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Construire de bout en bout un secteur de la microfinance

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  • Une banque soutient le dĂ©veloppement de jeunes institutions.
  • En dĂ©pit de la dĂ©gradation de la situation sĂ©curitaire, 808 000 prĂȘts ont Ă©tĂ© accordĂ©s.
  • Renforcement de l’activitĂ© commerciale, avec de nombreuses femmes bĂ©nĂ©ficiaires.

17 dĂ©cembre 2007 –Au moment oĂč il perd le pouvoir en 2002, le rĂ©gime des Talibans laisse un pays dĂ©vastĂ©. Avec un systĂšme bancaire inexistant, l’économie entiĂšre de l’Afghanistan est financĂ©e par des prĂȘteurs informels. La Banque mondiale, le CGAP (Groupe consultatif d’assistance aux plus pauvres) et les donateurs qui ont suivi saisissent alors l’occasion de crĂ©er un secteur modĂšle de la microfinance dans ce territoire vierge – en faisant bien les choses, dĂšs le premier jour. Quatre annĂ©es plus tard, la microfinance prospĂšre en Afghanistan, malgrĂ© la dĂ©gradation de la situation sĂ©curitaire, et une nouvelle Ă©tude d’impact constate que les clients en tirent de rĂ©els avantages.

Reconstruire

Sosan Naeem est rentrĂ©e en Afghanistan en 2003, aprĂšs 12 annĂ©es passĂ©es au Pakistan, oĂč sa famille et elle Ă©taient rĂ©fugiĂ©es de guerre. Il n’a pas Ă©tĂ© facile de se refaire une vie dans la province du Kunduz, au nord de l’Afghanistan. Un emprunt de 150 dollars contractĂ© auprĂšs de Child Fund Afghanistan (CFA) a permis Ă  Sosan d’investir dans le commerce de peaux d’animaux de son Ă©poux, l'argent restant a servi Ă  acheter un agneau pour la production de lait et, Ă©ventuellement, l’élevage. Le revenu de sa famille a augmentĂ©, et son conjoint et elle ont progressivement pu dĂ©velopper leur commerce et reconstruire leur foyer.

Si l’histoire de Sosan est familiĂšre parmi les microentrepreneurs et les institutions de microfinance qui les encadrent, en coulisses se dĂ©roule une plus vaste stratĂ©gie visant Ă  construire un marchĂ© durable de la microfinance en Afghanistan.

Les origines d’un plan

En 2002, la Banque mondiale et des membres importants du nouveau gouvernement afghan unissent leurs forces pour mettre en place un mĂ©canisme unique visant Ă  canaliser ce qu’on espĂ©rait ĂȘtre de gros investissements dans un nouveau secteur de la microfinance en croissance rapide. Le MĂ©canisme d’appui Ă  l’investissement dans le microfinancement en Afghanistan, LTD (a) (MISFA), l’institution faĂźtiĂšre qui soutient CFA et 14 autres institutions de microfinance, est financĂ©e par le biais du Fonds d’affectation spĂ©ciale de la Banque mondiale pour la reconstruction de l’Afghanistan (ARTF), et le CGAP est rapidement associĂ© pour apporter l’expertise technique essentielle en matiĂšre de microfinance.

Créer une faßtiÚre efficace dans le secteur de la microfinance

En quatre annĂ©es seulement, MISFA a contribuĂ© Ă  la croissance des institutions de microfinance (IMF) afghanes naissantes, aidĂ© Ă  la mise en application d’un cadre rĂ©glementaire d’avant-garde, et initiĂ© « l’afghanisation » du secteur de la microfinance.

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Femmes chargĂ©es des prĂȘts à Herat à l'ouest de l' Afghanistan.

Les 15 institutions de microfinance (IMF) financĂ©es par MISFA ont dĂ©jouĂ© la conjoncture dans un contexte sĂ©curitaire difficile et dĂ©gradant pour atteindre 385 000 clients vers juillet 2007, dont soixante-dix pour cent de femmes. Elles ont accordĂ© 808 000 prĂȘts d’un montant total de 282 millions de dollars, avec un portefeuille d’engagements en cours de 87 millions de dollars. A cette date, cinq IMF de MISFA Ă©taient devenues autosuffisantes.

Au-delĂ  des attentes

‘MISFA a complĂštement dĂ©passĂ© toutes les attentes relatives Ă  ce qu’on pouvait rĂ©aliser en Afghanistan’, dĂ©clare Syed Hashemi, SpĂ©cialiste principal en microfinance au CGAP. ‘On disait, « Vous ne pouvez prĂȘter de l’argent aux femmes en Afghanistan » - elles ont prĂȘtĂ© aux femmes. On disait, « Vous ne pouvez employer des chargĂ©s de prĂȘts fĂ©minins en Afghanistan » - elles disposent de chargĂ©es de prĂȘts. Et on disait, « Vous ne pouvez mettre des femmes Ă  des postes de responsabilitĂ© en Afghanistan » - et nous voyons Ă  prĂ©sent des femmes devenir chef d’agences.

