BOTSWANA, le 5 février 2007— Janet Simasiku parle lentement et sans passion de ce matin-là , quand elle s’est réveillée pour découvrir que des lions avaient tué ses 13 chèvres pendant la nuit, détruisant ainsi ce qui restait de son maigre gagne-pain. Elle avait déjà perdu ses cultures de maïs, de sorgho et de potiron à cause des éléphants et d’autres animaux qui circulent librement dans l’Enclave de Chobe au Botswana. Désormais, elle avait à peine suffisamment de nourriture pour sa mère âgée, ses cinq enfants et les trois orphelins laissés par sa sœur décédée d’une maladie soudaine. Elle n’avait aucune autre source de revenu stable ; un travail occasionnel à la tâche lui permet de gagner juste ce qu’il faut pour acheter les mets à base de maïs qui empêchent sa famille de mourir de faim.  | Oreeditse Kashweeka explique les problèmes de son village, Mabele. | La vie dans la brousse profonde L’histoire de Janet n’est pas unique en soi : dans la brousse profonde et les zones marécageuses de l’éblouissant nord du Botswana, le conflit entre hommes et animaux pour les ressources naturelles est un conflit séculaire. Mais, ici, il est aggravé par l’épidémie du VIH/SIDA qui grève davantage les moyens de subsistance. Le Botswana présente l’un des taux de croissance économique les plus élevés d’Afrique. Pourtant, près d’un tiers de sa population vit en deçà du seuil de pauvreté, avec de grandes disparités entre les villes et les campagnes, et entre riches et pauvres. En plus de la pauvreté, le pays détient l’un des taux d’infection à VIH les plus élevés du monde. Les femmes y sont particulièrement touchées, selon Kathy Alexander du Centre pour la conservation des ressources africaines : animaux, communautés et exploitation des terres (CARACAL). « Les femmes fournissent la plus grande part des soins à domicile pour le VIH/SIDA, elles supportent les frais et prennent soin de la plupart des orphelins, et enregistrent le taux de prévalence de la maladie le plus élevé – et pourtant, elles souffrent aussi le plus du conflit avec les animaux. » Source de revenu et de ruine Le Botswana possède de nombreuses ressources fauniques et une biodiversité importante dans l’ensemble – il comprend le Delta d’Okavango, les systèmes transfrontaliers des marais de Chobe Linyanti Kwando, la réserve de chasse du centre du Kalahari et le Parc national de Gemsbok – qui sont de plus en plus une source de recettes touristiques. Une vaste population d’éléphants s’est quasiment appropriée la zone de l’Enclave de Chobe où habite Janet dans le village de Mabele, sillonnant les villages et détruisant les cultures. Il est courant de voir des éléphants près de la ville de Kasane, et quelques fois s’aventurer sur la grande route.  | Directeur adjoint de la faune, Trevor Mwopelwa explique le projet à Maeze, chef du village, avec l'équipe de projet sur la droite, Aziz Bouzaher, Jorge Uquillas et Paavo Eliste. | Stratégies d’équilibre Le gouvernement a reconnu la nécessité de trouver un juste équilibre entre la conservation et la promotion de l’exploitation durable des ressources fauniques, et d’intégrer la gestion durable des ressources naturelles dans ses politiques de développement. Il a élaboré une stratégie visant à développer les activités économiques en milieu rural et réduire la pauvreté, en particulier à travers le Programme de gestion communautaire des ressources naturelles (CBNRM) dont le but est de transférer aux communautés le contrôle de ressources considérables. Or, les communautés se plaignent jusqu’à présent de ne tirer que peu d’avantages du programme – et de nombreuses personnes ne sont pas au fait de leurs droits et responsabilités tels qu’indiqués dans ce programme. Le gouvernement a sollicité l’assistance de la Banque pour concevoir un nouveau projet conjoint en vue d’atteindre ses objectifs. Ce projet, financé en partie par le Fonds pour l’Environnement mondial, assistera le Département du Botswana en charge de la faune et des parcs nationaux (DWNP) et sortira aussi des sentiers battus, selon le chef du projet, Aziz Bouzaher. « Ce projet est particulièrement novateur en ce qu’il sera mis en œuvre en collaboration avec les ONG locales, l’exécutif des districts et des organismes clés à travers des interventions sur le terrain dans les zones à forte biodiversité et marquées par des conflits. « Nous allons nous focaliser sur la participation de la communauté à la gestion de la faune en vue d’accroître leurs moyens de subsistance, la résolution des conflits, et le suivi et évaluation. Les ONG seront chargées de l’exécution conjointement avec le DWNP. » Le projet proposé comprendra bien entendu des composantes sur la capacité institutionnelle.  | Mmopelwa explique le projet dans le village Kgotla | Consultations dans le cadre du projet L’équipe du projet, y compris des représentants du DWNP, de CARACAL et du Réseau des organisations communautaires du Botswana (BOCOBONET), a récemment achevé une mission de préparation de deux semaines qui impliquaient des consultations à large échelle avec certaines communautés rurales d’Okavango – à Seronga, du district de Chobe à Mabele, et du district central à Kumaga – qui serviront de zones pilotes. Dans chaque communauté, l’équipe a pris part à une Kgotla, une réunion traditionnelle convoquée par le chef de la communauté, au cours de laquelle elle présentait brièvement le projet et le but de sa visite, écoutait les populations raconter leurs histoires, présenter leurs plaintes et leurs défis, et proposaient quelques solutions à leurs problèmes. Les réunions sous le soleil brûlant et des températures de près de 40 degrés Celsius duraient jusqu’à quatre heures. Nombre de plaintes étaient adressées au Directeur adjoint de la faune, Trevor Mwopelwa qui, patiemment et sérieusement, les examinaient et répondait à chacune. Il a relevé les plaintes et les suggestions, et promis de poursuivre le dialogue. Perspectives Cette mission était la première de ce qui devrait devenir un long processus de consultation sur toutes les six années du projet, pour donner lieu à terme à des forums permanents de communication entre acteurs. Ces forums aideront à cimenter le partenariat entre le gouvernement et les communautés dans le règlement du conflit avec les animaux et d’autres problèmes. Contribution de Mallory Saleson, AFREX, qui a pris part à la mission de préparation du projet
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