RĂPUBLIQUE DE GUINĂE Travail â Justice â SolidaritĂ©  Allocution de Docteur Ousmane DORE, Ministre de lâĂconomie, des Finances et du Plan prononcĂ©e Ă lâoccasion de lâouverture du Forum des bailleurs du 24 au 25 juillet 2007   Paris, le 24 juillet 2007  Monsieur le PrĂ©sident de la Commission de la CEDEAO, Monsieur le Haut ReprĂ©sentant du SecrĂ©taire GĂ©nĂ©ral des Nations Unies pour lâAfrique de lâOuest, Monsieur le Directeur des stratĂ©gies et opĂ©rations de la rĂ©gion Afrique de la Banque mondiale, Monsieur le ReprĂ©sentant de la PrĂ©sidence de lâUnion europĂ©enne pour les pays de la rĂ©gion du fleuve Mano, Monsieur le Directeur pour les pays de la rĂ©gion Afrique occidentale de la Commission europĂ©enne, Monsieur le Directeur des opĂ©rations pour la GuinĂ©e Ă la Banque mondiale, Madame le reprĂ©sentant de la Commission europĂ©enne, Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement, Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et ReprĂ©sentants des Institutions internationales, Madame et Messieurs les Dirigeants syndicaux et responsable de la sociĂ©tĂ© civile guinĂ©enne, Honorables invitĂ©s, tout protocole observé ;  Mesdames et Messieurs,  Câest un grand honneur et un rĂ©el plaisir dâĂȘtre avec vous aujourdâhui Ă lâoccasion de lâouverture du Forum des partenaires de dĂ©veloppement de la GuinĂ©e organisĂ© ici Ă Paris, dans les locaux de la Banque mondiale, par le Gouvernement de la RĂ©publique de GuinĂ©e en collaboration avec nos partenaires au dĂ©veloppement. Cette importante rencontre qui connaĂźtra la participation des principaux partenaires au dĂ©veloppement de la GuinĂ©e constitue une Ă©tape fondamentale dans la mise en Ćuvre du programme minimum dâurgence Ă©laborĂ© Ă Bel Air par le Gouvernement dans la perspective dâune stabilisation politique, Ă©conomique et sociale du pays aprĂšs les douloureux Ă©vĂ©nements de janvier et fĂ©vrier 2007.  Permettez-moi tout dâabord, au nom du Chef de lâĂtat et de Monsieur le Premier ministre de vous remercier dâavoir acceptĂ©, malgrĂ© vos calendriers de vacances que je sais chargĂ©s, de participer Ă cette journĂ©e de rĂ©flexion sur lâavenir politique de la GuinĂ©e.  Je remercie tout particuliĂšrement la Banque mondiale pour sa promptitude Ă organiser cette importante rĂ©union dans ses locaux et dans des conditions de dĂ©lais particuliĂšrement difficiles.  Ce Forum constitue pour le Gouvernement guinĂ©en, une Ă©tape essentielle dans son plaidoyer pour la mise en Ćuvre de son programme de court et moyen termes. Car, il permettra de soumettre Ă lâanalyse de lâensemble des partenaires bi et multilatĂ©raux, les orientations stratĂ©giques essentielles arrĂȘtĂ©es par le gouvernement lors de son sĂ©minaire tenu en mai dernier Ă Bel Air.  Ce programme qui est la traduction concrĂšte de la dĂ©claration de politique du Premier ministre, sâintĂšgre parfaitement avec les orientations stratĂ©giques du programme Ă court et moyen terme du Gouvernement et du Document de stratĂ©gie de rĂ©duction de la pauvretĂ© II en cours de finalisation dont dâailleurs, certaines actions, en raison de lâurgence, ont connu un dĂ©but dâexĂ©cution depuis la mise en place du Gouvernement en mars 2007.  AxĂ© sur les prioritĂ©s urgentes du moment, ce programme de six mois dâun coĂ»t global de 123 millions de dollars EU poursuit trois objectifs majeurs que sont : i) redonner de l'espoir en rĂ©pondant de façon concrĂšte aux attentes des populations ; ii) consolider l'Ă©tat de droit Ă travers le renforcement du dialogue politique et social et la tenue d'Ă©lections lĂ©gislatives consensuelles et crĂ©dibles ; et iii) crĂ©er les bases d'une reprise du processus de dĂ©veloppement.  Mesdames et Messieurs,  Aujourdâhui, la GuinĂ©e fait face Ă un contexte socioĂ©conomique et politique trĂšs difficile.   En dĂ©pit de ses immenses potentialitĂ©s en ressources naturelles : sol fertile, fer, or, diamant, 75% des rĂ©serves mondiales de bauxite, potentiel hydroĂ©lectrique, la GuinĂ©e reste un pays des plus pauvres du monde.  AprĂšs des rĂ©sultats globalement encourageants sur le plan Ă©conomique et sur celui du processus dĂ©mocratique, plusieurs observateurs avaient pariĂ© sur un progrĂšs Ă©conomique de la GuinĂ©e au cours des annĂ©es 2000 qui la placerait au rang des pays Ă revenu intermĂ©diaire. On a estimĂ© en ce moment, que lâaccĂ©lĂ©ration de la croissance de la GuinĂ©e devrait sâappuyer sur :  - Sa capacitĂ© Ă gĂ©rer sainement son cadre macroĂ©conomique et Ă allouer lâessentiel des ressources de lâĂtat vers des secteurs moteurs de la croissance et rĂ©pondant Ă la satisfaction des besoins fondamentaux des populations (Ă©ducation, santĂ©, eau et assainissement, Ă©lectricitĂ©, infrastructures rurales, etc.
