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Selon une nouvelle étude, une lutte antituberculeuse énergique permettrait des gains économiques substantiels dans les pays pauvres

Disponible en: English
Communiqué de presse n°:2008/143/HDN

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Contacts
Banque mondiale à Washington : Phil Hay (202) 473 1796
portable : (202) 409 2909
phay@worldbank.org  
OMS/Halte à la tuberculose à Genève : Judith Mandelbaum-Schmid +41 22 791 2967
portable +41 79 254 6835
schmidj@who.int

WASHINGTON, le 12 décembre 2007 — Un nouveau rapport de recherche de la Banque mondiale établit que les 22 pays[1] regroupant le plus grand nombre de cas de tuberculose dans le monde gagneraient beaucoup plus que ce qu'ils dépenseraient s'ils adhéraient à un plan mondial pour faire diminuer nettement le nombre des décès dus à la tuberculose. Les gains des pays africains très touchés pourraient atteindre neuf fois la valeur de leurs investissements dans la lutte antituberculeuse. Cette étude avertit également de la nécessité de renforcer la lutte dans le monde entier avec l'apparition de plus en plus fréquente des tuberculoses à bacilles multirésistants (tuberculose MR) et ultrarésistants (tuberculose UR) en Afrique australe, en Europe de l'Est et en Asie centrale.

Selon ce rapport et malgré les progrès récents de la lutte antituberculeuse, il y a eu encore 8,8 millions de nouveaux cas et 1,6 million de décès dus à cette maladie en 2005. En l'absence de traitement, deux tiers des cas à frottis positifs meurent dans les cinq à huit ans mais, pour la plupart, dans les dix-huit mois suivant l'infection.

Selon cette étude — The Economic Benefit of Global Investments in Tuberculosis Control — l'impact économique de la mortalité tuberculeuse et les avantages de la lutte dans les 22 pays à forte charge de cette maladie sont les plus grands en Chine et en Inde où, s'associant à la croissance des revenus, le nombre relativement élevé des décès dus à la tuberculose se traduit par des conséquences économiques importantes.

Cette étude, demandée par la Banque mondiale pour le compte du partenariat Halte à la tuberculose et financée par la Fondation Bill et Melinda Gates, a suscité un intérêt considérable de la part des organismes internationaux de la santé et du développement et de groupes de la recherche et de la société civile qui veulent une lutte plus énergique contre la tuberculose dans le monde entier. Après le VIH/sida, c'est la maladie infectieuse qui tue le plus d'adultes. 

« Ce rapport cherchait à voir si les avantages économiques de la lutte antituberculeuse dépassent les coûts. Il a révélé des bénéfices probables impressionnants »,  a déclaré le Dr Jorge Sampaio, Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour l’initiative « Halte à la tuberculose » et ancien président du Portugal.

Que signifie cette étude pour l'Afrique ?

Elle établit que le coût économique des décès liés à la tuberculose (et à la co-infection avec le VIH) en Afrique subsaharienne de 2006 à 2015 se montera à 519 milliards de dollars EU sans traitement efficace contre la tuberculose, tel que recommandé par la Stratégie OMS Halte à la tuberculose[2].

Néanmoins, si ces mêmes pays devaient offrir ces traitements à leurs patients et s'en tenir au plan mondial de réduire de moitié la prévalence et la mortalité en 2015 par rapport aux chiffres de 1990, ils verraient leurs gains économiques dépasser d'environ neuf fois les coûts. Le Plan mondial Halte à la tuberculose[3], élaboré par le partenariat Halte à la tuberculose [4], coûterait 2 milliards de dollars EU par an pour le diagnostic et le traitement de la tuberculose en Afrique jusqu'en 2015 et 5 à 6 milliards de dollars EU dans le monde.

« Il y avait déjà des raisons impérieuses de lutter contre la tuberculose, responsable de tant de souffrances humaines. Désormais, une autre motivation s'y ajoute : tout porte à croire que les investissements pour réaliser l'objectif du Millénaire pour le développement relatif à la tuberculose entraîneront des gains économiques importants », a déclaré le Dr Margaret Chan, Directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Économiquement parlant, le développement des traitements antituberculeux se justifie aussi ailleurs qu'en Afrique. L'étude révèle que le rendement économique serait encore plus élevé dans des pays comme la Chine ou l'Inde, où les projections de la croissance des revenus pour les dix prochaines années sont plus élevées et la charge de la co-infection avec le VIH moins lourde.

La tuberculose aggrave la pauvreté  

L'étude indique qu'en rendant malade les adultes en âge de travailler ou en les tuant, la tuberculose prélève un lourd tribut sur les revenus individuels comme ceux des économies nationales. En Zambie par exemple, les décès chez les petits agriculteurs cultivant du maïs ou du coton ont fait baisser les récoltes d'en gros 15 %. Les enfants sont également vulnérables : la tuberculose peut les contraindre à abandonner l'école et limiter ainsi leurs perspectives d'avenir. 
 
