La nouvelle stratégie de la Banque en matiÚre de santé privilégie le renforcement des systÚmes de santé

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Le 25 avril 2007— La petite Elizabeth, ĂągĂ©e de trois ans, souffrait d’une forme mortelle de paludisme lorsque sa mĂšre l’amenĂ©e Ă  l’hĂŽpital public gratuit de l’une des municipalitĂ©s du pays.

 

Elles avaient attendu jusqu’en fin de semaine, soit plusieurs jours aprĂšs l’apparition des premiers symptĂŽmes chez Elizabeth, car sa mĂšre savait que les mĂ©decins se prĂ©sentaient tard Ă  l’hĂŽpital, et elle ne pouvait se permettre de perdre une journĂ©e de travail.

 

En fait, elle avait dĂ» vendre une de ses deux vaches, Ă©puiser ses Ă©conomies et contracter des prĂȘts pour dĂ©frayer les coĂ»ts et les frais officieux liĂ©s Ă  la maladie d’Elizabeth.

 

Tous ces efforts n’ont abouti à rien.

 

Le 17 fĂ©vrier 2003, Elizabeth est devenue l’un des 840 000 enfants ĂągĂ©s de moins de cinq ans qui sont morts des suites de paludisme cette annĂ©e-lĂ .

 

Aurait-on pu sauver Elizabeth ? Qu’aurait-il fallu faire pour cela ?

 

L’histoire d’Elizabeth, qui se dĂ©roule dans un « pays hypothĂ©tique mais bien trop typique », est mise en exergue dans la nouvelle stratĂ©gie de santĂ© de la Banque mondiale approuvĂ©e hier par le Conseil des Administrateurs de l’institution.

 

Cette histoire rĂ©vĂšle pourquoi l’affectation des fonds Ă  l’achat de mĂ©dicaments et de matĂ©riel, en l’absence de la « bonne chaĂźne d’évĂ©nements » permettant d’en assurer la livraison ou l’accessibilitĂ©, ne suffit pas Ă  elle seule Ă  sauver des vies dans les pays en dĂ©veloppement.

 

Parmi les maillons de la chaĂźne doivent figurer un nombre suffisant d’infirmiĂšres, de mĂ©decins et d’autres agents de santĂ© qui interviennent au bon endroit et au bon moment. Il s’agit notamment de veiller Ă  un entreposage convenable des mĂ©dicaments, afin que ceux-ci restent puissants et efficaces, ainsi qu’à l’administration du traitement, pour empĂȘcher l’apparition de la pharmacorĂ©sistance. La chaĂźne comprend Ă©galement une assurance-maladie (publique ou privĂ©e) destinĂ©e Ă  attĂ©nuer l’impact des problĂšmes de santĂ© qui plongent actuellement les familles dans une situation de plus grande pauvretĂ©.

 

Dans les pays en dĂ©veloppement, la mise en place simultanĂ©e de tous ces maillons est un formidable dĂ©fi, que tente de relever la nouvelle stratĂ©gie de la Banque en matiĂšre de santĂ©, affirme M. Cristian Baeza, spĂ©cialiste des politiques de santĂ© de l’institution et chef de l’équipe chargĂ©e de la stratĂ©gie de santĂ©.

 

Dans le cas d’Elizabeth, des moustiquaires disponibles gratuitement auraient pu la protĂ©ger ainsi que d’autres enfants comme elle contre le moustique vecteur du paludisme, mais elles n’avaient pas Ă©tĂ© largement distribuĂ©es Ă  la population locale.

 

Le centre de santĂ© de la ville oĂč l’on aurait pu diagnostiquer et soigner la maladie d’Elizabeth dĂšs le dĂ©but ne comptait aucun agent de santĂ© parmi les membres de son personnel depuis 18 mois.

 

Plusieurs agents de santĂ© avaient Ă©tĂ© attirĂ©s dans les villes oĂč, en vertu du rĂ©gime salarial de la fonction publique, ils pouvaient gagner le mĂȘme salaire tout en jouissant de meilleures conditions de travail. Ceux qui Ă©taient restĂ©s travaillaient au noir pour gagner un revenu supplĂ©mentaire et Ă©taient frĂ©quemment absents ou en retard au travail.

