être l'un de mes collègues peut-il répondre à cette question?

 

MME GRESSANI : Je vais essayer d'y répondre.

Nous comptons d'ailleurs parmi nos collègues ici présents Joe Saba, qui est responsable de notre programme au Moyen-Orient, et je suggère que vous vous adressiez à lui pour d'autres questions spécifiques ; ainsi qu'à David Craig, qui est directeur des opérations pour la Cisjordanie et Gaza, et je vous encourage sans réserve à lui poser directement toutes les  questions que vous pourriez avoir sur nos programmes dans cette région. 

 

Si je comprends bien votre question, vous demandez en fait ce que la Banque mondiale fait en Cisjordanie et Gaza maintenant que le nouveau gouvernement est en place, avec un nouveau ministre des Finances. Comme vous le savez je pense, la Banque mondiale a poursuivi ses activités sous le gouvernement précédent, et les poursuit également maintenant sous le nouveau gouvernement. Nous avons un portefeuille de projets en cours d'exécution dans différents secteurs, et la mise en œuvre de ces opérations se poursuit. À la fin de l'année dernière, nous avons également approuvé trois nouveaux projets pour la Cisjordanie et Gaza, ainsi que la reconstitution du fonds fiduciaire qui est le principal instrument utilisé par la Banque mondiale pour fournir une assistance financière à cette région.

 

Les trois projets qui ont été approuvés en décembre visaient à appuyer des initiatives de développement de proximité, le renforcement du secteur municipal, et enfin le renforcement des ONG sur place. Le véritable objectif de ces projets était de contribuer ‑‑ et ceci est directement lié au rapport que nous présentons aujourd'hui ‑‑ de contribuer à créer rapidement des possibilités d'emploi, dans un contexte caractérisé par un taux de chômage très élevé et une économie très mal en point en raison de l'environnement extérieur.

 

Le dialogue que nous avons commencé d'établir avec le nouveau gouvernement n'en est toutefois qu'à un stade très, très préliminaire. Nous n'avons pas personnellement rencontré la délégation qui est à Washington. Nous nous rencontrerons au cours des prochains jours.

Je pense que le type de questions dont nous voudrions discuter avec eux a plus particulièrement trait au dispositif à moyen terme dont la Cisjordanie et Gaza ont besoin pour que la reprise soit fondée sur une base durable, et je voudrais souligner à cet égard l'importance de deux grands thèmes : tout d'abord, la nécessité d'améliorer les conditions de circulation et d'accès, qui sont indispensables au développement du secteur privé. Sans la possibilité de transporter des biens et des personnes à l'intérieur de la Cisjordanie et entre la Cisjordanie et Gaza et le reste du monde, il sera très difficile à ce secteur de se procurer ce dont il a besoin et d'exporter ce qu'il produit. Il s'agit donc là d'un domaine d'intervention fondamental pour la Banque mondiale.

 

L'autre thème sur lequel je voudrais insister est la crise financière que connaissent la Cisjordanie et Gaza. Il s'agit là d'une question qui doit être traitée, je pense, de manière très urgente pour que l'administration puisse opérer sur une base solide et viable à long terme. Il n'est pas possible de fournir des services sociaux de base à la population en l'absence de moyens budgétaires, et c'est là une discussion que nous avons eue avec les gouvernements précédents et que nous continuerons d'avoir avec le gouvernement actuel.

 

M. ELSHARKAWY : Je pense que nous avons le temps de prendre encore une ou deux questions. Ce monsieur voudrait poser une question.

 

[Question en français sans interprétation.]

 

M. NABLI : C'est une très bonne question. Pour ceux qui ne parlent pas français, la question est la suivante. Quelles pourraient être les sources de croissance dans les pays où la situation s'est nettement dégradée au cours des trois dernières années pour qu’ils créent des emplois et enregistrent des taux de croissance aussi élevés qu’au Maroc, en Égypte et en Tunisie?

 

Je pense que la réponse à cette question se trouve en fait dans le rapport 2003, et si vous vous y reportez, vous verrez que nous avons analysé cette question. La solution consiste en fait à approfondir les actions menées jusqu'ici pour avancer dans deux directions, à savoir premièrement permettre au secteur privé de fonctionner sur le modèle de l'économie de marché pour créer des emplois ; et deuxièmement, démultiplier l’effet ainsi créé en exportant vers les marchés internationaux et en stimulant les exportations. Les facteurs qui sont véritablement à la source d'une croissance durable sont ceux qui se fondent sur les exportations, la diversification des exportations, les nouveaux produits, les nouveaux marchés et de gros volumes d'exportation.

