15 juin 2007 —Une enquête nationale menée en 2004 auprès des ménages a fait apparaître que pas moins de 70 % des femmes âgées d'une trentaine d'années étaient séropositives à Francistown, une ville du Botswana, située à la frontière avec le Zimbabwe. En revanche à Accra, au Ghana, un pays d'Afrique occidentale, seulement 2 % des habitants étaient infectés par le VIH, bien que le pourcentage parmi les travailleurs du sexe atteignent les 80 %. Et à Nairobi, au Kenya, en Afrique orientale, la prévalence du VIH dans la population générale s'approche de 10 % et d'environ 60 % chez les travailleurs du sexe. Une étude effectuée en 2003 estime que près de la moitié des infections serait imputable au commerce du sexe.
L'accumulation des données permet de constater qu'il n'existe pas un mode unique d'infection au VIH dans toute l'Afrique subsaharienne, mais une série de modes régionaux, certaines régions étant plus sévèrement touchées que d'autres.
« Nous n'avons pas vu le VIH atteindre les niveaux que nous avions globalement anticipés, mais l'Afrique australe a dépassé nos pires prédictions, » a déclaré David Wilson, membre de l'Équipe d'appui pour le suivi et l'évaluation de la pandémie de VIH/SIDA de la Banque mondiale et auteur d'une note de synthèse pour la stratégie de la Banque dans la lutte contre le SIDA en Afrique.
« Il y a deux ou trois ans, nous pensions honnêtement que toute l'Afrique se retrouverait à peu près dans une situation aussi critique que celle de l'Afrique australe et qu'elle la rattraperait. C'est donc une agréable surprise de constater que les pays d'Afrique orientale et occidentale affichent des taux beaucoup plus bas. Il apparaît clairement aussi qu'il ne s'agit pas d'un simple effet temporaire. Ils ne vont pas la rattraper. Ils sont tout à fait différents. »
Les zones sensibles de l'épidémie
Au moins trois pays africains, l'Ouganda, le Kenya (en Afrique orientale) et le Zimbabwe (en Afrique australe), ont enregistré une baisse de la prévalence du VIH au niveau national, et cinq à dix autres ont observé un déclin parmi la population urbaine, a indiqué Wilson.
« Je pense qu'il est assez évident maintenant que les pays suivent une voie différente et, généralement parlant, nous n'allons pas les voir s'en détourner vraiment. »
La diversité des formes prises par l'épidémie du SIDA en Afrique subsaharienne impose une stratégie plus sophistiquée que l'approche en série adoptée dans le passé, a déclaré Debrework Zewdie, Directeur du Programme mondial VIH/SIDA de la Banque mondiale.
« Actuellement, notre priorité consiste à repérer les zones sensibles de l'épidémie. Où les infections surviennent-elles ? Il est essentiel de connaître les facteurs qui alimentent l'épidémie », a expliqué Zewdie.
Cette semaine, la Banque se joint à deux autres grandes institutions qui soutiennent financièrement les programmes de lutte contre le SIDA, le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme et le US President's Emergency Plan for AIDS Relief (Plan du Président des États-Unis d'aide d'urgence contre le SIDA ou PEPFAR), à Kigali, au Rwanda, afin de trouver les moyens de surmonter les entraves à la mise en œuvre des programmes anti-SIDA en Afrique. D'après Zewdie, la plus grande difficulté consiste à « découvrir ce qui alimente l'épidémie dans chaque pays et trouver la réponse qui convient. »
« Si l'épidémie est alimentée par le commerce du sexe, il faudra savoir où a lieu ce type de commerce. Il faudra savoir qui sont les clients. Et comment aborder ces deux situations, » a-t-elle ajouté.
Une crise du développement
Le VIH/SIDA constitue « une crise du développement qui nécessite une énorme volonté politique de la part des gouvernements africains pour être surmontée, » a indiqué Zewdie.
Le Programme plurinational de lutte contre le VIH/SIDA (MAP) de la Banque a été lancé en 2001 afin d'aider les gouvernements africains à accroître considérablement leurs services de prévention, prise en charge et traitement du VIH. Le Programme MAP a accordé 1,286 milliard de dollars dans le cadre de 39 programmes nationaux ou régionaux de lutte contre le VIH/SIDA au cours de sa première phase d'une durée de six ans (2001 à 2006) à des centres de services-conseils et de dépistage, en particulier en zones rurales ; il a permis d'améliorer l'accès aux médicaments contre les infections opportunistes et de poser les jalons pour un apport supplémentaire de capitaux en provenance de sources différentes, comme le Fonds mondial et le PEPFAR, afin de lutter contre le SIDA et déployer un traitement antirétroviral.
