 | Justin Webb (BBC) dirige les débats sur la lutte contre la corruption en compagnie de Daniel Kaufmann (WBI), Nancy Boswell (Transparency International), Alberto de Armas (CEMEX), Jacqui Beckett (Newmont Mining Corporation) et Peter Eigen (président du Conseil consultatif de Transparency International et président du Conseil de l'EITI). |
Du 9 au 10 octobre, des chefs d'entreprise se sont réunis au siège de la Banque mondiale pour débattre de leur rôle vis-à-vis des problématiques planétaires. Selon les organisateurs, cet événement pourrait marquer un nouveau pas vers une collaboration plus efficace entre secteurs public et privé, pour une meilleure gouvernance de l'économie mondiale. Ce 12e Forum international des affaires, qui avait pour thème « Le monde des affaires et les règles du jeu », a attiré plus de 300 hauts responsables du secteur privé, de la fonction publique, de la société civile et d'agences multilatérales du monde entier – représentant 197 entreprises ou organisations et 49 pays –, venus échanger leurs points de vue sur le rôle des entreprises dans la lutte contre la corruption, les réponses à apporter au changement climatique et la réalisation des objectifs de développement pour le Millénaire (ODM). Relever les défis planétaires De l'avis même de ces dirigeants, chaque secteur est affecté par un ensemble de problèmes – aussi variés que l'élévation du niveau des mers, la corruption et les maladies transmissibles comme le VIH/sida – qu'aucun d'entre eux ne peut résoudre à lui seul. Dans son discours inaugural, Juan José Daboub, directeur général de la Banque mondiale, a relevé que gouvernements et entreprises avaient un intérêt commun à une meilleure gouvernance. « Les pays qui renforcent leurs institutions, améliorent l'État de droit et combattent la corruption peuvent voir leur revenu national quadrupler à long terme. Pareillement, les études menées par la Banque mondiale indiquent que la croissance annuelle du secteur privé peut gagner, en moyenne, 3 % lorsque la corruption est maîtrisée », a-t-il affirmé.  | Groupe travaillant sur des recommandations en matière de responsabilité sociale des entreprises |
Eckhard Deutscher, administrateur de la Banque pour l'Allemagne a rappelé dans ses propos d'ouverture que, lors du sommet d'Heiligendam, les nations du G8 s'étaient engagées à aborder ces thèmes planétaires. « Nous avons besoin de résultats concrets », a-t-il poursuivi, « et le monde des affaires apporte une perspective unique en termes de pérennisation du développement. » Des experts de tous horizons ont mis en commun leurs expériences. Figuraient, parmi eux, des firmes de conseil en stratégie comme McKinsey, des multinationales comme Shell et CEMEX, des petites entreprises, des dirigeants de sociétés opérant sur les marchés émergents ainsi que des chefs de file d'initiatives impliquant le secteur privé, telle l'Initiative pour la transparence des industries extractives (EITI). Les participants ont admis que le monde des affaires devait se concentrer sur des objectifs à long terme et que la transparence favorisait les bonnes pratiques d'entreprise qui, à leur tour, limitaient la corruption. Spécialement à longue échéance, « ce sont les compagnies qui respectent les règles qui l'emporteront, dans un environnement concurrentiel », a estimé Vinita Bali, administratrice déléguée de Brittania Industries Ltd. Les dirigeants avisés intègrent dès aujourd'hui les questions sociales à leurs stratégies, par exemple, en titrisant les portefeuilles de micro-prêts et en ciblant le « bas de la pyramide » afin de servir les populations et les entreprises les plus modestes. Seuls les accords triangulaires mènent au changement Les participants au forum ont revendiqué plus de « triangulation » entre secteur privé, secteur public et société civile – un concept que John Ruggie, représentant spécial des Nations unies chargé de la question des droits de l'homme et des entreprises, a défini comme « un moyen transnational de gouvernance plus efficace couvrant tous les acteurs clés internationaux, y compris les entreprises ».  | Vote général pour désigner les dix principales recommandations |
« Les motivations des cadres dirigeants restent essentiellement axées sur le court terme », a déclaré Peter Eigen, ancien président de Transparency International et président actuel du Conseil de l'EITI, en insistant sur la nécessité d'un environnement propice, encadré par des lois permettant aux « bonnes » entreprises de lutter à armes égales. « Les codes internationaux n'ont commencé à évoluer qu'avec la mise à contribution de la société civile », a-t-il précisé. Auparavant, la corruption internationale était tolérée, voire encouragée par des allègements fiscaux. Accroître le coût de la corruption Pour Daniel Kaufmann, directeur des programmes mondiaux pour l'Institut de la Banque mondiale (WBI), la question fondamentale est : « Comment accroître les coûts de la corruption ? ». Quels sont les leviers susceptibles d'inciter une entreprise à observer une conduite exemplaire ? M. Kaufmann a cité, à titre d'exemples, les sanctions publiques exercées par la Banque à l'encontre des entreprises convaincues de corruption et l'initiative pour le recouvrement des avoirs volés (StAR) que celle-ci a lancée récemment. Il a ajouté que l'indépendance des médias et la diffusion publique des informations constituaient également des facteurs clés (plus d'informations en anglais sur gouvernance et anticorruption). La transparence mène aux bonnes pratiques, qui mènent à la diminution de la corruption. Nancy Boswell, présidente-directrice générale de Transparency International USA, a souligné l'égale importance de la responsabilité individuelle et des actions collectives. Certes, « c'est le résultat final qui compte », a constaté Jacqui Beckett de Newmont Mining Corporation. Cependant, elle a appelé les entreprises à se détacher de la « gratification immédiate » que leur procure chaque résultat trimestriel, en observant qu'un pot-de-vin versé aujourd'hui affectera le résultat net à long terme, de par ses répercussions négatives sur la réputation comme sur le développement commercial de l'entreprise, compromis par la piètre qualité des relations d'affaires nouées sur le terrain. Les entreprises doivent « créer une valeur actionnariale durable », plutôt que de se focaliser sur le profit à court terme.
