« Une mondialisation viable, profitant à tous »

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Tel que prĂ©parĂ© pour l’allocution

 

Robert B. Zoellick

Président du Groupe de la Banque mondiale

The National Press Club, Washington

10 octobre 2007

 

 

AprÚs 100 jours à la présidence du Groupe de la Banque mondiale, je souhaitais vous faire part de mes premiÚres impressions et idées sur nos orientations stratégiques.

Je suis trĂšs sensible aux encouragements et au soutien que je reçois d’un peu partout. J’ai le sentiment que dans le monde entier — dans les pays en dĂ©veloppement comme dans les pays dĂ©veloppĂ©s —, chacun reconnaĂźt la nĂ©cessitĂ© et le potentiel de cet organe sans pareil. Le Groupe de la Banque mondiale fait partie des grandes institutions multilatĂ©rales créées aprĂšs la seconde guerre mondiale. Soixante ans plus tard, Ă  l’ùre de la mondialisation, il doit s’adapter Ă  une situation trĂšs diffĂ©rente.  
     

Le personnel du Groupe de la Banque mondiale m’aide Ă  apprendre, me montre le travail indispensable que nous effectuons sur le terrain et me propose des idĂ©es neuves pour tracer la voie que nous allons suivre. Les Administrateurs donnent des avis Ă©clairĂ©s alors que nous nous efforçons de transformer de bonnes intentions et des analyses en actions productives.

Le visage du Groupe de la Banque mondiale

Le vrai visage du Groupe de la Banque mondiale n’est pourtant pas celui que l’on voit habituellement à Washington ou dans les salons des capitales de nos principaux actionnaires.

En aoĂ»t, quand je me suis rendu dans la province de Yen Bai, dans les montagnes du nord du Viet Nam, j’ai rencontrĂ© une femme qui a maintenant l’électricitĂ© pour l’aider Ă  moudre le riz, pomper l’eau, alimenter des ventilateurs et Ă©clairer son logement d’une piĂšce pour que ses enfants puissent Ă©tudier le soir. C’est le rĂ©sultat d’un projet d’électrification financĂ© par la Banque mondiale au Viet Nam.  L’électricitĂ© facilite aujourd’hui les travaux mĂ©nagers de plus de 90 % des familles rurales du Viet Nam.  Comme dans d’autres sociĂ©tĂ©s, l’électrification des villages permet avant tout d’autonomiser les femmes qui supportent l’essentiel du travail quotidien sur les exploitations agricoles.

Au Honduras, la Banque mondiale aide Ă  sauver le parc national Pico Bonito au moyen de son Fonds « biocarbone » qui incite les agriculteurs Ă  ne plus abattre le redondo, une essence locale, et Ă  commercialiser les semences qu’ils ont obtenues et replanter les jeunes plants.  Comme le dit un agriculteur, « Nous conservons nos arbres, et je continue Ă  gagner de l’argent, peut-ĂȘtre mĂȘme plus qu’auparavant. Nous pouvons mĂȘme nous occuper des jeunes plants sauvages. »

Au NigĂ©ria, la SociĂ©tĂ© financiĂšre internationale, qui intervient Ă  l’appui du secteur privĂ©, a aidĂ© une mĂšre cĂ©libataire du village d’Ovoko Ă  obtenir un microcrĂ©dit pour devenir une opĂ©ratrice du rĂ©seau de Village Phone. Auparavant, il fallait compter une journĂ©e pour aller passer un appel tĂ©lĂ©phonique. Aujourd’hui, cette femme entrepreneur aide ses voisins Ă  communiquer avec l’extĂ©rieur, tout en gagnant de quoi payer les droits de scolaritĂ© de ses enfants et acheter les mĂ©dicaments nĂ©cessaires pour traiter le VIH/SIDA dont elle souffre. 

Si on leur en donne la possibilitĂ©, les gens cherchent partout Ă  amĂ©liorer leurs conditions de vie et celles de leurs enfants. Ce dĂ©sir d’un meilleur sort, si on l’accompagne, peut aider Ă  crĂ©er une sociĂ©tĂ© mondiale prospĂšre et en bonne santĂ©.

Une mondialisation viable, profitant à tous :  Les besoins

Nous vivons Ă  l’ñge de la mondialisation, mais d’une mondialisation aux contours encore incertains.  Depuis la fin de la guerre froide, le nombre d’acteurs Ă©conomiques sur les marchĂ©s mondiaux est passĂ© d’environ un Ă  quatre ou cinq milliards, Ă©largissant considĂ©rablement la force de travail productive, crĂ©ant de nouveaux pĂŽles de fabrication et de services dans le monde en dĂ©veloppement, stimulant la demande d’énergie et de produits de base et ouvrant la perspective d’un fort accroissement de la consommation.  De nouveaux volumes d’épargne viennent s’ajouter aux flux mondiaux de capitaux aspirĂ©s par les opportunitĂ©s d’investissement sur les marchĂ©s Ă©mergents et dans les Ă©conomies dĂ©veloppĂ©es en pleine mutation. Les transferts de compĂ©tences, de technologies, d’informations et de connaissances appliquĂ©es se prĂ©cipitent.

Le flux mondial des Ă©changes a plus que doublĂ© depuis 1990. Des Ă©conomies moins protectionnistes ont permis une baisse du coĂ»t des biens et services. Un plus grand nombre de pays se tournent vers les exportations pour stimuler la croissance. Si les achats des pays dĂ©veloppĂ©s restent importants, les nouveaux courants commerciaux portent la marque d’une rĂ©gionalisation et d’une mondialisation des chaĂźnes logistiques et d’un gonflement des Ă©changes « sud-sud ». PrĂšs de 300 millions de personnes sont sorties de la pauvretĂ© absolue.

Et pourtant, beaucoup restent Ă  la pĂ©riphĂ©rie de cette mondialisation et certains perdent mĂȘme encore du terrain. Les exclus peuvent ĂȘtre des pays ou certaines de leurs rĂ©gions, des catĂ©gories d’individus, ou encore des personnes prises individuellement. Leur exclusion tient Ă  de multiples facteurs, tels que les conflits, la mauvaise gouvernance et la corruption, la discrimination, la non-satisfaction de besoins fondamentaux de l’ĂȘtre humain, la maladie, l’absence d’infrastructures, la fragilitĂ© de la gestion Ă©conomique et des incitations, l’absence de titres de propriĂ©tĂ© et d’État de droit, et mĂȘme la situation gĂ©ographique et les conditions climatiques.

Nous sommes aussi les témoins des problÚmes environnementaux que pose cette explosion de croissance : les riviÚres charrient des eaux noires, le ciel fait écran au soleil et des menaces pÚsent sur la santé et le climat.