 

« Le dĂ©cĂšs d’Elizabeth avait tout Ă  voir avec un systĂšme de santĂ© dĂ©labrĂ© et ayant dĂ©sespĂ©rĂ©ment besoin d’ĂȘtre rĂ©paré », peut-on lire dans le document intitulĂ© Healthy Development: The World Bank Strategy for Health, Nutrition, and Population Results.

 

En fait, Elizabeth aurait pu ĂȘtre sauvĂ©e par une « bonne chaĂźne d’évĂ©nements », tel que le fait de veiller Ă  ce que les moustiquaires, les mĂ©dicaments et le matĂ©riel parviennent aux familles pauvres, de modifier les incitations salariales de façon Ă  encourager les agents Ă  aller au travail dans les centres de santĂ© pour diagnostiquer et soigner les maux dont souffrent les enfants, d’établir des partenariats public-privĂ© avec les organisations communautaires ou non gouvernementales pour la prestation de services, de donner aux patients et aux collectivitĂ©s les moyens de s’attaquer aux problĂšmes minant le systĂšme, ou de mettre en place des mĂ©canismes appropriĂ©s d’assurance et/ou de financement public afin que le coĂ»t de la maladie n’empĂȘche pas une mĂšre d’aller faire soigner son enfant malade et ne la plonge pas, ainsi que sa famille, dans le dĂ©nuement.

 

Renforcement des systÚmes de santé

 

Selon M. Baeza, la nouvelle stratégie consiste à renforcer les systÚmes de santé des pays en développement, tout en complétant les efforts déployés par les autres organisations qui contribuent à hauteur de plusieurs milliards de dollars à la lutte contre des maladies telles que le VIH/SIDA et le paludisme.

 

Il y a dix ans, la Banque était le principal bailleur de fonds des programmes de santé et de nutrition dans le monde en développement.

 

Aujourd’hui, des organisations telles que la Fondation Bill & Melinda Gates, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, le Partenariat mondial « Faire reculer le paludisme » et l’Emergency Plan for AIDS Relief du prĂ©sident des États-Unis jouent un rĂŽle majeur dans ce domaine.

 

Le volume des dons internationaux s’est accru considĂ©rablement : de 6 milliards de dollars par an en 2000, il est passĂ© Ă  11 milliards de dollars en 2005 et devrait se chiffrer Ă  14 milliards de dollars en 2006/2007.

 

« C’est une bonne nouvelle », se rĂ©jouit M. Baeza. « Le monde s’est rĂ©veillĂ© et a accordĂ© pleinement une attention prioritaire Ă  la santé ».

 

M. Baeza souligne toutefois que la multiplicitĂ© des fonds et des programmes, tout particuliĂšrement ceux qui ciblent une seule maladie, risque d’empĂȘcher que l’on se concentre suffisamment sur le renforcement du systĂšme de santĂ© dans le cadre de la lutte contre diffĂ©rentes maladies, ce qui selon lui est indispensable pour obtenir des rĂ©sultats avec l’augmentation des ressources internationales de financement de la santĂ©.

 

D’aprĂšs M. Baeza, face Ă  cette situation la Banque rĂ©oriente sa prioritĂ© vers le financement des vaccins et des mĂ©dicaments, et ce faisant, elle veille Ă  ce que le systĂšme de santĂ© soit en mesure de fournir des vaccins, des mĂ©dicaments et des soins de santĂ© gĂ©nĂ©raux Ă  un plus grand nombre de personnes.

 

« La stratégie va permettre à nouveau à la Banque de prendre les dispositions voulues pour mieux servir les pays clients dans leurs efforts visant à améliorer la vie des populations et à prévenir la pauvreté liée à la maladie », déclare M. Baeza.

 

M. Julian Schweitzer, Directeur du dĂ©veloppement humain pour la rĂ©gion Asie du Sud de la Banque, prĂ©cise que l’effort sera probablement « autant intellectuel que financier ».

