| Le 29 novembre 2007 -- Pratiques culturelles et croyances, principaux facteurs de lâĂ©pidĂ©mie du SIDA au Malawi Que le niveau de sensibilisation au VIH/SIDA au Malawi soit trĂšs Ă©levĂ© est un fait incontestable. La quasi-totalitĂ© des participants de rĂ©fĂ©rence Ă lâĂ©dition 2000 de lâenquĂȘte dĂ©mographique et sanitaire du ministĂšre malawien de la SantĂ© ont signalĂ© avoir entendu parler du SIDA. On peut toutefois se demander si cette sensibilisation se traduit par un changement de comportement pouvant dĂ©boucher sur la maĂźtrise de lâĂ©pidĂ©mie. Mais câest lĂ une autre question, laquelle a amenĂ© la Commission nationale de lutte contre le SIDA Ă effectuer une enquĂȘte sur les facteurs qui attisent lâĂ©pidĂ©mie au Malawi, en dĂ©pit de lâexcellent niveau de sensibilisation. Le Malawi a certes enregistrĂ© une baisse du taux de prĂ©valence, lequel est passĂ© dâenviron 18% en 1997 Ă 14% en 2005, mais ces chiffres restent relativement Ă©levĂ©s pour lâAfrique subsaharienne. Parmi les autres pays dont les taux sont supĂ©rieurs Ă 14%, on peut citer le Swaziland, le Botswana, le Lesotho, lâAfrique du Sud, le Zimbabwe et la Zambie. Selon lâĂ©valuation de la pauvretĂ© et de la vulnĂ©rabilitĂ© effectuĂ©e conjointement par la Banque mondiale et le Bureau de statistique du Malawi en 2006, le SIDA est la principale cause de dĂ©cĂšs chez les personnes ĂągĂ©es de 20 Ă 49 ans. En raison du virus, lâespĂ©rance de vie au Malawi est tombĂ©e Ă 37 ans. On estime que sans lâĂ©pidĂ©mie, lâespĂ©rance de vie sâĂ©tablirait Ă 55 ans. Transmission dâinfections entre partenaires  Il ressort des rĂ©sultats de recherches sur le VIH/SIDA au Malawi, tels que prĂ©sentĂ©s lors de la confĂ©rence dâexamen annuel de la riposte nationale au VIH/SIDA tenue en octobre 2007, que plusieurs facteurs dĂ©terminent la propagation de lâĂ©pidĂ©mie au Malawi. Les plus importants de ces facteurs sont : les rapports avec des partenaires multiples et simultanĂ©s, les croyances au sujet de lâinfection, lâutilisation irrĂ©guliĂšre des prĂ©servatifs et les pratiques culturelles. Ă en croire Blackson Matatiyo, Agent de recherche Ă la Commission nationale de lutte contre le SIDA, « le recours Ă des partenaires multiples et simultanĂ©s est le facteur clĂ© ». La proportion des personnes qui ont plus dâun partenaire sexuel est plus Ă©levĂ©e chez les hommes que chez les femmes, dâaprĂšs le rapport sur lâĂ©valuation de la pauvretĂ© et de la vulnĂ©rabilitĂ© de 2006. Il sâensuit que le taux de prĂ©valence est plus Ă©levĂ© parmi les femmes (13%) que chez les hommes (9%). LâĂ©valuation note en outre que lâĂ©cart entre les sexes est plus net parmi les jeunes adultes : la prĂ©valence Ă©tait de plus de quatre fois plus Ă©levĂ©e chez les femmes que chez les hommes ĂągĂ©s de 15 Ă 24 ans en 2004. « Il convient par consĂ©quent de sensibiliser tout particuliĂšrement les hommes Ă la fidĂ©litĂ© mutuelle », a conclu Matatiyo.  