- Le renforcement du processus démocratique et de la gouvernance économique ;
- La reprise des appuis budgĂ©taires de la part de ses partenaires au dĂ©veloppement, conditionnĂ©e par les facteurs ci-dessus, permettant Ă la GuinĂ©e dâatteindre le point dâachĂšvement de lâInitiative PPTE et dâaccĂ©der Ă lâinitiative dâannulation de la dette multilatĂ©rale.
Rien de tout cela ne se rĂ©alisera, les annĂ©es 2001-2006 sâĂ©tant caractĂ©risĂ©es au contraire par une dĂ©gradation du cadre macroĂ©conomique sans prĂ©cĂ©dent, le recul du processus dĂ©mocratique et une baisse drastique des concours extĂ©rieurs.  En effet, le pays connaĂźt depuis fin 2002, un contexte Ă©conomique particuliĂšrement fragile, marquĂ© par des rĂ©sultats Ă©conomiques mĂ©diocres : taux de croissance annuel moyen de lâordre de 2.3% alors que la population continue de croĂźtre Ă 3,1%, taux dâinflation annuel atteignant 40% en 2006, des rĂ©serves de change complĂštement Ă©puisĂ©es, une incapacitĂ© de lâĂtat Ă honorer le service de la dette dont lâencours avoisinerait le niveau du PIB nominal.  Une telle Ă©volution est le rĂ©sultat des dĂ©rapages constants dans la gestion Ă©conomique et financiĂšre, eux-mĂȘmes favorisĂ©s en partie par un contexte dâinstabilitĂ© sous-rĂ©gionale, et surtout, par des problĂšmes de gouvernance que connaĂźt le pays depuis le dĂ©but de la dĂ©cennie. La mauvaise gestion des ressources publiques, la corruption gĂ©nĂ©ralisĂ©e, le dĂ©ficit de dialogue politique et social, le non respect des principes dĂ©mocratiques ainsi que le dysfonctionnement des institutions ont provoquĂ© un dĂ©ficit grave de confiance entre lâĂtat et les citoyens.  Sous lâeffet conjuguĂ© de ces diffĂ©rents facteurs, lâincidence de la pauvretĂ© sâest sensiblement aggravĂ©e en passant de 49,2% en 2002 Ă 53,6% en 2005. En outre, lâĂtat sâest trouvĂ© dans lâincapacitĂ© de fournir Ă la population de façon rĂ©guliĂšre et continue, les services publics de base tels que lâeau potable, lâĂ©lectricitĂ© et les transports publics, toutes choses compromettant les chances de rĂ©alisation des objectifs du MillĂ©naire pour le dĂ©veloppement. Les indicateurs sociaux de dĂ©veloppement humain sont quasi stationnaires avec une espĂ©rance de vie Ă la naissance Ă peine supĂ©rieure Ă 44 ans tandis que la mortalitĂ© infantile frappe encore 17% des enfants Ă la naissance. En dĂ©pit des progrĂšs enregistrĂ©s dans lâĂ©ducation, un enfant sur deux seulement est scolarisĂ© et 6% Ă peine des femmes en milieu rural ont frĂ©quentĂ© lâĂ©cole.  Les tensions sociales rĂ©sultant de cette situation ont conduit durant les deux derniĂšres annĂ©es, Ă des mouvements de grĂšve gĂ©nĂ©rale suivis sur lâensemble du territoire nationale et entraĂźnant parfois des consĂ©quences tragiques, comme ce fut le cas pour les deux derniers en date, qui se sont soldĂ©s par plus dâune centaine de morts et des dĂ©gĂąts matĂ©riels considĂ©rables en janvier et fĂ©vrier 2007. Lâimage et lâautoritĂ© de lâĂtat en ont Ă©tĂ© fortement entamĂ©es.  Sur le plan administratif, la situation est encore plus chaotique, le trafic dâinfluence, le marchandage et la corruption se sont installĂ©s Ă tous les niveaux de lâEtat. La production, le travail et lâexcellence sont dĂ©laissĂ©s au profit de pratiques abjectes. La faiblesse de lâĂtat se traduit chaque jour par la nature des relations quâil entretient avec un secteur privĂ© devenu son appendice ; sâenrichissant au grĂ© des faiblesses et des marchĂ©s indĂ»ment obtenus avec la complicitĂ© de fonctionnaires peu scrupuleux. Lâimmobilisme, lâirresponsabilitĂ© et la fatalitĂ© sont devenus monnaies courantes.  