APERÇU: - Les prévisions du chômage sont à la hausse dans le monde entier, et la qualité de l’emploi risque de se dégrader fortement
- Avec une hausse du nombre de chômeurs de 30 millions par rapport 2007, le taux de chômage mondial devrait s’élever à 6,5% en 2009.
- La baisse de la demande dans le domaine des exportations, des biens manufacturés et de l’exploitation minière amène les travailleurs à se replier sur des activités moins productives, qui sont généralement moins bien payées.
- Cette évolution (le passage à des emplois de moindre productivité et le recul d’emplois mieux payés) devrait entraîner une augmentation de 100 millions du nombre des travailleurs pauvres, dont 50 millions habitant en Asie du Sud.
- Ce sont les travailleurs urbains qui semblent être les plus affectés par la crise qui touche tout particulièrement les industries minière et textile.
- Les tendances actuelles compromettent les améliorations espérées, en termes de qualité et de quantité des emplois, mais aussi de croissance et de réduction de la pauvreté.
Vue d'ensemble Dans les pays en développement, les marchés du travail mettront un certain temps à s’adapter à ce fort ralentissement économique mondial. Évaluer l’ampleur du choc économique mettra plus longtemps encore, puisque l’on ne peut disposer rapidement de données que pour un petit nombre de pays en développement. Les premiers indices laissent toutefois penser que le pire est encore à venir, à savoir une augmentation du chômage dans les secteurs les mieux payés, délaissés au profit de secteurs à moindre productivité et d’activités moins bien rémunérées, avec pour conséquence une baisse des revenus moyens. Les pays en développement, du fait des restrictions budgétaires, auront en outre du mal à renforcer leurs systèmes de protection sociale. On assiste à la diminution d’importantes sources d’emplois faiblement rémunérés. Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), qui se base sur les nouvelles prévisions de croissance fournies par le FMI en novembre 2008, 51 millions de personnes pourraient perdre leur emploi en 2009. Il s'agit là du scénario le plus pessimiste, cependant ce chiffre pourrait encore augmenter, ces prévisions étant susceptibles de modifications. Ce sont les secteurs les plus dynamiques qui risquent d’être les premiers touchés – vraisemblablement les industries situées en milieu urbain et tournées vers l’exportation, mais aussi la construction et le secteur manufacturier. Les premiers indices économiques montrent que ce phénomène est déjà une réalité. - Les fermetures de mines et de fonderies ont entraîné des pertes d’emplois en République démocratique du Congo (100 000), en Afrique du Sud (40 000, soit près de 10% des effectifs), en Zambie (3000), au Chili (2000) et en Mongolie (1700). En Arménie, depuis janvier 2009, trois grandes sociétés d'exploitation minière ont diminué les heures de travail et envisagent des réductions de salaire afin d’éviter des licenciements.
- L’industrie textile a licencié 30 000 personnes (10% des effectifs) au Cambodge, où elle constitue la seule véritable industrie d’exportation. En Inde et dans d’autres pays, on assiste également à de nombreux licenciements dans ce secteur.
- En Inde, le ministère du Travail indique que durant les trois derniers mois de l’année 2008, plus de 500 000 emplois ont été supprimés dans les secteurs axés sur l’exportation (notamment ceux de la joaillerie/bijouterie, de l’automobile et du textile).
- En Chine, selon les données de l'Académie des sciences sociales, 670 000 petites et moyennes entreprises, qui employaient de nombreuses personnes, ont dû fermer. 9000 entreprises supplémentaires (sur 45 000) devraient à leur tour disparaître d'ici le Nouvel An lunaire dans les villes de Canton, Dongguan et Shenzhen, entraînant au total jusqu’à 2,7 millions de pertes d’emplois. Les petites et moyennes entreprises (PME) sont pourtant vivement encouragées à ne pas licencier massivement, afin de ne pas trop solliciter les fonds d'assurance chômage dans les régions concernées.
- En Indonésie, d’après les chiffres publiés en décembre 2008 par le ministère du Travail, près de 40 000 travailleurs ont été licenciés ou seraient en passe de l’être.
Les prévisions du chômage sont à la hausse dans le monde entier, et la qualité de l’emploi risque de se dégrader fortement.[3] - Entre 2007 et 2009, 30 millions de personnes supplémentaires vont perdre leur emploi, portant le taux de chômage mondial à 6,5%. C’est dans les pays développés que la hausse devrait être la plus importante, toutefois le nombre de chômeurs devrait augmenter de 23 millions dans les pays en développement. On prévoit effectivement 11 millions de chômeurs supplémentaires en Asie de l’Est (le taux de chômage, augmentant d’un point de pourcentage, atteindrait 4,5%), 4 millions en Asie du Sud (+0,4 point de pourcentage) et 3 millions en Amérique latine (+0,9 point de pourcentage).