 

Malgré les progrès accomplis par ces pays ces dernières années, il reste très, très loin d’exploiter les possibilités offertes par les marchés internationaux pour créer des emplois et tirer parti de la mondialisation.

 

Les sources de croissance sont donc là ‑‑ je ne pourrais pas vous dire dans quel secteur, parce que je ne voudrais pas spéculer, c'est aux opérateurs privés qu'il appartient de trouver ces secteurs. Il incombe aux gouvernements de créer un environnement porteur et d’intervenir au besoin dans certains cas pour lever certaine contrainte ou limitation qui pourraient entraver le processus. Vous savez, il y a des activités au Maroc que le gouvernement n'avait jamais prévu de développer, mais qui se sont développées, et qui sont devenus des baromètres de la croissance. La production de composants aéronautiques s'est développée au Maroc. Je ne pense pas que le gouvernement ait jamais planifié ou envisagé de planifier cette activité. C'est le secteur privé qui l’a fait, l'État peut ensuite fournir son appui s'il y a des obstacles, et cela vaut partout.

 

Donc, je dis que ce sont le secteur privé, les exportations et la diversification des exportations qui sont les moteurs de la croissance et de la création d'emplois.

 

M. ELSHARKAWY : Dernière question.

 

QUESTION  : Mohammed Sayed [ph.], de Arab TV network.

Je pose cette question en mon nom et au nom de mon compatriote marocain. Je voudrais revenir sur l'Irak et l'Iran, la crise actuelle entre l'Iran et l'Occident et la situation en Irak, qui ont assurément un impact sur les prix du pétrole à l'échelle mondiale. Quelle est la position de la Banque mondiale à l'égard des pays qui ne produisent pas de pétrole ou de carburant ?

 

M. NABLI : C'est une question très intéressante, et comme je l'ai déjà dit à propos de la forte expansion enregistrée récemment, la principale ‑‑ je veux dire l'une des principales caractéristiques de cette croissance est qu’elle a été forte dans les pays producteurs de pétrole du GCC mais aussi, ce qui est surprenant -- en fait plus intéressant que surprenant, c’est qu’elle a été soutenue dans les pays non exportateurs de pétrole. Nous avons observé des taux de croissance très élevés au Maroc, une croissance vigoureuse en Jordanie et en Égypte, et une croissance plus forte en 2006 qu'en 2005 en Tunisie. Le Liban, bien sûr, est une exception.

 

Même les pays qui n'ont pas de pétrole obtiennent donc de bons résultats, et ce, pour deux raisons : premièrement, ils ont manifestement su bien gérer leur économie, ce qui a stimulé l'investissement privé, et nous constatons effectivement un accroissement de l'investissement privé dans nombre de ces pays, pas dans tous, mais au Maroc, on constate une nette évolution, de même qu'en Égypte, et également en Jordanie. Nous voyons donc que la tendance à l'amélioration se confirme, et que les exportations s'accélèrent en fait de nouveau dans tous les pays, cela ne fait aucun doute.

 

Le contexte international est manifestement favorable. Comme je l'ai déjà dit, la situation du marché européen s'est améliorée l'année dernière, ce qui a eu un impact positif, en particulier pour ces pays.

 

Bien sûr, ils ont dû faire face à la hausse des prix du pétrole, et, au Maroc, les importations d'énergie et la hausse des prix pétroliers ont clairement entraîné des difficultés au plan budgétaire, des difficultés pour les consommateurs, etc.. Il est intéressant de voir que, malgré cela, le Maroc a obtenu des   résultats. Pourquoi ? Parce que le pays a fait ce qu'il devait faire et a travaillé très dur ces dernières années pour améliorer le cadre de l'activité économique. 

 

M. ELSHARKAWY : Merci. 

Mesdames et Messieurs, je vous remercie. Comme je l'ai dit précédemment, le communiqué de presse et les résumés en arabe, en anglais et en français sont disponibles dans la salle de presse.

 

Et le rapport, le texte intégral du rapport, est disponible sur le site web. Je vous remercie d'avoir participé à cette conférence de presse.

 




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