Le 1er dĂ©cembre 2007- LâenquĂȘte nationale sur la sĂ©roprĂ©valence de 2005 a donnĂ© un taux de prĂ©valence de 1,5% au sein de la population gĂ©nĂ©rale, ce qui place la GuinĂ©e dans la catĂ©gorie dâune Ă©pidĂ©mie gĂ©nĂ©ralisĂ©e. Les zones rurales sont touchĂ©es et lâinfection sâest fĂ©minisĂ©e (1,9% chez les femmes contre 0,9% chez les hommes). Voici une interview de Dr Mariama Diello Barry, SecrĂ©taire exĂ©cutive du ComitĂ© national de lutte contre le VIH/SIDA (CNLS) en GuinĂ©e Banque mondiale : Quel diagnostic faites-vous de la situation du VIH/SIDA en RĂ©publique de GuinĂ©e ?  Dr Mariama Diello Barry: Aujourdâhui je peux dire que nous avons fait des progrĂšs, câest vrai, mais on a encore beaucoup de choses Ă mettre en Ćuvre pour lutter efficacement contre le VIH/SIDA. Je mâexplique : en 2002 on avait Ă peine plus de 200 personnes sous ARV (mĂ©dicaments antirĂ©troviraux) ; aujourdâhui nous en avons 5.300, et lâĂtat guinĂ©en a optĂ© pour la gratuitĂ© des ARV. Ăvidement nous savons tous que lorsque lâon dit gratuitĂ©, quelquâun doit malgrĂ© tout payer. La premiĂšre difficultĂ© est de mobiliser des ressources complĂ©mentaires pour que ces ARV soient bien gratuits pour tout le monde. La deuxiĂšme rĂ©alitĂ© est quâil faut Ă©viter la rupture des stocks des ARV, et de rĂ©actifs. Il nous faut un approvisionnement correct et rĂ©gulier tant en rĂ©actifs et en ARV quâen mĂ©dicaments pour le traitement des infections opportunes. Nous avons Ă©galement des difficultĂ©s Ă obtenir des donnĂ©es rĂ©elles sur les nouvelles infections. Cela pose deux problĂšmes : celui dâobtenir des donnĂ©es fiables ; et le dĂ©fi de la prise en charge effective et rĂ©elle de tous ceux qui sont censĂ©s avoir besoin de traitement. Un autre constat est que la dĂ©centralisation de la prise en charge a dĂ©butĂ© mais elle est timide. Nous souhaitons assurer la prise en charge sur lâensemble du territoire national. Nous devons Ă©galement mobiliser des ressources additionnelles tant au niveau national quâinternational. Les Ătat africains en gĂ©nĂ©ral et la GuinĂ©e en particulier doivent ĂȘtre moins dĂ©pendants de lâapport extĂ©rieur. Ă titre dâexemple, lâUnion africaine souhaite que les budgets des dĂ©partements de santĂ© publique passe Ă 15% du budget national. Seulement 10 pays respectent cela ; en GuinĂ©e nous sommes Ă moins de 3%. Parlons des aspects positifs maintenant. Un des avantages que nous avons eu dans la multisectorialitĂ©, câest lâimplication de tous les acteurs, de tous les rĂ©sidents en RĂ©publique de GuinĂ©e, dans la prĂ©vention dans la lutte contre le VIH/SIDA. Aujourdâhui, on a des curricula Ă©laborĂ©s pour les enseignants tant du primaire, du collĂšge, du lycĂ©e que de lâuniversitĂ©. Si je dis universitĂ© pas seulement la facultĂ© de mĂ©decine, les autres facultĂ©s aussi ont leur curricula et la formation de tous les enseignants a dĂ©jĂ dĂ©marrĂ©e. La chambre des mines travaille en Ă©troite collaboration avec le SecrĂ©tariat exĂ©cutif du CNLS pour lâintĂ©gration des mineurs dans la prise en charge des personnes vivants avec le VIH/SIDA (PVVIH), et dans la prĂ©vention. Des Centres de dĂ©pistage volontaire ont Ă©tĂ© installĂ©s dans les sites miniers et un personnel mĂ©dical et paramĂ©dical a Ă©tĂ© formĂ© pour la prise en charge des PVVIH, et les traitements antirĂ©troviraux. LâarmĂ©e guinĂ©enne a adoptĂ© une politique de lutte contre le VIH/SIDA. Des Centres de dĂ©pistage volontaire (CDV) dans les casernes des quatre rĂ©gions facilitent la prise en charge des militaires sĂ©ropositifs. Des paires Ă©ducateurs ont Ă©tĂ© formĂ©s par les militaires afin de prendre en charge lâĂ©ducation, lâinformation et la sensibilisation Aujourdâhui, un militaire sĂ©ropositif sait exactement Ă qui il faut sâadresser dans sa caserne. GrĂące au plateau technique moderne, c'est-Ă -dire le microscope allumino fluorescent et le compteur CD4, nous pouvons assurer un meilleur suivi