LâincapacitĂ© du gouvernement Ă faire face Ă ces problĂšmes concrets de gouvernance, lâont conduit depuis quelques annĂ©es Ă lâabandon de lâappareil dâĂtat, de telle sorte que mĂȘme lâimpĂŽt quâil collecte ne suffit plus Ă couvrir ses besoins de fonctionnement. La justice, ou ce qui en reste encore, nâest pas rendue. La police agit pour son propre compte. Chaque fonctionnaire a privatisĂ© les services publics placĂ©s sous son contrĂŽle.  Pour faire face Ă ces diffĂ©rents problĂšmes, le gouvernement a dĂ©cidĂ© dâorganiser le sĂ©minaire de Bel Air loin des tumultes de Conakry pour rĂ©pondre de façon efficace Ă lâattente des populations. Ă lâissue de cette retraite de quatre jours, le gouvernement a Ă©laborĂ© un programme de travail dont lâobjectif principal est de lancer, pour les trois prochaines annĂ©es, les bases du dĂ©veloppement socio-Ă©conomique de la GuinĂ©e. Ce programme comporte des plans dâaction sectoriels et un programme minimum dâurgence dont les dĂ©tails, dĂ©jĂ adressĂ©s Ă vos services respectifs dans la perspective du prĂ©sent Forum, vous seront prĂ©sentĂ©s au cours de nos travaux.  Nous sommes conscients de lâimmensitĂ© des dĂ©fis, mais, lâengagement des populations, la justesse et la lĂ©gitimitĂ© de leurs attentes nous condamnent Ă lâaction immĂ©diate et continue, pour satisfaire Ă ces nombreux cris de dĂ©tresse que ne cessent de lancer les forces vives de la Nation. Nous avons lâobligation de rĂ©ussir le pari de bĂątir en GuinĂ©e, une nation apaisĂ©e, rĂ©conciliĂ©e et dĂ©mocratique. Cela ne se fera ni en un seul jour, ni sans efforts. Je sais que les attentes sont grandes, les moyens limitĂ©s, mais lâengagement, la dĂ©termination et le soutien de tous nous permettront de relever le dĂ©fi.  Le gouvernement pour sa part sâest engagĂ© dans la dynamique du changement en organisant un sĂ©minaire qui a permis dâune part, dâĂ©valuer les dĂ©fis quâil faut relever dans chaque secteur et dâautre part, de tracer les grandes lignes de son action.  Sans attendre, le Gouvernement a commencĂ© Ă poser les premiers jalons dâune amĂ©lioration progressive des besoins des populations en Ă©lectricitĂ©, en alimentation de base et en eau courante en accroissant significativement son soutien financier Ă ces secteurs. Avec lâappui de certains partenaires, des projets importants de sauvetage sont en cours de rĂ©alisation. Je pense notamment Ă la rĂ©habilitation de certaines centrales thermiques, la mise Ă niveau du rĂ©seau de distribution de Conakry et certaines villes, le lancement du projet dâĂ©clairage public Ă Conakry, lâextension de la capacitĂ© de production dâeau potable, lâassainissement de la ville de Conakry. Aussi, par le seul fait dâun dĂ©but de discipline budgĂ©taire, la dĂ©prĂ©ciation du franc guinĂ©en a Ă©tĂ© stoppĂ©e et la dĂ©tĂ©rioration du pouvoir dâachat des mĂ©nages attĂ©nuĂ©e.  Sur le plan politique, le gouvernement continue sans prĂ©cipitation ni empressement, mais avec la mĂȘme dĂ©termination et la mĂȘme volontĂ© Ă approfondir le changement. Ainsi, le dialogue politique et social lancĂ© au lendemain des mouvements, est en cours de formalisation autour du Premier ministre avec comme objectif, la consolidation de lâunitĂ© nationale et la prĂ©servation de la paix dans le pays. Les autoritĂ©s rĂ©gionales et prĂ©fectorales ont Ă©tĂ© mise en place, aprĂšs une large consultation des acteurs. Tous ces efforts concourent Ă redonner Ă la nation, un sens et une direction afin que les Ă©lections lĂ©gislatives se dĂ©roulent dans les conditions maximales de transparence et de crĂ©dibilitĂ©.  