Fixer un prix pour le carbone
Aux yeux de Rajendra K. Pachauri, président du Groupe d'experts intergouvernemental de l'ONU sur l'évolution du climat (GIEC) qui vient de recevoir le prix Nobel de la paix, « le réchauffement est incontestable » et il est indispensable de fixer un prix pour le carbone. Il a également indiqué que le passage aux carburants à faible teneur en carbone pouvait déboucher sur de nouvelles opportunités commerciales.  | Kathy Sierra (SDVP), Suellen Lazarus (ABN AMRO Bank) et Beate Bund (Conergy AG) parlent de l'impact du changement climatique sur la stratégie d'entreprise |
Les participants ont convenu que le changement climatique comportait des risques indéniables, mais également des opportunités pour les entreprises. Kathy Sierra, vice-présidente de la Banque mondiale pour le Développement durable, a estimé que le secteur privé devait « dépasser les simples mesures d'atténuation, pour élaborer des stratégies plus ambitieuses axées sur l'adaptation ». Lançant un défi à ses collègues, Lars Joseffson, président-directeur général de Vattenfall, a déclaré : « À la tête de nos entreprises, nous disposons d'un certain pouvoir, qui nous confère une réelle responsabilité » car le secteur privé est plus mondialisé que le secteur public. S'il incombe aux dirigeants de préparer leurs entreprises à l'avenir, il faut également mettre en place des politiques publiques qui encouragent les comportements corrects. Tout en soulignant l'ampleur de la tâche à accomplir pour évoluer vers une économie sobre en carbone, M. Joseffson a exhorté chaque pays à s'interroger : « Que pouvons-nous faire ? Combien cela coûtera-t-il ? Que voulons-nous faire ? » Discussion en ligne : les idées des jeunes leaders Afin d'intégrer les points de vue de futurs chefs d'entreprise ou de gouvernement, l'Institut de la Banque mondiale a organisé, avant le Forum international des affaires, un dialogue en ligne à l'échelle planétaire. Cette initiative, d'une durée de deux semaines, a intéressé 800 lycéens et étudiants en gestion d'entreprise et en sciences administratives de 35 pays. Ces jeunes ont échangé leurs idées sur les thèmes clés abordés par les délégués internationaux lors du Forum international des affaires, concernant le rôle que peuvent jouer les entreprises vis-à-vis du changement climatique et de la lutte contre la corruption. Les résultats de ces échanges en ligne ont été communiqués aux délégués internationaux présents au forum, pour que les dirigeants de demain puissent contribuer aux discussions économiques et politiques qui détermineront leur avenir. Fixer des priorités La discussion a ensuite porté sur la façon dont les opérateurs privés peuvent participer à la définition des règles mondiales qui régissent leur propre conduite. « Les enjeux pour les entreprises sont aussi colossaux que complexes », d'après Lenny Mendonca, directeur de McKinsey and Co. « Pour pouvoir définir le rôle exact des entreprises, les décideurs seront contraints d'analyser les problèmes sociaux en temps réel, avant même que ceux-ci n'occupent le devant de la scène publique », a-t-il commenté. Les panélistes ont reconnu la nécessité d'éduquer clients, employés et consommateurs afin qu'ils comprennent le problème et conditionnent la demande en faveur de nouveaux produits. Rakesh Nangia, vice-président par intérim du WBI, a déclaré : « Nous espérons favoriser la naissance d'un réseau de dirigeants engagés dans une action positive, qui pourront continuer à collaborer après cet événement, voire s'associer dans des projets. » Les participants ont établi une liste de dix priorités hiérarchisant les actions qu'ils ont recommandées ou auxquelles ils se sont engagés. Les principales recommandations consisent à : - développer la collaboration et la coordination entre syndicats professionnels, société civile et secteur public en vue d'une plus grande responsabilisation de chaque partie dans la réduction de la corruption
- encourager les secteurs public et privé à partager leurs connaissances et expériences en matière de stratégies adaptatives pour la prévention du changement climatique, et à guider les petites et moyennes entreprises dans la mise en place de ces stratégies ;
- accroître l'afflux de produits financiers vers les nouvelles technologies propres afin de lutter contre le changement climatique ;
- sensibiliser l'ensemble des opérateurs privés à la responsabilité sociale d'entreprise à travers les formations, les manuels, les communications en ligne, mais aussi l'engagement de leurs propres organisations.
Les principales recommandations formulées à l'issue du forum ont été transmises aux chefs de gouvernement, lors des Assemblées annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale qui s'est tenue le week-end dernier. La conférence a été organisée par l'Institut de la Banque mondiale et l'organisation allemande InWEnt (« Renforcement des capacités et développement international »). Pour plus d'informations sur le forum, consulter : www.businessandmdgs.net (a). Pour regarder une vidéo (a) d'une durée d'une minute sur le forum, cliquer ici (2,4 Mo Real Media ). Avec la contribution de John Didier, responsable des publications du WBI. |