biologique des PVVIH, et ce de façon dĂ©centralisĂ©e. Nos partenaires sur le terrain participent Ă la dĂ©centralisation des activitĂ©s de lutte contre le VIH/SIDA et Ă Â la prise en charge psychosociale. Banque mondiale : Ătes-vous satisfaite de la stratĂ©gie du ComitĂ© national de lutte contre le VIH/SIDA (CNLS) ? Mariama Diello Barry: Oui et non. Oui, puisque les gens ont compris que le SIDA est un problĂšme majeur au niveau national et un problĂšme de dĂ©veloppement. Les gens ont compris que le SIDA ne concerne pas que le seul secteur de la santĂ©, quâil a un impact nĂ©gatif sur le produit intĂ©rieur brut, et quâil est essentiel de promouvoir lâĂ©ducation des enfants. Les gens ont compris que lâagriculteur, le pĂȘcheur, le mineur, etc., chacun est concernĂ© par le VIH/SIDA, chacun de nous Ă©tant un sĂ©ropositif potentiel. Sur ce plan-lĂ , la stratĂ©gie a Ă©tĂ© extraordinaire et salutaire. Elle a Ă©galement montrĂ© aux populations que chacun peut jouer un rĂŽle dans la lutte contre le VIH/SIDA et que chacun doit se sentir concernĂ©, et que le leadership peut se faire tant au sein de la famille, sur le lieu du travail, en milieu associatif etc. La multisectoriallitĂ© et lâappui que la Banque mondiale a apportĂ© Ă cette politique a Ă©tĂ© salutaire. Banque mondiale : Pensez-vous que les concepts abstinence-fidĂ©litĂ©-prĂ©servatif sont ancrĂ©s maintenant dans la mentalitĂ© des guinĂ©ens ? Mariama Diello Barry: Oui et non. Oui, parce que les concepts ont Ă©tĂ© créés, non parce que le changement de comportement ne suit pas forcĂ©ment. On peut avoir toute lâinformation nĂ©cessaire et pourtant ne pas modifier son comportement. Câest ce que nous avons constatĂ© lors de lâenquĂȘte nationale de sĂ©roprĂ©valence de 2005. Par exemple lorsque nous nous sommes rendus Ă NzĂ©rĂ©korĂ© vers la frontiĂšre avec la CĂŽte dâIvoire, pour y rencontrer les professionnels du transport routier, nous nous sommes rendu compte que la notion de fidĂ©litĂ© pour eux consistait Ă avoir un mĂȘme partenaire pour un voyage. Et quâau retour ils ne voyaient pas dâinconvĂ©nients Ă prendre un autre partenaire. Il a fallu une longue pĂ©riode de formation pour leur faire admettre quâils ne pratiquaient pas une fidĂ©litĂ© rĂ©elle. Pour lâabstinence, ce nâest pas toujours possible. Prenons lâexemple dâun militaire qui va au front et qui opte pour lâabstinence. EloignĂ© de son cadre familiale et la situation de stress aidant, sâil nâa pas de prĂ©servatif Ă disposition, câest tout-Ă -fait possible quâil commette un acte irresponsable. Câest pour cela que, pour les militaires, on a rĂ©ussi Ă inclure dans leur baluchon des prĂ©servatifs oĂč quâils aillent. Banque mondiale : Quelles sont les perspectives pour la pĂ©rennisation des acquis ? Avez-vous de lâespoir pour obtenir dâautres financements Mariama Diello Barry: Nous avons fini lâĂ©valuation du projet multisectoriel ou MAP I 2003 Ă 2007. Nous allons maintenant passer Ă lâĂ©laboration du cadre stratĂ©gique 2008-2012 avec lâespoir quâil y aura un MAP II. Nous estimons que lâĂtat et les partenaires doivent soutenir la lutte contre le VIH/SIDA et nous avons lâespoir dâavoir un autre financement. Aujourdâhui on parle de mobilisation de ressources additionnelles. UNITED AID par exemple est une initiative consistant Ă prĂ©lever des taxes sur les billets dâavion afin de constituer un fonds dans le cadre de la lutte contre lâĂ©pidĂ©mie. La GuinĂ©e est en train de prĂ©parer son projet de loi pour participer Ă cette mobilisation de ressources additionnelles. UNITED AID travaille avec des fondations comme celle de Bill Clinton. Je pense que mon dernier mot sera de remercier la Banque mondiale dâavoir initiĂ© et accompagnĂ© le projet multisectoriel de lutte contre le VIH/SIDA, avec tous les partenaires, sans oublier lâĂtat guinĂ©en qui a acceptĂ© la politique proposĂ©e par le systĂšme des Nations Unies. Tabara Barry ChargĂ©e de Communication |