
Le Tarim, un fleuve chinois de 1 300 kilomĂštres de long, ne se jette pas dans la mer, mais rejoint un systĂšme de lacs appelĂ© « lac Taitema » situĂ© dans la rĂ©gion pauvre et aride de Xinjiang Uygur (XUAR), qui est la plus grande rĂ©gion autonome de Chine. Sa superficie est environ quatre fois celle de la France. AprĂšs 30 ans dâune utilisation non viable de lâeau, le lac Taitema est complĂštement assĂ©chĂ©.

Un premier projet vise Ă accroĂźtre la production agricole (et augmenter les moyens de subsistance des agriculteurs) en amĂ©liorant la gestion des ressources hydrauliques et en intensifiant lâagriculture. Sur la base du premier projet et de nombreuses innovations techniques, le second projet a permis de crĂ©er le premier systĂšme de gestion viable des ressources hydraulique en Chine. Au terme des deux projets, lâĂ©coulement vers le lac a Ă©tĂ© rĂ©tabli, et le bassin couvre maintenant une surface de 200 kmÂČ.

La meilleure gestion des ressources hydrauliques a permis de produire des rĂ©coltes plus abondantes, de diversifier les cultures au profit de plantes Ă meilleur rendement et dâamĂ©liorer le statut social et les opportunitĂ©s dâemploi pour de nombreuses femmes. La dĂ©sertification rapide dâune « zone traditionnellement verte » a Ă©tĂ© ralentie, puis inversĂ©e.
Principales réalisations :
- RĂ©duction de la pauvreté : dans la zone du projet, prĂšs de 70 % de la population a rĂ©ussi Ă sortir de la pauvretĂ©. Plus de 200 000 foyers dâagriculteurs ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de retombĂ©es directes. Le revenu moyen des agriculteurs a augmentĂ© dans les cinq prĂ©fectures et, plus sensiblement, dans les deux prĂ©fectures les plus pauvres de Kizilsu et Hotan.
- Conservation de lâeau : dans les canaux, lâapplication dâune couche de ciment par-dessus une gĂ©o-membrane pour prĂ©venir les fuites a augmentĂ© de 60 Ă 95 % lâefficacitĂ© de lâadduction et permet dâĂ©conomiser environ 600 Ă 800 millions de mĂštres cubes dâeau chaque annĂ©e. Cette eau est rĂ©affectĂ©e Ă des utilisations environnementales, urbaines et industrielles et a permis de remettre le terrain en Ă©tat et dâĂ©tendre lâirrigation Ă plus de 41 000 hectares de nouvelles terres agricoles.
- Remise en état du terrain et amélioration du rendement des terres : de 1998 à 2003, 41 460 hectares de terrain supplémentaire ont été remis en état grùce à une meilleure irrigation, tandis que le rendement de plus de 123 000 hectares de terre irriguée à faible production a été sensiblement accru. Cela a contribué à faire passer la production annuelle à 220 000 tonnes de blé, 82 000 tonnes de coton et 116 000 tonnes de maïs. Des récoltes de valeur supérieure, telles que les fruits (pommes, abricots, poires et raisin), graines oléagineuses, melons, légumes et luzerne, ont été plantées sur environ 148 000 hectares de terre.
- RĂ©formes institutionnelles : ces projets ont permis de crĂ©er le premier systĂšme entiĂšrement fonctionnel et intĂ©grĂ© de gestion hydraulique en Chine en sâappuyant sur les initiatives ayant prĂ©cĂ©dĂ© les projets. Les rĂ©formes et innovations institutionnelles incluaient les aspects suivants : renforcement dâune commission responsable dâĂ©tablir des quotas annuels dâutilisation dâeau pour chacun des sous-bassins ; un bureau renforcĂ© de gestion du bassin, qui contrĂŽle les retraits dâeau et lâapprovisionnement en eau en aval de la zone verte ; et la mise en Ćuvre de nouveaux mĂ©canismes dans les prĂ©fectures et comtĂ©s pour convertir les quotas en allocations dâeau individuelles aux agriculteurs.
- Revitalisation de lâenvironnement : environ 1,7 milliard de mĂštres cubes dâeau a Ă©tĂ© rĂ©injectĂ© dans la partie infĂ©rieure du fleuve Tarim, rĂ©tablissant ainsi 300 kilomĂštres de cours dâeau Ă sec. La superficie des forĂȘts de la rĂ©gion a augmentĂ© de plus de 30 %, et celle des pĂąturages de 15 %, ce qui a contribuĂ© Ă diminuer de moitiĂ© les coĂ»ts socio-Ă©conomiques des dommages rĂ©sultant des vents et tempĂȘtes de sable.
- Promotion de lâinnovation technique : les projets ont permis dâintroduire des innovations techniques importantes, qui ont sensiblement contribuĂ© Ă leur succĂšs global. Les plus importantes consistaient en la modĂ©lisation des transferts dâeau et de sels, lâutilisation des concepts de gestion dâĂ©vapo-transpiration, lâemploi de gĂ©o-membranes pour recouvrir les canaux et prĂ©venir les fuites, lâapplication Ă grande Ă©chelle de techniques intĂ©grĂ©es de lutte antiparasitaire, la notation laser permettant dâoptimiser les Ă©conomies dâeau et dâaugmenter le rendement agricole, lâadoption de processus de gestion de lâeau et du sol dĂ©mocratiques et axĂ©es sur la communautĂ©, la pratique de tarifs en fonction du volume dâeau consommĂ© et la crĂ©ation de nombreuses associations dâagriculteurs utilisant de lâeau dans le cadre des rĂ©formes.

