Le Fonds de partenariat pour le carbone forestier s’attaque à la déforestation

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  • Chaque année, la déforestation fait disparaître des zones forestières de la taille du Nicaragua.
  • La déforestation est responsable de près de 20 % des émissions de gaz à effet de serre.
  • Cette initiative espère créer un modèle économique pour maintenir les forêts.

11 décembre 2007 – Il y a deux ans, les pays en développement se sont posés la question suivante lors de discussions sur les changements climatiques : Pourquoi ne pourrions-nous pas gagner de l’argent en préservant nos forêts plutôt qu’en les coupant ?

Aujourd’hui, ces pays sont sur le point d’obtenir une réponse avec le lancement du Fonds de partenariat pour le carbone forestier (FPCF) de la Banque mondiale

Quelque 30 pays en développement répartis en Afrique, Amérique latine et dans la région Asie-Pacifique veulent bénéficier du premier mécanisme financier à verser des fonds aux pays pour la sauvegarde de leur forêt tropicale.

Neuf pays industrialisés ont déjà promis de donner 160 millions de dollars pour aider cette initiative de 10 ans à prendre son envol : l’Allemagne (59 millions de dollars), Le Royaume-Uni (30 millions de dollars), la Hollande (22 millions de dollars), l’Australie et le Japon (10 millions de dollars chacun), la France et la Suisse (7 millions de dollars chacun), le Danemark et la Finlande (5 millions de dollars). L’organisme américain Nature Conservancy a également fait une promesse de don de 5 millions de dollars.

« Le Fonds de partenariat pour le carbone forestier indique que le monde s’intéresse à la valeur mondiale des forêts et qu’il est prêt à mette un prix sur cette valeur », a expliqué Robert B. Zoellick, le président de la Banque mondiale, qui a lancé ce Fonds dans le cadre de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques à Bali, en Indonésie.

Le Fonds comprend deux composantes : un Fonds de disponibilité de 100 millions de dollars offrira des subventions pour aider les pays à mettre en place des systèmes et processus pour surveiller et gérer de manière crédible leur forêt. Bon nombre de pays pourront également vendre leur réduction d’émissions de gaz à effet de serre à un Fonds de carbone spécial de 200 millions de dollars soutenu par les pays riches ainsi que les entreprises privées et les organisations.

Le but du Fonds est de favoriser un marché du carbone forestier de manière à faire basculer la balance économique en faveur de la préservation des forêts, dit Benoist Bosquet, le spécialiste de la gestion des ressources naturelles de la Banque mondiale qui a supervisé l’élaboration de ce Fonds.

À l’heure actuelle, les pays en développement ne peuvent pas offrir des crédits de carbone pour leur déforestation et leur dégradation forestière sur le marché de 30 millions de dollars du carbone qui est en plein essor depuis le Protocole de Kyoto et qui permet aux pays industrialisés de compenser certaines de leurs émissions en achetant des crédits de pays en développement accueillant des projets respectueux de l’environnement. Bon nombre de pays espèrent que le carbone forestier sera inclus dans la nouvelle entente lorsque la première période d’engagement du Protocole de Kyoto se terminera en 2012.

« Nous n’avons pas un seul jour à perdre en matière de protection du climat et de la forêt », a dit le ministre du Développement allemand Heidemarie Wieczorek-Zeul. « … La protection de la forêt doit être un élément central d’une future entente sur les changements climatiques », a-t-il ajouté.

Étant donné que le monde perd actuellement 13 millions d’hectares de forêt par année (soit une superficie équivalente à celle du Nicaragua ou de la Grèce), le potentiel de conservation compensée basée sur le carbone forestier est « énorme », a ajouté M. Bosquet.

Selon les estimations de la Banque, l’Indonésie pourrait par exemple gagner entre 400 millions et 2 milliards de dollars chaque année sur un marché du carbone forestier.

La déforestation est un facteur clé du réchauffement planétaire

Des données indiquant que la déforestation est la deuxième cause du réchauffement planétaire après la consommation d’énergie et qu’elle représente environ 20 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre ont renforcé l’appui à un système de paiement mondial pour les forêts.

L’Indonésie, pays fortement boisé qui accueille cette année la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques est, contre toute attente, le troisième plus important émetteur de gaz à effet de serre après les États-Unis et la Chine. La principale raison : la déforestation s’y fait à un rythme de près de deux millions d’hectares par an, la forêt tropicale étant défrichée, brûlée ou convertie en terres agricoles ou en plantations d’huile de palme.

Un rapport influent de M. Stern sur l’économie des changements climatiques publié plus tôt cette année indique qu’il est nécessaire d’agir de toute urgence pour renverser cette tendance et préserver les zones restantes de forêt naturelle. Le rapport ajoute que la communauté internationale devrait dédommager les pays en développement qui préservent leurs forêts pour compenser leur manque d’occasions économiques et les coûts de la gestion et de l’application de cette préservation.

M. Stern estime qu’il en coûterait 5 milliards de dollars annuellement pour les huit pays responsables de 70 % des émissions provenant de l’utilisation de la terre (principalement de la déforestation).

Préparer le terrain

« Le Fonds de partenariat pour le carbone forestier peut aider à préparer le terrain pour le genre d’effort à grande échelle qui sera nécessaire pour faire face au problème en démontrant comment les choses peuvent être faites », a affirmé M. Bosquet. « Par exemple, en combinant une surveillance à distance et sur le terrain, nous pouvons évaluer la réduction d’émissions attribuable à la conservation des forêts ».

Cependant, M. Bosquet a également indiqué que bon nombre de questions devaient encore être réglées, y compris la structure et l’échéancier des paiements incitatifs pour que les réductions d’émissions se poursuivent à long terme.

Une autre question à éclaircir est celle de la propriété et des droits des terres, identifiée comme un enjeu clé par la Banque mondiale dans un livre intitulé At Loggerheads: Agricultural Expansion, Poverty Reduction and Environment in the Tropical Forests (Le casse-tête de l’expansion agricole, de la réduction de la pauvreté et de l’environnement des forêts tropicales) publié en novembre 2006.

« Dans l’analyse de ce livre, tout repose sur la gouvernance », explique son principal auteur Ken Chomitz. « Les forêts ont toujours été sources de problème parce qu’il y a eu des conflits quant aux droits sur les terres et les arbres, et ce sont des problèmes très profondément ancrés. La question du carbone forestier pourrait profiter des incitatifs financiers, de transparence et de surveillance pour améliorer la gouvernance forestière. »

Le Fonds testera diverses manières de réduire la déforestation et la dégradation en fonction des circonstances nationales. Plusieurs types d’interventions peuvent également être organisés, qu’il s’agisse de réformes des politiques ou d’investissements sur le terrain. Divers modèles incitatifs pourront également être utilisés.

Selon M. Bosquet, le processus devrait inclure des consultations approfondies avec les organisations de la société civile et les organisations autochtones, et les gouvernements doivent s’assurer de leur côté que les peuples autochtones et autres habitants dépendants de la forêt seront « vraiment consultés » lors de l’ébauche du plan de leur pays pour réduire les émissions provenant de la déforestation et de la dégradation forestière.

L’un des principaux objectifs est de canaliser les paiements vers ceux qui en ont le plus besoin, tels que les pauvres dont la subsistance est liée à la forêt.

« Cette initiative peut changer les options économiques de bon nombre de personnes dont la subsistance dépend des forêts. Désormais, on peut mettre un prix sur la conservation de la forêt et pas seulement sur son exploitation », a conclu M. Zoellick.

 




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