L’impact : autonomisation et opportunitĂ©

En fin de compte, la plus grande rĂ©ussite de MISFA tient Ă  l’impact que le projet a eu sur la vie des pauvres, en particulier des femmes, en Afghanistan. L’Institut des sciences de dĂ©veloppement et un cabinet local spĂ©cialisĂ© dans la recherche viennent de publier une Ă©tude qui montre que la microfinance en Afghanistan a permis d’accroĂźtre l’activitĂ© commerciale, les opportunitĂ©s d’emplois et les avoirs, et amĂ©liorĂ© la situation socioĂ©conomique des femmes.

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Les 15 institutions de microfinance (IMF) financées par MISFA ont déjoué la conjoncture dans un contexte sécuritaire difficile et dégradant pour atteindre 385 000 clients.

Des entretiens menĂ©s avec plus de 1000 mĂ©nages dans cinq rĂ©gions du pays au printemps 2007 ont rĂ©vĂ©lĂ© que 700 000 emplois ont Ă©tĂ© créés pour des femmes comme Bibi Hawa, qui est rentrĂ©e au village Gabriel Ă  la pĂ©riphĂ©rie de Herat onze annĂ©es plus tĂŽt, en provenance d’Iran. Quand la jeune mĂšre a appris que l’ONG BRAC aidait les populations de son village Ă  crĂ©er de petites entreprises, elle a pensĂ© mettre Ă  profit son talent de couturiĂšre. Son premier emprunt d’un montant de 8 000 afghanis lui a permis d’acheter une nouvelle machine Ă  coudre, des tables et un fer Ă  repasser, et installer son petit atelier de couture. GrĂące Ă  la sĂ©curitĂ© d’un revenu supplĂ©mentaire, elle a pu envoyer ses enfants Ă  l’école. En remboursant progressivement et en rĂ©empruntant – ses deuxiĂšme et troisiĂšme emprunts Ă©taient de 12 000 afghanis et 20 000 afghanis chacun – sa famille dispose dĂ©sormais de deux boutiques dans le marchĂ© du village qui vendent des vĂȘtements pour hommes, femmes et enfants – tous cousus par elle. L’une de ces boutiques est gĂ©rĂ©e par son Ă©poux et l’autre par son fils aĂźnĂ©.

Ces changements – qui affectent le niveau de vie d’une famille toute entiĂšre – expliquent peut-ĂȘtre pourquoi quatre-vingt pour cent des clients fĂ©minins de l’étude ont aussi parlĂ© d’un « meilleur comportement » de leurs conjoints et autres parents.

Et aprĂšs?

En dĂ©pit des progrĂšs impressionnants enregistrĂ©s Ă  ce jour, et des excellentes perspectives d’avenir, le secteur de la microfinance en Afghanistan devra naviguer dans un contexte sĂ©curitaire traĂźtre s’il veut migrer totalement dans le secteur financier formel.

Devenir Afghan

Autrefois programme public, MISFA est devenue en 2006 la premiĂšre institution faĂźtiĂšre privĂ©e d’un pays en conflit. MISFA exige aussi de ses IMF qu’elles prennent la nationalitĂ© afghane.

Dix sur les 12 employĂ©s de MISFA sont Afghans, alors que 90% du personnel des IMF financĂ©es par celle-ci – soit prĂšs de 4 000 employĂ©s – sont aussi des nationaux. Cinq IMF sont dirigĂ©es par des PDG afghans.

La politique « d’Afghanisation » de MISFA sera essentielle pour la survie de la microfinance. DĂ©jĂ , les ONG internationales qui ont apportĂ© leur expertise en microfinance Ă  l’Afghanistan pour lancer le secteur ont transformĂ© leurs opĂ©rations en crĂ©ant des sociĂ©tĂ©s locales de droit afghan qui peuvent, plus tard, ĂȘtre agréées par la banque centrale pour offrir des services d’épargne et d’autres produits financiers dont les pauvres ont besoin. « Le secteur de la microfinance afghane a connu une Ă©volution inhabituelle, Ă©tant donnĂ© que les principales parties prenantes – bailleurs de fonds, État, faĂźtiĂšre et IMF – reconnaissent toutes que leur importance relative doit changer au fil du temps. L’État et les bailleurs de fonds Ă©taient plus importants aux premiĂšres heures de ce secteur. Mais, au fil du temps, ce sont des institutions privĂ©es afghanes au services des intĂ©rĂȘts et des besoins des populations qui prendront le relais, » dĂ©clare Stephen Rasmussen, le Chef d’équipe de la Banque mondiale pour le projet de la microfinance.

À terme, la rĂ©ussite pour la Banque mondiale et le CGAP signifiera un secteur de la microfinance qui n’est plus financĂ© par les bailleurs de fonds et fait partie du secteur financier afghan formel. D’aprĂšs le Directeur de MISFA, Amjab Arbab, « la microfinance ne sera viable et pĂ©renne en Afghanistan que si elle s’affranchit de la prĂ©sence des Ă©trangers ».

(a) indique une page en anglais.

 


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