Selon les recherches effectuĂ©es par Pakachere Health and Development Communications â une organisation multimĂ©dia dont lâobjectif est dâempĂȘcher la propagation du VIH au Malawi â, plusieurs raisons expliquent pourquoi certains se livrent Ă la pratique consistant Ă avoir des partenaires multiples. Au nombre de ces raisons figurent le manque de satisfaction sexuelle chez lâun des partenaires, lâalcoolisme et la toxicomanie, lâexistence dâun revenu disponible, et lâinfluence des pairs. Croyances au sujet de lâinfection Les croyances au sujet du risque dâinfection attisent Ă©galement lâĂ©pidĂ©mie. « Nombreux sont ceux qui ne pensent pas quâils pourraient Ă©ventuellement ĂȘtre infectĂ©s par le VIH ou contracter une maladie sexuellement transmissible », relĂšve Alfred Chirwa, spĂ©cialiste de la santĂ© de la Banque mondiale au Malawi. « En consĂ©quence, ils adoptent un comportement sexuel Ă risque et, ce faisant, sâinfectent ou infectent dâautres personnes sans sâen rendre compte. PlutĂŽt que de sâen remettre Ă des impressions, il vaut mieux se soumettre Ă un test de dĂ©pistage. Ă lâheure actuelle, le Malawi axe ses efforts sur le dĂ©pistage ». DâaprĂšs le rapport de lâĂ©valuation de la pauvretĂ© et de la vulnĂ©rabilitĂ©, « en lâabsence dâun dĂ©pistage effectif, lâĂ©valuation subjective que lâon a de son Ă©tat sĂ©rologique par rapport au VIH ne correspond pas Ă la rĂ©alitĂ©, car certains surestiment leur risque dâinfection tandis que dâautres le sous-estiment. « Parmi les personnes infectĂ©es », a indiquĂ© le rapport, « 71% des hommes ont dĂ©clarĂ© que leur probabilitĂ© dâinfection Ă©tait nulle ou faible, contre 45% des femmes. En revanche, la plupart des rĂ©pondants ayant affirmĂ© quâils avaient un risque Ă©levĂ© dâinfection nâĂ©taient effectivement pas infectĂ©s (91% des hommes et 87% des femmes) ». Lâaction de sensibilisation au dĂ©pistage et au conseil en matiĂšre de VIH sâest intensifiĂ©e au fil des ans. Un plus grand nombre de centres de dĂ©pistage ont Ă©tĂ© Ă©tablis, mais la plus grande campagne annuelle se dĂ©roule dans le cadre des semaines nationales de conseil et de dĂ©pistage volontaires en matiĂšre de VIH, lesquelles sont coordonnĂ©es par la Commission nationale de lutte contre le SIDA et le ministĂšre de la SantĂ©. Le nombre de personnes qui se sont soumises aux tests de dĂ©pistage pendant la semaine nationale 2007 a atteint 186 631, soit le double du chiffre de 2006. Les rĂ©sultats des tests se sont rĂ©vĂ©lĂ©s positifs dans 8,4% des cas. Utilisation nĂ©gligeable et irrĂ©guliĂšre des prĂ©servatifs Lâun des principaux messages de sensibilisation au Malawi, tout comme dans nombre dâautres pays, porte sur lâapproche ABC (Abstain, Be faithful, Condomize ! â sâabstenir, ĂȘtre fidĂšle, utiliser des prĂ©servatifs). Il existe chez les Malawites un contraste saisissant entre le niveau Ă©levĂ© de connaissances au sujet du VIH/SIDA et le trĂšs faible taux dâutilisation des prĂ©servatifs. Lors dâune enquĂȘte dĂ©mographique et sanitaire rĂ©alisĂ©e en 2004, 5% des hommes ĂągĂ©s de 15 Ă 49 ans ont dĂ©clarĂ© avoir eu des rapports avec des professionnels du sexe au cours des 12 mois prĂ©cĂ©dant lâĂ©tude. Seuls 43% ont utilisĂ© des prĂ©servatifs pendant le plus rĂ©cent de ces rapports. LâĂ©valuation de la pauvretĂ© et