Sur le plan Ă©conomique, lâaction du gouvernement a Ă©tĂ© axĂ©e sur la restauration de la discipline budgĂ©taire, la rĂ©duction des dĂ©penses, lâinterdiction de nouvelles exonĂ©rations fiscales, lâarrĂȘt des dĂ©penses extrabudgĂ©taires y compris les dĂ©bits dâoffice des comptes du trĂ©sor par la BCRG, lâexĂ©cution du budget sur base caisse avec la mise en place dâun plan de trĂ©sorerie mensuel rigoureusement respectĂ© depuis avril et le respect strict du principe de lâunicitĂ© de trĂ©sorerie.  Dans le cadre du programme dâurgence, le Gouvernement a engagĂ©, sans attendre, les actions dont lâurgence ne permettait pas un diffĂ©rĂ©. Câest Ă ce titre que les services essentiels notamment lâalimentation, lâeau et lâĂ©lectricitĂ© ont bĂ©nĂ©ficiĂ© des premiers appuis du gouvernement.  Tous ces efforts demandent beaucoup dâaudace et de sacrifice, mais aussi beaucoup de clairvoyance afin que les engagements qui seront pris de commun accord puissent servir la cause qui nous rĂ©uni ici aujourdâhui câest-Ă -dire, le bien ĂȘtre des populations. Je compte donc sur vous pour que ces journĂ©es de discussion aboutissent Ă des engagements concrets et rĂ©alistes pour satisfaire les attentes des guinĂ©ens.  Câest pourquoi, je voudrais, au nom de Monsieur le Premier ministre, dire Ă nos partenaires au dĂ©veloppement, lâengagement du Gouvernement Ă mettre tout en Ćuvre pour rĂ©ussir le pari dâun Ă©tat dĂ©mocratique et prospĂšre en GuinĂ©e, puisque câest cela notre mission. Pour cela, nous avons besoin de votre appui et de votre disponibilitĂ© Ă accompagner et Ă soutenir le programme qui vous sera prĂ©sentĂ© lors de nos travaux. Dâores et dĂ©jĂ , je voudrais saluer votre prĂ©sence ici, comme Ă©tant la double manifestation de votre intĂ©rĂȘt pour les prĂ©occupations fondamentales de nos populations et la preuve de votre dĂ©termination Ă consolider durablement les acquis de la lutte contre la pauvretĂ© en GuinĂ©e.  Au moment oĂč la GuinĂ©e sâapprĂȘte Ă conclure de nouveau un Programme formel avec les institutions de Bretton Woods, je demeure convaincu que votre appui ne fera pas dĂ©faut. Cet appui certain et constant devrait sâaccroĂźtre en volume et en efficacitĂ© afin quâensemble nous puissions offrir aux familles nombreuses fragilisĂ©es et abandonnĂ©es Ă leur sort, un espoir, lâespoir dâun lendemain meilleur. En cela, le Forum qui va sâouvrir dans quelques instants, nous offre une excellente opportunitĂ© de relancer les bases dâune coopĂ©ration favorable au dĂ©veloppement. Je voudrais, Ă cette occasion, vous demander de bien vouloir mobiliser au titre de vos appuis au programme minimum dâurgence du gouvernement, des ressources additionnelles au-delĂ de vos engagements initiaux qui pourront le cas Ă©chĂ©ant ĂȘtre rĂ©allouĂ©es.  En tout Ă©tat de cause, le gouvernement reste disposĂ© Ă associer les partenaires Ă la gestion des ressources mobilisĂ©es dans le cadre dâun Trust Fund avec des procĂ©dures allĂ©gĂ©es.  Je voudrais pour terminer, remercier trĂšs sincĂšrement les autoritĂ©s françaises pour lâexcellence de leur accueil et lâappui quâelles ont apportĂ© pour la bonne organisation du Forum. En souhaitant Ă tous la bienvenue, je dĂ©clare ouvert le prĂ©sent Forum !  Je vous remercie !  |