5 juin 2007—Ying Sirisuk a dû lâcher la main de sa petite sœur de 4 ans lorsque le tsunami a déferlé le 16 décembre 2004 sur le village de pêcheurs de Ban Nam Khem, en Thaïlande.
« Les vagues avaient une telle force que j’ai été obligée de lâcher sa main » a déclaré Ying, qui a survécu en s’agrippant à un matelas flottant. Le corps de sa sœur n’a jamais été retrouvé.
La famille de Ying est l’une des dizaines de milliers de familles qui ont perdu leurs proches, leurs maisons et leurs moyens de subsistance en Indonésie, au Sri Lanka, en Inde et en Thaïlande au cours de la catastrophe naturelle la plus dévastatrice de ces dernières années.
La catastrophe provoquée par le tsunami de l’Océan indien, avec ses 270 000 morts et pertes économiques élevées, a ravivé l’intérêt du monde entier pour la réaction et la préparation aux catastrophes naturelles, notamment dans les pays où de larges populations vivent dans des zones à risque.
Un système d’alarme provisoire "anti-Tsunami" est actuellement opérationnel dans l’Océan indien, grâce à la collaboration entre l’Organisation des Nations Unies pour la culture, la science et l’éducation et la Commission océanographique intergouvernementale. La mise au point définitive du système est prévue pour fin 2007.
Les États et les institutions recherchent d’autres moyens pour protéger environ 3,4 milliards de personnes vivant dans des régions susceptibles de subir au moins une catastrophe naturelle, telle une inondation, un ouragan ou un tremblement de terre. Une Analyse mondiale des zones sensibles réalisée par la Banque mondiale et l’Université de Columbia a estimé à 105 millions le nombre de personnes exposées à trois catastrophes naturelles ou plus.
Préparation aux tremblements de terre en Turquie
Plus de 17 000 personnes ont trouvé la mort lors du tremblement de terre du 17 août 1999 à Marmara en Turquie, lorsque 20 000 immeubles de plusieurs étages et non conformes aux normes de sécurité se sont écroulés et ont enseveli des personnes sous les décombres. Des centaines de milliers de personnes se sont retrouvées à la rue.
La catastrophe a obligé la Banque mondiale, déjà impliquée dans des projets de reconstruction "après-catastrophe" dans ce pays, à modifier son approche d’une simple reconstruction à la préparation pour le prochain tremblement de terre.
« Le gouvernement turc n’a pas réagi avec efficacité au tremblement de terre de Marmara en 1999, ce qui a représenté un problème majeur. De ce fait, l’une des premières choses que nous avons faites a été d’aider le gouvernement à mettre en place l’Agence turque pour la gestion des urgences, dont le but est d’améliorer la capacité du gouvernement à réagir efficacement en cas de catastrophe » a déclaré Wael Zakout, spécialiste en matière de prévention des catastrophes et du relèvement auprès de la Banque.
La Banque a financé la formation et l’équipement des équipes de recherche et de sauvetage (ces équipes ont été parmi les premières à aider les victimes du tremblement de terre de 2005 au Pakistan), et a collaboré avec plusieurs partenaires pour réduire les impacts des catastrophes et améliorer la réponse.
La Banque a également soutenu l’effort du gouvernement pour revoir les codes de construction et exécuter les réglementations en matière de construction et de plans d’occupation des sols. Elle a financé des laboratoires pour tester les matériaux utilisés à ces fins et s’assurer que les immeubles peuvent résister à un tremblement de terre puissant.
En outre, la Banque a soutenu la création du "Turkish Catastrophic Insurance Pool" et elle a participé à hauteur de 180 millions de dollars au fonds de contingence en attendant que le groupement ait réussi à collecter son capital. Le soutien de la Banque a permis de rendre abordable la prime de catastrophe pour bien des familles turques. En 2006, près de 2,6 millions de familles ont déjà souscrit à une assurance couvrant le risque de tremblement de terre », a indiqué M. Zakout.
« Nous ne pouvons pas empêcher les catastrophes, mais nous pouvons aider les gouvernements à en réduire les conséquences » a-t-il ajouté.
Ce rassemblement pourrait bien devenir le forum mondial le plus important pour toutes les parties impliquées dans la réduction des risques de catastrophe, à savoir les gouvernements, les agences des Nations Unies, les institutions financières internationales, les instances régionales, la société civile, le secteur privé et les communautés scientifiques et universitaires.
« Il s’agit pour nous tous qui faisons partie d’une communauté mondiale, d’une réelle opportunité pour réaffirmer qu’il vaut mieux investir dans la prévention des catastrophes que d’attendre qu’elles surviennent pour mobiliser une aide internationale pour la reconstruction » a déclaré Saroj Kumar Jha.
M. Jha est à la tête du Dispositif mondial de réduction des effets des catastrophes et de relèvement (a) (GFDRR), créé en septembre 2006 par la Banque mondiale, la Stratégie internationale des Nations Unies de prévention des catastrophes et d’autres donateurs, et géré par la Banque. Le dispositif mobilise rapidement des équipes d’agences nationales et internationales pour faire face aux catastrophes. Les équipes évaluent les dommages et les pertes, et ces analyses permettent de programmer le redressement et la reconstruction, pour que les gouvernements puissent « reconstruire et mieux construire » selon M. Jha.
Mais le plus important, dans bien des cas, c’est l’autre mission essentielle du Dispositif qui est d’aider les pays à haut risque de catastrophes naturelles à développer et mettre en place des stratégies pour atténuer le risque de catastrophe naturelle avant que celle-ci ne se produise.
M. Jha a expliqué que le Dispositif aidera 40 gouvernements, au cours de la prochaine année fiscale, à identifier les risques et à formuler des stratégies pour les minimiser. Il a ajouté que des donateurs se sont déjà engagés à verser 50 millions de dollars au dispositif, d’autres sommes étant prévues ultérieurement.
Adaptation au climat
Depuis longtemps, la Banque aide les gouvernements dans la reconstruction après une catastrophe, et elle a récemment revu sa politique opérationnelle de manière à être plus souple et plus réactive lorsque survient un tel événement. Cependant, le GFDRR permettra à la Banque de mieux se concentrer sur la prévention ou la minimisation des catastrophes, notamment en aidant les pays à s’adapter aux effets attendus du changement climatique. Selon M. Jha, « C’est un facteur de plus en plus important dans notre travail. » Il ajoute également que : « des preuves scientifiques de plus en plus nombreuses indiquent que le nombre des catastrophes va augmenter dans les années à venir en raison du changement climatique ».
En conséquence, « il devient de plus en plus urgent que la communauté internationale commence à travailler sur la manière dont il est réellement possible de prévenir les catastrophes ».