4 mai 2006 - La région Amérique Latine et Caraïbes compte près de 40 millions d'autochtones ; ceux-ci sont nombreux en Argentine (a) bien que cela ne soit pas un fait bien connu. « Peu d'Argentins savent combien d'autochtones vivent dans leur pays » note Dorte Verner qui, en sa qualité d'économiste sénior dans la Région Amérique latine et Caraïbes (LAC), travaille sur un projet axé sur les populations autochtones argentines. « Les estimations de ces populations vont de 600 000 à deux millions » dit-elle.
On commence toutefois à noter leur existence, notamment grâce au programme de Prêt au développement des connaissances et à l'innovation (LIL) de la Banque. Ce dernier, comme son nom l'indique, emploie des méthodes novatrices pour promouvoir des initiatives de développement de proximité.
Les communautés vivent dans des conditions difficiles.
Dorte Verner, dont les activités à la Banque ont couvert de nombreuses régions, est connue pour son action dans les plus pauvres d'entre elles. Elle participe au projet concernant les populations autochtone depuis plusieurs mois et explique, avec un enthousiasme sans bornes, les changements qu'il a entraîné pour les habitants des hauteurs des Andes, dans la province de Salta au nord de l'Argentine.
« Ces communautés n'avaient accès à pratiquement aucun service avant l'intervention de la Banque. Elles ont maintenant l'eau courante à domicile, elles ont construit un dispensaire et elles ont énormément accru leur capital social » indique-t-elle. « Mais le plus extraordinaire, c'est qu'elles sont elles-mêmes aux commandes : non seulement, elles gèrent les fonds, mais en plus elles conçoivent et exécutent les projets communautaires. »
Construire dans des communautés isolées.
Il est difficile d'atteindre les communautés vivant dans les hauteurs des Andes, dans la province de Salta. Il faut marcher au moins 12 heures pour les rejoindre à 5 200 mètres d'altitude.
Dorte Verner fait valoir à quel point les transformations opérées et l'éveil de ces communautés sont remarquables. Il est difficile d'atteindre les communautés vivant dans les hauteurs des Andes, dans la province de Salta. Il faut marcher au moins 12 heures pour les rejoindre à 5 200 mètres d'altitude. En dépit des problèmes considérables posés par le transport de marchandises dans une région presque inaccessible, les membres des communautés ont réussi à amener 120 sacs de ciment pour un projet d'alimentation en eau. Ils ont fait livrer au pied de la montagne tous les matériaux de construction qu'il leur a fallu acheter dans la capitale de la province. Ensuite, grâce à l'appui de différentes communautés, ils ont fait monter ces sacs à dos d'âne pour ensuite, bien sûr, construire le système d'alimentation en eau. Les conditions sont réellement difficiles, et croyez-moi, il peut faire très froid là-haut. »
Participer au développement.
L'aptitude des communautés à surmonter des obstacles redoutables n'est qu'un des aspects des transformations observées qui ont capté l'intérêt de Dorte Verner. Les populations autochtones ont rapidement appris à préparer des propositions de projet et à insister pour que les responsables politiques — qui semblent surpris par l'habilité nouvelle de ce groupe longtemps négligé — les écoutent.
« Les populations autochtones de Salta estiment qu'ils ont désormais les moyens d'agir et savent maintenant quels services publics ils sont en droit d'exiger. Elles se présentent aux responsables des administrations publiques de la province munies de revendications spécifiques au titre de promesses qui leur ont été faites et refusent de partir avant d'avoir obtenu des réponses satisfaisantes à leurs questions » explique Dorte Verner qui ne cache pas son approbation.
Rester fidèle aux traditions
L'habilité avec laquelle les populations autochtones évoluent dans le monde moderne tout en restant fidèles à leurs traditions et à leurs coutumes étonne aussi la spécialiste de la macroéconomie qu'est Dorte Verner. « C'est vrai, beaucoup d'autochtones manquent de moyens matériels ; certains souffrent même de l'insécurité alimentaire et la malnutrition est un problème majeur », fait-elle observer, « mais j'ai vraiment vu, en travaillant à leurs côtés, que la pauvreté ne peut pas se mesurer seulement en terme de revenu ; la culture et les traditions sont également importantes.
Les populations autochtones ne sont pas les plus déshéritées de la planète si l'on fait abstraction de l'aspect monétaire ». Dorte Verner ne sous-estime toutefois pas les nombreux problèmes auxquels les autochtones se heurtent qu'il s'agisse de l'isolement, de l'analphabétisme, du chômage, de l'absence de services de base, ou de la discrimination et de l'exploitation dont ils sont trop souvent victimes.
Prendre son destin en main
Dorte Verner, dont les activités à la Banque ont couvert de nombreuses régions, est connue pour son action dans les plus pauvres d'entre elles.
L'exécution de ce premier projet de la Banque en faveur des communautés autochtones argentines n'a pas été facile car il a fallu suivre une nouvelle approche du développement donnant aux communautés le pouvoir de prendre des décisions et d'exécuter les travaux alors que les populations rurales pauvres et les autochtones sont de longue date marginalisées et ne bénéficient que d'un accès très limité aux biens publics.
Dorte Verner attribue une grande part du succès de ce projet au dévouement de l'équipe des facilitateurs locaux qui travaillent directement avec les communautés pour renforcer leurs capacités, et à l'esprit d'ouverture dont fait de plus en plus preuve l'État qui envisage de nouvelles approches pour faire face aux besoins des communautés autochtones. Le projet sera officiellement clos en décembre ; il aura bénéficié à 53 communautés de six provinces argentines. « Ce n'est bien sûr qu'un début, beaucoup reste à faire. » déclare Dorte Verner. Tirer parti de ces expériences
Selon Dorte Verner, ce projet est riche d'enseignements. Le plus important est que, parfois, il suffit d'une petite initiative, de compréhension et d'un petit capital d'amorçage pour permettre à une communauté isolée et marginalisée de s'organiser et de tirer parti des connaissances et des ressources disponibles pour prendre en charge son propre destin et participer aux affaires de la société.