- Le coĂ»t total du premier projet du bassin du Tarim sâest montĂ© Ă 212 millions de dollars, sur lesquels lâIDA a contribuĂ© la somme de 125 millions.
- Le coĂ»t total du second projet sâest Ă©levĂ© Ă 272,6 millions de dollars, sur lesquels la BIRD a contribuĂ© la somme de 90 millions, lâIDA 60 millions et le gouvernement 122,6 millions.
- Par le biais dâinvestissements directs, dâune assistance politique et technique, lâIDA a permis de catalyser une modification fondamentale de lâapproche du pays vis-Ă -vis de la gestion des ressources hydrauliques. Les rĂ©sultats prouvent quâune approche de gestion des ressources hydrauliques intĂ©grĂ©e, complexe et viable du point de vue de lâenvironnement et de lâĂ©conomie peut ĂȘtre mise en Ćuvre, Ă lâĂ©chelle, dans une rĂ©gion pauvre dâun pays en voie de dĂ©veloppement. Cette expĂ©rience montre Ă©galement quâun effort soutenu est nĂ©cessaire pour motiver une rĂ©forme rĂ©elle et Ă©tablir un partenariat. Dans le cas prĂ©sent, lâIDA a dĂ» intervenir Ă deux reprises sur une pĂ©riode de dix ans.

Forte de son expĂ©rience avec le bassin Murray-Darling (Australie), AusAid a fourni la plus grande partie de lâassistance technique nĂ©cessaire Ă la rĂ©forme des institutions.

Les principes qui ont Ă©tĂ© mis en Ćuvre dans le cadre de ces projets sont valables pour la plupart des bassins en Chine et dans le monde entier. Le bassin du Tarim est une rĂ©gion dĂ©sertique bordĂ©e par la Mongolie, lâAfghanistan, le Pakistan, le Tadjikistan, le Kyrgyzstan et le Kazakhstan. Les approches utilisĂ©es avec succĂšs dans cette rĂ©gion seraient probablement aussi efficaces dans dâautres rĂ©gions arides. Plusieurs dĂ©lĂ©gations, notamment une du Pakistan, ont visitĂ© le bassin du Tarim et envisagent la mise en Ćuvre de programmes similaires.