| 27 juin 2007 â Des millions de filles dans le monde ne vont pas Ă lâĂ©cole, et trois quarts dâentre elles appartiennent Ă des minoritĂ©s ethniques, religieuses, linguistiques, raciales et autres qui sont en marge de la sociĂ©tĂ©. Tel est le constat essentiel qui se dĂ©gage dâune nouvelle Ă©tude publiĂ©e par le Center for Global Development sous le titre Inexcusable Absence: Why 60 million girls still arenât in school and what to do about it. Cet ouvrage, dont la Banque a marquĂ© le lancement officiel le 21 juin Ă Washington, met en lumiĂšre les Ă©carts souvent considĂ©rables qui existent entre les filles des groupes minoritaires et majoritaires en termes de scolarisation et dâachĂšvement des Ă©tudes â un phĂ©nomĂšne auquel on nâavait pas prĂȘtĂ© attention jusquâici, selon Maureen A. Lewis, Ă©conomiste en chef par intĂ©rim pour le rĂ©seau DĂ©veloppement humain de la Banque mondiale. « Tous ceux Ă qui on en a parlĂ© ont Ă©tĂ© passablement surpris, parce que câest un fait qui nâapparaĂźt pas sur les Ă©crans radars », explique Mme Lewis, auteur de ce livre avec Marlaine E. Lockheed, ancien chef du secteur Ăducation Ă la Banque. Alors que le niveau de scolarisation des filles rattrape, voire dĂ©passe, celui des garçons dans beaucoup de pays, les filles des groupes minoritaires marginalisĂ©s restent au bas de lâĂ©chelle en termes dâĂ©ducation. Au plan mondial, le nombre de filles non scolarisĂ©es est tombĂ© de 60 millions Ă un niveau estimĂ© Ă 43 millions en 2006, mais le problĂšme persiste dans les pays oĂč les minoritĂ©s sont Ă©conomiquement et socialement dĂ©favorisĂ©es, et les femmes tenues Ă lâĂ©cart. Câest en Afrique (47 %) et en Asie du Sud (25 %) quâon trouve les plus hauts pourcentages de filles qui ne frĂ©quentent pas lâĂ©cole, mais câest en AmĂ©rique latine que les filles des groupes minoritaires reprĂ©sentent la plus forte proportion. âąÂ Au Guatemala, pays Ă revenu intermĂ©diaire de la tranche infĂ©rieure, le taux dâachĂšvement des Ă©tudes primaires est de 62 % parmi les filles qui parlent espagnol, mais de 26 % seulement pour celles des groupes indigĂšnes qui ne le parlent pas. âąÂ En RĂ©publique dĂ©mocratique populaire lao, pays Ă faible revenu, les filles des tribus montagnardes vont au bout de deux annĂ©es de scolaritĂ©, alors que celles du groupe ethnique dominant qui vivent dans les communautĂ©s urbaines restent Ă lâĂ©cole une moyenne de huit ans, comme pour les garçons. âąÂ En RĂ©publique slovaque, pays Ă revenu intermĂ©diaire de la tranche supĂ©rieure, 9 % seulement des filles de lâethnie rom font des Ă©tudes secondaires, contre 54 % pour celles dâorigine slovaque. Avantages dâune meilleure paritĂ© filles-garçons dans lâĂ©ducation Des Ă©tudes ont montrĂ© quâune rĂ©duction des disparitĂ©s entre les sexes en matiĂšre dâĂ©ducation a un impact positif sur la croissance Ă©conomique. Des filles qui ont reçu une Ă©ducation ont davantage de chances dâentrer sur le marchĂ© de lâemploi, de mieux gagner leur vie, de retarder le mariage, de planifier leurs choix au niveau familial et de vouloir donner une Ă©ducation Ă leurs propres enfants. En revanche, le manque dâĂ©ducation et de qualifications rend bien plus difficile la possibilitĂ© pour elles et leur famille dâĂ©chapper Ă lâextrĂȘme pauvretĂ© et de se protĂ©ger contre la violence familiale et le VIH/SIDA. « Vu ses incidences positives sur le dĂ©veloppement Ă©conomique et social, les pays ne peuvent pas se permettre de nĂ©gliger lâĂ©ducation des filles », soulignent Ă cet Ă©gard les deux auteurs de lâĂ©tude. Mais Mme Lewis fait observer aussi que, dans les groupes minoritaires, les parents eux-mĂȘmes ne sont pas allĂ©s Ă lâĂ©cole dans bien des cas, et risquent plus de ne pas y attacher autant dâimportance â dâautant plus si la qualitĂ© de lâenseignement est mĂ©diocre, les bĂątiments scolaires eux-mĂȘmes en mauvais Ă©tat, ou les professeurs souvent absents. Ces parents craignent aussi que leurs filles ne soient pas en sĂ©curitĂ© ou quâelles soient maltraitĂ©es Ă lâĂ©cole. Ils veulent peut-ĂȘtre quâelles restent Ă la maison pour aider, ou il se peut quâils « ne voient tout simplement pas pourquoi elles auraient besoin de partir », ajoute-t-elle. « Câest Ă la fois quâils ne veulent pas faire partie de lâensemble de la sociĂ©tĂ© dans certains cas et que, dans dâautres, ils font lâobjet de discriminations. » Solutions personnalisĂ©es « Si lâon veut atteindre ce groupe, on ne peut pas continuer Ă procĂ©der de la mĂȘme façon », dit-elle encore. « Il sâagit de mieux adapter les choses, mais cela rend le processus plus onĂ©reux et plus difficile. » Une solution adoptĂ©e pour les communautĂ©s roms dâEurope de lâEst consiste ainsi, pour attĂ©nuer leurs craintes, Ă permettre aux mĂšres de famille dâaller en classe avec leurs jeunes enfants. En Inde, les Ă©coles du Rajasthan ont engagĂ© des employĂ©s Ă temps partiel pour servir dâescortes sur le chemin de lâĂ©cole aux filles des groupes marginalisĂ©s. Dans des pays comme le Bangladesh, lâĂquateur ou le Mexique, des allocations conditionnelles viennent en aide aux familles qui envoient leurs enfants Ă lâĂ©cole. Enfin, au Chili, lâapport ciblĂ© de ressources aux Ă©coles qui affichent de faibles rĂ©sultats a sensiblement rĂ©duit lâĂ©cart entre les enfants indigĂšnes et les autres en termes de rĂ©ussite scolaire. Dâautres mesures pourraient consister Ă : - modifier les politiques dâĂ©ducation et sâattaquer aux discriminations ;
- Ă©largir les choix possibles en matiĂšre dâinstruction, pour y inclure par exemple lâenseignement non formel ou Ă distance ;
- améliorer la qualité et la fonctionnalité des écoles et salles de classe ;
- soutenir les programmes dâĂ©ducation compensatoire au niveau prĂ©scolaire et scolaire ;
- Ă©tablir des incitations pour les mĂ©nages qui envoient leurs filles Ă lâĂ©cole.
Mais comme le souligne Mme Lewis, le simple fait dâenvoyer les enfants Ă lâĂ©cole nâest pas tout : « Est-ce quâils y apprennent vraiment quelque chose ? Est-ce que le professeur est lĂ ? Ce genre de choses a autant dâimportance que la question de savoir sâils vont effectivement Ă lâĂ©cole », dit-elle. Ce que note lâouvrage, câest quâune fois Ă lâĂ©cole, les filles des milieux marginalisĂ©s se dĂ©brouillent en gĂ©nĂ©ral aussi bien que les garçons, et quâelles rĂ©ussissent souvent mieux aux tests dâapprentissage. Â
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