La mondialisation ouvre de trĂšs larges horizons, mais l’exclusion, la misĂšre noire et la dĂ©gradation de l’environnement crĂ©ent des dangers. Les plus exposĂ©s comptent dĂ©jĂ  parmi les plus dĂ©favorisĂ©s; ce sont les peuples autochtones, les femmes des pays en dĂ©veloppement, les pauvres des zones rurales, les Africains et leurs enfants. 

La vision du Groupe de la Banque mondiale est de contribuer Ă  une mondialisation viable, qui ne fait pas d’exclus, pour vaincre la pauvretĂ©, promouvoir la croissance dans le respect de l’environnement et crĂ©er l’espoir et des opportunitĂ©s pour chacun.

En 2000, les pays membres des Nations Unies unis ont adoptĂ© huit objectifs de dĂ©veloppement pour le MillĂ©naire, des objectifs ambitieux pour rĂ©duire la pauvretĂ© de moitiĂ©, combattre la faim et la maladie, et fournir des services de base aux pauvres, tout cela d’ici 2015. Ces objectifs, les nĂŽtres, ont Ă©tĂ© placĂ©s Ă  l’entrĂ©e principale de notre siĂšge, nous rappelant chaque jour la mission que nous venons accomplir.

Ces solides objectifs de dĂ©veloppement social doivent aller de pair avec les impĂ©ratifs d’une croissance durable ayant le secteur privĂ© pour moteur et s’appuyant sur le cadre de politiques publiques favorables.

Examinons maintenant certains des besoins actuels.

Chaque annĂ©e, le paludisme frappe environ un demi-milliard de personnes partout dans le monde. Il n’en reste pas moins que nous pourrions quasiment venir Ă  bout de ce flĂ©au, premiĂšre cause de mortalitĂ© des enfants en Afrique. Pour cela, il faudrait investir environ 3 milliards de dollars par an au cours des prochaines annĂ©es pour Ă©quiper chaque mĂ©nage exposĂ© au paludisme de moustiquaires traitĂ©es, de mĂ©dicaments et d’une quantitĂ© limitĂ©e d’insecticide Ă  utiliser dans les habitations.

L’Agence internationale de l’énergie estime que les pays en dĂ©veloppement devront investir annuellement, pendant 10 ans, quelque 170 milliards de dollars dans le secteur de l’électricitĂ© juste pour faire face Ă  leurs besoins dans ce domaine, et 30 milliards de dollars par an pour passer Ă  des sources d’énergie Ă  faible intensitĂ© en carbone.

Il faudra aussi 30 milliards de dollars de plus pour atteindre l’objectif du MillĂ©naire qui consiste Ă  alimenter en eau 1,5 milliard de personnes et Ă  fournir des installations sanitaires aux 2 milliards de personnes qui n’ont pas accĂšs Ă  ces services les plus Ă©lĂ©mentaires, amĂ©liorant Ă©galement ainsi l’égalitĂ© des sexes dans les pays pauvres. 

Il faudra aussi investir 130 milliards de dollars par an pour mettre en place les infrastructures de transport nĂ©cessaires aux pays en dĂ©veloppement Ă  croissance rapide, dont une dizaine de milliards de dollars par an Ă  l’appui de terminaux Ă  conteneurs maritimes pour pouvoir rĂ©pondre aux opportunitĂ©s commerciales.

Enfin, les pays Ă  faible revenu auront besoin d’environ 7 milliards par an pour que les quelque 80 millions d’enfants non scolarisĂ©s aient accĂšs Ă  l’enseignement primaire, un autre objectif du MillĂ©naire.

Comment le Groupe de la Banque mondiale peut-il aider ?

Bien Ă©videmment, l’argent Ă  lui seul ne suffira pas Ă  rĂ©pondre Ă  ces besoins. Le Groupe de la Banque mondiale n’a pas non plus vocation Ă  financer lui-mĂȘme ces investissements.

En revanche, le Groupe de la Banque mondiale a vocation Ă  aider les pays Ă  s’aider eux-mĂȘmes par son rĂŽle de catalyseur de capitaux et de mesures, en partageant ses idĂ©es et son expĂ©rience, en crĂ©ant des dĂ©bouchĂ©s pour les entreprises privĂ©es, et en contribuant Ă  la bonne gouvernance et Ă  la lutte contre la corruption — avec l’appui de ses propres ressources financiĂšres. 

De mĂȘme, le Groupe de la Banque mondiale a vocation Ă  vĂ©hiculer des idĂ©es en rapport avec des projets et des accords internationaux sur le commerce, les moyens de financement, la santĂ©, la pauvretĂ©, l’éducation et le changement climatique, pour que ces instruments profitent Ă  tous, et notamment aux pauvres en quĂȘte de nouvelles possibilitĂ©s.

Nous devons pousser la rĂ©flexion plus loin sur les politiques et les marchĂ©s, faire Ɠuvre de prĂ©curseur, et non recycler ce qui est dĂ©jĂ  passablement Ă©tabli en jouant sur un modeste avantage financier.

J’ai mis l’accent sur la notion de Groupe de la Banque mondiale car je souhaite faire passer un message. Nous sommes une seule et mĂȘme institution, opĂ©rant par l’intermĂ©diaire de filiales spĂ©cialisĂ©es, Ă  l’instar de bon nombre de grands Ă©tablissements financiers. Nous devons resserrer nos Ă©changes et accroĂźtre notre efficacitĂ© en tant que Groupe.

Notre Groupe se compose de quatre grandes parties.  La Banque internationale pour la reconstruction et le dĂ©veloppement (BIRD), organe de financement public, propose des prĂȘts aux conditions du marchĂ©, des produits de gestion des risques et d’autres services financiers, parallĂšlement Ă  une grande expĂ©rience du dĂ©veloppement. L’Association internationale de dĂ©veloppement (IDA) est un guichet d’aide qui propose des dons et des prĂȘts sans intĂ©rĂȘt aux 81 pays les plus pauvres, dont il allĂšge aussi sensiblement la dette. La SociĂ©tĂ© financiĂšre internationale (IFC) intervient Ă  l’appui du secteur privĂ©, prenant des participations, accordant des prĂȘts et des garanties et fournissant des services de conseil aux pays en dĂ©veloppement. Enfin, l’Agence multilatĂ©rale de garantie des investissements (MIGA) assure contre le risque politique. En opĂ©rant de concert, nous pouvons donner plus d’impact Ă  ces outils et permettre Ă  cet ensemble de dĂ©passer la somme de ses composantes.

Tous ces organes partagent une masse d’acquis spĂ©cialisĂ©s et d’expĂ©riences dans toute une sĂ©rie de domaines en rapport avec le dĂ©veloppement. Proposer, dĂ©velopper et mettre Ă  l’épreuve cet acquis, parallĂšlement ou non Ă  des financements, est la partie la plus importante de notre travail.

