| BAMAKO, le 3 janvier 2007 – Plus de 400 représentants de plus de 72 pays se sont réunis à Bamako du 6 au 8 décembre pour évaluer les progrès dans la lutte contre la grippe aviaire et humaine et accroître l’appui financier aux efforts de prévention et de lutte contre cette maladie, avec un accent particulier sur l’Afrique. Le virus H5N1 de la grippe aviaire qui est hautement pathogène et mortel reste une menace importante pour le monde entier, et l’incapacité de contenir la maladie dans un pays peut entraîner l’infection de nombreux autres pays, créant ainsi une réaction en chaîne qui détruirait tous les efforts de prévention déjà en œuvre. « Les pauvres dépendent de plus en plus de l’élevage de poulets, de canards et d’autres oiseaux pour gagner de l’argent, et comme une source de protéines importante dans leur alimentation. Alors, l’éradication de la grippe aviaire est beaucoup plus un problème de développement, » a déclaré John McIntire, Représentant spécial de la Banque mondiale à la quatrième Conférence internationale sur la grippe aviaire.  | A Segou, a small town, three hours A Ségou, une petite ville à trois heures de Bamako, Moussa se rend à bicyclette vendre des poulets qu’il élève dans son arrière-cour. La recette de la vente des poulets est le seul revenu qui lui permet de s’occuper de sa famille. Moussa représente de nombreuses familles pauvres en Afrique pour qui les poulets sont la principale source de revenu et de protéines. Moussa a entendu à la télévision nationale qu’il n’y avait pas de signes de grippe aviaire dans son pays, le Mali. Il sait qu’en cas de décès soudain et en masse de ses poulets, il doit en informer les services vétérinaires locaux. Mais il est convaincu que cette situation extrême ne se produira pas.   | La conférence de Bamako, qui était ouverte à tous les pays, faisait partie d’une série de rencontres visant à retenir l’attention au plus haut niveau sur la grippe aviaire et revoir la justesse de la réaction internationale (après la Conférence de Beijing de janvier 2006 pour les annonces de contributions, suivie de la Réunion des hauts responsables de Vienne de juin 2006). La réunion de Bamako était d’autant nécessaire que les médias internationaux ne s’intéressaient plus à la grippe aviaire. Il y a aujourd’hui un risque que les programmes visant à prévenir et atténuer les coûts d’une catastrophe potentielle bénéficient d’une faible couverture, même si le virus s’est considérablement propagé depuis la conférence de Beijing de janvier 2006. L’Afrique, une priorité Selon François Le Gall, le spécialiste principal de la Banque mondiale pour les questions d’élevage en Afrique, la grippe aviaire est juste une des nombreuses maladies qui touchent l’Afrique : « Les experts nous disent que d’autres maladies vont apparaître ou réapparaître. Presque chaque année, une nouvelle maladie émerge, et 75 pour cent de ces affections qui apparaissent ou réapparaissent proviennent des animaux ; 80 pour cent d’entre-elles ont le potentiel de passer de l’animal à l’homme. Tout ceci pourrait aboutir à ce que les experts appellent le « parfait cyclone microbien. » Selon Le Gall, des progrès sont faits pour s’attaquer à la menace actuelle de la grippe aviaire en renforçant les systèmes de surveillance vétérinaire et de la santé humaine dans le monde entier. Cela, note t-il, devrait atténuer le risque d’une conflagration apocalyptique de maladies. « Toutes les mesures que nous prenons actuellement seront utiles pour maîtriser ces maladies émergentes ou réémergentes – notamment les services vétérinaires, les services de santé publique. » La vulnérabilité socioéconomique, l’impact de maladies déjà existantes telles que le paludisme, la tuberculose et le VIH/SIDA, et la faible capacité des services vétérinaires, se combinent pour créer une situation complexe en Afrique. En 2006, huit pays – Nigéria, Egypte, Niger, Cameroun, Burkina Faso, Soudan, Côte d’Ivoire et Djibouti – rapportaient des cas de grippe aviaire qui ont abouti à la confirmation de seize cas humains dont sept décès. Le premier cas a été rapporté au Nigéria en janvier 2006, et la présence du virus confirmée officiellement en février ; puis, entre janvier et avril, sept autres pays étaient infectés. Le virus continue de se répandre au Nigéria et en Egypte, et la Côte d’Ivoire a récemment été touchée. Des risques demeurent principalement au niveau de la volaille. Le président Alpha Konare de l’Union africaine a déclaré que : « Depuis le déclenchement de la maladie sur le continent en février 2006, l’Afrique a subi des revers de fortune immenses, d’une valeur de plus de 60 millions de dollars, du fait de la mortalité de la volaille, de l’abattage des troupeaux infectés et des risques considérables pour la santé publique. » Le Groupe de travail sur la grippe aviaire Depuis mars 2006, la Banque mondiale a créé un nouveau groupe de travail intersectoriel sur la grippe aviaire en Afrique. Les directeurs et responsables des secteurs du Développement socialement et écologiquement durable (ESSD) et du Développement humain (HD) ont désigné un point focal dans chaque unité des deux départements pour participer au groupe de travail. Egalement, les départements de Qualité et savoir (QK) et des Affaires juridiques (LEGAF) ont désigné une personne pour fournir des conseils et un appui sur les questions de passation des marchés, de gestion financière et d’ordre juridique. Le groupe de travail sur la grippe aviaire a de nombreux objectifs : Gérer l’information, la communication et la coordination des divers aspects de la lutte contre la grippe aviaire Aider les équipes pays à préparer les opérations au niveau des pays Aider à coordonner la stratégie de la région avec les programmes de financement internationaux et à l’échelle de la Banque, et avec les bailleurs, et mobiliser des financements supplémentaires au besoin.
