LomĂ©, le 30 novembre 2007 -- « Maladie du siĂšcle », « maladie de la honte », quelque soit lâappellation quâon lui donne, le VIH/SIDA demeure aujourdâhui un dĂ©fi majeur pour le dĂ©veloppement en gĂ©nĂ©ral, et pour le dĂ©veloppement humain en particulier. En Afrique, la pandĂ©mie a dĂ©truit beaucoup de vies, privĂ© la sociĂ©tĂ© de millions de personnes valides, et elle a enfreint les espoirs de millions dâenfants et de jeunes. Beaucoup de gens sâaccordent Ă dire aujourdâhui que lâĂ©pidĂ©mie se « fĂ©minise » de plus en plus, surtout en Afrique oĂč les femmes et jeunes filles reprĂ©sentent environ 60% des personnes infectĂ©es (ONUSIDA, 2006). Quant aux enfants, ils continuent dâĂȘtre les victimes directes et indirectes du VIH/SIDA.  PandĂ©mie mieux comprise et intensification de la lutte  Partout en Afrique, on note que la pandĂ©mie du VIH/SIDA est beaucoup mieux comprise aujourdâhui quâil y a dix ans. Au Togo oĂč le taux de sĂ©roprĂ©valence est de 3,2%, les nombreuses campagnes de sensibilisation et dâĂ©ducation menĂ©es par le Gouvernement, diverses organisations de la sociĂ©tĂ© civile et les partenaires au dĂ©veloppement ont Ă©normĂ©ment contribuĂ© Ă faire comprendre aux gens les diffĂ©rents modes de transmission, et les moyens de se protĂ©ger.  Des associations de personnes vivants avec le VIH/SIDA (PVVIH) ont ainsi vu le jour et mĂšnent des actions dâĂ©ducation et dâassistance non seulement en faveur des personnes infectĂ©es, mais aussi Ă lâendroit des personnes non-infectĂ©es en vue de leur permettre de ne pas sâexposer inutilement Ă des risques. Au nombre de ces associations, le RAS+ Togo, qui est un rĂ©seau de douze associations togolaises de lutte contre le VIH/SIDA. Sa mission principale est de favoriser une synergie dâactions entre les ONG et associations de PVVIH, en vue dâune prise en charge efficace et dâune meilleure prĂ©vention. Entre autres, RAS+ Togo forme un groupe de pression pour assurer une reprĂ©sentativitĂ© des PVVIH au sein des instances de dĂ©cision ; renforce les capacitĂ©s institutionnelles de ses associations membres ; et organise des activitĂ©s de communication pour le changement de comportement.  MalgrĂ© la forte mobilisation pour la lutte, quelques problĂšmes demeurent  AccĂšs des PVVIH aux anti-rĂ©troviraux (ARV)  Selon le PrĂ©sident du RAS+ Togo, Augustin Kokouvi Dokla, il y a un nombre total de 18.000 PVVIH qui ont normalement besoin des ARV [citant les sources de lâONUSIDA]. Sur ce nombre, seules 6.000 personnes y ont rĂ©ellement accĂšs. Actuellement, ces 6.000 personnes sont entiĂšrement prises en charge par lâĂtat togolais et le Fonds mondial pour ce qui concerne les ARV. Quant aux PVVIH qui ne sont pas pris en charge, elles se procurent les ARV elles-mĂȘmes Ă des prix variant entre 4.300 et plus de 80.000 FCFA par mois. Il faut toutefois signaler que lâĂtat togolais a pris des mesures pour exonĂ©rer ces produits de taxes depuis lâannĂ©e 2000.  Dâautre part, on note des pĂ©riodes de rupture dans la fourniture des ARV au Togo : « Les ruptures dans la fourniture des ARV a commencĂ© depuis 2006, mais câest vraiment en 2007 que le problĂšme sâest accentuĂ©. Nous avons dĂ©jĂ connu 5 phases de rupture de stock dâARV depuis le dĂ©but de lâannĂ©e, dont la derniĂšre a durĂ© 5 semaines. Cette situation nous a amenĂ© Ă organiser un sit-in devant le Parlement togolais pour crier notre ras-le-bol, et demander que des efforts soient faits par toutes les parties prenantes, en vue dâĂ©viter aux PVVIH de dĂ©velopper des rĂ©sistances et dâavoir des complications. Notre appel semble avoir Ă©tĂ© entendu, et les mĂ©dicaments sont arrivĂ©s cette semaine. Mais la cargaison qui est arrivĂ©e ne pourra servir que deux mois », dĂ©clare Augustin Dokla, PrĂ©sident du RAS+ Togo.  