PremiĂšres initiatives

Au cours des deux derniers mois, en coopĂ©ration Ă©troite avec nos Administrateurs, la direction du Groupe de la Banque mondiale a commencĂ© Ă  prendre des mesures pour aller de l’avant, saisissant cette occasion pour renforcer les synergies entre ces entitĂ©s complĂ©mentaires.

Cette annĂ©e, nous reconstituons les ressources de l’IDA, notre principal outil de financement Ă  l’appui des pays les plus pauvres, et de l’Afrique en particulier. C’est la quinziĂšme reconstitution des ressources de l’Association ; chaque nouveau cycle de refinancement couvre les trois annĂ©es suivantes.

Avec une quarantaine de pays donateurs, et en prĂ©sence des emprunteurs, nous examinons les moyens de fixer les prioritĂ©s, de renforcer les politiques et de gagner en efficacitĂ© au profit des pays qui bĂ©nĂ©ficient des financements de l’IDA. La gĂ©nĂ©rositĂ© des pays donateurs est un Ă©lĂ©ment fondamental du succĂšs de cette reconstitution. Leur adhĂ©sion Ă  l’objectif d’un rĂ©sultat ambitieux est un signe encourageant pour nous.

Je voulais que tous les bailleurs de fonds sachent — concrĂštement — que le Groupe de la Banque mondiale « joindrait le geste Ă  la parole » lorsqu’il s’agirait de donner un coup de fouet Ă  l’IDA.

Je suis donc trĂšs heureux d’annoncer que nos Administrateurs ont acceptĂ© que le Groupe de la Banque mondiale montre l’exemple en cherchant Ă  rĂ©server 3,5 milliards de dollars sur ses propres sources pour IDA-15. C’est plus du double des 1,5 milliards de dollars que nous avions annoncĂ©s en 2005 pour IDA-14. Fort de cette dĂ©cision, nous prierons vivement les pays donateurs de s’engager sur une courageuse augmentation du montant de la reconstitution pour aider les plus pauvres, surtout en Afrique, et en Asie du Sud et de l’Est. L’Afrique du Sud a dĂ©jĂ  ouvert la voie en annonçant qu’elle augmenterait de 30 % sa contribution Ă  l’IDA. Il faut donc maintenant que le G-8 et les autres pays dĂ©veloppĂ©s traduisent aussi en chiffres concrets les dĂ©clarations qu’ils ont faites au moment de leur Sommet.

Notre contribution Ă  l’IDA dĂ©pend, bien Ă©videmment, du revenu annuel de la BIRD et de l’IFC, dont la rĂ©partition est arrĂȘtĂ©e chaque annĂ©e par les Administrateurs respectifs de ces institutions, mais nous pensons que cet objectif, qui repousse les limites, est rĂ©alisable. Nous engageons vivement tous les bailleurs de fonds Ă  repousser aussi leurs limites.

Ensuite, nous voulons une stratĂ©gie de croissance plus forte pour l’IFC. La SociĂ©tĂ© Ă  un niveau Ă©levĂ© de fonds propres et renforce ses investissements dans le secteur privĂ© des pays ayant accĂšs Ă  l’IDA, des pays Ă  revenu intermĂ©diaire de la tranche infĂ©rieure et des rĂ©gions et secteurs en difficultĂ© dans les pays Ă  revenu intermĂ©diaire.

Ensuite encore, nous resserrons les liens de coopĂ©ration entre l’IDA et l’IFC pour stimuler le secteur privĂ© dans ces pays. L’an passĂ©, 37 % des investissements de l’IFC ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s dans les pays pouvant prĂ©tendre aux financements de l’IDA, et ce chiffre augmentera encore. L’IFC lance Ă©galement de nouveaux fonds d’infrastructures et de microparticipation dans les pays bĂ©nĂ©ficiant des financements de l’IDA. En outre, l’IDA et l’IFC peuvent investir ensemble pour accompagner des partenariats public-privĂ© dans le domaine des infrastructures, surtout dans les secteurs de l’énergie, du transport, de l’eau, de l’agriculture et de la microfinance. Ces investissements peuvent  contribuer Ă  l’intĂ©gration des marchĂ©s rĂ©gionaux, un aspect crucial pour les petits pays et les pays sans accĂšs Ă  la mer en Afrique.

Enfin, mĂȘme si la BIRD a un niveau trĂšs Ă©levĂ© de fonds propres, nos opĂ©rations de prĂȘt rĂ©gressent. Aujourd’hui, prĂšs de 70 % des pauvres vivent en Inde, en Chine et dans les pays Ă  revenu intermĂ©diaire desservis par la BIRD. Ces pays nous ont demandĂ© de continuer Ă  les aider Ă  rechercher le meilleur moyen de rĂ©pondre Ă  leurs diffĂ©rents besoins. La BIRD doit donc croĂźtre, et non dĂ©croĂźtre. Bien sĂ»r, comme je l’expliquerai, nos services aux pays Ă  revenus intermĂ©diaires doivent continuer Ă  se dĂ©velopper bien au-delĂ  de nos opĂ©rations de prĂȘt. Cela Ă©tant, l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© de nos charges financiĂšres, rĂ©sultant d’ajustements rĂ©alisĂ©s en 1998, est source de confusion pour nos clients. Les prĂȘts de la BIRD — assortis d’avis personnalisĂ©s et des connaissances les plus avancĂ©es sur les politiques — conservent toute leur utilitĂ©. Notre assortiment de services de prĂȘt et de conseil peut tout particuliĂšrement aider les pays Ă  promouvoir le dĂ©veloppement social et Ă  dĂ©velopper leurs ressources Ă©nergĂ©tiques et leurs infrastructures dans le respect de l’environnement. 

Pour mieux rĂ©pondre aux vastes besoins des Ă©conomies de marchĂ© Ă©mergentes, j’ai donc demandĂ© Ă  nos Administrateurs de simplifier et de rĂ©duire nos tarifs afin de faciliter le dĂ©veloppement de nos opĂ©rations de prĂȘt Ă  l’appui du dĂ©veloppement et de la croissance. Je suis heureux que le Conseil des Administrateurs ait acceptĂ© de le faire, permettant d’y voir plus clair dans notre tarification et ramenant les charges financiĂšres aux niveaux en vigueur avant la crise qui a frappĂ© l’Asie. Cette mesure peut nous aider Ă  stimuler l’expansion de nos services. Mais il nous faut faire davantage. Il faut aussi nous attaquer aux coĂ»ts non financiers de l’activitĂ© Ă©conomique. Nous cherchons Ă  ĂȘtre plus rapides, meilleurs et moins chers.

