Info-presse en ligne
Ressources pour les journalistes accrédités
Accès membres / Devenir membre

Un projet forestier novateur en Indonésie offre des alternatives à l’exploitation illicite

Disponible en: Español, Bahasa (Indonesian), English, русский

Geumpang, Aceh, Savez-vous combien touche un ouvrier forestier illicite pour un arbre ? Il touche 500 000 rupiahs ou IDR (53 dollars) par arbre. Chaque arbre ayant nécessité jusqu’à une semaine pour être coupé manuellement. Combien gagne un revendeur forestier illicite par mois ? Il gagne au moins 20 millions IDR (plus de 2 146 dollars) par mois. Il s’agit d’une petite fortune dans un pays où le salaire annuel moyen est de 1 410 dollars.

C’est là toute l’ironie qui se cache derrière la pauvreté de bon nombre d’endroits où vivent les ouvriers forestiers illicites dans la région très boisée d’Aceh : ces ouvriers forestiers continuent de souffrir de la pauvreté tandis que les revendeurs gagnent de l’argent. À Geumpang, Pidie, il y a six villages autour de la forêt vierge tropicale d’Ulu Masen. Environ 1 330 ménages ou 5 548 personnes vivent dans cette région et au moins la moitié d’entre eux vivent de pratiques forestières illicites. Il s’agit du défi que le projet pilote de la Banque mondiale, le Programme de gestion forestière basée sur les gens, essaie de relever.

À Aceh, être ouvrier forestier est une tradition qui, selon l’organisation de la société civile environnementale Walhi, résulte chaque année en une diminution de 20 796 hectares de la couverture forestière à Aceh. La déforestation a cependant atteint un niveau record de 374 327 hectares en 2006, poussant le gouverneur d’Aceh, un vétérinaire qui est également un environnementaliste convaincu, à annoncer le 6 juin 2007 un moratoire total sur les forêts d’Aceh pour une période de 15 ans. Le gouverneur et le gouverneur de Papua, Barnabas Seubu, ont signé un protocole d’entente historique pour prévenir la déforestation des provinces qui comportent la majorité de la couverture forestière restante de l’Indonésie. La Banque mondiale avait fait la promotion de ce protocole d’entente à Bali plus tôt dans l’année.

 Foret: Indonesie
Geumpang, Aceh, un programme pilote de la gestion forestière.

Muhammad Sabim, le dirigeant du sous-district Geumpang, a déclaré : « J’ai demandé aux villageois de ne plus couper d’arbres. Certains d’entre eux m’écoutent parce qu’ils ont peur de se faire prendre par la police. » La punition est sévère : jusqu’à 15 ans de prison, une amende salée de 1,5 milliards IDR (160 000 dollars) et une pénalité pour dommages environnementaux causés par une exploitation forestière illicite de 10 ans de prison et 500 millions IDR (54 000 dollars) d’amende.Banta, 36 ans, est l’un des rares à avoir eu la chance de pouvoir renoncer à la tradition familiale d’exploitation forestière : « J’étais un ouvrier forestier illicite », avoue-t-il, « mais après le moratoire j’ai été capable d’obtenir un champ de chocolat. » Bon nombre de personnes de son entourage doivent désormais trouver un substitut pour remplacer la perte de leurs revenus d’ouvrier forestier.

Le Fonds multidonateur d’Aceh et Nias (MDF) de 635 millions de dollars géré par la Banque mondiale a pris en charge ce défi dans le cadre de ses efforts pour préserver l’environnement face aux demandes de reconstruction. Le MDF, en partenariat avec l’ONG Flora & Fauna International (FFI) et la Fondation Leuser International, met en œuvre le projet de Geumpang qui s’inscrit dans le cadre du projet  Aceh Forest Environment Project (Projet environnemental des forêts d’Aceh) de 17,5 millions de dollars. Ce projet a pour but de sensibiliser le public aux 2,3 millions d’hectares des forêts de Leuser et d’Ulu Masen, les plus importantes zones forestières contiguës de l’Asie du Sud-Est. Les personnes vivant dans ces forêts ou près de celles-ci sont également encouragées à prendre connaissance de leurs droits afin d’utiliser de manière optimale les ressources forestières. Le Programme de gestion forestière basée sur les gens est axé sur deux principaux projets : la cartographie des frontières des villages et des forêts et la commercialisation des produits  forestiers.

 Indonesie: ouvrier forestier illicite

Banta, 36 ans, était un ouvrier forestier illicite...qui a découvert la plantation de chocolat...

La cartographie délimite clairement les frontières entre les forêts et les habitations des six villages environnants pour surveiller l’empiètement et créer un zonage forestier. « Nous aidons les gens à comprendre qu’il ne leur est pas interdit d’utiliser les forêts, mais qu’ils doivent les préserver en évitant de défricher de nouvelle terre et en plantant un arbre pour chaque arbre coupé », explique Mahdi Ismail, de l’organisation FFI. Geumpang est renommé tant pour ses produits du bois que pour ses produits non forestiers tels que ses meubles en rotin, son miel, etc. tandis que la forêt d’Ulu Masen est reconnue pour sa riche biodiversité, notamment les tigres de Sumatra, les éléphants et les centaines d’espèces d’oiseaux qui y vivent.

Banta, qui aide le FFI à faire fonctionner le programme à titre de facilitateur, explique : « Nous soutenons ce programme; nous savons désormais qu’il ne nous est pas interdit d’utiliser la forêt tant que nous ne l’endommageons pas. » « Nous savons également que cette préservation est importante si nous voulons avoir des sources d’eau propres dans le futur. »

 Indonesie: reunion forestiere.
Réunion sur la cartographie des forêts  à Geumpang

Les pratiques d’exploitation forestière illicite sont depuis longtemps combattues par des organismes d’application de la loi de l’État. Par conséquent, « ce programme fait participer les gens, les gouvernements locaux, la police, l’armée et une organisation d’anciens combattants au développement d’entreprises en lien avec les produits forestiers », dit le dirigeant du sous-district de Geumpang, Muhammad Nur.Le défi est de taille. D’après des estimations de Greenomics Indonesia et du WWF, Aceh a besoin de 814 000 à 1,58 million de mètres cubes de bois d’œuvre et d’industrie par an au cours des cinq années du processus de reconstruction. Produire ce bois de manière durable est un défi lorsque la bille légale est vendue 6 à 7 millions IDR (630 à 730 dollars) par mètre cube tandis que la bille illicite est vendue 4 à 5 millions IDR (430-530 dollars) par mètre cube.

« Nous voulons aider les gens d’Aceh à préserver leur forêt », dit Mikko Ollikainen, spécialiste de l’environnement de la Banque mondiale à Aceh. Il ajoute : « Au moyen de ce programme soutenu par le MDF, nous sensibilisons les gens à l’importance des forêts pour les générations futures. Les besoins de reconstruction à court terme, aussi importants soient-il, ne doivent pas nous faire oublier cela ».


Liens utiles

La Banque mondiale appelle à un renouveau agricole pour réduire la pauvreté rurale dans les économies en mutation
Zoellick : La mondialisation doit profiter aux pauvres partout dans le monde
La Banque mondiale annonce une stratégie pour lutter contre la corruption



Permanent URL for this page: http://go.worldbank.org/86RT6D46P0