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La lutte contre le SIDA en Zambie : des veuves apportent une réponse

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Le 29 novembre 2007 -- « Chaque fois que je voyais des enfants se rendre Ă  l’école pendant que les miens restaient Ă  la maison, une boule de dĂ©tresse se nouait dans ma gorge », dĂ©clare Maiwase Mbewe en remontant et en nouant son « chitenje » (pagne) autour de la taille, prĂȘte Ă  rejoindre un groupe d’autres veuves du sida exĂ©cutant une danse de cĂ©lĂ©bration.

Cette danse de cĂ©lĂ©bration de la joie fait partie d’une cĂ©rĂ©monie organisĂ©e en l’honneur d’un groupe visitant la communautĂ© de Musanga, qui regroupe 120 villages abritant 1 225 mĂ©nages et une population totale de 7 120 habitants.

SituĂ©e Ă  six heures de route de Lusaka, la capitale zambienne, Musanga est un village frontalier Ă©loignĂ© et isolĂ© de l’est de Chipata dans la province orientale. C’est ici qu’est mis en Ɠuvre le Projet d’appui aux veuves, orphelins et groupes vulnĂ©rables de la communautĂ© de Madaliso.

Ces veuves et orphelins sont les victimes d’une Ă©pidĂ©mie de VIH/SIDA qui s’est propagĂ©e rapidement dans leur communautĂ©. Le district de Chipata abrite une population d’environ  369 443 habitants, au sein de laquelle le niveau de prĂ©valence du VIH s’établit Ă  26,3 %, soit le taux le plus Ă©levĂ© de la province. Ce taux dĂ©passe de loin la moyenne provinciale de 13 % et la moyenne nationale de 16 %.

Community Widows Center

La nouvelle école des veuces de Madaliso

Assurer l’éducation des orphelins du SIDA

En septembre 2000, Mbewe s’est associĂ©e aux autres veuves de sa communautĂ© pour lancer le Projet d’appui aux veuves, orphelins et groupes vulnĂ©rables de la communautĂ© de Madaliso et lutter contre le nombre croissant de dĂ©cĂšs dus aux maladies liĂ©es au VIH/SIDA, un phĂ©nomĂšne  qui se traduisait par un nombre Ă©levĂ© d’orphelins. L’une des premiĂšres initiatives des veuves a Ă©tĂ© de construire rapidement une Ă©cole pour leurs enfants.

« Nous avons commencĂ© Ă  une Ă©chelle minuscule, disposant de trĂšs peu d’argent et subvenant aux besoins de 74 orphelins dont 16 seulement allaient Ă  l’école », dit Mbewe de son groupe. « Lorsque le mot a circulĂ©, de plus en plus d’enfants sont venus pour obtenir de l’aide et s’inscrire Ă  l’école. TrĂšs vite, notre Ă©cole a Ă©tĂ© dĂ©bordĂ©e par le nombre d’enfants ».

Peu de temps aprĂšs, selon Mbewe, le bĂątiment scolaire de fortune a commencĂ© Ă  s'effondrer. C’est alors que les veuves ont reçu 17 028 dollars au titre de la composante CRAIDS (Riposte communautaire au VIH/SIDA) du projet relatif Ă  la RĂ©ponse nationale de la Zambie au SIDA. Ces fonds Ă©taient destinĂ©s Ă  appuyer entre autres :

  • les campagnes de sensibilisation au VIH/SIDA dans la communautĂ©
  • la formation des prestataires de soins Ă  domicile et l’achat de trousses de soins Ă  domicile
  • la remise en Ă©tat de l’école communautaire de Madaliso
  • l’achat de fournitures scolaires Ă  offrir aux orphelins
  • la mise en Ɠuvre de projets gĂ©nĂ©rateurs de revenus pour appuyer les activitĂ©s de l’ensemble du programme.

« AprĂšs avoir reçu l’aide de la CRAIDS, notre premiĂšre prioritĂ© a Ă©tĂ© de bĂątir une structure scolaire digne de ce nom, [soit celle] qui se dresse lĂ  », dĂ©clare Maiwase en indiquant du doigt un bĂątiment peint en bleu et blanc qui fait dĂ©sormais la fiertĂ© de la communautĂ©.

Les veuves s’occupent aujourd’hui de 572 orphelins, dont 200 vont Ă  l’école. Par ailleurs, elles ont remportĂ© une autre victoire cette annĂ©e. Treize orphelins ont achevĂ© leurs Ă©tudes dans l’école communautaire et entreront en premiĂšre annĂ©e du secondaire dans un Ă©tablissement public.   

« C’est tout un exploit pour nous », observe Maiwase avec un large sourire. « GrĂące aux gains de revenu rĂ©alisĂ©s dans le cadre de notre projet avicole appuyĂ© par la CRAIDS, nous sommes en mesure de financer les Ă©tudes des 13 orphelins au secondaire. Alors, je ne ressens  plus de boule dans ma gorge et aujourd’hui, lorsque j’ai des larmes aux yeux, ce sont des larmes de joie ».

Réduire les décÚs liés au SIDA

MĂȘme si la remise en Ă©tat de l’école a Ă©tĂ© la premiĂšre prioritĂ© des veuves, le groupe est Ă©galement bien connu pour ses travaux dans le domaine de la lutte directe contre le VIH/SIDA. Misozi Phiri, veuve et membre fondatrice du projet communautaire, explique d’un air calme et avec un sourire discret les rĂ©alisations de son groupe.

« La majoritĂ© des personnes souffrant de maladies chroniques ne sont plus clouĂ©es au lit, mais mĂšnent dĂ©sormais une vie productive », souligne Phiri. « La plupart d’entre elles sont retournĂ©es dans leur village pour cultiver leurs champs. Sur un total de 247 patients souffrant de maladies chroniques, la moitiĂ© Ă©tait alitĂ©e ; aujourd’hui, dans nos registres nous n’en dĂ©nombrons que dix qui sont clouĂ©s au lit. Mais avec l’appui de la communautĂ©, ils se sentent mieux chaque jour et vivent de façon positive ».

Le travail du groupe a Ă©tĂ© renforcĂ© par l’appui reçu d’un dispensaire public situĂ© Ă  quelques kilomĂštres. Ce dispensaire fournit des conseils sur le soutien nutritionnel dans le cadre des soins Ă  domicile et de la fourniture d’antirĂ©troviraux.

« De nos jours, nous n’enregistrons pas beaucoup de dĂ©cĂšs dans la communautĂ© », relĂšve Phiri. « Nous avons pu diffuser des renseignements sur le VIH/SIDA auprĂšs de tous les membres de la communautĂ©, principalement par le biais des piĂšces de théùtre, et les questions relatives au VIH/SIDA se discutent librement ».

Phiri et Mbewe croient toutes les deux que le concours de la CRAIDS a non seulement mis les veuves en mesure de parler ouvertement de leur propre état sérologique par rapport au VIH, mais leur a aussi permis de promouvoir les activités rémunératrices à titre individuel et collectif. Les membres du groupe sont désormais capables de satisfaire les besoins essentiels de leur famille.

« Les choses ont vĂ©ritablement changĂ© pour le mieux », indique Phiri. « Contrairement au passĂ© oĂč nous Ă©tions marginalisĂ©es comme veuves, aujourd’hui nous sommes traitĂ©es avec dignitĂ© et respect en tant que membres Ă  part entiĂšre de cette communautĂ© ».

Et plus important encore, ajoute Phiri, les membres de la communautĂ© ont appris Ă  s’entraider. 

« La stigmatisation a été considérablement réduite », conclut-elle.


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