Ces mesures ne sont qu’un dĂ©but.  Elles montrent la voie Ă  suivre, jalonnĂ©e d’objectifs concrets, vers un horizon toujours plus large. 

Une mondialisation viable, ne faisant pas d’exclus : L’approche multilatĂ©rale      
    

La mondialisation ne doit pas exclure « le milliard d’habitants le plus pauvre ». Cette assertion va au-delĂ  du respect de la valeur de nos semblables et au-delĂ  de la reconnaissance du fait que chacun d’entre nous aurait pu faire partie de ces dĂ©shĂ©ritĂ©s. Une mondialisation qui profite Ă  tous est aussi dans l’intĂ©rĂȘt de chacun. La pauvretĂ© engendre l’instabilitĂ©, la maladie et la destruction de notre patrimoine commun et de notre environnement. Elle peut dĂ©boucher sur une sociĂ©tĂ© Ă©clatĂ©e, terreau des dĂ©molisseurs, et conduire Ă  des migrations qui peuvent coĂ»ter la vie.

La mondialisation a aussi des avantages inĂ©gaux pour les milliards d’habitants des pays Ă  revenu intermĂ©diaire qui ont commencĂ© Ă  gravir les Ă©chelons du dĂ©veloppement aprĂšs la guerre froide. Dans beaucoup d’endroits, les tensions sociales fragilisent la cohĂ©sion politique. Les pays Ă  revenu intermĂ©diaire abritent 60 % des forĂȘts de la planĂšte et Ă©mettent 40 % du CO2 produit par les Ă©nergies fossiles. Avec les Ă©conomies dĂ©veloppĂ©es, premiĂšres responsables de ces Ă©missions, ces pays joueront un rĂŽle dĂ©terminant dans l’adoption d’une dĂ©marche mondiale face au changement climatique. Les pays Ă  revenu intermĂ©diaire doivent continuer Ă  se dĂ©velopper, Ă  promouvoir un dĂ©veloppement ne faisant pas d’exclus et Ă  adopter des politiques environnementales garantissant une prospĂ©ritĂ© durable.

Le poids grandissant des pays en dĂ©veloppement pose une autre question : Quelle sera la place de ces pays dans ce systĂšme mondial en pleine mutation ? Il ne s’agit pas seulement de savoir comment les grands pays en dĂ©veloppement travailleront avec les pays dĂ©veloppĂ©s, mais aussi avec les États les plus pauvres et les plus petits du monde. Ne serait-il pas paradoxal pour le Groupe de la Banque mondiale de cesser de travailler avec les pays Ă  revenu intermĂ©diaire Ă  un moment oĂč les dirigeants reconnaissent la nĂ©cessitĂ© d’associer plus efficacement ces pays aux relations diplomatiques et aux organes de sĂ©curitĂ© au plan politique ? Pourquoi ne les associerait-on pas aussi, comme partenaires, aux institutions du multilatĂ©ralisme Ă©conomique ?

Il y a deux ans, j’avais Ă©mis l’idĂ©e que la Chine mette Ă  profit ses bons rĂ©sultats en devenant un « acteur responsable » du systĂšme international. Bien Ă©videmment, c’est aussi un dĂ©fi que d’autres doivent relever si nous voulons atteindre l’objectif d’une mondialisation viable, profitant Ă  tous. Et la responsabilitĂ© doit aller de pair avec des moyens d’expression renforcĂ©s et une meilleure reprĂ©sentation. Nous devons progresser vers le renforcement de la reprĂ©sentation des pays en dĂ©veloppement dans le travail et les services de l’ensemble du Groupe de la Banque mondiale.

Les pays dĂ©veloppĂ©s doivent eux aussi faire face aux perspectives et tensions nĂ©es de la mondialisation. Les gens s’inquiĂštent du rythme du changement mĂȘme si beaucoup parmi les plus jeunes font preuve d’une capacitĂ© d’adaptation dĂ©concertante.

Le bon sens des diffĂ©rents acteurs dans les pays dĂ©veloppĂ©s les amĂšne Ă  reconnaĂźtre que l’isolement ne mĂšne nulle part. Par convenance — et pour dĂ©fendre leurs propres intĂ©rĂȘts — ils reconnaissent l’existence d’une interdĂ©pendance, mĂȘme s’ils dĂ©battent des meilleurs moyens de l’appliquer.

Par rapport Ă  ces enjeux de dimension mondiale, le Groupe de la Banque mondiale est une institution modeste. De concert avec ses partenaires multilatĂ©raux — les Nations Unies et ses institutions spĂ©cialisĂ©es, le FMI, l’OMC et les banques rĂ©gionales de dĂ©veloppement —, il doit toutefois ĂȘtre un acteur majeur de la promotion d’une mondialisation viable et profitant Ă  tous.  Les institutions multilatĂ©rales ont Ă©tĂ© secouĂ©es et malmenĂ©es. Il faut que leurs dĂ©libĂ©rations aillent de pair avec des rĂ©sultats sur le terrain. Elles doivent surmonter leurs faiblesses internes et s’appuyer sur leurs points forts. Ensemble, nous devons dĂ©montrer que le multilatĂ©ralisme peut ĂȘtre appliquĂ© de façon beaucoup plus efficace, pas seulement dans les salles de confĂ©rence et dans les communiquĂ©s, mais aussi dans les villages et les mĂ©gapoles, pour aider les plus dĂ©munis. 

Il appartient aux institutions internationales d’encourager une mondialisation viable et qui profite Ă  tous.  Le Groupe de la Banque mondiale possĂšde pour sa part des ressources financiĂšres non nĂ©gligeables, un personnel expĂ©rimentĂ©, compĂ©tent et dĂ©vouĂ©, des capacitĂ©s de rassemblement, une prĂ©sence dans plus de 100 pays, et 185 États membres.  Lorsqu’il donne la pleine mesure de ses moyens, il peut mobiliser d’autres ressources — publiques et privĂ©es, financiĂšres et humaines — et gĂ©nĂ©rer ainsi des effets de dĂ©monstration et de multiplication.  Et quand son action a les rĂ©sultats escomptĂ©s, il joue un rĂŽle catalyseur pour les forces du marchĂ© et permet ainsi de saisir les possibilitĂ©s offertes par la mondialisation d’une maniĂšre durable et sans faire d’exclus.

Six thÚmes stratégiques

Dans quelles directions stratégiques le Groupe de la Banque mondiale doit-il donc orienter son action ?