Il a fait appel Ă toutes les personnes concernĂ©es et Ă toutes les bonnes volontĂ©s pour tout mettre en Ćuvre afin dâĂ©viter que le Togo ne connaisse encore dâautres ruptures de stocks dâARV : « Il faut trouver des solutions durables. Il faudrait que le Gouvernement puisse inscrire dans le budget une ligne destinĂ©e Ă lâachat des ARV. Il faudrait que les partenaires du pays puissent Ă©galement renforcer leurs appuis aux PVVIH ».  Stigmatisations et discriminations  Selon le PrĂ©sident du RAS+ Togo, malgrĂ© toutes les sensibilisations sur le VIH/SIDA, les personnes sĂ©ropositives continuent par faire face Ă des problĂšmes de stigmatisation et de discrimination. Il Ă©voque certaines situations concrĂštes : « Des gens se cachent pour mourir ; des gens se cachent pour prendre leurs mĂ©dicaments ; des belles-mĂšres harcĂšlent leurs belles-filles ne pouvant pas allaiter leurs enfants ; des parents ne veulent pas investir dans lâavenir de leurs enfants sĂ©ropositifs ; des propriĂ©taires trouvent des alibis pour faire expulser des locataires ; et plusieurs autres encore. Il y a aussi des clichĂ©s que lâon colle aux personnes sĂ©ropositives (maladie de la honte, gens de mauvaises mĆurs, association du VIH Ă la mort, etc.) ».  Un engagement personnel  Pour Monsieur Augustin Dokla, les personnes sĂ©ropositives doivent tout faire pour surpasser les discriminations et stigmatisations de toutes sortes et pouvoir mener une vie normale : « Je vis avec le VIH depuis 17 ans dĂ©jĂ , et je le vis trĂšs positivement. La lutte contre le SIDA, câest mon quotidien, câest mon engagement personnel. Comme jâai lâhabitude de le dire, je ne mourrai pas de SIDA, mais je mourrai avec ! ».  Le PrĂ©sident du RAS+ Togo a lancĂ© un plaidoyer en direction de tous les partenaires au dĂ©veloppement du Togo pour qu'ils renforcent leurs appuis Ă la lutte contre le VIH/SIDA. « Il est important de conjuguer tous les efforts pour nous sortir de cette situation de prĂ©caritĂ© dans laquelle nous sommes. Il existe dĂ©jĂ un leadership au sommet de lâĂtat que nous apprĂ©cions beaucoup, mais il faut que les promesses soient concrĂ©tisĂ©es et soutenues. L'apport de tous les partenaires au dĂ©veloppement est indispensable. La Banque mondiale, par exemple, a accordĂ© des dons Ă plusieurs pays africains pour la lutte contre le SIDA ; il faut quâelle puisse faire la mĂȘme chose au Togo, parce que la lutte contre le VIH/SIDA est une situation dâurgence. ».  Actions de la Banque mondiale Il faut noter que la Banque mondiale intervient dans la lutte contre la pandĂ©mie Ă travers le Projet rĂ©gional commun de prĂ©vention et de prise en charge des IST/VIH/SIDA le long du corridor Abidjan-Lagos (communĂ©ment appelĂ© Projet Corridor) dont la mise en Ćuvre a dĂ©marrĂ© en 2004, et dont l'objectif est d'accroĂźtre l'accĂšs des personnes vulnĂ©rables aux services d'appui, de soins et traitement de base, et de prĂ©vention du VIH/SIDA le long du corridor routier Abidjan-Lagos. Le Projet Corridor entre dans le cadre de la StratĂ©gie d'intĂ©gration rĂ©gionale de la Banque mondiale pour l'Afrique de l'ouest et vise particuliĂšrement les transporteurs, les migrants, les professionnels du sexe, et les populations vivants le long du corridor. Il est financĂ© par un don de la Banque mondiale d'un montant de 16,6 millions de dollars, et les pays bĂ©nĂ©ficiaires sont la CĂŽte d'Ivoire, le Ghana, le Togo, le BĂ©nin et le NigĂ©ria.
 La Banque appuie Ă©galement la lutte contre le VIH/SIDA au Togo Ă travers certains micro-projets financĂ©s dans le cadre du Programme dâurgence de rĂ©duction de la pauvretĂ© (PURP). Le PURP finance des projets socio-communautaires (selon les besoins exprimĂ©s par les populations bĂ©nĂ©ficiaires elles-mĂȘmes) dans les rĂ©gions Maritime et Savanes.  Par Sylvie A. Nenonene, ChargĂ©e de communication. Â
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