C'est un véritable contraste avec les maigres 18 millions de dollars accordés chaque année entre 1988 et 1999, lorsque « le financement mondial pour la lutte anti-VIH/SIDA était dérisoire, l'inaction politique était monnaie courante et le refus de voir la réalité était un phénomène répandu, » comme l'indique un nouveau rapport publié cette semaine à Kigali, « The Africa Multi-Country AIDS Program, 2000-2006: Results of the World Bank's Response to a Development Crisis » (Programme plurinational de lutte contre le VIH/SIDA (MAP) en Afrique, 2000-2006 : Résultats de la riposte de la Banque mondiale à une crise du développement). Le financement mondial pour la lutte contre le VIH a quadruplé entre 2001 et 2005, partant de moins de 2 milliards de dollars pour atteindre plus de 8 milliards, selon ce rapport.
Les facteurs de propagation de l'épidémie
Dans un premier temps, « nous devions réagir à une situation d'urgence, » a déclaré Elizabeth Lule, chef de l'équipe de la campagne anti-SIDA pour l'Afrique (ACTAfrica).
« Il était très important de susciter un engagement politique, de mettre en place des institutions permettant de coordonner une approche multisectorielle, de mobiliser les collectivités et de mieux sensibiliser le grand public.
« Aujourd'hui, cinq à six ans plus tard, nous savons qu'il ne s'agit pas d'une simple épidémie, mais que celle-ci revêt des formes bien différentes. Et dans le cadre de cette région, ce que vous avez en Afrique occidentale est très différent de l'épidémie qui fait rage en Afrique australe et la diversité est également apparente d'un pays à l'autre. »
En Afrique occidentale, les facteurs de propagation de l'épidémie sont les travailleurs du sexe et les commerçants ambulants qui empruntent les corridors de transport et sont souvent forcés d'attendre aux frontières. Dans la région des Grands Lacs d'Afrique, les conflits ont causé le déplacement de nombreuses personnes et le dépérissement ou l'effondrement des structures sociales. Dans quelques pays, l'épidémie est propagée par les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes. Bien que la consommation de drogues injectables ne soit pas un grand problème en Afrique, « elle commence à faire son apparition, » a indiqué Lule. En Afrique australe, l'épicentre de l'épidémie, les facteurs de propagation de la maladie comprennent la multiplicité des rapports sexuels, la mobilité de la main-d'œuvre, la précocité des rapports sexuels et le viol, a-t-elle expliqué.
Stratégies nationales
Le nouveau Programme d'action pour l'Afrique pour les cinq années à venir précise que chaque pays doit comprendre en quoi consiste l'épidémie qui le touche de façon à s'assurer que sa stratégie nationale soit axée sur les activités prioritaires, soit financée et fondée sur des données probantes. Par exemple, un travail de recherche vient d'indiquer que l'épidémie en Ethiopie se propage aux zones rurales, alors qu'elle était auparavant cantonnée au milieu urbain. Comme la plupart des services de santé sont concentrés dans les zones urbaines, « la stratégie pourrait consister en une meilleure sensibilisation de l'opinion et une augmentation des services afin de couvrir les populations rurales, que nous ne considérions pas comme vulnérables auparavant, » a déclaré Lule.
Mieux comprendre la maladie
La réponse de la Banque au VIH/SIDA a dû faire face le plus souvent à l'insuffisance des données disponibles en matière de santé. Mais la politique ne consiste pas à attendre d'avoir en main des « statistiques parfaites » pour essayer de découvrir l'élément moteur de l'épidémie, » a expliqué Zewdie.
« En l'absence de données de surveillance fiables dans de nombreux pays, il y a toujours moyen d'élaborer un programme assez proche de la réalité et qui sera utile pour le pays, et de consacrer ainsi une plus grande partie des ressources aux facteurs de propagation de l'épidémie plutôt qu'au profit de la population en général. »
« Nous recherchons en permanence des méthodes permettant de mieux maîtriser cette maladie et j'espère ardemment que nos efforts permettront d'enrayer la propagation du VIH dans les mois et les années qui viennent. »