Je vais aujourd’hui passer briĂšvement en revue six thĂšmes stratĂ©giques qui vont dans le sens de cet objectif de mondialisation viable et profitant Ă  tous.  Dans une semaine doivent se tenir les AssemblĂ©es annuelles du Groupe de la Banque mondiale et du FMI, et j’espĂšre Ă  cette occasion discuter plus en dĂ©tail de ces six thĂšmes avec les Gouverneurs de la Banque et, plus largement, avec l’ensemble des milieux concernĂ©s, sociĂ©tĂ© civile, milieux d’affaires et organismes philanthropiques y compris.

En premier lieu se pose pour le Groupe de la Banque mondiale le dĂ©fi consistant Ă  aider Ă  Ă©liminer la pauvretĂ© et Ă  encourager une croissance durable dans les pays les plus pauvres, particuliĂšrement en Afrique.  L’IDA est le principal instrument financier dont nous disposons pour les 81 pays les plus pauvres du globe.

Dans ces pays, c’est Ă  la rĂ©alisation des objectifs de dĂ©veloppement pour le MillĂ©naire que nous devons nous attacher de maniĂšre intensive avec nos partenaires.  Assurer ces besoins fondamentaux jettera en effet les bases de notre avenir.

Mais le message que j’ai reçu lors de mes pĂ©riples en Afrique, en juin, et en Asie, en aoĂ»t, est que les objectifs de dĂ©veloppement social sont nĂ©cessaires mais pas suffisants.  Au chapitre des Ă©lĂ©ments positifs, 17 pays d’Afrique, reprĂ©sentant 36 % de la population, ont obtenu un taux de croissance annuel moyen de 5,5 % entre 1995 et 2005.  Ces pays veulent qu’on les aide Ă  mettre en place l’infrastructure permettant de viser un niveau de croissance supĂ©rieur, en particulier les moyens matĂ©riels et Ă©nergĂ©tiques pouvant appuyer l’intĂ©gration rĂ©gionale.  Ils veulent aussi de nous qu’on aide Ă  dĂ©velopper des marchĂ©s financiers locaux, notamment pour la microfinance, qui puissent mobiliser l’épargne locale en vue d’assurer la croissance du continent.

Les dirigeants africains entrevoient d’énormes possibilitĂ©s pour le dĂ©veloppement de leur agriculture, en tablant de façon croissante sur les gains de productivitĂ©.  Comme le soulignera l’édition Ă  venir du Rapport sur le dĂ©veloppement dans le monde que publie le Groupe de la Banque mondiale, la croissance du PIB imputable Ă  l’agriculture a quatre fois plus de retombĂ©es positives pour les populations les plus dĂ©munies que celle rĂ©sultant d’autres secteurs.  Ce qu’il nous faut, c’est une RĂ©volution verte pour le XXIe siĂšcle rĂ©pondant aux besoins particuliers et variĂ©s de l’Afrique — une rĂ©volution ayant pour Ă©lĂ©ments moteurs l’accroissement des investissements en recherche et diffusion technologiques, la gestion durable des sols, les chaĂźnes d’approvisionnement agricoles, l’irrigation, le microcrĂ©dit rural, et l’application de politiques donnant plus libre cours aux forces du marchĂ© tout en contribuant Ă  rĂ©duire les facteurs de vulnĂ©rabilitĂ© et d’insĂ©curitĂ© prĂ©sents en milieu rural.  Ce qu’il faut aussi, c’est que davantage de pays ouvrent leurs marchĂ©s aux produits agricoles de l’étranger.

Huit autres pays d’Afrique, reprĂ©sentant quelque 29 % de la population, ont atteint entre 1995 et 2005 une croissance annuelle moyenne de 7,4 % grĂące Ă  leurs ressources pĂ©troliĂšres.  Pour eux et pour certains autres pays qui empruntent Ă  l’IDA, l’objectif de dĂ©veloppement prioritaire consiste parallĂšlement Ă  encourager l’application de politiques de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption et Ă  renforcer les capacitĂ©s du secteur public, de façon que les recettes tirĂ©es des ressources naturelles servent Ă  assurer un avenir durable pour l’ensemble de leurs habitants.

DeuxiĂšmement, nous devons rĂ©pondre aux problĂšmes particuliers qui se posent aux pays sortant d’un conflit ou cherchant Ă  Ă©viter l’effondrement de leur appareil d’État.

Lorsque les visionnaires rĂ©unis voici plus de 60 ans Ă  Bretton Woods ont conçu la BIRD, c’est la reconstruction de l’Europe et du Japon que dĂ©signait la lettre R de ce sigle.  Aujourd’hui, le R reprĂ©sente pour nous le dĂ©fi posĂ© de la reconstruction des pays victimes des conflits de notre temps.

 

 

Dans son ouvrage intitulĂ© The Bottom Billion, Paul Collier Ă©crit que 73 % de ce milliard de populations les plus dĂ©munies vivent dans des pays qui ont Ă©tĂ© victimes de guerres civiles.  Malheureusement, ces conflits entraĂźnent non seulement d’énormes souffrances pour les populations directement concernĂ©es mais ont aussi des retombĂ©es prĂ©judiciables pour les pays voisins.

 

 

À vrai dire, nous n’avons qu’une connaissance au mieux approximative de la façon de traiter ces terribles situations.  J’ai le sentiment qu’il nous faudra adopter pour cela une approche plus intĂ©grĂ©e, associant l’aspect sĂ©curitaire, les structures politiques, le rĂ©tablissement des capacitĂ©s locales au moyen d’une aide rapide, la rĂ©insertion des rĂ©fugiĂ©s, et l’assouplissement de nos apports d’aide au dĂ©veloppement.  Le travail constructif entrepris par le Groupe de la Banque en Bosnie, au Rwanda et au Mozambique montre ce qui est possible.  La capacitĂ© d’adaptation de l’IDA et ses dĂ©caissements rapides se sont rĂ©vĂ©lĂ©s primordiaux dans ces contextes de sortie de conflits, et nous nous employons avec les autres bailleurs de fonds Ă  donner plus d’efficacitĂ© Ă  notre action.

À l’heure actuelle, nous sommes notamment Ă  l’Ɠuvre au Sud-Soudan, au LibĂ©ria, en Sierra Leone, en RDC, au Burundi, en CĂŽte d’Ivoire, en Angola, au Timor-Leste, en Papouasie-Nouvelle-GuinĂ©e, dans les États insulaires du Pacifique, en Afghanistan et en HaĂŻti, intervenant dans bien des cas par le biais des fonds fiduciaires Ă©tablis par d’autres donateurs et en collaboration avec les Nations Unies.  Si un accord de paix effectif voit le jour au Darfour, avec l’appui d’une solide force de sĂ©curitĂ© conjointe de l’ONU et de l’Union africaine, le Groupe de la Banque mondiale sera prĂȘt Ă  apporter sa contribution.