| Mais la préoccupation majeure reste que le virus s’installe dans certaines régions, et se propage sur tout le continent, avec le risque d’une mutation génétique qui pourrait entraîner une pandémie humaine. Les oiseaux migrateurs jouent un rôle majeur dans la propagation du virus, mais les vastes déplacements de populations humaines et animales, ainsi que le commerce des animaux et des produits dérivés, contribuent aussi à l’expansion de l’infection. La récente découverte de cas en Côte d’Ivoire semble indiquer que la grippe aviaire devient progressivement endémique dans la région Afrique. Ok Pannenborg, Conseiller principal de la Banque en matière de santé pour la Région Afrique, note que « Si jusqu’à présent, l’endémicité reste principalement un problème de santé animale, elle accroît les risques sur la santé de l’homme. Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de transmission de l’homme à l’homme ; toutefois, plus l’endémicité est grande, plus grand est le risque que le virus se mue en un type capable de se transmettre entre humains. Dès que cela se produira, la situation sera totalement différente, et l’on ne peut commencer à se préparer quand la situation s’est déjà produite, car il est beaucoup trop tard. Il sera toujours difficile de demander des ressources pour prévenir un tel risque, mais cela est essentiel si nous ne voulons pas tous le regretter amèrement plus tard. » Pour prévenir la propagation de la maladie et gérer les nouveaux cas, il faut renforcer les systèmes de santé humaine et animale, ainsi que les capacités de communication sur les risques, la prévention et les dédommagements. ALive : Une plateforme de coordination En partenariat avec l’Office international des épizooties (OIE), la FAO et l’Union africaine, la Banque mondiale a créé la plateforme ALive. ALive est un partenariat pluri-institutionnel et interdisciplinaire qui sert de mécanisme de coordination non seulement pour la lutte contre la grippe aviaire, mais aussi pour la prévention de l’émergence ou la réémergence des épizooties. Le groupe ALive compte désormais 24 membres représentant des bailleurs, des organismes de recherche et de formation, et des organisations internationales membres du partenariat. Le groupe a produit un article complet qui évalue les besoins financiers du continent. Cet article présente les besoins à court, moyen et long terme aux niveaux national, régional et international. ALive estime que les besoins financiers pour une stratégie intégrée de prévention axée sur la communication et la santé animale et humaine tournent autour de 720 millions de dollars sur 3 ans. A la conférence de Bamako, la Commission européenne a signé un accord de financement supplémentaire de 10,5 millions de dollars pour le partenariat ALive. Les bailleurs promettent 475 millions de dollars Selon une évaluation de la Banque mondiale présentée à la Conférence, il faudrait mobiliser de toute urgence 1,2 à 1,5 milliards de dollars pour soutenir les programmes de lutte contre la grippe aviaire et humaine pendant les 2 à 3 années à venir. En réaction, quatorze bailleurs ont promis plus de 475 millions de dollars de dons pour aider les pays en développement et les institutions techniques internationales à répondre à la menace de la grippe aviaire et humaine. Les fonds promis à la conférence de Bamako viennent s’ajouter aux près de 1,9 milliard de dollars déjà mobilisés à la conférence de Beijing de janvier 2006 pour les annonces de contributions. Associées au financement des banques multilatérales de développement, ces ressources pourront couvrir les programmes prioritaires aux niveaux national, régional et mondial pendant les douze prochains mois.
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