- Si l’on se base sur le seuil de pauvreté fixé à 1,25 dollar par jour, 93 millions de travailleurs supplémentaires devraient rejoindre la catégorie des travailleurs pauvres (+2,5 points de pourcentage), à savoir 47 millions en Asie du Sud et 24 millions en Afrique subsaharienne. Si en revanche, on se base sur le seuil de pauvreté fixé à 2 dollars par jour, le nombre de travailleurs pauvres augmente d’1,2 milliard (+1,5 point de pourcentage). La plus forte hausse concerne l’Asie de l’Est (67 millions), suivie de l’Asie du Sud (52 millions).
Les enseignements tirés des crises antérieures éclairent les tendances actuelles L’Histoire montre que ce sont généralement les salaires qui accusent le coup en cas de crise. Par le passé, on a assisté à une baisse de 40% des salaires moyens en Russie et au Mexique et de 28% en Roumanie, lorsque ces pays ont connu des périodes de crise. De la même manière, durant les années 90, les salaires dans l’industrie manufacturière ont baissé de plus de 20% en Russie, au Brésil et en Indonésie. Dans tous ces cas, un taux d’inflation élevé et une monnaie dévaluée ont contribué à faire chuter rapidement les salaires réels. La présence d’une inflation relativement modérée semble avoir, dans cette crise, un effet particulièrement préjudiciable sur l’emploi. En effet, dans les crises précédentes, les pays qui avaient mis en place des politiques salariales plus rigides ont vu le taux d’emploi s’effondrer – la baisse allant jusqu’à 14% en Bulgarie en 1991 et 11% au Chili en 1982 (contre une baisse respective du PIB de 6,4 et 7,1%). Indépendamment des mécanismes d’ajustement, la proportion des salaires dans le revenu total baisse fréquemment en période de crise. La main-d’œuvre se réoriente massivement vers des activités moins productives, ce qui entraîne une baisse des salaires réels. Lors des crises financières récentes, les secteurs à forte productivité - comme les entreprises d’exportation installées en zone urbaine, la construction et le secteur manufacturier - ont été les premiers à être affectés. Confrontés à une pénurie d’emplois dans ces secteurs, les travailleurs licenciés se sont rabattus sur des secteurs à faible productivité et des activités informelles (agriculture, activités de subsistance non salariées et PME dont le rôle est d’absorber les chocs économiques)[4]. Au Pérou, par exemple, l’emploi dans les micro-entreprises est passé de 49% en 1995 à 63% quatre ans plus tard. Au Mexique, la part de l’emploi informel a rapidement augmenté, passant de 30% en 1994 à 40% en 1995. Même chose au Paraguay, où trois ans après la crise bancaire de 1995, l’emploi informel était passé de 47 à 52%. Dans les secteurs informels et de faible productivité, l’afflux de travailleurs supplémentaires entraîne une baisse des salaires, déjà peu élevés. Il contribue aussi à réduire le salaire moyen, avec un effet négatif sur l’économie dans son ensemble. Durant la crise qu’a connue Indonésie par exemple, dans un premier temps, c’est le secteur de la construction qui a le plus pâti de la crise, se contractant de 37%. Puis, progressivement, l’ensemble des revenus moyens ont connu une baisse estimée à 40%, la crise affectant alors tout le monde à l'exception des travailleurs indépendants[5]. De la même manière, pendant la crise du peso survenue en 1994/1995 au Mexique, ce sont les foyers urbains, ayant des membres employés dans les services financiers et la construction, qui ont subi la plus forte baisse de revenus (48 et 35% dans ces deux secteurs). Durant cette période, même les ouvriers agricoles ruraux ont vu leurs revenus baisser de 17%[6]. Les migrations, à la fois au niveau national et international, ont joué le rôle de mécanismes d’adaptation. Lors des dernières crises, la réorientation des travailleurs d’un secteur à l’autre s'est souvent accompagnée d’un retour des migrants vers les zones rurales. Par exemple, on estime que lors de la crise asiatique de 1997, quelque 30 à 40% des travailleurs urbains ayant quitté la ville ont repris une activité agricole[7]. On a constaté ce type de renversement en Indonésie et en Thaïlande pendant la crise de l'Est asiatique, mais aussi dans les pays de l'ancienne Union soviétique après la crise russe[8]. La crise actuelle se caractérise par un choc économique mondial affectant depuis l'extérieur les pays en développement. Elle limite donc considérablement les perspectives de ceux qui, confrontés à une pénurie d’emplois dans leur pays d’origine, émigrent à l’étranger. Des inquiétudes quant aux perspectives de développement à long terme et aux réponses poltiques Les tendances actuelles compromettent les améliorations espérées, en termes de qualité et de quantité des emplois, mais aussi de croissance et de réduction de la pauvreté. L’expérience des crises passées a montré que si la décélération de la croissance entraîne une chute rapide des revenus et de l’emploi, la