TroisiĂšmement, le Groupe de la Banque mondiale a besoin d’un modĂšle opĂ©rationnel diffĂ©renciĂ© pour les pays Ă  revenu intermĂ©diaire, qui restent confrontĂ©s Ă  des dĂ©fis majeurs pour leur dĂ©veloppement.  Leurs infrastructures et services sociaux essentiels font en effet l’objet d’un niveau de financement encore insuffisant. Leur croissance Ă©conomique, dans bien des cas, n’a pas rĂ©ussi Ă  procurer des opportunitĂ©s aux pauvres.  Leurs problĂšmes environnementaux se posent de façon aiguĂ«.  Et un risque continu de volatilitĂ© des apports de capitaux subsiste pour ces pays, semblable Ă  celui que nous avons connu tout au long des annĂ©es 80 et 90.

Conscients de ces dĂ©fis, nos pays membres Ă  revenu intermĂ©diaire veulent que le Groupe de la Banque mondiale continue de travailler Ă  leur cĂŽtĂ© en utilisant pour cela tout un Ă©ventail de « solutions de dĂ©veloppement ».  Mais cette action doit tenir compte des amĂ©liorations majeures intervenues ces dix derniĂšres annĂ©es dans leur situation financiĂšre et leurs capacitĂ©s institutionnelles.  Ils attendent par exemple de la BIRD qu’elle fournisse des services d’ordre financier bien plus souples et bon marchĂ©, assortis de formalitĂ©s administratives moins nombreuses et de dĂ©lais plus courts.  Ils se tournent vers l’IFC pour qu’elle aide Ă  concevoir des solutions faisant appel au secteur privĂ© pour rĂ©pondre au manque de dĂ©veloppement de leurs marchĂ©s, voire Ă  leurs besoins sociaux.  Enfin, ils comptent sur nous pour assurer des services consultatifs rĂ©pondant Ă  des critĂšres toujours plus stricts en termes de qualitĂ©, de fiabilitĂ© et de rapport coĂ»t-efficacitĂ©.  Bref, ils attendent de nous des rĂ©sultats, et c’est ce que nous entendons leur fournir.

Pour certains pays Ă  revenu intermĂ©diaire, nos services se situeront de plus en plus dans les domaines de la gestion des risques et de l’application d’un savoir-faire universel Ă  des besoins qui se posent au niveau local.  Nous pouvons proposer des instruments d’amĂ©lioration de la qualitĂ© des crĂ©ances ou de couverture, et jouer le rĂŽle d’expert neutre, contribuant ainsi Ă  renforcer les capacitĂ©s pour la gestion d’actifs.  Nous pouvons favoriser le dĂ©veloppement des marchĂ©s locaux des valeurs mobiliĂšres en aidant Ă  mettre en place des fonds obligataires et des indices correspondants en monnaies nationales.  Nous pouvons aussi libeller nos apports de fonds dans ces monnaies, afin de combiner la gestion du risque de change Ă  ces apports.  De maniĂšre Ă  encourager une croissance qui ne fasse pas d’exclus dans un pays donnĂ©, nous pouvons travailler avec ses instances de niveau infranational.  Par ailleurs, nous mettons actuellement au point des instruments de financement conditionnel pour contribuer Ă  faire face aux besoins urgents de liquiditĂ©s qui se posent en cas de chocs financiers, ainsi que des mĂ©canismes d’assurance destinĂ©s Ă  Ă©largir l’accĂšs, Ă  un moindre coĂ»t, aux moyens de couverture contre les catastrophes naturelles, ouragans, sĂ©ismes et autres.  Certaines de ces activitĂ©s pourront nous amener Ă  Ă©tudier la meilleure façon de fournir nos services et autres formes d’apport de savoir contre rĂ©munĂ©ration, donnant ainsi Ă  nos pays clients l’option d’obtenir ces prestations avec ou sans financement.

QuatriÚmement, le Groupe de la Banque mondiale va devoir jouer un rÎle plus actif pour la promotion des biens publics mondiaux et régionaux, biens qui transcendent les frontiÚres nationales et profitent à une multiplicité de pays et de populations.  Il nous incombe de veiller à ce que le lien soit fait entre cet aspect et les objectifs de développement.

Le Groupe de la Banque a dĂ©jĂ  dĂ©montrĂ© qu’il est Ă  mĂȘme de contribuer Ă  la lutte contre les maladies transmissibles par son action sur le front du VIH/SIDA, du paludisme et de la grippe aviaire, ainsi que pour le dĂ©veloppement des vaccins.  Nous avons par ailleurs remis Ă  l’étude le dossier des interactions entre aide et commerce, notamment par le biais du programme novateur de financement du commerce que met en Ɠuvre l’IFC, programme qui est principalement axĂ© sur l’Afrique et a dĂ©jĂ  appuyĂ© pour prĂšs de 2 milliards de dollars de transactions en l’espace de deux ans.

Un autre dossier auquel nous travaillons avec notre Conseil vise Ă  renforcer nettement la contribution de notre institution aux efforts menĂ©s Ă  l’échelle internationale pour faire face au changement climatique.  Lors de nos AssemblĂ©es annuelles Ă  venir, ainsi qu’à l’occasion de la confĂ©rence que tiendra l’ONU sur ce dossier en dĂ©cembre Ă  Bali, j’espĂšre prĂ©senter un ensemble de mesures qu’envisage le Groupe de la Banque mondiale pour aider Ă  concilier les impĂ©ratifs de dĂ©veloppement et une croissance Ă  faible intensitĂ© de carbone.  Nous devons accorder une attention particuliĂšre aux intĂ©rĂȘts des pays en dĂ©veloppement, de maniĂšre Ă  pouvoir faire face au problĂšme du changement climatique sans que cela ne freine la croissance qui contribuera Ă  rĂ©duire la pauvretĂ©.

Notre action dans le domaine des biens publics mondiaux et rĂ©gionaux devra ĂȘtre menĂ©e en Ă©troite coopĂ©ration avec les autres organismes dotĂ©s de compĂ©tences spĂ©cialisĂ©es, tels que l’OMC, le PNUE, l’UNODC et l’OMC.  Il nous faudra Ă©galement Ă©tablir quel est l’avantage comparatif du Groupe de la Banque, de maniĂšre Ă  focaliser au mieux nos ressources en suivant des dĂ©marches sĂ©lectives et diffĂ©renciĂ©es.  Notre mission consistant spĂ©cifiquement Ă  promouvoir le dĂ©veloppement Ă  l’échelon national, le principal dĂ©fi d’ordre opĂ©rationnel consistera pour nous Ă  fournir un appui aux pays qui cherchent eux-mĂȘmes Ă  dĂ©finir la façon d’incorporer au mieux les politiques en matiĂšre de biens publics, et les possibilitĂ©s qui s’offrent au plan mondial et rĂ©gional, dans leurs propres programmes nationaux.  Il importe Ă©galement que les possibilitĂ©s en question fassent appel au secteur privĂ©, Ă  ses entreprises et aux Ă©nergies qu’il recĂšle.

