Le 25 septembre 2007 -- Chassé d’Ouganda par Idi Amin lorsque les Asiatiques ont été exclus du pays en 1972, Amin Shivji et son épouse Gulzar ont trouvé au Canada une terre d’accueil, loin de chez eux. Une fois sur place, Amin Shivji s'est intéressé à l'alimentation biologique, ouvrant à terme huit magasins dans tout le pays. Ces commerces fonctionnent toujours aujourd'hui.
En 1994, les Shivji décidèrent de rentrer en Ouganda pour cultiver des fruits biologiques sur leur exploitation familiale de quelque 175 ha.
« Nos enfants trouvent que c’est une folie d’être rentrés ici. Mais ayant toujours cru à l'avenir de l'Ouganda, notre désir est de contribuer au développement du pays, » a déclaré Amin Shivji.
L’entreprise des Shivji – AMFRI Farms, aussi appelée African Organic – est aujourd’hui l’un des premiers exportateurs de fruits biologiques frais et secs, essentiellement vers l'Europe et le Moyen-Orient. Au début, la production mensuelle de fruits secs était de 200 kg ; elle est passée à 1,2 tonne. L’entreprise emploie environ 210 personnes et collabore avec 137 petits planteurs qui contribuent à plus de 85% de sa production totale. En 2006, le taux de croissance de l'entreprise depuis sa création s'établissait à 55%.
Obstacles à l'exploitation
Amin Shivji pense que les taux d’intérêts, compris entre 20 et 25%, sont trop élevés pour beaucoup d'agriculteurs. Il exhorte les pouvoirs publics à se substituer aux banques commerciales pour accorder des prêts de développement aux agriculteurs apportant leurs terres en garantie.
Amin Shivji évoque également les méfaits des coupures de courant sur la production. Contraint d'utiliser des groupes électrogènes, ses coûts de production ont augmenté depuis 2006. Ainsi, le coût de production d’un kilogramme de fruits préparés a explosé, passant de 2 000 shillings (1,20 dollar) en 2006 à 6 000 shillings (3,50 dollars) aujourd'hui.
Amin Shivji rêve aussi d'externaliser la préparation et le séchage des fruits en confiant ces opérations aux agriculteurs des régions productrices, mais son rêve ne pourra se réaliser que si les pouvoirs publics subventionnent le matériel nécessaire à la transformation. Son entreprise pourrait alors se consacrer essentiellement au conditionnement et à la commercialisation des produits, réduisant ainsi les coûts de production. Le marché existe déjà, mais la demande dépasse l'offre, selon l'entrepreneur.
Amin Shivji souhaiterait également que le gouvernement ougandais augmente le budget de l'agriculture et réduise le coût du transport des marchandises.
« L'État doit s'attacher à réduire le coût du fret aérien, actuellement très élevé. Il en coûte aujourd'hui 2,25 euros pour transporter un kilo de marchandises par avion contre 0,6 euro dans certains pays. Le transport par voie terrestre de Kampala à Mombasa est lui aussi coûteux et très long. Il faut compter 60 jours pour qu’un conteneur arrive à destination. Ces retards immobilisent notre capital, » a déclaré Amin Shivji.
Rôle de la Banque mondiale
Pour aider l'entreprise d’Amin Shivji à atteindre certains de ses objectifs, le projet sur la compétitivité du secteur privé (PSC), appuyé par la Banque mondiale, a permis de financer une étude de faisabilité au profit d’African Organic. Il s'agissait d'étudier la possibilité de monter une usine de fruits prêts-à-consommer. Le même projet a également contribué à financer la participation de l'entreprise à un salon professionnel en Europe en prenant à sa charge 50% des droits d'inscription. Le salon a permis à l’entreprise de conquérir de nouveaux marchés. Le projet a aussi financé la construction d’une installation de séchage et l'acquisition de séchoirs en acier inoxydable, de claies, de refroidisseurs et d'humidificateurs, qui ont contribué à l’augmentation de la production.
L’objectif à terme de l’entreprise African Organic est la production mensuelle de 3,6 tonnes de fruits secs, qui pourrait rapporter 30 000 euros par mois.