de la vulnĂ©rabilitĂ© note que le faible niveau dâutilisation des prĂ©servatifs peut sâexpliquer en partie par le fait que ces derniers sont associĂ©s au vagabondage sexuel, et les donnĂ©es empiriques tendent Ă indiquer que les Malawiens rĂ©pugnent en gĂ©nĂ©ral Ă sâen procurer publiquement. Le mĂȘme faible taux peut aussi sâexpliquer par les croyances au sujet de lâinfection et par la rĂ©ticence Ă se soumettre au test de dĂ©pistage. Pratiques culturelles De grands efforts sont dĂ©ployĂ©s en vue de sâattaquer aux pratiques culturelles qui contribuent Ă©galement Ă la propagation du virus. Les cĂ©rĂ©monies dâinitiation sont lâune de ces pratiques rĂ©pandues au Malawi. « Les adolescents initiĂ©s ou circoncis sont plus susceptibles dâĂȘtre sexuellement expĂ©rimentĂ©s et actifs que ceux qui ne le sont pas », a prĂ©cisĂ© Matatiyo. Quelle conclusion peut-on tirer concernant les informations vĂ©hiculĂ©es lors des cĂ©rĂ©monies dâinitiation ? Peut-on transformer ces cĂ©rĂ©monies de façon quâelles permettent de transmettre des renseignements sur le VIH/SIDA ? ». GrĂące Ă une meilleure sensibilisation, certaines communautĂ©s renoncent Ă des aspects de leurs pratiques culturelles qui sont susceptibles de perpĂ©tuer lâinfection par le VIH. La Commission nationale de lutte contre le SIDA signale toutefois que quelques-unes des pratiques dĂ©couragĂ©es quâon a en apparence arrĂȘtĂ©es nâont en fait pas Ă©tĂ© abandonnĂ©es, mais quâelles se poursuivent clandestinement. Parmi ces pratiques, on peut citer lâutilisation des rapports sexuels comme moyen de purification contre un mal imaginaire. La Commission recommande dâeffectuer davantage de recherches anthropologiques sur de telles pratiques qui sont plus rĂ©pandues dans la rĂ©gion mĂ©ridionale du pays oĂč le taux de prĂ©valence du VIH est supĂ©rieur Ă celui des deux autres rĂ©gions. Lutter contre la propagation Les statistiques indiquent quâenviron 115 000 personnes seulement qui se trouvent Ă un stade avancĂ© dâinfection par le VIH ont dĂ©jĂ bĂ©nĂ©ficiĂ© de la thĂ©rapie antirĂ©trovirale. DâaprĂšs la Commission nationale de lutte contre le SIDA, le Malawi compte 146 Ă©tablissements de santĂ© qui fournissent cette thĂ©rapie. Certes, les antirĂ©troviraux sont en gĂ©nĂ©ral disponibles, mais lâon est confrontĂ© Ă une pĂ©nurie des mĂ©dicaments contre les infections opportunistes. La Banque mondiale fournit au Malawi un appui en faveur de la lutte contre le VIH/SIDA depuis 2003, et elle continuera de le faire dans le cadre de sa quatriĂšme StratĂ©gie dâaide-pays (CAS) couvrant la pĂ©riode 2007-2010. Dans la quatriĂšme CAS, la Banque mondiale prĂ©voit dâaider Ă rĂ©duire la vulnĂ©rabilitĂ© au VIH/SIDA au niveau des mĂ©nages. La Banque sâattachera principalement, dans sa stratĂ©gie, Ă traduire la sensibilisation au VIH/SIDA en un changement de comportement, Ă assurer lâaccĂšs Ă la prĂ©vention et au traitement, et Ă appuyer la participation des autres parties prenantes telles que les organisations de proximitĂ© et de la sociĂ©tĂ© civile. Par Zeria Banda Responsable des communications, Banque mondiale au Malawi |