CinquiĂšmement, un des dĂ©fis les plus dĂ©terminants qui se posent Ă  nous Ă  l’heure actuelle consiste Ă  trouver le moyen d’aider ceux qui cherchent Ă  promouvoir le dĂ©veloppement et les opportunitĂ©s au sein du monde arabe.  Les pays dont je parle Ă©taient jadis des centres de courants d’échanges et de savoir, et cela tĂ©moigne du potentiel qu’ils prĂ©sentent aujourd’hui s’ils parviennent Ă  surmonter les conflits et les facteurs faisant obstacle Ă  la croissance et au dĂ©veloppement social.  En l’absence d’une croissance largement rĂ©partie, ces pays auront Ă  affronter des tensions sociales et le problĂšme posĂ© par une vaste population de jeunes qui ne peuvent trouver d’emplois.  La sĂ©rie de rapports arabes sur le dĂ©veloppement humain publiĂ©e par les Nations Unies prĂ©sente Ă  ce sujet de trĂšs prĂ©cieuses donnĂ©es tirĂ©es d’évaluations internes.

Lorsque j’occupais la fonction de ReprĂ©sentant des États-Unis pour le commerce extĂ©rieur, j’ai travaillĂ© en Ă©troite collaboration avec les dirigeants de toute cette rĂ©gion, allant du Maghreb au golfe Persique, qui travaillaient Ă  l’établissement d’économies et de sociĂ©tĂ©s plus ouvertes.  Certains disposaient d’une abondance de ressources Ă©nergĂ©tiques et de capitaux, mais d’une Ă©conomie peu diversifiĂ©e et d’une capacitĂ© limitĂ©e de crĂ©ation d’emplois.  D’autres s’employaient Ă  amĂ©liorer l’enseignement, Ă  renforcer l’adoption de technologies et Ă  dĂ©velopper l’emploi par la dĂ©rĂ©glementation de l’activitĂ© Ă©conomique et le commerce.  Un certain nombre avaient entrepris d’approfondir leurs liens de production avec l’Asie au moyen d’investissements croisĂ©s et d’échanges commerciaux, ainsi que par le dĂ©veloppement de centres de service.

Notre rĂ©cent rapport Doing Business 2008 montre qu’il y a du progrĂšs.  L’Égypte vient en tĂȘte de liste des pays qui ont rĂ©formĂ© leur rĂ©glementation en vue de faciliter la pratique des affaires.  L’Arabie saoudite a supprimĂ© des couches bureaucratiques qui avaient fait d’elle un des endroits les plus difficiles pour la crĂ©ation d’entreprises, et elle a Ă©galement aboli les rĂšgles d’apport minimum en capital.

Tout cela est encourageant, mais il est possible d’accomplir bien plus encore.  Une mondialisation qui profite Ă  tous doit avoir des retombĂ©es positives pour les populations de ces pays dans leur ensemble.  Pour les pays arabes qui cherchent Ă  assurer de maniĂšre effective les prestations de services sociaux pour tous leurs habitants, nous pouvons fournir des donnĂ©es d’expĂ©rience comparatives.  Nous pouvons aussi aider Ă  la mise en place d’environnements porteurs pour les entreprises, tant locales qu’étrangĂšres.  Pour certains, nous pouvons Ă©ventuellement financer des projets de dĂ©veloppement, administrer des fonds fiduciaires alimentĂ©s par d’autres donateurs, ou stimuler l’essor des services privĂ©s par le biais de l’IFC.  Nous aidons actuellement Ă  la fourniture des services sociaux de base et apportons un appui dans le sens d’une bonne gouvernance et de la croissance du secteur privĂ© dans les territoires palestiniens, autant d’élĂ©ments susceptibles de jeter les bases Ă©conomiques synonymes d’espoir si les parties en prĂ©sence choisissent la voie de la paix.

Enfin, s’il est vrai que le Groupe de la Banque mondiale prĂ©sente certains des attributs d’une entreprise financiĂšre et d’un organisme de dĂ©veloppement, il a une vocation bien plus large.  Il est d’une nature unique et particuliĂšre, en ce sens que c’est une banque du savoir, une institution qui ne cesse d’apprendre.  Il assure la collecte et la diffusion de donnĂ©es prĂ©cieuses.  Mais ce n’est pourtant pas une université : il s’agit plutĂŽt d’une sorte de « brain trust », d’un centre de rĂ©flexion sur des donnĂ©es d’expĂ©rience d’ordre pratique qui nous aideront Ă  traiter les cinq autres thĂšmes stratĂ©giques dont j’ai parlĂ©.

Une capacitĂ© de ce type mĂ©rite d’ĂȘtre particuliĂšrement reconnue et entretenue.  Mais nous n’en devons pas moins nous remettre sans cesse en question, en nous demandant ce qu’il y a lieu de faire pour parvenir Ă  un dĂ©veloppement et une croissance viables et profitant Ă  tous.

Cette remise en question exige de l’humilitĂ©, ainsi que de l’honnĂȘtetĂ© intellectuelle.  Bon nombre d’initiatives de dĂ©veloppement ont Ă©chouĂ© et de rĂȘves ont Ă©tĂ© brisĂ©s, mais ce n’est pas pour cela qu’il faut cesser d’essayer.  C’est au contraire une raison pour chercher de façon continue et rigoureuse Ă  tendre vers des rĂ©sultats et Ă  juger de l’efficacitĂ© de l’action menĂ©e.   Il n’y a pas de meilleure façon de gagner la confiance et l’appui de nos actionnaires et mandants, ainsi que de nos pays clients et partenaires de dĂ©veloppement.

Les six thĂšmes stratĂ©giques que je viens d’énoncer proposent une orientation, qu’il convient d’examiner, d’affiner et d’amĂ©liorer.  Pour donner une concrĂ©tisation Ă  ces idĂ©es, il nous faut comprendre les besoins particuliers de nos clients.  Nous sommes prĂȘts Ă  recevoir l’avis et les conseils de nos actionnaires.  À ce moment prĂ©cis de notre histoire, le Groupe de la Banque mondiale constitue Ă  la fois une nĂ©cessitĂ© impĂ©rieuse et une chance inĂ©galĂ©e.