« Cette nouvelle étude importante nous montre pourquoi la lutte antituberculeuse est un investissement intelligent pour le développement à long terme des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire », constate Joy Phumaphi, Vice-Présidente à la Banque mondiale pour le développement humain, ancien Sous-Directeur général à l'OMS et ancienne ministre de la Santé au Botswana. « Cette justification économique donne des raisons solides aux gouvernements et aux donateurs pour faire baisser franchement la prévalence et la mortalité et pour améliorer la santé et aussi les revenus de ceux qui sont exposés à un risque grave de maladie et de décès dû à la tuberculose. » 

Mme Phumaphi déclare que la Banque mondiale va intensifier son aide en faveur de la lutte antituberculeuse, tout en continuant de collaborer avec les pays d'Europe orientale, d'Asie centrale et d'Asie méridionale. Elle déclare qu'en Afrique, la Banque mondiale va adopter une approche plus anticipative pour financer les efforts dirigés par les pays, en s'appuyant sur les canaux existants, des programmes sectoriels, des programmes associés de lutte contre le VIH et la tuberculose et des opérations plurisectorielles.  
 

Perspectives

L'étude appelle à accélérer d'urgence la lutte mondiale contre la tuberculose en raison de multiples facteurs : la charge extraordinairement lourde de cette maladie pour ceux qui en sont atteints, leurs familles et les budgets gouvernementaux ; l'augmentation spectaculaire du nombre des cas depuis plus de dix ans en Europe orientale et en Asie centrale ; l'apparition de souches multirésistantes (tuberculose MR) ou ultrarésistantes (tuberculose UR). En Europe de l'Est et en Asie centrale, les patients ont un risque dix fois plus grand de contracter une tuberculose MR qu'ailleurs dans le monde et jusqu'à 15 % des nouveaux cas sont multirésistants. Le rapport affirme que la menace de la tuberculose MR met en évidence l'urgence pour tous les pays affectés, ainsi que pour les organismes travaillant dans le domaine de la santé et du développement, de pousser à l'adoption la plus complète possible du Plan mondial Halte à la tuberculose ; celui-ci réclame un investissement partagé par les pays lourdement affectés par la tuberculose et les donateurs.

« Ce rapport doit faire prendre conscience aux pays de l'urgence d'un engagement financier plus ferme pour lutter contre la tuberculose », estime Michel Kazatchkine, Directeur exécutif du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme. « Une lutte antituberculeuse efficace a des répercussions positives sur la vie de millions de personnes infectées, sur des communautés entières et elle réduit le poids de cette maladie pour les économies nationales. »


Note aux rédactions :

[1] Les 22 pays à forte charge de la tuberculose sont : Afghanistan, Afrique du Sud, Bangladesh, Brésil, Cambodge, Chine, Ethiopie, Fédération de Russie, Inde, Indonésie, Kenya, Mozambique,  Myanmar, Nigéria, Ouganda, Pakistan, Philippines, Thaïlande, République démocratique du Congo, République-Unie de Tanzanie, Viet Nam et Zimbabwe.
 
[2] Le Plan mondial Halte à la tuberculose, lancé par le partenariat Halte à la tuberculose (
www.stop.org) en janvier 2006, fixe des lignes directrices pour traiter 50 millions de personnes contre la tuberculose, enrôler trois millions de patients co-infectés par le VIH pour les traitements antirétroviraux dans les dix ans à venir et ainsi sauver 14 millions de vies environ. Il vise à réduire de moitié d'ici à 2015 la prévalence et les décès dus à la tuberculose par rapport aux niveaux enregistrés en 1990.

[3] Le partenariat Halte à la tuberculose, hébergé par l'OMS à Genève (Suisse), est un réseau comptant plus de 500 organisations internationales, pays, donateurs des secteurs public et privé et organisations non gouvernementales et gouvernementales collaborant pour l'élimination de la tuberculose.

[4] La stratégie Halte à la tuberculose, lancée en 2006 par l'OMS, fixe les priorités suivantes :

  • Continuer à développer et à renforcer l'application stricte de la stratégie DOTS (cette méthode de lutte antituberculeuse insiste sur la détection des cas par des examens bactériologiques et des traitements standardisés avec le concours du patient, un approvisionnement efficace en médicaments, un suivi et une évaluation efficaces)
  • Relever les défis posés entre autres par la co-infection tuberculose/VIH et la tuberculose MR
  • Contribuer au renforcement des systèmes de santé
  • Faire participer l'ensemble des dispensateurs de soins
  • Responsabiliser les personnes atteintes et la collectivité qui les entoure
  • Catalyser et promouvoir la recherche.