reprise a généralement un caractère progressif[9]. D’après des observations de nature empirique, les signes récents laissant présager une évolution favorable en termes de croissance et de baisse de la pauvreté sont associés à un retour des travailleurs du secteur agricole vers d'autres secteurs plus productifs. Par exemple, la hausse de plus de 48% du PIB par personne qu’a connue le Rwanda entre 2000 et 2008 s’explique par le fait que de nombreux actifs travaillant auparavant dans l’agriculture se sont tournés vers les secteurs secondaires et tertiaires[10]. Par ailleurs, les petites entreprises créées en temps de crise sont habituellement moins productives et moins rentables que les entreprises établies avant la crise[11]. De plus, des études menées dans différents pays ont montré qu’un ralentissement de l’économie associé à une réduction ne serait-ce que d’ 1% de la proportion d’emplois manufacturiers pouvait entraîner une augmentation de la pauvreté allant jusqu’à 5% . Les pays font face à cette menace à l'aide de divers programmes, visant à faciliter la création d’emplois durables, de soutenir l'emploi et les revenus dans les secteurs de haute productivité et enfin de créer ou d’améliorer les programmes de protection sociale. Le Brésil, la Chine et l’Inde, par exemple, ont récemment mis en place des politiques dont l’objectif est d’accorder en priorité des crédits et des subventions aux secteurs à forte productivité et aux PME. Le Bangladesh a de plus débloqué 14,6 millions de dollars afin que les PME bénéficient de crédits, par le biais des banques commerciales. Par ailleurs, l’Argentine, le Chili, le Pakistan et la Zambie ont mis en œuvre des programmes visant à créer et/ou promouvoir les travaux d’intérêt public. La Chine a quant à elle consacré 14 milliards de dollars de son plan de relance à des projets ruraux, afin d’aider les travailleurs migrants licenciés à retrouver un travail dans leur village natal. Enfin, pour 2009, le Mexique a consacré 4,4 milliards de dollars au développement d’infrastructures d’urgence. --- Pour de plus amples renseignements sur les activités de la Banque mondiale en matière d'emploi, veuillez consulter les sites : www.worldbank.org/employment (a) et www.worldbank.org/labormarkets (a).  Mise à jour : avril 2009 Contacts presse: Alejandra Viveros Tél :([+1] 202 473 4306 E-mail: aviveros@worldbank.org  (a) indique une page en anglais.
[1] OIT (2009) « Tendances mondiales de l’emploi : janvier 2009. » [2] Estimations de la Dongguan City Association of Enterprises with Foreign Investment (Association des entreprises à capitaux étrangers de la ville de Dongguan). [3] OIT (2009) op. cit. Ces prévisions se basent sur les liens historiques entre la croissance économique et le chômage en temps de crise, dans toutes les économies utilisant les estimations révisées du FMI (novembre 2008) concernant la croissance économique (i.e., Scénario 2). [4] Donald Mead et Carl Liedholm. (1998) The Dynamics of Micro and Small Enterprises in Developing Countries(La dynamique des petites et micro entreprises dans les pays en développement), World Development 26(1): 61-74; Peter R. Fallon et Robert E.B. Lucas (2002) The Impact of Financial Crises on Labor Markets, Household Incomes, and Poverty: A Review of Evidence (Les conséquences des crises financières sur les marchés du travail, les revenus familiaux et la pauvreté : une analyse des indices) The World Bank Research Observer, Vol. 17. No 1, (esp. pp 24-99), respectivement. [5] James P Smith, et al. (2002) Wages, Employment, and Economic Shocks: Evidence from Indonesia (Salaires, emplois et secousses économiques : étude portant sur Indonésie), Journal of Population Economics, Vol. 15, pp 161-193. [6] David J. McKenzie. (2002) How do Households Cope with Aggregate Shocks? Evidence from the Mexican Peso Crisis (Comment les foyers font-ils face aux crises globales ? Étude de la crise mexicaine du peso) World Development, Vol. 31. No 7, pp 1179-1199. [7] Chris Manning (2000) Labor market adjustment to Indonesia’s Economic Crisis: Context, Trends and Implications(L’adaptation du marché du travail indonésien à la crise économique : contextes, tendances et implications) Bulletin of Indonesian Economic Studies, Vol. 36, No. 1, pp 105-136. [8] Banque mondiale (2002) : Georgia Poverty Update (La pauvreté en Géorgie : mise à jour) et Banque mondiale (2002) : Armenia Poverty Update (La pauvreté en Arménie : mise à jour) et Peter R. Fallon et Robert E.B. Lucas (2002) op. cit. [9] Pierre-Richard Agenor, (2002) Why Crises are Bad for the Poor (Pourquoi les crises lèsent les pauvres), Development Outreach, Institut de la Banque mondiale. [10] Banque mondiale (2009) The Role of Employment and Earnings for Shared Growth: The Case of Rwanda (Le rôle de l’emploi et des revenus pour une croissance équitable : le cas du Rwanda) [11] Mead & Liedholm (1998) op. cit.   |