DĂ©fis d’ordre interne : Bonne gouvernance et lutte contre la corruption

Pour parvenir Ă  ses fins, le Groupe de la Banque mondiale doit aussi faire rĂ©solument face aux dĂ©fis d’ordre interne qui se posent Ă  lui.  Il y a lieu pour nous d’utiliser de maniĂšre plus effective notre capital et d’accorder plus d’attention Ă  notre service client.  Nous devons renforcer nos liens avec les organismes de la sociĂ©tĂ© civile et les ONG, de maniĂšre Ă  apprendre Ă  leur contact.  ReflĂ©tant la nouvelle « architecture de l’aide », nous devons aussi travailler de façon plus efficace avec les programmes d’aide en place au plan national et les fonds axĂ©s sur certains projets tels que les maladies, ainsi qu’avec les organismes philanthropiques, les ONG prĂ©sentes sur le terrain et les entreprises privĂ©es qui s’intĂ©ressent aux problĂšmes de dĂ©veloppement.

Nous devons prĂȘter appui Ă  notre personnel par de meilleurs moyens de perfectionnement professionnel, et amĂ©liorer la mobilitĂ© au sein de notre organisation.  Nous avons besoin de politiques renforcĂ©es en matiĂšre de ressources humaines, afin d’aider les employĂ©s en poste dans nos bureaux extĂ©rieurs dans le mĂȘme temps oĂč nous faisons un effort de dĂ©centralisation accru.  Et il y a lieu pour nous d’assurer une plus large participation et reprĂ©sentation au sein de notre Conseil, et une plus grande diversitĂ© au sein de notre personnel.

Comme l’a soulignĂ© dans un rĂ©cent rapport le groupe d’étude Ă©mĂ©rite dirigĂ© par Paul Volcker, ancien prĂ©sident de la RĂ©serve fĂ©dĂ©rale amĂ©ricaine, nous devons Ă©galement nous employer Ă  renforcer la façon dont nous traitons la gouvernance et la corruption.  Ce groupe a soumis Ă  notre rĂ©flexion toute une sĂ©rie de recommandations en vue de consolider l’action de notre groupe d’enquĂȘteurs internes et de veiller Ă  ce que les donnĂ©es qu’ils produisent soient mises Ă  profit de la meilleure maniĂšre possible.  Nous avons entrepris d’y donner suite sans tarder, en sollicitant d’autres avis, en procĂ©dant Ă  des Ă©changes de vues avec les membres de notre Conseil et en nous engageant sur la voie d’amĂ©liorations d’ordre opĂ©rationnel.

De ma propre expĂ©rience, je dois dire que les employĂ©s du Groupe de la Banque mondiale reconnaissent Ă  quel point ce dossier relatif Ă  la gouvernance et Ă  la lutte anti-corruption est primordial.  Ils sont fiers de la mission qu’ils assurent au service du dĂ©veloppement ; ils ont la volontĂ© de maintenir l’intĂ©gritĂ© de leur institution, et ils savent que les pauvres et les plus dĂ©munis sont ceux qui pĂątissent le plus de la corruption.  Ensemble, nous allons parvenir Ă  de meilleurs rĂ©sultats.

Le Groupe de la Banque mondiale peut aussi jouer un rĂŽle de chef de file en faisant des politiques sur la bonne gouvernance et la primautĂ© du droit une partie intĂ©grante du processus de dĂ©veloppement.  Il y a Ă  peine un mois, nous avons ainsi lancĂ© au cĂŽtĂ© des Nations Unies l’Initiative pour la restitution des avoirs volĂ©s, appelĂ©e Initiative StAR, afin d’amener les pays dĂ©veloppĂ©s et en dĂ©veloppement Ă  travailler cĂŽte Ă  cĂŽte en vue d’assurer le recouvrement des avoirs financiers dĂ©tournĂ©s par des dirigeants corrompus.  Et comme le montre clairement notre prĂ©cieux rapport Doing Business, non seulement de mauvaises politiques rĂ©glementaires et d’octroi de licences ont un effet dissuasif sur les entrepreneurs, mais elles sont aussi une porte ouverte Ă  la corruption.

En conclusion, deux témoignages

Devant vous aujourd’hui, j’ai cherchĂ© Ă  dĂ©finir une orientation pour le Groupe de la Banque mondiale.  Mais pour vraiment vous donner une idĂ©e de l’Ɠuvre que nous menons, permettez-moi, en conclusion, de citer le tĂ©moignage de deux autres personnes.

La premiĂšre est Deramma, une habitante de l’État indien de l’Andhra Pradesh qui fait partie d’un groupe d’entraide dans son village.  Comme elle, plus de 8 millions de femmes ont mis en place, avec l’appui de la Banque mondiale, des groupes de ce type pour mettre en commun diverses ressources.  GrĂące Ă  cette forme la plus Ă©lĂ©mentaire de services de soutien et d’intermĂ©diation, prĂšs de 90 % des mĂ©nages ruraux ont vu leurs revenus augmenter, ce qui reprĂ©sente Ă  peu prĂšs 40 millions de personnes.  Voici le tĂ©moignage de Deramma : « Auparavant, on tentait de subsister tant bien que mal au jour le jour.  Mais aujourd’hui, nous sommes autonomes, et nous pouvons Ă©duquer nos enfants.  Nous avons maintenant bon espoir de pouvoir Ă©chapper Ă  la pauvretĂ©. »

La seconde est Dinalva Moura.  Cette mĂšre de trois enfants participe au programme Bolsa Familia en place au BrĂ©sil, lequel verse de petites allocations Ă  11 millions de familles dont les parents font le nĂ©cessaire pour maintenir leurs enfants Ă  l’école et leur faire passer rĂ©guliĂšrement des visites mĂ©dicales.  Le Groupe de la Banque a apportĂ© une aide financiĂšre et technique Ă  l’appui de cette remarquable initiative du Gouvernement brĂ©silien. Voici ce que nous dit Dinalva: « Le programme Bolsa Familia m’aide Ă  acheter de la nourriture, et parfois mĂȘme des fruits, pour mes enfants.  Et ils ne manquent pas l’école, parce qu’ils savent que c’est s’ils y vont qu’on aura de l’argent. »

Ce sont des tĂ©moignages comme ceux-lĂ  qui vous donnent une idĂ©e des efforts que nous menons au jour le jour pour donner de nouvelles possibilitĂ©s aux pauvres.  Et ce sont des tĂ©moignages comme ceux-lĂ  qui expriment en un mĂȘme Ă©cho l’impĂ©rieuse nĂ©cessitĂ© d’un Groupe de la Banque mondiale dynamique, grĂące auquel les personnes en question seront mises en rapport avec d’autres, pourront partager des idĂ©es, et auront accĂšs Ă  des opportunitĂ©s.  C’est de cela qu’il est question quand on parle d’une mondialisation qui soit viable et qui profite Ă  tous.

 

 




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