 

« Il s’agit en rĂ©alitĂ© d’aider les pays Ă  examiner soigneusement des problĂšmes qui sont trĂšs difficiles et complexes — financement, gestion, exĂ©cution —, l’économie de la santĂ© et toute la question du financement de la santĂ© Ă©tant fort complexes et comportant des risques considĂ©rables d’échec ».

 

Selon M. Schweitzer, bien des rĂ©sultats en matiĂšre de santĂ© n’ont rien Ă  voir avec le secteur de la santĂ©.

 

« Ces rĂ©sultats ont un rapport avec la pauvretĂ©, avec l’eau et avec le comportement », entre autres.

 

« Les plus grands problĂšmes auxquels les personnes pauvres peuvent ĂȘtre confrontĂ©es sont gĂ©nĂ©ralement les ennuis de santé », ajoute M. Schweitzer.

 

« Ce qui fait passer une personne dĂ©munie d’une situation de pauvretĂ© relative Ă  celle de pauvretĂ© absolue est en gĂ©nĂ©ral un Ă©vĂ©nement tel que la nĂ©cessitĂ© d’une cĂ©sarienne chez une mĂšre, la maladie chronique d’un enfant ou un accident ».

 

« Il convient d’accorder beaucoup plus d’attention Ă  un fait Ă©vident, Ă  savoir qu’il est probable que les personnes en mauvaise santĂ© soient non seulement malheureuses, mais aussi trĂšs improductives ».

 

Incitations et résultats

 

La stratégie met à jour un plan vieux de dix ans qui a engagé un montant total de 15 milliards de dollars pour appuyer 400 programmes et projets dans plus de 100 pays de 1997 à 2006.

 

La nouvelle stratĂ©gie vise Ă  corriger une lacune de l’ancien plan, soit le fait que nombre de pays ne procĂ©daient pas Ă  la collecte et au maintien des donnĂ©es et des documents relatifs Ă  la santĂ©, ce qui rendait trĂšs difficile la mesure des rĂ©sultats.

 

« Il faut lier le financement aux résultats », explique M. Baeza.

 

Il estime que la meilleure façon d’y parvenir consiste Ă  d’adopter des mesures incitatives pour faire de la collecte des donnĂ©es une composante naturelle du processus.

 

À titre illustratif, les programmes et les projets offriraient des primes aux districts locaux pouvant montrer qu’ils ont atteint leurs cibles en ce qui concerne la vaccination, les femmes bĂ©nĂ©ficiant de soins prĂ©nataux et les bĂ©bĂ©s naissant avec des scores Ă©levĂ©s au test AGPAR (Ă©tat de santĂ© gĂ©nĂ©ral), pour ne citer que quelques exemples.

 

« Dans le cadre d’un projet traditionnel on pourrait dire : « nous allons construire 20 cliniques, acheter 20 millions de vaccins et acquĂ©rir des appareils d’anesthĂ©sie ». Au contraire, nous aiderions progressivement le gouvernement Ă  lier directement la vaccination d’un million d’enfants aux dĂ©caissements des prĂȘts de la Banque », affirme-t-il.

 

M. Baeza prĂ©cise que cette approche, dĂ©jĂ  expĂ©rimentĂ©e dans plusieurs programmes pilotes, devrait ĂȘtre efficace dans nombre de pays.

 

Il convient de prĂȘter une attention particuliĂšre aux « États fragiles » — pays souffrant de pauvretĂ© absolue et/ou sortant d’un conflit — oĂč la Banque « devra appuyer la mise en place de l’infrastructure de santĂ© de base et contribuer Ă  assurer l’accĂšs aux services de base ».

 

« La stratĂ©gie n’est pas un modĂšle transposable tel quel. C’est un moyen d’aider les Ă©quipes-pays Ă  veiller Ă  la mise en Ɠuvre d’une stratĂ©gie remportant l’adhĂ©sion du pays, adoptĂ©e Ă  l’initiative de ce dernier et adaptĂ©e au contexte national, pour amĂ©liorer la vie des populations ».

 

« S’il on est partisan de la bonne gestion des affaires publiques, c’est Ă  ce niveau que s’assure la gouvernance — Ă  l’échelon du pays. Ce sont les citoyens qui gĂšrent leur pays et dĂ©cident de leur destinĂ©e ».

 

 

 

 




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