
Avant que la guerre entre le gouvernement sri-lankais et les Tigres de Libération de l’Eelam Tamoul n’éclate, dans les années 80, la province du nord-est bénéficiait d’un niveau de développement agricole supérieur à ce qu’il était dans la plupart des autres régions du pays : la production de riz y était excédentaire et la province jouissait d’un réel avantage en matière de production de légumes, de fruits et d’autres cultures commerciales. Avant la guerre, près des deux tiers de la population dépendaient pour vivre de cultures agricoles, de l’élevage de bétail et de la pêche en mer. Lorsque le conflit a éclaté, les dommages causés aux systèmes d’irrigation, l’effondrement des institutions à l’échelon villageois (notamment les organisations agricoles), la destruction des voies de circulation permettant d’accéder aux marchés ruraux, ainsi que les déplacements de population, ont entraîné un déclin important de la production agricole.

La remise en état des systèmes d’irrigation et des voies de circulation rurales était un facteur clé de la réinstallation des communautés déplacées et de la garantie de leur autosuffisance alimentaire. Le projet a servi à répondre à ce besoin fondamental. Conçu comme une opération simple et axée sur la communauté, sa mise en œuvre devait intégrer, dans la mesure du possible, les contraintes opérationnelles liées à la volatilité de l’environnement sécuritaire.

La sécurité alimentaire a été assurée pour environ 33 250 personnes affectées par le conflit (y compris des populations se réinstallant dans la zone après avoir été déplacées) dans 396 villages dans la région du projet. Ce résultat est le fruit de la restauration de la capacité de production d’environ 369 petits dispositifs d’irrigation, qui ont permis la remise en culture de 21 944 hectares de terres agricoles exploitées avant la guerre.
Principales réalisations :
- La production de riz (aliment de base de la population) a augmenté de 90 113 tonnes métriques sur la durée de vie du projet (1999-2005).
- L’accès de 83 250 ménages (soit 341 000 personnes), dans 375 villages, aux exploitations agricoles et aux marchés s’est amélioré grâce à la remise en état de près de 1 294 kilomètres de voies de circulation rurales.
- 19 400 familles ont bénéficié d’un approvisionnement en eau potable grâce à la construction de puits dans les villages participant au projet.
- 371 organisations d’agriculteurs traditionnelles ont été réactivées afin d’entretenir les dispositifs d’irrigation remis en état et de coordonner de meilleurs facteurs de production agricole.
- Le projet a soutenu les communautés, grâce à 317 sociétés de développement rural gérées par des femmes, en commençant par des activités de soutien en matière de subsistance pour quelques 18 957 ménages.
- Ce soutien en matière d’activités de subsistance apporté aux groupes de femmes a renforcé la dimension d’intégration du projet et créé un potentiel d’amélioration des moyens d’existence à l’échelon des ménages.
- Le projet a permis de mettre en place quelques 379 centres communautaires dans des villages.

- Le coût total du projet s’est élevé à 131,6 millions de dollars, dont 25,5 millions versés par l’IDA, 5,10 millions par l’État et 1,0 million par les collectivités locales.
- Il s’agissait du premier programme de réhabilitation à grande échelle financé par des bailleurs de fonds et lancé avec succès dans la région nord-est, après l’intensification du conflit dans les années 80.
- L’IDA a assumé un risque considérable en jouant un rôle pionnier en matière d’aide au développement dans la région, grâce à la conception et à la mise en œuvre de ce projet à une époque où la région était considérée « en conflit », et alors même que des parties de la zone du projet ne se trouvaient pas sous le contrôle du gouvernement.
- Les mécanismes de conception et de mise en œuvre ont été élaborés à partir d’approches pragmatiques et innovantes et ont considérablement aidé le projet à fournir une assistance efficace aux bénéficiaires, tout en assurant la transparence et en renforçant le sens des responsabilités.
- Ce projet a constitué, pour le Conseil provincial nord-est (North-East provincial Council, NEPC), une opportunité sans précédent de tirer parti du potentiel et de développer les capacités des collaborateurs, pour des opérations de réhabilitation et de reconstruction à grande échelle avec des bailleurs de fonds de premier plan. La réalisation du projet a aidé d’autres bailleurs de fonds à considérer le NEPC comme une institution capable et à lui confier ultérieurement la gestion à grande échelle de programmes de bailleur de fonds. Le succès du projet au cours des deux premières années a amélioré la confiance des bailleurs de fonds dans les interventions dans les zones de conflit ; il a en outre catalysé la poursuite de la réhabilitation et l’aide à la reconstruction dans la région.

Un deuxième projet similaire de 65 millions de dollars a été approuvé à la mi-2004, afin d’étendre l’aide au développement, initialement mise en place dans le cadre du projet, à environ 85 000 autres personnes affectées par le conflit durant une période de six ans. La conception du projet est fondée sur les leçons, l’expérience en matière de mise en œuvre et les problèmes de développement découlant du premier projet. Elle fait évoluer la focalisation du projet de la reprise de la production agricole de subsistance à l’amélioration de la production agricole et de l’agriculture commerciale. Toutefois, la reprise récente des hostilités dans la zone du projet pourrait rendre plus difficile cette évolution.